• A qui François Hollande fait-il payer la crise?

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    Le FMI avait déjà suggéré de taxer l’épargne pour en finir avec la crise de la dette en promettant de ne plus recommencer. Avec une taxe à 10%  la France récupéreraient 700 milliards d’euros. Cette taxe plus douloureuse pour les plus modestes que pour les plus riches (qui peuvent en outre organiser la fuite de leurs capitaux) ne bouleverserait pas le système. Il y a des précédents en Europe. En 1992, le gouvernement italien socialiste a prélevé 0,6% sur l’ensemble des dépôts positifs dans les banques de la péninsule. La botte a rempli la chaussette de l’Etat avec 15 milliards d’euros qui ont permis de réduire la dette publique pour entrer dans les critères de Maastrich. Au printemps dernier, Chypre a ponctionné 47,5% sur les dépôts de plus de 100.000 euros afin de se voir accorder un plan d'aide international par la Troïka. Ce plan a préserve in extrémis et grâce à la colère populaire le patrimoine des petits épargnants. En Espagne, l'Etat a imposé une taxe de 0,2% sur le montant des dépôts. A la différence des cas italiens ou chypriotes cités plus hauts, ce sont les établissements et non les épargnants qui ont été touchés. Dans le même temps, les frais bancaires ont subitement augmenté. Cherchez le lien...

    Ce qui devait arriver en France est arrivé : la fiscalité de certains contrats d'assurance-vie (Multi-supports), plans épargne en actions (PEA) et  plans épargne logement (PEL) va être alourdie pour financer la Sécurité sociale. Les députés viennent de voter la nouvelle loi. Désormais, tous ces revenus issus de l'épargne seront soumis au taux unique de prélèvement social de 15,5% au lieu de bénéficier du mode de calcul alternatif qui assujettissait les gains au taux en vigueur à la date de versement des primes dans une fourchette comprise entre 0,5 et 15,5%. Ce nivellement par le haut permettra de dégager 600 millions d'euros dont 450 millions affectés à la Sécu. La nouveauté juridique est la rétroactivité de la loi même si les constitutionnalistes parlent d’ajustement des prélèvements sociaux qui ne sont pas rétroactifs en tant que tels, tout en reconnaissant le côté immoral puisque les contrats ont été ouverts dans un environnement fiscal plus favorables. La réforme s'applique aux retraits effectués à partir du 26 septembre 2013 et ne concerne pas les produits d'épargne qui ont été liquidés avant cette date. Le taux de prélèvement social passe à 15,5%sur les gains issus desPEA de plus de cinq ans, sur les primes versées avant le 26 septembre 1997 sur des contrats d'assurance-vie multi-supports, sur les produits de l'épargne salariale, sur les primes versées dans le cadre des comptes et plans épargne logement (CEL et PEL), et sur les intérêts acquis sur des PEL de moins de 10 ans souscrits avant le 1er mars 2011.

    Après s’être attaqué aux retraités et aux futurs retraités, le casse-noisettes du livret A s’en prend aux petits épargnants qui ont déjà commencé à puiser dans leur épargne pour faire face à la baisse du pouvoir d’achat, à la pression fiscale et au chômage. La pause fiscale promise par Hollande, elle est pour qui ? On se le demande.

    A côté de cette nouvelle injustice fiscale peu commentée, la presse en a fait des tonnes sur la grève annoncée des clubs de football contre la taxe de 75%. Un commentaire sur un réseau social s’étonne : « Quand je vois que ceux qui crèvent la faim ferment leur gueule alors que ceux qui se gavent se permette de faire grève, je suis largué ». Nous avons entendu le dirigeant d’un club concerné mettre en avant les emplois. On comprend donc que la mesure fiscale n’aurait pas de conséquences  sur les gros revenus des clubs de foot mais sur les petits salaires envoyés au chômage. Toujours le même chantage ! Les patrons du football sont identiques aux autres dirigeants d’entreprises. Il n’y a donc aucune raison de traiter les clubs de football différemment. Nous verrons quelle sera l’attitude de François Hollande, après les avoirs reçus à l’Elysée la semaine prochaine. Il pourrait se montrer plus sensible à une grève des patrons qu’à celles des travailleurs contre lesquels Manuel Valls envoie les CRS et les gardes mobiles. On se souvient de l’écoute montrée au mouvement contestataire des  « Pigeons », ces patrons qui clament aussi en avoir marre de se faire plumer par le fisc. Nous n’allons pas nous offusquer de la mise en place de cette taxe de 75% tout en regrettant qu’elle ait été dénaturée et que  François Hollande veuille éviter une vraie révolution fiscale pour une vraie justice fiscale.

    En Corse, les clubs de l’ACA et du SCB ne seront pas touchés car, à notre connaissance, il n’y a pas de salaires supérieurs à 1 million d’euros. Au total, 91 joueurs de Ligue 1 dépassent le seuil de un million d'euros, dans huit clubs différents sur les vingt de la Ligue 1, lesquels devront s'acquitter de 80 millions d'euros de taxe. Et le vainqueur est le PSG avec ses financiers venus du Qatar.

    Paris-SG - joueurs concernés : 20 - montant à payes (en millions d'euros) : 32,4
    Lyon - joueurs concernés :12 - montant à payes (en millions d'euros) :14,2
    Marseille - joueurs concernés :13 - montant à payes (en millions d'euros) :13
    Lille - joueurs concernés :12 - montant à payes (en millions d'euros) :9,8
    Bordeaux - joueurs concernés :12 - montant à payes (en millions d'euros) :5,2
    Montpellier - joueurs concernés :7 - montant à payes (en millions d'euros) :2,5
    Rennes - joueurs concernés :7 - montant à payes (en millions d'euros) :2
    Saint-Etienne - joueurs concernés :8 - montant à payes (en millions d'euros) :1,2
    (Publié par politiques-sportives)

    Reste qu'une immense majorité des Français (85%) est favorable à l'application de la taxe à 75% sur les très hauts revenus aux clubs de football professionnels, selon une enquête Tilder-LCI-OpinionWay publiée ce jeudi. Ils sont tout aussi nombreux (83%) à considérer qu'une grève des clubs professionnels afin de marquer leur opposition à la taxe serait injustifiée…

    Nous considérons que le 30 novembre prochain, il y aura peut-être une trêve dans le football français en sachant qu’un jour de grève correspond à une perte de salaire chez les travailleurs qui défendent des intérêts plus cruciaux que ceux des patrons des clubs de foot et de leur ligue. On se souvient encore de la grève indécente des joueurs de l’équipe de France en plein Mondial. Le football français est malade non pas des taxes qu’il doit payer mais de l’argent qu’il génère. Les Français et plus généralement les peuples ont des raisons plus vitales de se plaindre.

    A l'Assemblée nationale on vient de voter un budget de misère qui ne sera pas tenu malgré l'augmentation des impôts. La fiscalité locale s'est accrue et les contribuables qui ont reçu leur taxe d'habitation et le foncier l'ont vite perçu. La courbe du chômage ne s’est inversée que par un bug informatique vite rectifié. Le chômage continue donc à augmenter, les entreprises à fermer leurs portes et à délocaliser.  Le compteur de la misère se mesure aux  restos du cœur, au Secours Populaire et au Secours Catholique.  Les listes des demandeurs de logements sociaux restent insatisfaites face à la spéculation immobilière et le 115 reçoit  les cris de détresse. Voilà la France d’aujourd’hui qui, à cause des carences de l’Etat, a toujours et de plus en plus recours à la charité. Et celle de demain ? L’horizon est assombri par une politique de régression sociale aggravée par Nicolas Sarkozy et poursuivie par François Hollande.

    Pidone

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  • Commentaires

    1
    Pidone
    Dimanche 27 Octobre 2013 à 08:41
    Le gouvernement a finalement décidé d'écarter les PEL et l'épargne salariale de l'alourdissement des prélèvements sociaux, après une demande en ce sens émanant de sa majorité. C'est la politique du grand pas en avant et du petit pas en arrière en fonction des sondages. Il s'agit d'annoncer le pire pour tester le ventre mou de l'opinion publique avant de faire passer une mesure antisociale.
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