• Quel rêve, hein, pour le pouvoir macronien, des bêtes. Ce serait plus simple

     

     

    Le pouvoir actuel, malgré toutes les péripéties qu’il connaît actuellement, entend poursuivre plus que jamais ses contre-réformes, au pas de charge. Il compte sur la désespérance, la passivité, la résignation de millions de Français, à la suite des politiques d’austérité et de régression sociales menées depuis des décennies par les gouvernements successifs, y compris  par ceux qui se réclamaient de la « gauche ». On pense plus particulièrement au « règne » de François Hollande. Mais ce n’est pas tout à fait le cas. Comme Antigone, face au roi Creon, des voix s’élèvent pour dénoncer, s’opposer à la nocivité des mesures prises par Emmanuel Macron et son gouvernement. Ces voix, certes encore minoritaires, ont décidé d’entrer en résistance et d’en appeler à un élargissement de la protestation.

     

    Une première vague de grèves et manifestations s’est exprimée lors de la journée du 9 octobre, à l’appel de la Cgt, Fo, Sud, la Fsu et la Cgc. Des dizaines de milliers personnes ont battu le pavé des rues dans une centaine de villes.

    A Ajaccio, elles étaient plus de huit cents. Ce n’est qu’un début. Continuons le combat pour ouvrir d’autres perspectives que celle de l’austérité, ou encore de la haine et de la peur. C’est plus que jamais une nécessité. 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Migrations :

    débat à gauche et ambiguïtés pour la France Insoumise

    Par Jacques Casamarta

     

     

    En Méditerranée ces dernières années des milliers de personnes ont perdu la vie et cette mer jadis carrefour des civilisations, est en train de devenir un vaste cimetière. 

    C’est dans ce contexte et avec la progression inquiétante dans la dernière période de l’extrême droite dans de nombreux pays européens, (l’Italie n’étant pas le seul exemple), que nous avons assisté à une offensive politique et médiatique de grande ampleur contre l’accueil des migrants. 

    C’est ainsi que de nombreux gouvernements européens, celui de la France compris, à l’unisson avec les directives européennes, ont rigidifié leurs positions. Ils ont traduit devant les tribunaux des militants solidaires, fermé ports et frontières à la solidarité, à l’Aquarius, bateau affrété par SOS méditerranée et qui navigue dans cette mer pour sauver des vies. Plus grave encore le pavillon a été retiré par Panama à l’Aquarius.

     Migrants : débats à gauche

    Mais depuis la fin de l’été dernier, le débat s’est aussi radicalisé dans une partie de la gauche. Des dissensions importantes se font jour fragilisant la cohésion et ouvrant une brèche pouvant conduire à crédibiliser le discours de l’extrême droite. C’est le reproche qui est fait à Sarah Wagenknecht ancienne élue du mouvement Die Linke en Allemagne et qui ce mois de septembre influencé par les idées populistes a créé son propre mouvement « Debout ». Une certaine presse l’a qualifié de gauche anti migrant, considérant que les immigrés menacent notre modèle social.  Djorje  Kuzmanovic responsable national de la France Insoumise et candidat sur sa liste aux prochaines élections européennes a emboité le pas, en relevant que le discours de la responsable allemande est de salubrité publique. Tout se passe comme si certains dans cette gauche anti libérale voulaient réviser les traditions internationalistes du mouvement ouvrier. Mais les propos heureusement ne convainquent pas et ont même de quoi inquiéter.

     Manifeste pour l’accueil des migrants

    Un élément vient de se produire et révèle au grand jour certaines ambigüités à gauche. Le refus par Jean Luc Mélenchon, les députés et les responsables de la FI, hormis la députée Clémentine Autain[i] de signer le « Manifeste pour l’accueil des migrants[ii] » initié par les rédactions de « Regards, Politis et Médiapart ».

    C’est à mon sens une faute politique, dans le contexte du moment et d’une extrême droite qui influence de plus en plus et les politiques européennes à l’égard des migrants, mais aussi de plus en plus les citoyens en véhiculant des préjugés négatifs et mensongers, comme par exemple :  « qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde », ou encore  « Que nous sommes envahis et qu’ils sont plus nombreux chaque année », tentant ainsi de désigner les migrants comme boucs émissaires, et coupables idéaux,  alors que la proportion d’étrangers en France est quasiment stable depuis 80 ans, ce que révèle le réseau Ritimo dans son « petit guide de survie[iii] », pour répondre aux préjugés tenaces.

     Ce qui reste une évidence et que la gauche anti capitaliste a toujours dénoncé, c’est que  ces hommes et ces femmes, migrants ou réfugiés ne sont pas le fruit du hasard, que les causes en sont multiples et qu’il faut lutter contre l’indifférence[iv].

    -  Ils sont d’abord le résultat des guerres à répétition conduites sous l'égide de l'OTAN et des grandes puissances, (États Unis en tête) qui ont conduit au chaos politique, économique et social de très nombreux pays.  En effet, comment vivre dans son pays, sa ville ou son village quand ceux-ci ont été entièrement détruits et que même l'eau potable n'existe plus ?

    - Ils sont aussi  le résultat de politiques réactionnaires, dits « libéraux » d'appauvrissement des populations et menées sous l'égide des grandes puissances, de la banque mondiale, du FMI, de l'OMC et autres satellites du capitalisme financier. 

    - Enfin il faut aussi relever la responsabilité historique des politiques coloniales hier et du néocolonialisme aujourd'hui, du pillage sans vergogne des matières premières depuis des décennies, système qui perdure encore aujourd'hui en particulier pour ce qui concerne la France, en Afrique. 

     Il est évident que pour la gauche anti capitaliste il n'y a pas d'autres solutions que de combattre en toute clarté et avec la plus grande énergie cette injustice flagrante, ce capitalisme prédateur. Il est aussi essentiel de réclamer l'arrêt des combats, des guerres, la baisse des budgets militaires pour investir dans les biens communs. Il est juste de dire qu’à la force des armes, il faut substituer la force du dialogue, de l'intelligence et de la coopération. Il faut chercher la voie de la Paix. 

    Si la solution était militaire, nous le saurions depuis plus de 30 ans, que se multiplient les guerres et interventions de l'OTAN. C'est le chaos qui au contraire a été au rendez-vous.  Partout, en réponse au chaos, la barbarie a aussi progressé. 

     Le résultat nous crève les yeux et chaque jour la Méditerranée en porte témoignage.

    La solution doit être tout à la fois humanitaire et diplomatique pour inverser le cours dramatique actuel. Mais notre solidarité doit être sans faille pour les migrants ou autres réfugiés politiques,  parce que nous ne pouvons assister passivement à la noyade de dizaines de milliers de personnes en Méditerranée. Une situation dramatique qui perdure et s’aggrave même aujourd'hui avec l'arrivée de gouvernements d'extrême droite ou proches de l'extrême droite en Europe. La France a elle aussi durant la dernière période durci sa position. 

    C'est dans ce contexte politique assez défavorable et avec une Gauche anti capitaliste affaiblie, éclatée et divisée, que deux événements importants ces jours ci ont redonné du sens au combat anti raciste, et remobilisé le peuple de gauche.

    - Le premier est l’importante mobilisation qui s’est développée pour sauver l’Aquarius et demander que la France donne le pavillon français au bateau.

    Le second est le succès obtenu par le « Manifeste pour l'accueil des Migrants », qui en quelques jours  a obtenu plus de 45 000 signatures  de soutien et qui traduisent pour ma part deux choses : 

     1) Une grande inquiétude de nombreux citoyens  face à la montée en France et en Europe d'actes racistes et xénophobes, mais aussi l'arrivée au pouvoir de mouvements de la droite dure se réclamant du populisme et entérinant à l'image de la Hongrie hier et de l'Italie aujourd'hui des politiques brutales contre les Migrants. Une politique de fermeture et de rejet allant jusqu’à empêcher les associations de poursuivre leur action de sauvetage. 

     2) Face au marasme ambiant et au pessimisme politique á gauche, ce Manifeste a été perçu comme un « acte politique et morale », « un véritable succès populaire qui rappelle que la  question mérite mieux que les divisions partisanes[v] »  selon l’historien et directeur de la publication de Regards Roger Martelli.

    En fait, il a été perçu comme quelque chose de très positif, porteur de sens. Au-delà de la question des migrants, son succès montre une satisfaction, celle de voir la Gauche anti capitaliste reprendre l'initiative dans le combat antiraciste, pour la solidarité et l'égalité. 

     Aujourd'hui l’urgence est de sauver des vies humaines, elle est de notre responsabilité individuelle. Le Manifeste pour l'accueil des Migrants est une initiative salutaire et il y a longtemps que nous attendions cette ample réaction face aux racistes et autres militants d'extrême droite. Dommage que certains á Gauche, aient tenté d’en réduire et la portée et l’impact. Il faut massivement signer ce Manifeste, comme il faut massivement œuvrer pour que l'Aquarius demain puisse continuer à sauver des vies et naviguer sous pavillon Français en Méditerranée. Une méditerranée qui est, au fil des mois pour ne pas dire des années, devenue la route la plus dangereuse au monde.

    Comme en d'autres temps,  des familles fuient les guerres, les conflits et autres misères. Notre conscience d'être humain est aujourd'hui interpellée, engagée. 

    Je n'oublie pas qu'en 1916 et 1917 au cours de la première guerre mondiale, le peuple corse a su se mobiliser et accueillir sur son sol, dans les villes et villages près de 5000 migrants et réfugiés Serbes qui fuyaient les combats dévastateurs. 

    Ceci est l’histoire, à nous de relever les nouveaux défis sans faux fuyants.

     



    [i] Clémentine Autain membre du mouvement politique Ensemble et députée France Insoumise de Seine St Denis. Article https://www.liberation.fr/france/2018/10/05/immigration-clementine-autain-au-ban-des-insoumis_1683502

    [ii] Le « Manifeste pour l’accueil des migrants » initié par les rédactions de Regards, Politis et Mediapart http://www.regards.fr/politique/article/150-personnalites-signent-le-manifeste-pour-l-accueil-des-migrants

    [iii] Petit guide de survie. Répondre aux préjugés sur les migrants. Ritimo décembre 2016.  

    [iv] Article Agoravox https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/migrants-ne-laissons-pas-gagner-l-168738

    [v] http://www.regards.fr/politique/article/migrants-une-question-politique-et-morale-pas-un-micmac-partisan

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  • S’unir, lutter ensemble pour une autre politique sociale et économique

     

    Le pouvoir macronien semble avoir quelques problèmes de cohésion interne et de crédibilité auprès de la grande majorité des Français : Affaire Benalla, démissions  de plusieurs ministres dont le dernier en date, Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, chute constante dans les sondages de la côte d’amour d’Emmanuel Macron, petites phrases affligeantes et particulièrement méprisantes du locataire de l’Elysée à l’égard des petites gens et des chômeurs. Tous ces problèmes sont abondamment traités dans les media et sur  les réseaux sociaux lesquels se livrent à une surenchère de commentaires et autres spéculations sur le devenir du président de la République. D’aucuns même y voient une fin de règne prématurée. Tout ce tintouin ne saurait masquer une réalité : Macron reste à la tête de l’Etat comme le prévoit la Constitution. Et comme il le dit lui-même, étant élu par les Français – même d’une façon très relative – il continuera jusqu’au bout à mener sa politique d’austérité et de régression sociale dictée par la Troïka et les marchés financiers.  Les exemples sont nombreux : casse du code du travail, attaques contre les acquis sociaux, augmentation de la Csg, en particulier pour les retraités, augmentation du prix de l’essence, des tarifs du gaz, etc. Dans le même temps, on accorde de nouveaux avantages aux plus riches.

    On ne pourra pas dire que notre président a failli à ses engagements électoraux. Mieux, il mène toute une série de contre-réformes à un rythme jamais égalé sous la Ve République. Le meilleur de ces contre-réformes reste à venir : allocations chômages, retraites, Sécurité sociale et accélération des privatisations de tous nos biens communs : aéroports, barrages hydrauliques, gares Sncf, etc. On peut en mesurer les conséquences pour la Corse, région déjà largement sinistrée socialement et économiquement.

    Doit-on seulement aboyer quand la caravane de la contre-réforme passe ? Ou encore se résigner et courber l’échine, comme le font, hélas des millions de Français depuis trop longtemps ?

    Il n’y pas d’autres alternative pour les forces de transformation sociale que de s’unir, y compris au plan européen et de mettre fin à des querelles partisanes et aux ego des uns et des autres. Sinon les conditions pour une situation à l’italienne risquent d’être remplies très rapidement. Avec pour conséquences, entres autres, la disparition de la vraie gauche et la montée des forces de la droite dure et de l’extrême droite. La bête immonde comme disait Bertolt Brecht n’est pas morte et recommence à montrer sa tête.

    S’unir donc, sur la base de propositions crédibles, anticapitalistes, claires sur tous les problèmes, y compris sur la question des migrants. S’unir pour reconquérir les couches sociales qui ont massivement déserté le camp du progrès social et de la démocratie, en se réfugiant par exemple dans l’abstention ou se jetant dans les bras du parti de la haine et de la peur.

    Pour sa part  Inseme a manca apportera toute sa contribution, pour la Corse, pour créer les conditions d’une refondation de la gauche, de la recrédibiliser auprès de milliers de salariés, de retraités, de jeunes, de chômeurs. Inseme a manca apportera son soutien aux luttes sociales qui ne manqueront pas de se développer dans les prochaines semaines pour s’opposer à toutes les mesures antisociales qui continuent à s’abattre sur la grande majorité de nos concitoyens. En particulier à la journée d’action du 9 octobre, organisée par la Cgt, FO, Sud, la Cgc et la Fsu. Inseme a manca sera présent, avec ses militants, amis et sympathisants, à

    la manifestation,

    à partir de 10h30,

    devant la gare d’Ajaccio.

     

     

     

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  • Riace non si arresta

     

    Soutien et solidarité

    à Mimmo Lucano

    Maire de Riace

    Il a accueilli des dizaines d'immigrés, mené une remarquable politique d'intégration, basée sur l'humain et la solidarité. Mimmo Lucano, maire de Riace. Aujourd'hui il est assigné à résidence ! Il est en attente de procès ! Un comble. Inadmissible.

    Voilà le résultat de la politique raciste et de haine menée par le nouveau pouvoir en Italie, regroupant les populistes du M5S et des fascistes de la Lega en Italie.

    Les réalisateurs du film "Un paese di Calabria" qui retrace l'engagement de Mimmo Lucano en faveur des immigrés, ont donné leur accord pour voir ce film, à titre gracieux.

     

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    Communiqué d'Inseme a manca-Ensemble à gauche

    N'empêchons pas l'Aquarius de sauver des vies.
    L'Aquarius doit naviguer sous pavillon  français.


    Inseme a manca - Ensemble à gauche, s'associe à l'initiative de SOS Méditerranée et appelle les Ajacciens et Ajacciennes à se rassembler devant la Préfecture  de région,
    Samedi 6 octobre
    à 18 h.

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  • Migrants : une question politique et morale

     Déjà près de 45.000 signataires pour le Manifeste pour l’accueil des migrants ! Un succès populaire qui rappelle que la question mérite mieux que les divisions partisanes, selon l’historien et directeur de la publication de Regards Roger Martelli.

    http://www.regards.fr/politique/article/migrants-une-question-politique-et-morale-pas-un-micmac-partisan

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  • MIGRANTS

    MENER LA BATAILLE

     

    Par Clémentine Autain

     

    Face aux renoncements et tergiversations des États à accueillir l’Aquarius, à la montée des droites extrêmes en Europe, à la propagation d’une xénophobie décomplexée, nous ne pouvons pas rester l’arme aux pieds.

    C’est pourquoi l’appel lancé par Regards, Mediapart et Politis rencontre un large succès. De Lilian Thuram à Josiane Balasko, de Thomas Picketty à Assa Traore, de Romane Bohringer à Sophie Wahnich, d’Annie Ernaux à Guillaume Meurice, 150 personnalités ont joint leurs forces à des collectifs militants pour donner de la voix en soutien aux migrants. La pétition en ligne engrange des dizaines de milliers de signatures citoyennes. Ce n’est pas rien.

    Dans le même temps, SOS Méditerranée a lancé une pétition pour sauver l’Aquarius, en demandant aux gouvernements de prendre leurs responsabilités et en appelant à une grande mobilisation citoyenne. L’ONG appelle à manifester le 6 octobre dans toute l’Europe. L’initiative est particulièrement bienvenue.

    Les réponses de Salvini et Macron, qui multiplient les atteintes aux droits fondamentaux, les murs et les contrôles, qui nourrissent le rejet et la rhétorique d’un danger immigré doivent être combattues sans relâche. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait à l’Assemblée nationale lors des débats sur la loi asile-immigration. À Gérard Collomb, nous avons dit et redit que leur présupposé de « submersion migratoire » était faux – le flux migratoire est globalement stable en Europe depuis plusieurs décennies – et que leur obsession à durcir les conditions d’accueil, jusqu’à l’enfermement de mineurs, était une folie. Le moulin de l’extrême droite fut ici comme ailleurs bien alimenté par la macronie, pourtant arrivée au pouvoir grâce au rejet de l’extrême droite… Dans ce paysage politique qui voit prospérer les idées xénophobes et, avec elle, des décisions dangereuses du point de vue des droits humains, la bataille contre ce qui fait le miel des droites extrêmes et du fascisme doit être menée sans ambiguïté.

    La façon dont Emmanuel Macron entend instrumentaliser la question est évidemment un piège. Il tente de se donner un visage moral face au FN en racontant une fable sur la question migratoire. La réalité est pourtant têtue : la macronie enfourche les recettes d’une droite radicalisée. La France n’a pas su accueillir l’Aquarius et la loi asile-immigration a mis en œuvre bien des rêves répressifs de la droite dure. Nous ne laisserons donc pas la macronie installer cette fausse bipartition, eux versus le FN. Nous tiendrons tête.

    Notre voix sur cette question capitale est celle qui défend des vies humaines et des symboles. Prendre à bras le corps le combat en faveur des migrants est un parti pris humaniste et stratégique. Pour le camp de la transformation sociale et écologiste, il n’y a pas de victoire possible dans les têtes comme dans les urnes sans une contre-offensive assumée sur l’enjeu migratoire. Ce fil à plomb que nous avons à tenir au long court participe de l’imaginaire, des batailles sociales, du projet politique d’une gauche de rupture. Ne pas céder une once de terrain aux adversaires sur cette question me semble indispensable pour faire grandir notre conception du monde. J’invite de ce point de vue à regarder la saga documentaire de Françoise Davisse et Carl Aderhold diffusé sur France 2 en prime time et retraçant 150 ans d’histoire de France par le prisme de l’accueil des migrants. Où l’on se rappellera combien cette question fut, à des périodes décisives, très structurantes d’un point de vue politique… J’invite également à lire la tribune dans Le Monde de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, qui appelle à la fraternité entre tous les travailleurs et rappelle que le dumping social tient davantage à l’inégalité des droits et non à la présence d’immigrés.

    Le récit que nous faisons, les thèmes que nous choisissons de porter en avant sur la question migratoire ne sont évidemment pas neutres. Mettre l’accent sur les causes des migrations ou bannir toute évocation de la liberté de circulation comme horizon, comme s’il s’agissait d’une ligne « no border » – à noter que le spectre des signataires de l’appel Regards, Politis, Mediapart est en l’occurrence si large qu’il me parait curieux d’y voir une mainmise « gauchiste » - ne me convainc pas. Ma conviction est qu’il ne faut donner aucun point à nos adversaires sur les termes du débat. Quand nous disons vouloir combattre le pouvoir de la finance, commençons-nous par égrener les difficultés bien réelles, comme la fuite des capitaux ? Non. Est-ce que, pour autant, nous ne prenons pas en compte la complétude du problème qui nous rendrait crédible à gouverner ? Je ne le crois pas. Nous menons une bataille d’idées, une confrontation politique. Celle-ci suppose de valoriser avant tout le sens et le cœur de notre proposition.

    Des voix s’élèvent pour dénoncer dans cet appel une diversion. Il ne faudrait pas parler des migrants car la question centrale, notamment pour les élections européennes qui s’annoncent, est ailleurs, dans la contestation de l’austérité et du libéralisme économique, l’enjeu migratoire n’étant qu’une entreprise de détournement des « vrais enjeux ». Comme si on pouvait échapper au moment politique qui est le nôtre, si bouillant sur la question migratoire. Bien sûr, ce n’est pas nous qui avons choisi d’en faire un thème de prédilection, et pour une bonne raison : nous contestons le fait que les immigrés soient considérés comme la grande cause des crises contemporaines. Il n’est pas question de courber l’échine devant l’agenda imposé par nos adversaires. Mais la façon dont le sujet émerge et s’impose dans le débat public nous oblige à mener la bataille. Oui, deux visions du monde s’affrontent.

    L’accusation de diversion me rappelle par ailleurs des querelles anciennes, quand on nous expliquait qu’il fallait mener la révolution prolétarienne et les droits des immigrés ou des femmes seraient réglés dans la foulée, quand on nous rabâchait la centralité de la lutte des classes, en ces temps où défendre les lesbiennes et les gays ou l’environnement était perçu comme une entreprise de diversion au regard du combat central. C’était avant Mai 68. Je me bats contre la dichotomie entre le social et le sociétal parce qu’en réalité, les sujets s’entremêlent. Je ne suis pas favorable à une approche reposant sur l’addition de luttes sectorielles, avec sa hiérarchie ancienne, mais pour une conception qui agrège et dégage du sens commun. Notre vision politique doit embrasser la cohérence de tous les combats émancipateurs.

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