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    Et maintenant les retraites

    François Hollande et son gouvernement ont vite fait de mettre au placard les promesses de campagne électorale. Au nom du réalisme politique et économique ! Lequel ? Mieux, ils se sont alignés sur les exigences de la Troïka en ratifiant le traité budgétaire européen. Comme ils ont cédé au Medef en soutenant l’ANI, accord sur « la sécurisation de l’emploi », en capitulant sur divers dossiers (ArcelorMittal, Petroplus, Sanofi, Renault, Peugeot), en mettant en œuvre le plan de compétitivité qui octroie un cadeau de 20 milliards d’euros, sans contrepartie, ni contrôle, aux  entreprises.

    Ce n’est pas tout. Les voilà qu’ils s’apprêtent à s’intéresser au dossier explosif des retraites. Une conférence sociale avec les partenaires sociaux est prévue pour les 20 et 21 juin 2013. Elle s’annonce chaude et François Hollande risque de perdre un peu plus de crédibilité et de soutien, surtout de la part de ceux qui ont contribué à le faire élire.

    Nos gouvernants ont donc fait appel à des « experts » pour préparer cette réunion. Et que disent ces fameux experts ? Il faut une réforme en profondeur du système des retraites. Si on prend le dictionnaire, réforme veut dire amélioration de l’existant. Voyons si les propositions lumineuses et inédites qui sont dans l’air, répondent à cette définition.

    L’espérance de vie augmente. Il est normal qu’on travaille plus longtemps, jusqu’à 62, 65, 67ans, voire plus. Entre parenthèses on aimerait voir ces experts s’escrimer pendant plus de quarante ans sur un chantier du bâtiment, dans un hôpital ou dans un centre de tri postal.

    Autres arguments, aussi inédits et lumineux. Il faut soit augmenter les cotisations des salariés de préférence, soit augmenter la durée de cotisations, 42, 45 ans et plus, soit supprimer l’indexation des retraites sur le coût de la vie, ce qui équivaudrait à une baisse du pouvoir d’achat et soit encore les trois à la fois.

    Ces experts nous affirmerons, la main sur le cœur, qu’il n’y a pas d’autre alternative, comme d’autres experts aussi brillants nous ont bassinés pendant des années, péremptoires, que la crise était fatale – sans nous expliquer les véritables causes – et qu’il fallait nous serrer la ceinture. Et en guise de remède que proposaient-ils : l’austérité. On peut aujourd’hui en mesurer les conséquences dramatiques dans de nombreux pays européens. Ces experts nous susurrent également qu’il serait souhaitable d’instiller une dose de capitalisation dans notre système de retraites. Adieu la solidarité à terme, pour le plus grand bonheur des compagnies d’assurances déjà à l’affut et pour le plus grand malheur des salariés les moins fortunés. Enfin,  on tape sur les retraités du secteur public qui seraient des privilégiés et vivraient au crochet de ceux du privé. Cet air est bien connu. Sur un autre registre on a entendu des discours semblables, insidieux. « Les étrangers viennent manger le pain des Français ». Il serait bon à ce propos d’entendre ou réentendre une vieille histoire, celle du douanier de Fernand Renaud, remarquable d’actualité.

    Donc, Hollande et son gouvernement s’apprêtent à s’attaquer à un gros morceau. Cèderont-ils une fois de plus aux exigences des marchés financiers et de la Troïka ? Dans ce cas, ils accentueraient leur reniement et leur alignement sur l’ultralibéralisme. Les salariés, les retraités se laisseront-ils enfumer ? Là est la grande question. En tous cas, seule une grande mobilisation fera obstacle au démantèlement d’un acquis fondamental.

    Jean Antoine Mariani

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