• La démocratie en mode mineureLa lutte sociale méprisée! Pour François Hollande, la stratégie de cette lutte est portée "par une minorité". Pour Manuel Valls, la CGT "prend en otage les Français et notre économie". Fait suffisamment rare pour être souligné, l'opposition adopte la même ligne, mais en plus dur. Ainsi, pour Christian Estrosi: "La CGT est composée de "groupuscules ultragauchistes, il n'est plus acceptable que le gouvernement continue de la considérer simplement comme un syndicat représentatif du monde du travail." Et puis, dans la même catégorie d’anti-cégétistes primaires qu’Estrosi, nous avons entendu Pierre Gattaz, patron du Medef, parler de « voyous » et de « terroristes ». Et puis, du côté de la presse, Franz-Olivier Giesbert a franchi le mur du çon (c’est un habitué) en associant la CGT à Daesh. Comme cela se dit dans les cours de récréation : « Si les cons volaient, il serait chef d’escadrille ». Voilà un éditorialiste, donneur de leçons, qui fréquente les salons parisiens, grenouille à la Télé et va s’encanailler à Marseille où il a trouvé l’inspiration littéraire : une caricature de bobo parisien pour les Marseillais.

    Plusieurs dirigeants politiques mettent en doute la représentativité des syndicats. En cause, le faible niveau d'adhérents. Mais les partis politiques font-ils mieux? La fédération française de pétanque rassemble à elle seule plus d'adhérents que le premier parti de France.

    La démocratie en mode mineure

    La CGT revendique aujourd'hui 688.000 adhérents alors que le parti socialiste en dénombre 131.000 et le parti communiste 130.000. Les Républicains, anciennement UMP, accusent la pire érosion entre 2007 et 2015, passant de 370.247 à 175.900 cartes, malgré un sursaut en 2013. Sans surprise, le parti qui monte est le Front national, qui passe, lui, de 7.000 à 51.000 adhérents sur la même période de temps pour en annoncer aujourd’hui 80.000.

    Philippe Martinez a raison sur un point: La CGT possède à elle seule plus d'adhérents que tous les partis politiques réunis, même si la loi française joue contre la syndicalisation : tout accord négocié par les syndicats représentatifs s'applique à l'ensemble des salariés. Dès lors, d'aucuns se disent à quoi bon soutenir les syndicats en y adhérant si l'on peut bénéficier sans risque de leur action et des avantages obtenus ? Quel salarié non syndiqué a refusé une seule avancée syndicale?

    La démocratie en mode mineure

    Si l'on considère la CGT comme le premier syndicat de France, c'est aussi parce qu'elle obtient le plus de succès aux élections professionnelles. Lors des élections professionnelles nationales en 2013, la CGT a obtenu 26,77 % des voix, contre 26 % pour la CFDT.

    En ciblant la CGT, le pouvoir socialiste et la droite veulent faire oublier que les actions sont menées par sept syndicats dont FO. Les campagnes de presse veulent diaboliser la CGT pour nuire à l’ensemble des revendications syndicales. Le but est d’imposer la régression sociale à tous.

    Si un problème de représentativité se pose, c’est au niveau des élus de la Nation. Pour reprendre une citation de Proudhon : « Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle Assemblée nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le  plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent ». Que dire alors du Sénat, cette maison de retraite pour privilégiés de la politique ? Le système électoral des sénateurs permet d’y faire entrer des fournées de politiciens à caser pour que la majorité bascule d’un côté ou de l’autre, dans une alternance conservatrice. On pouvait jadis penser que le Sénat était une Assemblée de notables réactionnaires dont les méfaits étaient heureusement compensés par une forte mortalité. Aujourd’hui, ils y entrent même jeunes comme l’ambitieux vert Jean-Vincent Placé ou quelques élus FN.

    La loi Travail a permis de mesurer le fossé qui s’est creusé entre les Français et les élus toujours majoritaires qui continuent à se livrer à des jeux politiciens pour imposer la régression sociale. Alors que le Premier Ministre a utilisé l’article 49.3 pour imposer une loi qui, même avec un peu de vaseline CFDT, ne passait pas, la majorité droitière du Sénat vient de débarrasser la loi de cette vaseline et d’y ajouter le retour  aux 39 heures. Si un nouveau Néron leur demandait, les sénateurs de droite et certains socialistes rétabliraient-ils l’esclavage ? On peut l’envisager. De son côté, Pierre Gattaz qui boudait faussement les quelques mesures obtenues par la CFDT, revient dans la course pour défendre, bec et ongles, l’article 2 de la loi, c’est-à-dire la seule chose qui l’intéresse vraiment : l’inversion de la hiérarchie des normes qui fait du code du travail un texte facilement contournable puisqu’il n’aura plus force de loi imposée à tous.

    C’est bien à une grande manipulation politique que l’on assiste pour imposer la régression sociale avec le concours actif des grands médias entre les mains des grands patrons ou de l’Etat comme France-Télévision dont l’information politique est passée sous contrôle du pouvoir socialiste, sans tout à fait quitter celui des Sarkozystes.

    Comment François Hollande peut-il parler de minorité, alors qu’il n’a pas été élu pour casser le code du travail et que, selon les sondages, 75% des Français sont hostiles à sa loi scélérate ? Quelle légitimité, en dehors d’un mandat de cinq ans obtenu par des mensonges électoraux, peut-il revendiquer pour lui-même avec une côte de popularité qui bat tous les records à la baisse ? Quelle légitimité peut évoquer Manuel Valls, même au sein du Parti socialiste, alors qu’aux primaires socialistes de 2012, il était bon dernier avec 5% des voix ?  Quelles légitimités ont des députés socialistes qui perdront leur mandat aux prochaines élections pour avoir soutenu une politique antisociale, comme ils ont déjà perdu leurs sièges de maires ?

    La réalité de la précarité et de la régression sociale, c’est cet intermittent du spectacle handicapé qui s’est immolé devant la caisse de retraite à Marseille le 27 avril 2016. Il a survécu et est toujours hospitalisé. Il n’en finissait plus de fournir des documents pour son dossier de retraite et, lorsqu’il s’est présenté deux jours avant de perdre ses droits, l’employé qui suivait son dossier était en congés. La réalité de la loi Travail et du Medef, c’est la casse des droits acquis par le sacrifice des Anciens et la lutte syndicale.  Les intermittents du spectacle savent ce que veut dire le mot « précarité » et cette précarité qui est la leur, le Medef veut l’aggraver et la généraliser sous le mot de « flexibilité ».

    La loi Travail est autoritairement assénée aux Français. La répression policière et médiatique des manifestations démontrent que notre démocratie est fragile car les élus peuvent user et abuser de leurs mandats avec une constitution présidentielle d’inspiration monarchique. Notre démocratie n’est plus qu’une illusion derrière laquelle se  cache un pouvoir médiatico-politique au service d’un petit nombre de rentiers qui s’enrichissent même en période de crise économique et de chômage.

    Dans le journal Atlantico, Emmanuel Todd parle de « fascisme rose » et de la domination des oligarques, soit 0,1% de la population qui font ce qu’il veulent en s’appuyant sur un socle électoral réactionnaire.

    Manuela Cadelli, présidente de l’Association syndicale des magistrats, a donné son point de vue dans le journal en ligne « Le soir » : « Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme. Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun ».

    La démocratie en mode mineureDans le marasme politique, un énarque imbu de lui-même s’est mis en marche vers le but de ses ambitions : la présidence de la république. Emmanuel Macron envoie des enquêteurs faire du porte à porte pour ajuster les promesses électorales alors qu’il est à l’origine de la loi Travail sans aucune concertation avec les acteurs sociaux.  Que fera-t-il des doléances qui vont venir percuter son logiciel ultralibéral et aristocratique ? Emmanuel Macron est le produit d’un élitisme costard-cravate. Il a lancé une opération de communication pseudo-populiste. Nous l’avons déjà vu réagir contre un manifestant en tee-shirt. Nous connaissons son ignorance de la réalité humaine du monde du travail lorsqu’il a considéré que des employées de GAD étaient illettrées et n’avaient pas de permis de conduire.Qui peut croire qu’il se met à l’écoute de milliers de Français, alors qu’il a même déclaré qu’il manque un roi à la France ? Quelle expertise offre-t-il en dehors de sa formation d’énarque mégalomaniaque et un passage dans la Finance chez les Rothschild ? On vient d'apprendre qu'il a su se soustraire à l'ISF et que le fisc l'a cravaté. On comprend pourquoi il veut supprimer cet impôt. Il n’a jamais obtenu le moindre mandat électoral et s’en vante comme si cela était un gage de modernité politique. Il est fier de sa carrière dans les coulisses du pouvoir sous le parrainage de l’éminence grise Jacques Attali et le concours d’un François Hollande qui a vu en lui le liquidateur de Manuel Valls, dans le cas où ce dernier voudrait se présenter en 2017. A l’heure actuelle, les chroniqueurs politiques se demandent si Emmanuel Macron s’est mis en marche pour Hollande ou s’il est en train de le trahir.

    Les partis politiques de droite et le parti socialiste sont phagocytés par des deuxièmes couteaux qui piaillent d’impatience et ne cherchent qu’à concrétiser leurs ambitions sans le moindre souci de l’intérêt général. Ils sont tous favorables à la régression sociale, à la défiscalisation des grandes entreprises et des riches. Ils se servent tous des questions de sécurité pour instrumentaliser les peurs et venir sur le terrain du FN.

    Au train où vont les choses et avec le système des primaires à l’américaine, nous risquons de nous retrouver à n’avoir, comme choix présidentiel, qu'une Marine Le Pen face à un Donald Trump français, car ils sont légions tant à droite qu’au parti socialiste.

    Battone

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  • LL'escroquerie sociale et politiquee pouvoir se crispe sur l’article 2 de la Loi Travail et Pierre Gattaz est sorti de sa fausse bouderie sur les modifications qui ont été apportées à la demande de la CFDT dans une pseudo-concertation qui sentait la connivence. Pour le Patron du Medef, la loi aurait été hier vidée de sa substance. Aujourd’hui, il y retrouve de la substance en s’accrochant à l’article 2 de la loi qui apparaît bien comme le « ver » dans la pomme croquée par la CFDT. Pierre Gattaz, il y tient à son article 2 de la Loi El Khomri. Il est venu apporter ses déclarations outrancières à la campagne de diabolisation de la CGT et de son secrétaire général. Il emploie les termes de « voyou », « terroriste » et de « stalinisme » pour des actions syndicales. Cela en dit long sur l’usage qu’il ferait de la déréglementation du travail et du syndicalisme dit réformiste.

    Les meutes libérales aboient plus fort contre les luttes sociales. La chasse à cour est ouverte pour isoler l’animal traqué. Seule le secrétaire de la CGT est la cible alors que d’autres syndicats participent aux mouvements sociaux contre la loi Travail. A travers lui, c’est le syndicalisme de lutte qui est visé pour promouvoir ce qu’ils appellent un syndicalisme de réforme qui accepte la régression sociale. Philippe Martinez a été l’invité d’une émission animée par Apolline de Malherbes sur la chaîne BFMTV avec, pour contradicteur, Philippe Doucet qui est l’un des fondateurs du pôle des réformateurs au sein du PS. Il est  en faveur d'une ouverture du Parti socialiste en direction de François Bayrou « jusqu'au juppéistes ». Après avoir soutenu Ségolène Royal, on le dit proche de Manuel Valls. Après avoir débuté sa carrière politique au Havre, depuis juin 2012, il est député de la cinquième circonscription du Val-d'Oise. Maire d’Argenteuil, il a été battu en 2014 mais cela n’a pas modifié sa trajectoire droitière. À la suite de deux plaintes déposées par son prédécesseur à la mairie d'Argenteuil à l'été 2014 pour des faits supposés de favoritisme, complicité et recel de ce délit, trafic d'influence, détournement de fonds publics, et abus de confiance aggravés, une enquête préliminaire est ouverte en janvier 2015 par le Parquet national financier (PNF) sur la gestion de Philippe Doucet entre 2008 et 2014. Ce dernier est accusé par Georges Mothron, actuel maire Les Républicains d'Argenteuil, d'irrégularités dans la conduite des affaires de la ville. Le maire d'Argenteuil s'appuie en effet sur un rapport de la Chambre régionale des comptes de juillet 2014, faisant état d'un déficit de 17 millions d'euros du compte administratif de la ville fin 2013, soit près de 12 % du budget de fonctionnement de la ville. En grave difficulté financière, la ville a échappé de peu à une mise sous tutelle de la préfecture du Val d'Oise en avril 2015 en contrepartie de sévères engagements d'assainissement budgétaire. Philippe Doucet n'a pas été sollicité par la justice. Une information judiciaire a été ouverte sur cette affaire par le pôle financier du TGI de Paris début février 2016. Lors de son mandat de maire d'Argenteuil, des médias lui ont reproché des pratiques non conformes avec les principes de laïcité principalement en faveur de la communauté musulmane. L'Observatoire de la laïcité du Val d'Oise, notamment, lui reproche de détourner les principes de la laïcité afin de capter une partie du vote confessionnel musulman, notamment en faisant campagne dans une mosquée. Il est également accusé par le nouveau maire Georges Mothron (UMP) d'avoir accordé des locaux à la mosquée locale sans faire payer de loyer et sans budgétiser les travaux d'un montant de 400 000 €. Cette procédure s'inscrit dans un contexte local d'opposition forte entre Georges Mothron et Philippe Doucet, décrit notamment par un reportage de L'Express intitulé « Argenteuil : la guerre des maires ». Philippe Doucet est un cadre supérieur du secteur privé. Il a passé la majeure partie de sa carrière en entreprise, dans différents groupes, notamment Philips (Origin), Thales et ATT, où il a occupé des fonctions supérieures de management.

    L'escroquerie sociale et politiqueCe politicien est une grande gueule au service de l’hypocrisie d’un pouvoir politique crépusculaire et il l’a encore démontré face au secrétaire général de la CGT. L’émission avait été préparée pour faire croire que la CGT est un syndicat stalinien et anti-flic. Eric Martinez s’est retrouvé dans un piège entre deux attitudes, l’une dure et l’autre modérée pour ne pas alimenter les chausse-trappes tendues avec en arrière-fond de l’écran des images choisies pour le diaboliser.  Parmi ces images, il a eu droit aux affiches de la CGT dénoncées par Alliance, un syndicat de police de droite que l’on fait régulièrement intervenir sur les ondes. Martinez n’a pas voulu cautionner personnellement les affiches mais aurait dû les défendre sur le plan de la liberté d’expression et il n’aurait pas été ridicule en disant « Je suis la CGT » comme d’autres ont dit « je suis Charly ».  La vue du sang sur une affiche provoquent les cris d’Orfraie, alors que celui des manifestants sur le bitume n’émeut pas les aboyeurs. Une affiche n’est qu’un message pour éviter le pire. Faudra-t-il des morts pour repenser la répression des manifestations en termes de sécurité pour  tous : manifestants et policiers. Les violences sur les manifestants sont-elles plus légitimes que celles sur les policiers. Pourquoi la presse d’Etat et la presse des grands patrons privilégient les images favorables aux policiers et ne se servent pas de toutes celles qui montrent les violences policières sur l’Internet ?

    « Romain D., lutte contre la mort, victime d'une grenade de désencerclement jetée par un policier : c'est à-dire le sujet même que dénonçait la FILPAC CGT par affiches...La représentation du réel, en France, soulève le cœur des bien-pensants, mais le sang qui coule d'un crâne de journaliste indépendant qui faisait son métier tout le monde s'en fout : journalistes salariés des milliardaires de l'information, ministre de l'intérieur, premier ministre, président de la République, députés de gauche et de droite ! » s’exaspère un Internaute.

    Nous avons relevé l’avis d’un Internaute : « Martinez est sympa, simple, pas méchant pour un rond, solide dans ses convictions, bosseur, fin tacticien. Mais il est plutôt moyen comme débatteur... Le coup de l'affiche de trop, il aurait pu se le garder pour lui. Le sang sur l'affiche n'est pas de trop, c'est juste sur le parcours des manifs qu'il est de trop ! L'utilisation de la police par Cazeneuve pose un sérieux problème depuis la mort de Rémy Fraisse. C'est là le sujet qui mérite débat. Pas celui d'une affiche qui est juste un support. Quand on va sur BFM, le Fox News à la française, face à Doucet qui considère que Gérard Filoche c'est la Corée du Nord, on cogne !»

    Bien évidemment, Philippe Martinez a été attaqué sur le blocage des journaux qui n’avaient pas voulu publier son article en accusant la CGT d’une atteinte à la liberté d’expression. Quelle hypocrisie ! En dehors de L’humanité et de certains journaux en ligne, tous les journaux appartiennent à des grands patrons qui peuvent tous les jours censurer les articles qui leur déplaisent. Un blocage de protestation d’un jour serait une atteinte à la liberté d’expression, un acte stalinien si l’on écoute Pierre Gattaz. Il faut donc rappeler les noms de ceux qui détiennent l’information et qui bloquent tout ce qui n’est pas conforme à leurs intérêts de grands patrons. Vous les trouvez sur les image ci-dessous :

    L'escroquerie sociale et politique

    Les émissions télévisées et une certaine presse n’arrêtent pas de parler de la France bloquée et de l’impossibilité de la réformer. Nous avons relevé sur un réseau social un commentaire sur le sens du mot « réforme ».

    EN FRANCE, ON PEUT NE JAMAIS RÉFORMER ! On connaît la complainte, que ce soit Nicolas Beytout ou Ghislaine Ottenheimer (ces journalistes nés avec une cuillère d'argent dans la bouche), ou François Fillon, et tant d'autres. Et Pierre Gattaz déclarant dans "Le Monde" d'aujourd'hui : "c'est la capacité de la France à se réformer qui est en jeu". Et ben c'est vrai ! La France est bloquée, elle est passéiste, elle n'a pas le goût de la réforme. Il faudrait réduire le temps de travail, mais elle ne s'y risque pas. Il faudrait cesser les rémunérations exorbitantes et indécentes du haut patronat, il faudrait indemniser davantage les sans-emploi, certains n'ayant même pas de quoi survivre, mais on maintient cette misère. Il faudrait investir, en particulier dans la transition écologique, mais les forces réactionnaires, traditionalistes, préfèrent rémunérer grassement les actionnaires et, par une conception étriquée de petits boutiquiers de la dette publique, réduire à tout prix les dépenses de l'État. Quand la France s'engagera-t-elle enfin dans une politique économique moderne ? YF

    Pendant ce temps, que fait la ministre du travail ? Elle tweete !

    L'escroquerie sociale et politiqueNon contente d’avoir coller son nom à l’inversion de la hiérarchie des normes qui fait du code du travail un recueil de lois facultatives, Myriam El Khomri a fait une nouvelle annonce dans un tweet du vendredi 27 mai … « du genre de ceux qui ont le don de nous plonger dans des abimes de perplexité auxquels succèdent des tréfonds de dépit qui à leur tour se muent immédiatement en furieuse envie d’éparpiller tout ça façon puzzle », commente un autre internaute.

    Myriam El Khomri a tweeté : « Notre objectif commun avec @CiscoFrance est de former en 3 ans 200 000 personnes aux métiers des réseaux numériques »

    Le Tweet d’un Internaute répond : « Ah ah ah, dans vos gueules les formations universitaires réseau/télécom. #pitoyable »  Nous vous proposons un article intitulé Cisco va former 200 000 personnes. Bordel, à quoi sert la fac ? Et dont le sujet est : L’allégresse avec laquelle la ministre du Travail annonce la délégation au privé d’une mission qui devrait revenir au service public, dont les moyens sont constamment essorés, est d’un cynisme inédit. Il est écrit par Olivier Ertzscheid Enseignant chercheur. Publié le 30/05/2016 à 12h15 sur le site RUE89. Cliquer ICI.

    La France est bloquée par l’article 49.3  qui est une « brutalité » et un « déni de démocratie » (C’est le député François Hollande qui le clamait en 2010 contre François Fillon, Premier ministre de Sarkozy). Et dire que le président du groupe socialiste Bruno Le Roux trouve que cette brutalité favorise les discussions. Il mérite bien son surnom de « relou » donné par un lapsus révélateur de Stéphane Le Foll.

    La procédure et les procédés utilisés pour la loi Travail prennent la tournure d’une escroquerie sociale et politique, avec ses actes préparatoires, sa prête-nom, ses complicités et ses manœuvres intellectuellement malhonnêtes. S’il n’existe pas dans le code pénal d’escroquerie aux promesses électorales avec utilisation d'une fausse qualité d’homme de gauche, le lanceur d’alerte australien Julian Assange n’avait pas hésité à utiliser le mot alors qu’il été interrogé par vidéoconférence sur la chaîne ITélé.  Le fondateur de Wikileaks, reclus depuis quatre ans à l'ambassade d'Équateur à Londres, a accusé ce mardi François Hollande d'être « une escroquerie comme de nombreux politiciens ». Il ajoutait : « on ne peut pas forcement lui en vouloir d'être un hypocrite, cela fait partie de son métier malheureusement ».

    Justement on ne peut que lui en vouloir car son hypocrisie a conduit jusqu’à la loi Travail inspirée par le Medef,  la commission européenne de Junker et la chancelière allemande. On ne peut que lui en vouloir car il se montre jusqu'auboutiste dans une concurrence d’autoritarisme entre lui et Valls. On ne peut que lui en vouloir parce qu’il a fait entrer Emmanuel Macron dans le gouvernement pour nuire au Premier ministre. On ne peut que lui en vouloir parce qu’il a menti sur l’essentiel. On ne peut que lui en vouloir parce qu’il a mis les Français dans la rue et n’a pour réponse aux manifestants que la répression policière. On ne peut que lui en vouloir d’avoir usé de l’anaphore pour tromper les électeurs…

     

    Moi, électeur, je ne voterai pas pour la réélection d'un menteur.

    Moi, électeur, je ne voterai pas pour l’élection d’un social-traître.

    Moi, électeur, je ne me ferai pas avoir par le vote dit « républicain ».

    Moi, électeur, je ne fais plus confiance aux dirigeants socialistes.

    Moi, électeur, je ne me laisserai pas abuser par des paroles de gauche et des actes de droites.

    Moi, électeur, je voterai pour le progrès social et le renforcement des droits des salariés.

    Moi, électeur, je voterai pour une réforme constitutionnelle mettant fin à la monarchie républicaine.

    Moi, électeur, j’appelle à  la formation d’un mouvement de gauche en dehors des partis en place.

    L'escroquerie sociale et politiqueNous terminerons notre propos par l’extrait d’une interview d’Adlène Meddi, écrivain et journaliste algérien sur la loi Travail. C’est le regard d’un Algérien qui vit et travaille dans son pays mais connaît bien la France.

    « … Il y a une sorte de guerre sociale violente muette en France et ailleurs, comme le décrit si bien Alexis Jenni dans « L’art français de la guerre ». Une violence transparente, qui se ressent parfois quand on parle de taux de suicides à France Télécom ou quand on vous explique que la mobilité au travail c’est super grâce aux belles tablettes connectées et à la 4G, alors qu’il s’agit de pratiques esclavagistes quasiment acceptées banalement par tout le monde. C’est ce qui nous mène vers la loi du travail et à son passage en force : comment voulez-vous qu’il en soit autrement alors qu’une partie de la société a accepté cette forme horrible de la politique de l’emploi précaire, volatile (j’ai vécu brièvement l’enfer et l’humiliation des boites d’intérim en France, étudiant à l’époque, cherchant à vendre mes muscles et ma chair, mon temps et mes matins glaciaux). Je pense qu’au-delà de la loi du travail il est intéressant de voir que les questionnements parcellaires sur la condition citoyenne face à la machine fascisante du tout-productif commencent à se fédérer. Il faudrait maintenant aller plus loin peut-être, étudier des pistes, sortir de la politique politicienne et dire que la société, le voisin d’à côté et la vieille du palier d’en face ont autant d’expertise de la vie et de l’humain (et sans faire de populisme) qu’un costard-cravate aux crocs acérés qui ne regarde que la courbes de la bourse. Tout un monde à refaire à condition d’être conscient de la constitution actuelle du citoyen qu’on a effacé pour en faire un consommateur bien obéissant. Pourtant, en France et ailleurs en occident, j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont choisi la voie de la citoyenneté, au prix de sacrifice. Je pensais que c’était des hippies des temps modernes. Hé bien c’est carrément eux le présent. Et, pourquoi pas, l’avenir … » Pour lire l’article sur le site « Du Texte au texte » cliquer ICI.

    Jean Frade

     

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  • Les chiens de garde en paroles et en actesL’émission des Paroles et des actes consacrée à Jean-Luc Mélenchon était de la même mauvaise trempe que celle offerte sous le titre « dialogue citoyen » à François Hollande mais diamétralement opposée dans l’intention de faire la propagande du Président et la destruction de son opposant.  Le choix des intervenants est apparu induit par l’Elysée. Le pouvoir a bien pris le contrôle des émissions politiques sur les chaînes nationales.

    La direction de France Télévision a été confiée à Delphine Ernotte-Cunci. Après avoir fait toute sa carrière à France Telecom, devenue Orange, où elle a occupé des postes de direction, elle est depuis le 22 août 2015, la présidente de France Télévisions, à la suite de sa nomination par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) le 23 avril 2015.

    Mme Delphine Ernotte-Cunci a été nommée pour remplacer Rémy Pflimlin à partir du 22 août 2015 et pour une durée de cinq ans, ce dont l’a félicité immédiatement Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication dont elle serait proche. Elle est également présentée comme une amie de Najat Vallaud-Belkacem. Selon L'Obs et Laurent Mauduit, sa nomination a été préparée par un influent réseau composé de David Kessler (ancien conseiller médias et culture auprès de François Hollande et responsable de la filiale cinéma de Orange), Xavier Couture (ex-TF1 et Canal+ et ancien conseiller chargé des relations avec les acteurs de l'audiovisuel auprès de Stéphane Richard) et par « le lobbyiste » Denis Pingaud, conseil de Mathieu Gallet. Selon plusieurs médias, elle aurait également reçu le soutien d'Anne Hommel, ancienne conseillère de Dominique Strauss-Kahn, ancienne secrétaire de Jean-Christophe Cambadélis et ancienne consultante d’Euro RSCG12. Laurent Mauduit ajoute que Sylvie Pierre-Brossolette, membre du CSA, a elle aussi milité, discrètement car « soumise à une obligation d’impartialité », pour sa candidature. Elle est la première femme à occuper ce poste. D'après Laurent Mauduit, Delphine Ernotte a été nommée grâce à la coalition des votes d'Olivier Schrameck, Sylvie Pierre-Brossolette, Nathalie Sonnac et Nicolas Curien — ces deux derniers, entrés récemment au CSA, étant « redevables de leur nomination » à Olivier Schrameck, selon Laurent Mauduit.

    Les rédactions de France 2 et France 3 dénoncent le 21 avril 2015 la procédure « opaque et anti-démocratique » mise en place par le CSA pour choisir le nouveau président de la télévision publique.

    Philippe Bilger dénonce également une nomination « dans un climat de connivence et de clientélisme aux antipodes de la transparence que l’audiovisuel aurait exigée ». Laurent Mauduit critique une désignation « entachée d’irrégularités », affirmant notamment que Delphine Ernotte a plagié le projet de son concurrent Didier Quillot par l'intermédiaire de Xavier Couture, qui aurait d'abord soutenu ce dernier avant de rejoindre Delphine Ernotte — Xavier Couture dément ces allégations.

    Deux syndicats, la CGC et la CFDT, contestent la régularité de la nomination de Delphine Ernotte en déposant plainte contre Olivier Schrameck pour abus d’autorité et trafic d’influence. Le ministère public classe l'affaire sans suit  puis le Conseil d'État rejette les recours. Les deux syndicats déposent ensuite un recours devant le Conseil d'État. Delphine Ernotte, qui n'est pas visée, publie alors un « mémoire en défense » contestant les allégations de Laurent Mauduit, selon ce dernier « pour les contester, les nuancer, les admettre mais en les corrigeant à la marge »

    Voilà comment est raconté le récit de la nomination de Mme Ernotte à la tête des deux chaînes nationales FR2 et FR3. A FR2 la nouvelle patronne a procédé a un changement notable : le 7 décembre 2015, Michel Field est nommé directeur exécutif de l'information de France Télévisions par Delphine Ernotte, en remplacement de Pascal Golomer.

    On se souvient que, après ce changement, François Hollande fut l’invité d’une émission créée pour lui et animée par l’inévitable David Pujadas. Il n’y avait pas son habituelle complice Nathalie Saint Cricq remplacée par Léa Salamé, qui devrait prendre la suite de Pujadas dans une nouvelle formule. Pour clore sa série d’émission Des paroles et des actes, David Pujadas a invité Jean-Luc Mélenchon. Dès le début de l’émission le roquet du PAF a donné le ton par une série de questions volontairement équivoques sur les manifestations et les grèves. Le but était visiblement de déstabiliser  son invité et de le placer en point de mire pour les tirs suivants préparés par Nathalie de Saint Cricq et François Lenglet, en bons soldats. C’était sous-estimer Jean-Luc Mélenchon qui ne s’en est pas laissé compter, évitant les chausse-trappes et résistant aux provocations, même si parfois il était poussé à hausser le ton pour se faire entendre et détricoter les pièges grossiers dans lesquels on voulait l’enfermer.  Nous étions là dans le jeu habituel entre des chiens de garde de l’audiovisuel et les politiciens à abattre.

    Les chiens de garde en paroles et en actesLes chiens de garde en paroles et en actes

    Toutefois, nous tombons dans la supercherie avec l’intervention d’une citoyenne et d’un citoyen, sensés représenter l’une les jeunes agriculteurs et l’autre les artisans boulangers. Malgré les efforts de Jean-Luc Mélenchon pour établir un dialogue, ces deux personnages étaient visiblement là pour s’opposer à lui. Leur intervention a pris la tournure d’un acharnement prémédité.

    Les chiens de garde en paroles et en actesVérifications effectuées par des journalistes indépendants intrigués par cette attitude proche du service commandé, la représentante des Jeunes agriculteurs est une diplômée de Sciences-Po et de l’Essec qui a repris les 150 hectares de terres céréalières familiales et qui serait en très bons termes avec le ministre de l’agriculture et le Premier Ministre. Cette « jeune agricultrice » s’est montrée arrogante et imbue de sa personne, après la présentation élogieuse faite par Pujadas.  En ce qui concerne, l’artisan-boulanger, il a obtenu le marché public du Palais de l’Elysée et tient sans doute à le conserver en réélisant François Hollande. Il a reçu le prix de la meilleure baguette de pain. On sait que, pour le Palais de l’Elysée, il faut toujours le meilleur lorsqu’il s’agit des agapes. Mais, à l’occasion de cette émission, la baguette nous reste en travers.

    Cette tentative de manipulation des masses est scandaleuse et salit un peu plus ce journalisme au service des puissants. Et dire que le patron de l’information est actuellement Michel Field qui s’est taillé une réputation d’intellectuel et qui a choisi Léa Salamé pour animer les prochaines émissions "parce que Léa est virevoltante et sexy", a-t-il dit. Cela en dit long sur sa conception de l’information politique.

    Le « dialogue citoyen » (avec Léa Salamé et David Pujadas) organisé pour François Hollande avait déjà été réservé à des invités soigneusement triés. Deux invités avaient été décommandés. La direction de la chaîne nationale aurait bien accepté, sur demande de la présidence, d’écarter l’intervention initialement prévue de Nadine Hourmant, déléguée syndicale Force ouvrière (FO), aurait indiqué une source interne, confirmant une information du Monde. Celle-ci s’était distinguée il y a deux ans sur le plateau de “Des paroles et des actes” en dénonçant les "cadeaux" fiscaux du gouvernement socialiste au patronat. Le deuxième invité récusé est un agriculteur breton, Nicolas Le Borgne. Pourtant, comme le montraient leurs précédentes interventions dans les médias, les deux Bretons avaient bien des choses à dire au président. Que ce soit sur la situation des salariés, comme l'avait fait Nadine Hourmant dans l'émission "DPDA" en 2014, ou sur celle des éleveurs en crise.

    Avec Jean-Luc Mélenchon, le choix des intervenants n'a pas été dicté par le même souci. C'est le moins que l'on puisse dire.

    Avec la fin des paroles et des actes, on ne se fait aucune illusion sur la future émission prévue en remplacement et dont le prélude aura été le « dialogue citoyen » offert à François Hollande. David Pujadas a dû sauver sa reconversion dans une autre production, sans parvenir à dézinguer Mélenchon dont l’intervention a été jugée positivement par les Internautes. C’est ce qui s’appelle un effet boomerang sur ses pourfendeurs. Le traitement particulier réservé à l’homme politique de gauche  devrait toutefois s’amplifier. La nouvelle direction de France Télévision n’a pas été mise en place avant les élections présidentielles pour assurer une information objective. C’est clair !

    U barbutu

     

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  • Interrogé par iTélé, le 19 octobre 2010 à propos de la pénurie de carburant, Manuel Valls disait son refus des blocages mais il faisait endosser la responsabilité de la paralysie au gouvernement Fillon, accusé de refuser le dialogue social. Et de prophétiser que l'absence de concertation se paierait dans les urnes lors de l'élection présidentielle de 2012, tout en soulignant les mérites des centrales syndicales que le député PS de l'Essonne jugeait alors "extrêmement responsables". Quel « coming out » nous fait aujourd’hui le Caudillo ! En octobre 2010, il prédisait une défaite de Sarkozy lors de son interview. En reprenant ses déclarations, nous dirons que son attitude se paiera dans les urnes.  

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  • Les casseurs, inconsciemment ou volontairement, servent les politiques. Pour ces derniers, ce qui compte, c'est que le soir des manifestations, à la télévision, on ne parle pas des revendications mais des dégâts causés par les casseurs qui, de leur côté, poursuivent le même objectif : ils veulent qu’on parle d’eux. Il ne s’agit pas pour les casseurs de manifester contre la loi Travail mais contre la police.

    Le calcul est cynique des deux côtés. Celles et ceux qui soutiennent les casseurs ne l’ont sans doute pas compris. Bien évidemment, les bavures policières montrées sur les réseaux sociaux ne font qu’attiser cette haine de la police dont veulent se servir les casseurs pour entraîner les jeunes manifestants dans la violence.

    De l’autre côté, la manifestation des policiers n’arrange rien. Cette manifestation a été organisée par le syndicat Alliance. Jean-Luc Garnier, premier secrétaire d’Alliance, a pris sa retraite en 2005 à l'issue de son dernier mandat. Libre de tout engagement, il a rejoint l'équipe de Nicolas Sarkozy. Ce syndicat est classé à droite et s’est développé lorsque Nicolas Sarkozy était Ministre de l’Intérieur avec pour objectif de contrer d’autres syndicats jugés trop à gauche.

    La manifestation policière devait dénoncer  la « haine anti-flic ». Plusieurs personnalités politiques comme Eric Ciotti (LR) Geoffroy Didier (LR), Bruno Ratailleau (LR), Marion Maréchal-Le Pen (FN), Gilbert Collard (FN), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) étaient présents. Marion Maréchal-Le Pen a pu tester sa popularité auprès des policiers en se livrant à des selfies. Parmi les rares représentants de gauche, le député Olivier Falorni (ex-PS) a été aperçu. La droite et l’extrême droite ont donc politisé un peu plus un événement organisé à la fois contre les manifestations et contre le pouvoir socialiste. La récupération ne s’est pas faite attendre, du côté de Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, qui, devant l’assemblée nationale, ont attaqué le Ministre de l’Intérieur en lui reprochant ne pas défendre la police. « Vidé de sa substance, banalisé, l'état d'urgence semble être davantage devenu une arme médiatique pour le gouvernement qu'un blouclier protégeant les Français efficacement », a déclaré la benjamine et de son côté l’avocat a poussé sa diatribe : « Le vêtement est trop grand pour vous, et vous disparaissez sous les loques de l'état d'urgence ». 

    Cette manifestation policière et droitière autorisée sur la place de la république a été vécue comme une provocation par des manifestants de Nuits debout, à qui l’accès en aurait été interdit. Une contre-manifestation non autorisée s’est soldée par l’attaque d’un véhicule de police isolé. Il s’agissait de deux fonctionnaires, un homme et une femme. Ils n’étaient impliqués ni dans le service d’ordre ni dans la manifestation policière mais revenaient d’une intervention de sécurisation routière sur le périphérique de Paris. L’attaque a été très violente et le véhicule incendié. Les images ont été largement diffusées. Les deux fonctionnaires ont été protégés par des manifestants contre un petit groupe de casseurs, casqués et masqués. Bien entendu, cet épisode affligeant anime les réseaux sociaux avec des commentaires agressifs de part et d’autre. Pour nous, malgré les violences illégitimes de policiers lors des manifestations, cet acte est ignoble. On s’aperçoit que les casseurs en action s’amusent et la violence n’est qu’un jeu, un exploit dérisoire. C’est politiquement nul. C’est simplement criminel. Les deux policiers, un homme noir et une femme, n’ont rien à voir avec la répression policière des manifestations. Ce comportement haineux est aussi condamnable que celui du policier auteur de violences illégitimes. Il est contre-productif puisqu’il justifiait la manifestation des policiers à quelques rues de là et ne fera qu’attiser les haines.

    Une fois encore les casseurs ont ainsi occupé la Une des journaux et occulté les raisons des manifestations du 17 mai. Aujourd’hui nouvelles manifestations dans une actualité focalisée sur une catastrophe aérienne. Editions spéciales, défilé des experts et des politiciens, Hollande dans le rôle qu’il affectionne, celui de soutien moral des familles endeuillées. En dehors de cette  tragédie donnant la mort en spectacle,  les journaux télévisés ne s’intéressent plus qu’aux casseurs dont la violence normalise la répression policière et justifie les bavures. En revendiquant par une pancarte avoir voulu « rôtir des poulets » dans leur véhicule, les casseurs ont fait monter la violence d’un cran.  Les slogans « tout le monde déteste la police » ou « la police assassine » remplacent ceux hostiles à la loi Travail.

    On a reproché aux services d’ordre des syndicats de ne pas intervenir contre les casseurs lors des manifestations. Maintenant, ces services d’ordre syndicaux sont traités de collabos par les casseurs et sont les premiers pris à partie lorsqu’ils interviennent. Matraques, bâtons, battes: en fin de manifestation mardi, des SO CGT et FO se sont armés « après avoir été caillassés et traités de collabos». C'était une première depuis le début de la mobilisation contre la loi travail en mars. Des images montrent que la violence est aussi du côté des casseurs.

    Deux policiers du syndicat CGT ont rencontré des manifestants de Nuits debout et le journal en ligne Reporterre relate la rencontre. Le secrétaire général de CGT Police, lorsqu’il est interrogé sur les violences policières, répond : « Si on trouve « toujours des gens irresponsables », les principaux coupables sont « les donneurs d’ordres ». « Les groupes violents sont clairement identifiés avant les manifestations. Pourtant, rien n’est fait, dénonce-t-il. Parfois, nous voyons des manifestants s’équiper de casques et d’armes juste devant nous, et aucun ordre n’arrive. Le 8 avril, on a poussé la compagnie de CRS pour que des personnes violentes puissent rejoindre la place. Évidemment, le soir même, c’est parti en vrac. Après, tout ceci est instrumentalisé au niveau politique.» Vous pouvez lire l’article ICI.

    Au-delà des violences commises par les casseurs et les policiers, la politique menée par François Hollande et Manuel Valls a créé le climat propice à des conflits sociaux durs et à la montée de l’extrême-droite. La gestion des manifestations n’a fait qu’aggraver les tensions. Le Chef de l’Etat et son Premier ministre portent donc la responsabilité politique de tous les débordements. Lorsque la répression devient une méthode de gouvernement, il ne faut rien attendre de bon. Nous sommes entrés dans le cycle de la violence. Lorsque la trahison devient un comportement idéologique, il ne faut rien attendre de juste.

    François Hollande et Manuel Valls n’ont fait qu’aggraver la méfiance des Français envers la classe politique. Certains n’espèrent plus rien des élections et mêmes des manifestations. Ils sont lassés par la guerre des chiffres entre organisateurs et ministère de l’Intérieur   et le traitement qu’en fait la presse. Il n’est pas étonnant que des groupes anarchistes d’un côté et l’extrême-droite de l’autre pensent pouvoir exploiter le contexte social. Nos élus ont pensé obtenir la paix sociale, grâce à la lutte contre le terrorisme et à l’Etat d’urgence, et, dans cette perspective, ont décidé d’une régression sociale sans précédent. Lorsque la soumission est ce que le politique attend du peuple, le parti socialiste peut s’attendre à de cinglantes défaites lors des prochaines élections. François Hollande a plombé la Gauche et il faudra du temps pour qu’une gauche alternative se construise. Elle se reconstruira en dehors de lui et de sa garde prétorienne. Il n’aura aucune place dans l’histoire de la gauche française si ce n’est celle de social-traître.

    Aujourd’hui, avait lieu la énième manifestation contre la loi Travail. A Paris, le seuil de la pollution bat encore les records avec le déluge de gaz déversé par les forces de l’ordre. On se dit que cela illustre bien le fait que Manuel Valls et François Hollande fabriquent des usines à gaz pour enfumer tout le monde.  D’aucuns se demandent si cela a encore un sens, alors que les casseurs ont pris pour cibles la police, des vitrines de magasins et de banques. Cela a-t-il encore un sens alors que la loi sera bientôt définitivement non votée par un deuxième recours à l’article 49.3 ? Le coup de force de l’autisme politique est programmé. La grève générale n’est-elle pas la seule arme sociale  plus efficace que les manifestations ? Des blocages ont été annoncés dans les ports, les aéroports et les gares. Manuel Valls a déjà averti qu’il enverrait les forces de l’ordre pour y mettre fin. N’est-ce pas encore une intimidation qui pousse au recours à la violence, celles et ceux qui n’y ont pas encore adhéré ? Nul ne peut dire où mènera la fuite en avant du pouvoir en place, si ce n’est que la fin de quinquennat sera encore plus désastreuse que les quatre années passées.

    Finalement la police, le gouvernement, la presse et les casseurs auront annihilé l’action de milliers de manifestants ? La cible de toutes ces violences est l’action syndicale. La police a laissé faire les casseurs dans un premier temps et les casseurs servent maintenant à diaboliser les manifestations, tout en occupant l’actualité. Cela n’a pas démoralisé les manifestants mais a minimisé leur action en occultant les revendications. Toutefois perdre une bataille, ce n’est pas perdre la guerre déclenchée par Hollande et Valls. Au train où va la régression sociale et, avec les projets politiques de la droite, le mécontentement devrait s’amplifier. Les menaces terroristes et la collaboration des dirigeants de la CFDT ne suffiront pas à maintenir la paix sociale. Ce n’est plus une guerre de tranchée mais une reconquête des acquis sociaux qui s’annonce, même si Hollande et Valls essaient de se persuader du contraire.

    Fucone

     

     

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  • Est-ce le moment de la clarification au PS ?François Hollande a de plus en plus le regard de Buster Keaton sur le visage de Louis XVI. Il est devenu un comique triste, un roi grotesque avec sa favorite, ses courtisans et ses vassaux.  Le 8 mai dernier, lors de la cérémonie officielle devant la flamme du soldat inconnu, il a voulu défendre son bilan en l’associant à la victoire de 1945, alors  que son joker libéral Emmanuel s’est occupé de récupérer le mythe de la pucelle d’Orléans.  Le 8 mai 1945, c’était la fin de la guerre contre le nazisme. C’était aussi les grandes idées du Conseil de la résistance. Le 8 mai 2016, c’est la loi Travail et l’usage abusif de l’article 49.3 de la constitution.

    Et le bilan de quatre années d’exercice d’un président qui a trahi ses électeurs ? Aux pieds du soldat inconnu, Hollande a solennellement fait preuve de son autosatisfaction coutumière qui est devenue la feuille de route de tous ses communicants. Le fil de l’argumentaire est le leitmotiv présidentiel : « Nous avons bien redressé le pays depuis quatre ans.» C’est dit en écho à son « La France va mieux ». Et d’écho en échos de sa garde prétorienne, la méthode Coué est devenue le mode de communication hollandien. Les 600 000 chômeurs supplémentaires depuis mai 2012 apprécieront. Il est improbable que la méthode Coué agisse sur eux.  Surtout que l'article 52 de la loi Travail ne fait qu'aggraver leur situation.

    Hollande  ajoute : «Je fais en sorte qu’il puisse y avoir un certain nombre de redistributions qui se fassent dans la maîtrise de nos finances publiques. » Les magistrats de la Cour des Comptes doivent bien rigoler de leur ancien collègue. Les déficits dépasseront les 300 milliards d’euros fin 2016. A part Nicolas Sarkozy et son quinquennat où la dette a progressé de plus de 500 milliards, personne n’a fait pire.

    Concernant la redistribution dont il parle, il se croit obliger de préciser : « Il ne s’agit pas de cadeaux qui devraient être faits. Je n’ai pas cette conception-là ».  Il veut sans doute parler des 1,6 milliards pour fabriquer des emplois fictifs temporaires pour les jeunes et des 32 milliards d’euros annuels de la formation professionnelle , des 2,4 milliards pour relever le point d’indice des fonctionnaires et des 265 millions d’euros de primes pour les instituteurs. Tout cela est bien tardif et fait dire à la Droite que ce sont des frais de campagne électorale mis à la charge du contribuable. Et les milliards du CICE qui n’ont pas créé d’emploi mais ont servi à régler des dividendes aux actionnaires et les augmentations de salaires des patrons ? Il a oublié les vrais cadeaux fiscaux que la Droite trouve insuffisants. Les cadeaux, il les a fait au patronat et aux actionnaires. Maintenant, il fait du sous-poudrage électoral et tente d'inverser la courbe du chômage comme il le peut.

    Hollande assure que, « lorsque l’effort a été mené, lorsque les comptes publics sont redressés, il faut qu’il y ait un soutien à des catégories qui ont participé à l’effort ». Il se moque du monde. Deux jours plus tard, Valls a recours au 49.3 pour imposer la loi Travail et attise la guerre sociale qui est entrain de s’aggraver. On comprend que les mesures envers ceux qui ont subi la crise ne sont qu’une cosmétique sociale préélectorale. Pendant quatre ans, il a apporté son soutien au patronat et aux actionnaires qui n’ont fourni aucun effort. A celles et ceux qui ont subi la crise et à qui il a imposé des efforts, il propose une précarité aggravée par la casse du code du travail.

    Faut-il en rire ?

     

    Le 8 mai 2016 ne sera pas une victoire de la Gauche.  C’est le début d’une guerre sociale dont tout le monde ignore les conséquences. Celui qui se dit un homme de compromis aura amené la France à l’ultralibéralisme avec le projet de ranger le socialisme au musée des souvenirs trahis. Ses compromis sont une trahison des valeurs de la gauche et ne sont que des reculs sociaux. Le 49.3 n’est pas fait pour un armistice social. Il conduit le Parti socialiste à de sérieux revers électoraux. Cette période de collaboration libérale risque d’installer une Droite plus arrogante qu’auparavant avec un glissement vers l’extrême-droite mettant en péril les libertés individuelles et le vivre ensemble.

    Est-ce le moment de la clarification au PS ?La liste des griefs est  longue : état d'urgence permanent, régression sociale, répression… mais aussi absence de vison globale, hypocrisie en matière d’écologie de celui qui  se prétend   leader international sur le sujet. La France préside la COP 21. Quelle belle affaire ! L’article 49-3 est l’arme de la trahison en même temps qu’un déni de justice, qu’une brutalité. Les gesticulations des frondeurs ne maintiennent plus l’illusion d’une aile gauche au PS.  Manuel Valls veut une clarification. Il ne supporte plus celles et ceux qui ne veulent pas suivre « la voie qu’il propose », sa conception de la social-démocratie. Monsieur 5% aux primaires socialistes de 2012 (bon dernier) a, avec Hollande, imposé son idéologie libérale et ses méthodes musclées au PS. La déviance libérale du Parti socialiste est le résultat des mensonges électoraux et de la mainmise opérée sur sa direction par des socio-traitres. Le socialisme ne fait déjà plus partie du fond idéologique du PS. L’étiquette ne correspond plus au contenu. On doit rappeler que Manuel Valls le voulait ouvertement avant d’être nommé Premier Ministre, puisqu’il avait suggéré d’en modifier l’appellation en abandonnant « socialiste ». Toutefois, on se demande pourquoi il a adhéré à ce parti à l’affiche socialiste puisque le socialisme est selon lui archaïque et se trompe depuis cent ans. Aurait-il fait de l’entrisme pour extirper une idéologie qu’il a toujours méprisée ? Pour Manuel Valls, la Gauche de lutte est confortable et abstraite. Ce qui l’intéresse, c’est le pouvoir, c’est-à-dire une pseudo-gauche gestionnaire, car il tient à son appartenance à une gauche qu’il veut redéfinir sans que l’on en comprenne les contours en dehors d’une gestion libérale autoritaire. Quel mépris envers les luttes sociales et les principes fondateurs du socialisme ! Quelle adhésion au système de l’alternance libérale ! Quelle régression du combat politique !

    Valls veut une clarification. C’est le moment de dire : Basta ! La rupture radicale avec le PS et tous ses représentants est salutaire pour la Gauche. Ceux qui, au PS, se sentent trahis par leur dirigeants et leurs gouvernants n'ont qu'à prendre leur responsabilité et rejoindre une gauche alternative au lieu de cautionner l’alternance libérale.

     

    Battone

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  • L’historien Pascal Blanchard, spécialiste du fait colonial et des immigrations interrogé à la suite de la parution du livre « Le grand repli [1]», expliquait : «  Lorsque j’interroge des jeunes de douze/treize ans sur leur destin et leur identité, c’est une catastrophe. Ils répondent n’avoir jamais été Français – alors qu’ils sont nés en France – et qu’ils ne le seront jamais. Ils ne se disant pas davantage Algériens ou Marocains, mais s’affirment Arabes, Noirs ou Musulmans. C’est la dernière identité forte qu’ils peuvent avoir, une sorte de groupe de substitution pour se protéger, se sentir fort et protégé. Cela représente un stigmate fort dans une société en totale perte d’identité, qui s’éloigne de toute notion de vivre ensemble et, bien entendu, de tout sentiment d’être pleinement citoyen français ».

    Pour cet historien la France « n’a pas digéré son passé colonial. On se pose la question « Où découvrir l’histoire coloniale ? ». Nulle part en France ! Et pourtant ce ne sont pas les musées qui manquent. La France semble incapable de regarder  en face son histoire de nation impériale. Les peuples colonisés découvrent chacun leur propre histoire à travers celle de leurs familles ou racontée par des mouvements d’indépendance.  Amnésie collective ? Plutôt déni de l’Etat français. Cette attitude nuit à l’intégration des immigrés. Les migrants sont souvent considérés comme les descendants des « indigènes » de l’empire colonial français. L’intégration devrait passer par la connaissance de l’histoire et de la culture des migrants et réciproquement les migrants devraient apprendre à connaître celles des natifs de leur pays d’accueil. Aucun gouvernement n’a mené une véritable politique  publique d’accompagnement des primo-arrivants et de leurs enfants. C’est le laisser-faire qui a prévalu en pensant que tout allait se faire tout seul mais aussi l’immigration n’a jamais été un enjeu majeur en dehors des campagnes électorales.  Lorsque la question de l’immigration se pose, la politique divise la société avec deux pôles : d’un côté le populisme xénophobe et de l’autre l’utopie béate.

    Pierre Blanchard insiste sur le rôle de l’éducation comme arme majeure et ultime pour construire un destin commun. Dans les connaissances à acquérir, l’histoire devrait tenir toute sa place. Les politiques le savent. Il suffit de citer le négationnisme de l’Etat turc en ce qui concerne le génocide arménien. Une nation démocratique ne peut se créer durablement sur le négationnisme. Des autocrates ont voulu constituer des nations sur des mensonges historiques. En France, l’étude de l’histoire devrait laisser une plus grande part à l’histoire de chacun mais aussi celle de leurs ancêtres. Les jeunes d’origine africaine ou antillaise connaissent-ils les députés comme Hégésippe Jean Légitimus et Blaise Diagme ? Les jeunes Maghrébins connaissent-ils les sportifs Larbi Ben Barek ou Boughèra El Ouafi ? Et toutes celles et ceux qui se sont battus pour la France, comme l'émir Khaled ou l’aviateur vietnamien Do Hûu VI ?

    Le Front national (de façon plus générale l’extrême-droite) mais aussi une partie de la droite ont choisi le populisme en considérant l’autre comme un danger individuel et collectif, quand il n’est pas traité comme inférieur.

    Cette politique est responsable du repli identitaire des communautés réelles ou imaginaires. La responsabilité est aussi chez ceux qui ont laissé croire aux migrants que le « vivre ensemble » les dispenser de mieux connaître le pays d'accueil et de respecter des règles comme celle de la laïcité. Si l’on n’a pas ou mal  appris aux natifs à vivre avec le migrant de religion musulmane et d’une autre culture, l’inverse est tout aussi néfaste. Le « vivre ensemble » passe par une reconnaissance mutuelle et dans reconnaissance, il y a le mot « connaissance ». L’effort d’acceptation doit être accompagné par un effort d’intégration. Lorsque l’on dit intégration, ce n’est pas l’assimilation. Il s’agit d’une intégration citoyenne. Il ne s’agit pas de créer du semblable. Pour Émile Durkheim, l’intégration est une propriété de la société elle-même. Plus les relations internes à la société sont intenses, plus la société en question est intégrée. L’intégration s’oppose ici à l’anomie, qui signifie la désorganisation sociale et la désorientation des conduites individuelles produites par l’absence de règles et de contraintes sociales. Les mots ont leur importance.

    Si la France a inventé la « société diverse », elle devrait revisiter son histoire et développer une véritable politique d’immigration. L’Europe est face au problème des migrants venus de Syrie, d’Irak et d’ailleurs via la Turquie. La France a mal géré l’immigration dans le passé et se retrouve entre migrants et terroristes.

    Les militaires français sont envoyés au Mali, au Niger, en Syrie, en Irak… au nom du devoir d’ingérence et en vertu de traités d’assistance. Ces menées guerrières sont perçues par certains comme néocoloniales et affairistes, même si l’Etat s’en défend. Les positions à l’international prises par la France ne font pas l’unanimité dans des conflits comme celui d’Israël et de la Palestine, pour donner un seul exemple. Le passé colonialiste non assumé et la politique étrangère de la France sont causes de fractures sociales.

    Pourquoi chaque peuple doit assumer son histoire ? Lorsqu’un crime est commis et que l’auteur est arrêté, on nous raconte qu’il doit être condamné pour que la famille de la victime fasse son deuil. Ce que l’on applique à l’individu dans nos sociétés dites civilisées, on l’oublie lorsque la victime est tout un peuple. C’est le cas des génocides non reconnus par les génocidaires: la communauté internationale fait silence pour des raisons géopolitiques et économiques, mais aussi parce que des pays n’assument pas leur propre histoire coloniale. C’est la meilleure façon d’entretenir les haines. Dénoncer une prétendue auto-flagellation et la repentance culturelle de la France  empêchent la réflexion sur son histoire coloniale. D’aucuns ont moqué les lois mémorielles qui sont pourtant l’occasion de débats publics avec la participation d’historiens et de politiques. Ils préfèrent l’omerta qui perpétue les conflits. D’autres choisissent de s’arranger avec l’Histoire en la déformant de façon mensongère. Leurs propos ne sont jamais loin du racisme et de la xénophobie.

    Aujourd’hui nous sommes le 8 mai. Lorsque la France en liesse fête la fin du nazisme, le 8 mai 1945 en Algérie, une manifestation tourne au drame. A l’appel du PPA (Parti du peuple algérien), tirailleurs algériens à peine rentrés chez eux et population veulent rendre hommage aux leurs tombés durant la Seconde Guerre mondiale. Dans le cortège, parmi les drapeaux alliés et français, pointent des drapeaux algériens. Ordre est donné de tirer sur leurs porteurs. A Sétif, Guelma et Kherrata, la répression se poursuit pendant des semaines, faisant des dizaines de milliers de morts. Faut-il passer cela sous silence pour ne pas s’auto-flageller ? La posture politique sur la grandeur de la France dispenserait-elle d’une réflexion sur la morale de cette épisode de la guerre d’Algérie qui a peut-être déterminé la suite sanglante ?

     

     

    Le « tout politique » l’a emporté sur le « tout moral » abandonné à des ONG, avec leurs poids lourds  qui accompagnent des contingents devenus militaro-humanitaires.  Ces ONG sont apparues sur fond de crise de l’Etat-providence et toutes ne remplissent pas l’objet social affiché. Se posent toujours les questions de l’honnêteté de chacune d’elle et de leurs arcanes. Servent-elles, pour certaines, à des ambitions personnelles ou à des lobbies ? Sont-elles toujours désintéressées ? Leur existence n’est-elle pas l’aveu de l’hypocrisie des Etats ?

    L’interventionnisme à visage humanitaire est en train de montrer ses limites avec ce que l’on appelle la crise des migrants, l’hypocrisie des Etats européens pour faire face et l’exploitation politique qui en est faite notamment par la Turquie. La politique ne semble plus à même de fournir des réponses aux  au besoin d’utilité sociale dans la société.

    La France de Napoléon III a joué un rôle important dans les conférences diplomatiques qui donnèrent le jour au Droit humanitaire dont la Croix-Rouge est le mandataire international. Contrairement aux autres démocraties fondatrices, la France n’a vu se développer un mouvement humanitaire autonome que dans le dernier quart du Vingtième siècle. L’humanitaire a été longtemps considéré comme une disposition intellectuelle plus qu’une action. Ce mot renvoyait à l’humanisme,  la bienveillance  envers l’humanité prise comme un tout et la confiance dans la capacité de celle-ci à s’améliorer. L’action humanitaire de la France était à la charge de l’Etat et de l’église. Sœurs de la charité, assistantes sociales, missionnaires et médecins militaires dans les colonies. Elle était donc un accompagnement du colonialisme et de l’évangélisation. Le mouvement humanitaire privé ne s’est développé qu’après la décolonisation, aux détours de la guerre du Biafra.

    On mesure l’importance de l’histoire coloniale de la France et la nécessité de libérer la parole sur toute cette période, pas seulement au niveau des organisations humanitaires, devenues des acteurs sociaux, mais aussi à l’occasion des débats politiques. En Corse et dans d’autres territoires français, le débat a été ouvert par des mouvements autonomistes et indépendantistes. Leur premier combat a été de se rapproprier une histoire occultée en même temps qu’une culture et une langue.  En ce qui concerne les territoires qui ont obtenu leur indépendance (après des périodes de répression et conflits armé), trop de tabous et de rancœurs empêchent de libérer la parole des uns et des autres. De  ces territoires, sont originaires la plupart des migrants venus s’installer en France. Ils sont Français. Certains viennent du Maghreb et d’autres de cette région que l’on appelle encore la Françafrique. Leur Histoire collective a eu ses périodes dont certaines coloniales ont été communes avec la France. Leur histoire personnelle se déroule maintenant en France et, parfois entre la France et leur pays d’origine, lorsqu’ils ont la double nationalité. Leur généalogie n’est pas française. Comme beaucoup de Français, ils n’ont pas d’origine gauloise. Cependant, chacun doit connaître et assumer sa part de l’Histoire commune pour envisager un destin commun : les natifs comme les migrants.

    Chanter « Au bon vieux temps béni des colonies »  et parler des bienfaits du colonialisme ne sont pas des comportements raisonnés, raisonnables et responsables. Dans leurs colonies, les Espagnols commençaient par bâtir une église, les Anglais une taverne et les Français un fort, a écrit Châteaubriand. Aujourd’hui des migrants musulmans commencent par une mosquée, puis un restaurant Hallal. Ils n’ont pas construit de fort mais il existe des forteresses communautaires dont le mur virtuel empêche le « vivre ensemble ». La xénophobie, le racisme et l’islamisme ne sont pas les bonnes réponses à la crise identitaire. A chacun de faire un pas vers l’autre. A chacun de respecter l’autre. Toutefois c’est à l’Etat de créer les conditions du « vivre ensemble » sans démagogie et sans arrière-pensée électorale, mais aussi sans intention d’assimiler par la contrainte. L’action de l’Etat doit se faire dans le respect des libertés individuelles.  L’intégration passe d’abord par l’éducation. Ensuite, chacun doit trouver sa place dans une société qui ne laisse personne sur son bas côté. Au colonialisme des puissances impériales s’est substitué, dans les nouvelles nations, un « colonialisme interne » dans lequel les classes dominantes jouent le même rôle. Il est encouragé par les anciennes puissances coloniales qui y gardent leurs intérêts économiques. C’est de ces nations que vient une partie de ceux que l’on nomme les  migrants économiques avec leurs ressentiments contre l’Etat de leur pays d’origine et le néocolonialisme.

    Chacun a une histoire personnelle et une généalogie mais, malgré les causes objectives de l’émigration et les responsabilités,  elles ne doivent pas être un obstacle à l’histoire commune contemporaine. On peut conserver sa culture et sa religion d’origine mais vouloir l’imposer à tous et de partout est un comportement agressif qui peut être lourd de conséquences. La « laïcité » dans l’espace public est la seule garantie notamment contre les intégrismes qui menacent la cohésion sociale et servent de prétexte à la xénophobie et au racisme.

    Il est plus que temps de se poser la question : « Comment en est-on arrivé là ?» Nous ne sommes plus au temps des colonies, mais certains ont la nostalgie de cet  ordre impérial, revendiqué comme l’idéal d’une « France blanche ». Le mythe du « grand remplacement » va de pair désormais avec le fantasme du «grand départ » des immigrés issus des pays non européens et de leurs enfants. Nous en sommes là ! Il est grand temps de réagir et d’ouvrir des débats sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter les dérives xénophobes et racistes qui se nourrissent d’autres dérives communautaires et religieuses.

    Paul Capibianchi

     


    [1]
    Ce livre est d’abord une réaction au processus qui mène la France au bord de l’abîme, sur fond d’angoisses identitaires et de nostalgie de grandeur. Comment en est-on arrivé là ? À cette fragmentation de la société, à ces tensions intercommunautaires, au ressac effrayant de l’antisémitisme, du rejet de l’islam et de la haine de soi ? Comment en est-on arrivé à une logique de repli généralisée ? Comment la France a-t-elle pu céder en quelques années à la hantise d’un ennemi intérieur et au rejet de l’immigration ? Comment expliquer les blocages de la mémoire collective sur la colonisation ou l’esclavage ? Certes, nous ne sommes plus au « bon temps des colonies », mais certains ont la nostalgie de cet « ordre impérial », revendiqué comme l’idéal d’une « France blanche ». Et le mythe du « grand remplacement » va de pair désormais avec le fantasme du « grand départ » des immigrés issus des pays non européens et de leurs enfants. Nous en sommes là ! Il est grand temps de réagir.

     

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  • Le journalisme en question ?Dans un article journalistique écrit par Emile Zola le 24 novembre 1888, l’auteur de Germinal s’inquiétait déjà de l’évolution du journalisme qui délaissait les articles de fonds propices à la réflexion pour satisfaire instantanément la curiosité et l’indiscrétion racoleuse. La presse donnait une importance démesurée au moindre fait, commenté, amplifié encore dans tous les journaux et occultant tout autre information pourtant plus importante.

    Emile Zola, journaliste et écrivain, avait dit son inquiétude. Voici ce qu’il exprima :

    « Ah, cette presse! Que de mal on en dit! Il est certain que depuis ne trentaine d’année elle évolue avec une rapidité extrême. Les changements sont complets et formidables. C’est l’information, qui peu à peu, en s’étalant a transformé le journalisme, tué les grands articles de discussion, tué la critique littéraire, donné chaque jour plus de place aux dépêches, aux nouvelles grandes et petites, aux procès-verbaux des reporters et des intervieweurs. Il s’agit d’être renseigné tout de suite.

    Est-ce le journal qui a éveillé dans le public cette curiosité croissante? Est-ce le public qui exige du journal cette indiscrétion de plus en plus prompte?

    Le fait est qu’ils s’enfièvrent l’un l’autre, que la soif de l’un s’exaspère à mesure que l’autre s’efforce, dans son intérêt, de la contenter. C’est alors que, devant cette exaltation de la vie publique, on se demande s’il y a un bien ou un mal. Beaucoup s’inquiètent – tous les hommes de cinquante ans regrettent l’ancienne presse, plus lente et plus mesurée- et on condamne la presse actuelle.

    Mon inquiétude unique devant le journalisme actuel, c’est l’état de surexcitation nerveuse dans lequel il tient la nation. Aujourd’hui remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait, des centaines de journaux le publient à la fois, le commentent, l’amplifient et souvent, pendant une semaine, il n’est pas question d’autre chose. Ce sont chaque matin de nouveaux détails. Les colonnes s’emplissent. Chaque feuille tâche de pousser au tirage en satisfaisant davantage la curiosité de ses lecteurs. Une secousse continuelle se propage d’un bout à l’autre dans le public.  (…) Quand une affaire est finie, une autre commence. Les journaux ne cessent de vivre dans cette existence de casse-cou. Si les sujets d’émotion manquent, ils en inventent. Jadis, les faits, même les plus graves, parce qu’ils étaient moins répandus et moins commentés, ne donnaient pas à chaque fois ces accès violents de fièvre au pays. Ce régime de secousses incessantes me paraît mauvais »

    Le journalisme en question ?Informer bien au lieu d’informer vite. Dans l’éditorial de Combat, le 1er septembre 1944, Albert Camus a fait écho à Emile Zola en répondant à la question: Qu’est-ce qu’un journaliste ? « C’est un homme qui d’abord est censé avoir des idées. C’est ensuite un historien au jour le jour, et son premier souci doit être de vérité. Peut-on dire aujourd’hui que notre presse ne se soucie que de vérité ? Comme il est difficile de toujours être le premier, on se précipite sur le détail que l’on croit pittoresque ; on fait appel à l’esprit de facilité et à la sensiblerie du public. On crie avec le lecteur, on cherche à lui plaire quand il faudrait seulement l’éclairer. A vrai dire on donne toutes les preuves qu’on le méprise. L’argument de défense est bien connu : on nous dit, « c’est cela que veut le public ! ». Non, le public ne veut pas cela ; on lui a appris pendant vingt ans à le vouloir, ce qui n’est pas la même chose. [De nos jours] une occasion unique nous est offerte au contraire de créer un esprit public et de l’élever à la hauteur du pays lui-même. »

    C’était la fin du 19ème siècle, puis le milieu du 20ème et nous sommes au 21ème.  L’évolution décrite a suivi son cours avec la modernisation des outils de communication. La presse fait des copier-coller des dépêches de l’AFP et ont recours à d’es agences de presse. On balance souvent l’info sans trop de précaution. Les renseignements donnés sont incomplets et une information parcellaire peut s’avérer mal interprétée.

    Ce que disaient Zola et Camus est toujours d’actualité : le journalisme actuel maintient la nation dans un état de surexcitation nerveuse. La presse télévisée y contribue plus que la presse écrite car elle utilise le choc des images et les commentaires à chaud. Lorsqu’un drame se produit, une équipe est sur les lieux, les flashes spéciaux se multiplient lorsque le direct n’est pas assuré en continu avec des experts qui se succèdent. La tension monte au fil des élucubrations qui meublent le temps lorsque rien de visuel ne se produit. Voilà qu’une chaîne tient quelques images racoleuses, elles sont passées en boucle et reprises sur les autres antennes. Les faits divers de préférence criminels et les catastrophes occupent le plus souvent toutes les Unes. En son temps Charles Baudelaire l’avait déjà constaté : « Tout journal, de la première ligne à la dernière, n’est qu’un tissu d’horreurs, Guerres, crimes, vols, impudicité, tortures, crimes de princes, crimes de nations, crimes des particuliers, une ivresse d’atrocité universelle ».  Le journalisme catapulte toujours les haines et favorise les fractures sociales. De nos jours, il s’intéresse davantage à la vie privée des politiciens, à contribuer au story-telling qu’à leurs turpitudes. Les journalistes racontent des histoires au lieu d’informer. Le public est promené entre le journalisme des haines et la presse-people. C’est le romanesque et le sordide qui décide de l’actualité.

    Le journalisme en question ?Force est de constater que la grande presse ne remplit qu’une partie de sa mission et souvent elle le fait mal. Elle informe dans l’urgence, sans recul et sans les explications suffisantes. Elle ne remplit plus son rôle d’analyste des événements et, lorsqu’elle s’attarde sur un sujet, on ne peut pas dire que les commentateurs et les experts fassent preuve d’une grande objectivité. La propagande a pris le pas sur l’objectivité. Par exemple, lorsqu’il y a un sujet économique, on aura recours le plus souvent à un sachant orthodoxe pour qu’il ne s’éloigne pas de la ligne libérale. Les journalistes ne sont pas libres car, en France, cinq grands journaux sur sept appartiennent aux plus grandes fortunes. Les journalistes n’y disposent d’aucune indépendance vis-à-vis des puissances de l’argent.

    Cinq des sept quotidiens nationaux sont la propriété de quatre des dix plus grandes fortunes du pays : la première (Bernard Arnault) contrôle les Échos et le Parisien, la cinquième (Serge Dassault), le Figaro, la sixième (Patrick Drahi), Libération, la dixième (Didier Niel), le Monde ; seuls la Croix et l’Humanité sont indépendants des milieux industriels et financiers. Le constat ne s’arrête pas aux quotidiens nationaux ; l’audiovisuel privé (chaînes de télévision et de radio), la presse magazine et la presse spécialisée sont contrôlés par des conglomérats industriels ; la presse régionale est, elle, sous l’étroite dépendance des banques, le Crédit mutuel et le Crédit agricole essentiellement.

    Le journalisme en question ?Sur le petit écran, le baromètre des JT, c’est l’audimat. Il faut des présentateurs vedettes et donner au public ce qu’il veut. Les faits divers occupent plus de place que les informations politiques ou géopolitiques. Le journalisme politique est le plus souvent un journalisme d’opinion et non pas un journalisme critique, quand il n’est pas un journalisme de propagande.   

    En dehors de la presse officielle, l’Internet a permis le développement de réseaux sociaux, de blogs et de sites. Chacun peut jouer les journalistes et diffuser des informations sans qu’elles soient toutes fiables. Malheureusement les informations les plus regardées sont des vidéos et autres images. La masse des fausses informations et des hoaxs ne pousse pas à la confiance et la crédulité favorise la malveillance. Dans cette désinformation pernicieuse, les réseaux de droite et d’extrême-droite prennent une grande part.

    Cependant, l’Internet a permis aussi le développement d’une presse indépendante comme le journal en ligne Médiapart pour citer le plus connu. Son fondateur Edwy Plenel a confié au Nouvel Observateur ce qu’il a retenu du journalisme décrit par Camus qu’il doit élever ce pays en élevant son langage » et que « Le droit à l’information n’est pas un privilège des journalistes, c’est un droit des citoyens ». Camus était un journaliste de Combat, intransigeant sur son indépendance, en rupture avec les puissances d’argent pour éviter les ambiguïtés et la corruption dans un système capitaliste. Le journaliste doit être dans une opposition radicale avec  des politiciens qui abaissent le pays en abaissant son langage. L’indépendance de la presse est souvent battue en brèche par des liens incestueux avec les puissances de l’argent qui ont d’autres intérêts que l’information. Le journaliste Edwy Plenel dit de son métier : « La seule vision juste de notre profession, hier comme aujourd’hui, est une vision idéaliste. Le journalisme n’existe que parce qu’il une légitimité démocratique. Notre rôle c’est de permettre aux citoyens d’être informés pour décider, pour choisir, pour agir. Et donc, c’est un idéal démocratique. Toute vision cynique, pragmatique, opportuniste du journalisme trahit le métier lui-même, parce qu’il a d’abord une source démocratique qui nous dépasse, qui nous réclame ». Force est de constater que des affaires politico-judiciaires suivies par des journalistes de Médiapart ont très peu d’échos dans le reste de la presse.

    Le journaliste doit dire ce que les pouvoirs veulent cacher et même ce que le public n’a pas envie d’entendre ou de lire. Il doit oser apporter des « nouvelles » et un éclairage qui vont faire évoluer l’opinion public, faire bouger les lignes et non pas l’installer confortablement dans  la pensée unique de l’Establishment. C’est le sens de ce qu’a écrit Albert Camus.

    L’indépendance professionnelle passant par l’indépendance matérielle, le métier de journalisme n’offre aucune garantie de l’emploi en dehors des CDI que quelques uns ont la chance de décrocher. Nombre de journalistes travaillent à la pige et dans la précarité que la  loi El Khomri va aggraver. La presse n’est pas une activité rentable puisqu’elle est subventionnée. En outre, des journalistes bien nés (on peut dire métaphoriquement et plus crûment : « nés le cul dans le gâteau ») occupent les bonnes places et n’ont aucun état d’âme à être les chiens de garde du libéralisme économique et des nantis dont ils font partie.  

    Un jeune journaliste, qui n’a pas ses entrées dans un grand journal ( une particule patrimoniale serait même élémentaire pour quelques patrons de presse), une radio ou une chaîne de télévision, devra faire des piges pour des agences de presse ou éventuellement se tourner vers le journalisme publicitaire pour la revue d’une grande marque ou toute autre édition chargée d’une promotion commerciale. C’est du journalisme alimentaire. Le journalisme politique est un pré gardé. On connaît même des couples célèbres « journaliste avec politicien ». D’autres élus ont leurs journalistes préféré(e)s, sans aller jusqu’à l’accouplement. Tout cela ne va pas dans le sens indiqué par Albert Camus et Edwy Plenel.

    C’est le journalisme actuel, héritier d’un système médiatique réactionnaire en place depuis des décennies, que nous critiquons. C’est aussi ces crimes jetés en pâture comme jadis on montrait des jeux de cirque pour distraire le peuple de sa misère. La mort est donnée en spectacle. Les cours d’assises sont des théâtres où se jouent des polars. A la télé, les émissions sur le travail des policiers se multiplient. C’est vendeur même si les délinquants peuvent y voir un cours de formation. Et puis nous assistons de plus en plus à la peopolisation de la politique parce que les politiciens ont besoin de se mettre en scène et parce que la presse people est rentable.

    Chez les journalistes, il existe fort heureusement encore des esprits libres. Certains ouvrent des pages sur le Net. On en trouve chez Médiapart ou, par exemple, sur AgoraVox. Vous en connaissez certainement d’autres. Quelques journaux nationaux (deux sur sept) ou régionaux ont su, pour l’instant, échapper aux patrons du CAC 40. Par contre le journalistes-écrivains comme Emile Zola sont beaucoup plus rares et peu sollicités.  Des journalistes écrivent des livres qui ont vocation à être des best-sellers mais l’on y trouve le plus souvent que des anecdotes et des rumeurs. C’est racoleur mais le plus souvent pas ou peu instructif. On trouve cependant parfois des retours sur des informations politiques ou judiciaires qui viennent compléter des dossiers clos. On s’interroge alors sur la non-divulgation de ces informations en temps et en heure.

    Le journalisme en question ?On ne dénonce jamais assez ces grands journaux subventionnés qui titrent régulièrement sur les « assistés sociaux » et participent au bashing des fonctionnaires. Les rédacteurs et journalistes de cette presse d’opinion libérale occultent qu’ils sont eux-mêmes des assistés et qu’ils sont payés non par leurs patrons mais par les contribuables. Ce sont des grandes fortunes qui possèdent cinq grands journaux sur sept. Pourtant, les contribuables les finances pour faire du journalisme un bisness et un outil de leur pouvoir. Si, demain, l’Etat coupe les subventions, les grands journaux pourraient bien mettre la clé sous la porte. Le journalisme est ainsi pris en otage entre le pouvoir politique et le pouvoir de l’argent. C’est la raison pour laquelle il faut soutenir les journalistes indépendants qui écrivent dans des petits journaux locaux, dans les deux grands journaux qui ne sont pas entre les mains des patrons du CAC 40 et sur le Toile. Il existe des journaux en ligne comme Médiapart, Regards et Bakchich pour donner des exemples derrière lesquels travaillent de vrais journalistes. Il existe aussi des blogs et des sites politiques ou syndicaux.

    Notre actualité sociale est l’exemple de la façon dont la presse traite un sujet majeur : la contestation de la loi El Khomri. Cette presse réactionnaire met ses projecteurs sur les casseurs tout en continuant à faire sa propagande libérale sur les bienfaits de la déréglementation du Travail. Elle ne diffuse des violences policières que lorsque des images envahissent les réseaux sociaux et n’en parle que rapidement, préférant consacrer son temps aux « casseurs ». Il est étonnant qu’aucune caméra ou appareil photographique de cette presse ne rapporte des images de ces violences policières et de la façon dont sont gérées les manifestations. On ne voit que des images de smart-phones prises par des manifestants ou des badauds. Les critiques ne vont que vers les organisateurs et les manifestants.

    En ce qui concerne l’actualité politique, les chiens de garde de cette presse réactionnaire ménagent prudemment Sarkozy et Hollande, préférant continuer la diabolisation de Jean-Luc Mélenchon présenté comme un populiste, un marxiste primaire par des gens qui n’ont certainement jamais lu ne serait-ce que le Capital. Ils stigmatisent le NPA et Lutte Ouvrière comme des partis extrémistes parce qu’ils sont radicalement anticapitalistes. BFMTV a fait venir Olivier Besancenot chez Apolline de Malherbe pour qu’elle lui fasse condamner ou approuver les casseurs, mettant de côté la raison des manifestations et les violences policières. Lorsqu’Apolline de Malherbe élève son langage, on entend ça… 

     

    La stratégie est de diaboliser l’opposition de gauche et de faire de l’extrême-droite un allié possible de la droite, à condition que le FN ne prenne pas trop d’ampleur.  Après l’avoir dédiabolisé, les chiens de garde  sont obligés de le montrer davantage sous son vrai jour (non trop, donc pas assez) de peur de voir Marine Le Pen élue Président d’une république malade. Jean-Marie Le Pen leur en a encore donné l’occasion le Premier Mai dernier et, sur BFTV, Apolline était encore à la manœuvre en recevant le compagnon de la candidate bleu marine qui boude la presse.  

    Par-dessus tout et plus que jamais, il convient de garder son esprit critique, de vérifier les informations reçues et de penser par soi-même en remettant en cause les opinions toutes faites, fournies par les chaînes de télévision et les radios. La presse écrite est en perte de lecteurs (à qui la faute ?). C’est une presse d’opinion qui n’offre aucune garantie d’objectivité. C’est sa pluralité qui est encore utile, en privilégiant les journaux qui ont gardé une indépendance vis-à-vis des puissances de l’argent et de l’Etat. Ils avancent à visage découvert, alors que l’hypocrisie et le cynisme prédominent ailleurs.

     

    U barbutu

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  • En Corse, l’incendie de ce que l’on appelle tantôt salle de prières tantôt mosquée a eu un retentissement national que n’ont pas les autres actes islamophobes  sur le Continent, comme, si un acte islamophobe était plus grave sur l’Île de beauté qu’ailleurs. Le comité contre l’islamophobie en France (CCIF) publie sur son site une carte des actes islamophobes qui montre que ce phénomène n’est pas spécifique à la Corse et que le record est détenu par la région parisienne. Il est curieux de constater que ces actes y sont moins médiatisés par une presse pourtant omniprésente dans la capitale. Les événements d'Ajaccio s'inscrivent, hélas, dans une série d'actes islamophobes dont la fréquence a augmenté depuis les attentats contre Charlie Hebdo et ceux du 13 novembre, selon les observations du CCIF. En 2015, le 23 août, un incendie d'origine criminelle ravage la mosquée d'Auch (Gers), deux jours après l'attaque menée par un Marocain au profil de militant islamiste dans un Thalys entre Bruxelles et Paris. Le 6 août, la mosquée de Mérignac (Gironde) est la cible d'un cocktail Molotov qui provoque un début d'incendie... Le 8 juin, une mosquée en construction à Carpentras (Bouches-du-Rhône) est la cible d'un tirLe 9 janvier, dans le Pas-de-Calais, deux mosquées en chantier sont visées: une croix gammée dessinée à Liévin et à Béthune à côté d’un tag "dehors les arabes"… Pourquoi ces actes n’ont-ils pas le même traitement médiatique ailleurs qu’en Corse ? L’islamophobie en Corse sert-elle aussi de prétexte à la corsophobie des journalistes et politiciens jacobins ? N’est-ce pas la manifestation d’une intention de désigner les Corses comme les champions de l’islamophobie pour minimiser les scores sur le Continent ? Chaque acte islamophobe, où qu’il soit perpétré, incite à une réflexion sur ses causes qu’il ne faudrait pas perdre de vue, en ne s’arrêtant qu’à une réprobation convenue entre gens de bonne compagnie. Les causes de la multiplication des actes islamophobes sont les attentats de Paris et de Bruxelles, instrumentalisés par l’extrême-droite. Leurs auteurs sont  « djihadistes » et poussent à s’interroger sur l’Islam en France.

    Dans l’humanité du 12 avril, rubrique « débats et découvertes », trois personnalités ont donné leurs avis sur le thème « Quelles sont les racines du terrorisme se réclamant de l’Islam ?». Un journaliste-écrivain, un imam et un philosophe s’expriment.  Trois points de vue qui se complètent pour nous donner un éclairage sur ce terrorisme religieux qui menace la Terre entière. 

     

    Les racines sont-elles sociales ?

    Arezki Metref, journaliste et écrivain algérien, voit les racines du mal dans des massacres qui, avant Paris et Bruxelles, ont eu pour scènes de crimes l’Algérie dans les années 1990 dont la société algérienne ne s’est pas encore remise Il fait allusion à la dérive du FIS, après l’assassinat d’un de ses dirigeants Abdelkader Hachami qui tenait un discours rationnel et modéré, discours radicalisé dans la formation des jeunes « fous d’Allah » qui ont basculé dans le meurtre. Cette époque fut aussi celle des « années noires du journalisme en Algérie » que décrit le journaliste-écrivain Brahim Hadj Slkimane dans un ouvrage portant ce titre (Editions du Cygne, collection recto verso). Dans le journal « L’Humanité », Son confrère Arezki Metref commence par traiter les terroristes de «mutants » qui sèment la mort et estime que la décence demeure la compassion et la solidarité envers leurs victimes. Pour lui, même la colère est salutaire. Toutefois il s’élève contre les « logorrhées »  verbales qu’elle déclenche. La peur fait causer, dit-il ironiquement. Les mêmes clichés reviennent : «  Le culte de la mort est inscrit dans leurs chromosomes ». La question est vite posée : «  Sont-ils intégrables à l’Occident, ces immigrés ? ».

    Après l’attentat du 26 août 1992 à l’aéroport d’Alger, Arezki Mertref déplore que personne n’ait lancé « Je suis Alger ». Il revient sur le thème soulevé en s’interrogeant : « Comment le salafisme, après s’être fait les dents sur des pays comme l’Algérie, a-t-il pu s’ancrer en Europe  (la réponse est dans sa question lorsqu’il la développe en ajoutant…), se greffer sur la ligne de fracture sociale, et convertir instantanément en adorateurs de la mort, puis en bombes humaines, des jeunes désertés par l’espérance, laissés sur le bas côté du banquet de la mondialisation ? Banquet ? Pas pour tout le monde. »

    Nous l’avons compris, Areski Metref s’insurge contre les experts médiatisés qui ne voient rien de social dans le phénomène djihadiste et font peser le soupçon sur tous les arabes, suspects d’être musulmans donc potentiellement djihadistes. Il évoque ceux qui ne croient pas à une assimilation possible. Pour lui, en France comme en Algérie,  la réponse est la ghettoïsation, le chômage, la pauvreté et le désespoir social. Ensuite ces jeunes tombent entre les mains de prédicateurs salafistes qui profitent de l’homologation d’associations religieuses et du vote communautaire recherché par les politiciens. Sur le plan international, il stigmatise ce qu’il appelle le « wahhabisme matriciel », généreux en pétrodollars. C’est aussi avec l’Arabie Saoudite et le Qatar que les pays occidentaux font des affaires. Il revient sur la légion d’honneur remise à un dignitaire saoudien par François Hollande. On ne peut pas décorer celui qui fournit l’argent et la légitimité au terrorisme islamiste.

    Pour ce journaliste algérien, nier les racines sociales du basculement, c’est s’aligner sur le mal originel, celui que le musulman porte en lui. Il considère que l’objectif des Djihadistes est de creuser le fossé entre musulmans et non-musulmans, fossé pré-creusé par le racisme et la xénophobie. Vont-ils y parvenir ?

     

    Quelle est la vraie lecture du Coran ?

    Tareq Oubrou, Imam de Bordeaux, s’attache à des explications et démonstrations théologiques. Pour lui, dans la tradition théologico-politique sunnite et chiite, la violence des djihadistes de Daech n’est pas autorisée, même en cas de revendication légitime, parce qu’elle conduit à la guerre civile. Pour lui tuer des civils est une lâcheté et seul l’Etat peut user d’une violence légitime (en se référant au concept de Max Weber). Heureusement qu’il cite le sociologue Max Weber, ce qui enlève toute ambiguïté à sa phrase, lorsque l’on passe à des Etats islamistes comme l’Arabie Saoudite et le Qatar pour n’en citer que deux.  Max Weber (1864-1920) considère que la "violence légitime" est la condition nécessaire, si ce n'est suffisant, pour qu'une institution puisse être appelée "Etat". Pour lui, l'Etat est une "entreprise politique à caractère institutionnel lorsque et tant que sa direction administrative revendique avec succès, dans l'application des règlements, le monopole de la contrainte physique légitime" (Max Weber, "Le Savant et le politique", 1919). Le monopole résulterait de ce que les sujets de l'Etat consentent, par tradition ou par un désir d'égalité, à ce que celui-ci soit le seul à pouvoir exercer une violence sur son territoire, de façon légitime, en s'appuyant sur les forces policières, militaires ou juridiques. Dans une démocratie, la "légitimité" de cette violence est basée sur la conformité au droit et à l'équité, elle-même définie par la raison, le bon sens, la justesse et la mesure. La violence légitime ne peut s’affranchir des droits de l’homme ! Il faut le préciser pour se rassurer !

     

    Cet Imam nous explique aussi que le martyr n’est pas le kamikaze et que la califat est une notion théologico-politique désuète pour finir par dire que la méthode de Daech est laïque et s’appelle l’administration de la sauvagerie. Voilà Daech sécularisé ! Daech n’aurait rien à voir avec la religion.  Le problème avec les explications théologiques est que chacun a les siennes. Qui sont les imposteurs ? Entre Wahhabisme, salafisme, islamisme et soufisme mais aussi entre sunnites, chiites et autres communautés musulmanes, on s’y perd. Nous ne demandons qu’à croire Monsieur Tareq Oubrou lorsqu’il parle d’un Islam de paix, inspiré par le recherche de la sagesse. Nous vous proposons l’une de ses interventions d’autant plus intéressante qu’elle s’adresse à ses fidèles. Il aborde la signification du « El Djihad ». Si les premiers mots d’accueil sont en arabe, tout le reste est en français…

     

    Il est vrai que, si l’on regarde les exécutants des attentats, ils apparaissent le plus souvent comme des délinquants déculturés, manipulés par des fanatiques. Toutefois, il ne s’agit que des exécutants. Si l’on regarde le wahhabisme sunnite décrié par le journaliste Arezki Metref ou, du côté chiite, l’Iran devenu fréquentable pour des raisons de stratégie géopolitique mais encore, en Turquie, le projet de constitution religieuse de l’islamo-conservateur sunnite Erdogan aux portes de l’Union Européenne, s’agit-il d’un islamisme conforme à la religion de paix qui nous est décrite ou bien de dictatures qui administrent la sauvagerie ? En passant de la dictature laïque à une forme plus liberticide mais religieuse, Erdogan a-t-il mal lu le coran ou bien s’en sert-il pour asseoir sa dictature? En jouant le double jeu avec Daech, Erdogan est-il manipulé par des fanatiques ou les manipule-t-il ? A y réfléchir, le problème n’est pas aussi simple que de séparer le vrai Islam pacifique du salafisme et autres dérives sectaires.

     

    Une critique publique et intransigeante des dogmes

    La troisième personnalité est Yvon Quiniou, philosophe. Il se sent obliger de dire, en préliminaire, qu’il ne veut pas stigmatiser les musulmans dans la pratique quotidienne de leur culte et qu’il n’a pas oublié les violences perpétrées par le christianisme dans le passé. Il ne veut pas occulter les causes sociopolitiques de ce que nous vivons aujourd’hui. Il s’agit de ce dont a parlé Arezki Metref en y ajoutant le colonialisme (et le néo-colonialisme). Il ne veut toutefois pas verser dans la démission de certains intellectuels de gauche face à l’Islam et à son texte fondateur, le Coran. Pour lui les idées religieuses ne sont pas qu’un simple reflet de toutes ces causes historiques et sociales. Les terroristes ne sont pas tous des victimes irresponsables. Il ne s’agirait pas de les dissocier des croyances qui les animent et justifient leur barbarie. Leur violence peut trouver sa source dans le Coran, justement selon l’explication théologique qui en est donnée. On y trouve la haine des infidèles et même des « incrédules » et le fameux « Djihad » qui est peut-être un appel à un effort religieux sur soi mais aussi une incitation à faire la guerre jusqu’à la mort.  Ceux qui se lanceraient alors dans une guerre sainte sont des martyrs assurés de leur salut au paradis. Ensuite l’amour ne concerne que l’ummat, la communauté musulmane. Nous passerons sur toutes les prescriptions qui peuvent être soumises à la critique objective. Selon Yvon Quiniou, justement l’Islam est une religion peu enclin à la critique et qui exige la soumission absolue à la parole divine. Le croyant n’a pas le droit de penser librement. Il cite Abdelwahab Meddeb, spécialiste du soufisme et favorable à un Islam libéral, qu’il invite à lire : « l’islamisme est une maladie de l’Islam, mais les germes sont dans le texte ». 

    Il faudrait questionner les musulmans et les pousser dans leur retranchement en faisant appel à leur intelligence et à la morale (au sens philosophique du terme) pour qu’il prenne conscience du potentiel totalitaire que comportent leurs croyances.

    Cet effort de questionnement me fait penser à une anecdote racontée par Florian Zeller dans son livre « La fascination du pire » sur Tariq Ramadan, intellectuel petit-fils du fondateur des Frères musulmans.  Dans une émission ce dernier a tenté d’expliquer le port du voile en parlant de cette fameuse « pudeur ». Un philosophe, qui n’est pas cité, lui aurait demandé ironiquement : Dans ce cas pourquoi les hommes ne portent-ils pas le voile ? Le visage de la femme est-il plus impudique que celui de l’homme.  Tariq Ramadan n’est pas le « délinquant déculturé manipulé » que décrit l’imam Tareq Oubrou.  Il s’agit d’un prédicateur musulman, théologien et islamologue suisse, d'origine égyptienne. Son frère, Hani Ramadan, réside à Genève où il dirige le Centre islamique de Genève. Il s'est fait remarquer après avoir publié un article sur la Charia dans Le Monde, dans lequel il dit de la lapidation qu' elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification. Ne nous a-t-on pas informés de l’utilisation des fratries dans le terrorisme islamiste ? Est-ce vrai chez des intellectuels comme chez des petits délinquants ?

     

    Quoi penser des trois analyses ?

    Il y a une part de vérité dans chacun des points de vue commentés mais ceux du journaliste et du philosophe me semblent complémentaires et plus objectifs que le cours théologique d’un imam, serait-il pacifiste et humaniste convaincu.

    Tout en respectant la foi des croyants, dans son livre Critique de la religion, Yvon Quiniou s’attaque aux structures religieuses, dans l’esprit de la philosophie des Lumières et de grands penseurs du XIXe siècle. Pour lui, les hommes doivent inventer les règles d’une vie collective apaisée à partir de leur raison commune. Cela rejoint le « concept de violence légitime » évoqué par l’Imam qui fait référence à Max Weber, dans la mesure où ce concept place l’humain d’abord et dans sa diversité, là où cette violence ne sert pas à soumettre des peuples.

    Le terrorisme et ses causes sociales ne doivent pas occulter le problème posé par les religions en ce qui concerne le vivre ensemble. L’acceptation d’une laïcité détournée de son sens originel conduit à l’intrusion du religieux dans la vie sociale et dans le politique. La religion est une affaire personnelle entre l’homme et la mort, entre le croyant et son dieu. La religion est d’abord une idéologie de la mort mais il s’agit de notre propre mort et de celles de nos proches. Elle est aussi une négation de la mort en donnant l’espérance d’un vie éternelle. Elle est dans le périmètre de notre liberté de penser, de croire ou de ne pas croire. Comme toute autre liberté, la liberté de culte s’arrête où commence la liberté des autres,  croyants, agnostiques ou athées. Croire ne doit pas empêcher les autres de penser librement, de parler librement, de vivre librement.  Les intégrismes religieux n’acceptent pas les infidèles, ceux qui n’ont pas la même foi qu’eux car leur foi est un don de Dieu qui ne se refuse pas. Ils veulent soumettre les autres à leurs lois divines. Ce sont alors des imposteurs qui font des procès en sorcellerie. Leur propagande s’apparente à l’argumentation des escrocs qui choisissent leur public et leurs cibles. Ils vont jusqu’à administrer la sauvagerie pour prendre le pouvoir. Ils conduisent les peuples à des guerres civiles et à des génocides. Ils sont les ennemis des démocraties puisqu’ils remettent en cause, sans raison commune, la cohésion sociale en forçant au communautarisme religieux. Leur pratique de la religion, pour reprendre une formule de Victor Hugo, « n’est pas autre chose que l’ombre portée de l’univers sur l’intelligence humaine ». Quelles que soient les causes des dérives djihadistes et sans les sous-estimer, le « nazisme religieux » est inacceptable et tous ceux qui le favorisent devraient être combattus, à commencer par les ennemis de la laïcité. L’abdication, le silence  et l’indifférence sont propices aux crimes contre l’humanité.

    Il ne s’agit plus de faire preuve d’angélisme envers les revendications religieuses, car le vivre ensemble est fait de règles rationnelles acceptées par tous. La laïcité en est une, alors que les religions sont causes de fractures sociales. Si la laïcité ne remet pas en cause la liberté de culte, elle ne devrait souffrir d’aucune faiblesse dans les écoles et les administrations. Par ailleurs, l’Islam n’ayant pas de clergé bien identifié, il serait opportun d’inviter les Français musulmans pratiquants à clarifier  leur religion comme l’a fait l’Imam Tareq Oubrou dans les pages du journal L’Humanité et dans la vidéo ci-dessus. La création d’un clergé orthodoxe permettrait à l’Islam de sortir de ses contradictions et de rejeter les imams autoproclamés qui manipulent les esprits faibles en les attirants dans le salafisme avant d’en faire des criminels djihadistes. Les Musulmans devraient faire de la tolérance religieuse un pilier de l’Islam. La pratique de l’Islam n’est pas simple en France tant que des salles de prières s’ouvriront de façon anarchique pour des prêches salafistes. Par ailleurs, on ne peut laisser des Etats religieux financer des lieux de culte en France pour y faire du prosélytisme intégriste et fabriquer des asociaux dangereux.

     

    La laïcité comme règle réaffirmée

    Il est important, à nos yeux, de souligner que l’Etat doit être laïc et le rester radicalement, sans faiblesse. La neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses ne consiste pas à favoriser le prosélytisme des uns ou des autres. Cela implique de veiller à la stricte séparation entre le politique et le religieux. Par ailleurs, l’Etat laïc doit contrôler le financement et la théologie  dans tous les lieux de culte afin de protéger les citoyens des organisations sectaires et de ne pas cautionner les Etats religieux qui ne respectent pas les droits de l’homme. Le journaliste algérien Arezki Metref a raison, on ne peut pas combattre efficacement le djihadisme et Daech, en assumant des relations stratégiques (selon les termes de Manuel Valls) avec le Wahhalabisme et le salafisme. On ne peut pas décorer de la légion d’honneur un dignitaire saoudien et condamner les égorgeurs de Daech. L'accommodement (voire l’hypocrisie ou la complicité) envers la barbarie intégriste ne doit pas avoir pour curseur les pétrodollars et les ventes d’armes.  

    Enfin, il est urgent de prendre conscience que les mesures contre le prosélytisme religieux sont urgentes et doivent stopper la radicalisation islamiste pour éviter de creuser davantage le fossé entre les musulmans et l’Occident. En France, lutter contre les signes ostentatoires et le prosélytisme,  c’est lutter contre le racisme et la xénophobie qui sont le fonds de commerce de l’extrême-droite. Seule la laïcité bien comprise permettra que la situation n’empire pas. La laïcité n’est pas la permission donnée à une religion d’envahir l’espace public.  Cet envahissement est déjà dénoncé et amplifié par l’extrême-droite à des fins électorales. Le favoriser serait une erreur grave de conséquences. Chaque religion devrait accepter, sans revendication cultuel,  la laïcité dans l’espace public et s’y conformer sans le recours à des condamnations. La loi a d’abord un but préventif et ne la voir que sous son angle répressif ne résout rien.

    La basilique de Montmartre a été souillée par des inscriptions : « A BAS TOUTE AUTORITE», «FEU AUX CHAPELLES», «NI DIEU NI MAITRE NI ETAT» «A BAS DIEU» «1871 VIVE LA COMMUNE». Il ne s’agit pas d’un acte antichrétien venant de croyants d’une autre religion mais de slogans anarchistes visant une basilique, construite pour «laver Paris de l'affront de la Commune» et de ses 30.000 morts. Le symbole  politique était visé, non pas les fidèles de ce lieu. Même s’il est condamnable, cette dégradation d’un lieu de culte est ni raciste ni xénophobe. Il n’est pas question de l’accepter mais de faire la part des choses.

    A Ajaccio, une salle de prières a été incendiée. Ce n’est pas le symbole qui est visé mais les Musulmans qui fréquentent ce lieu pour les en priver. Ce n’est  justifiable et tolérable pas plus qu’ailleurs. A rebours, ce n’est condamnable pas plus qu’ailleurs. Nos propos ne remettent pas en cause la liberté des cultes et ne justifient aucune violence xénophobe ou raciste. Incendier une salle de prière, c’est se comporter comme les djihadistes vis-à-vis des autres religions. Ces incendiaires ne valent pas mieux que les djihadistes. Cependant, si l’Etat doit protéger les lieux de culte, il doit aussi veiller à ce que ces lieux ne soient pas des implantations sauvages qui perturbent la vie des gens dans tout un quartier. La première des libertés que l’Etat doit protéger, c’est celle du citoyen athée, agnostique ou croyant mais quelle que soit sa religion. C’est par une réglementation plus stricte et mieux respectée des implantations cultuelles que l’on évitera des actes criminels.

    Aussi, comme le fait remarquer le journaliste Arezki Metref, on ne va pas continuer à confier des jeunes à des prédicateurs salafistes et homologuer les associations religieuses comme interlocuteurs des politiques en tant que représentantes de l’immigration. Si les politiciens se servent du vote communautaire, ils le font parfois au détriment de la laïcité et donc de l’intérêt général. Ils sont alors responsables des dérives intégristes comme c’est le cas à Molenbeek en Belgique. On peut, aujourd’hui, en mesurer les conséquences tragiques. Le clientélisme religieux est responsable de la montée de l’islamophobie qui profite à l’extrême-droite et à la droite. La peur du djihadisme fait progresser la xénophobie et le racisme, en peuplant  une  clientèle électorale que l’extrême-droite et la droite se disputent.  

    Nous sommes persuadé qu’à la trilogie républicaine « Liberté, égalité, fraternité », il faudrait ajouter « Laïcité ». Ce siècle ne doit pas être religieux et s’il a besoin de spiritualité, nous conclurons sur les mots de Stéphane Hessel : « Nous avons besoin d'un leadership démocratique dans le monde entier, en accord avec cet exercice laïc de l'esprit, en faveur de la non-violence, de la compassion. Démocratie laïque, oui, ce qui n'exclut pas un plan plus élevé, la spiritualité de la tolérance ».

    U Barbutu  

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  • Nous avons eu droit à la fausse expulsion du philosophe vindicatif Alain Finkielkraut et au récit embrouillé de l’actrice  Véronique  Genest qui a surtout exercé son art dans le rôle d'un commissaire de police. On se demande comment elle aurait pris son récit maladroit si le commissaire Julie Lescaut avait dû recueillir la plainte de la comédienne Véronique Genest ? Il suffit de l’écouter pour comprendre que la nuit debout n’a rien à voir avec une agression décrite avec un grand flou artistique. Véronique Genest rectifie un peu le tir, expliquant que ce n'est pas vraiment sur la place de la République qu'elle a été prise à partie, mais dans une rue adjacente, en face du théâtre en bas de chez elle. "Un mec m'a agressée, m'a dit que j'étais populiste", détaille l'actrice qui précise toutefois, qu'à l'inverse d'Alain Finkielkraut, elle ne s'est "pas fait cracher dessus". L’homme qui s’est reconnu dans les propos de Véronique Genest s’appelle Sylvain Frécon. Cet illustrateur a croisé la route de la star de la série “Julie Lescaut” le samedi 2 avril. Elle sortait du « Palais des glaces ».

    Dans plusieurs articles (Ici et Là), nous avons retrouvé la version de Sylvain Frécon qui n’est pas à l’avantage de la comédienne et n’a surtout rien à voir avec la nuit debout de la place de la République. On apprend que la nuit debout troublerait la tranquillité de la comédienne qui habite à proximité. Heureusement que Véronique Genest n’a pas déposé plainte car le commissaire Julie Lescaut aurait peut-être retenu l’accusation mensongère après une confrontation.

    Il reste que la presse et les politiciens ont immédiatement  récupéré l’émotion provoquée pour se livrer à une charge médiatique contre les Nuits debout de la place de la république. Violences des gauchistes, fascisme des antifascistes, bobos de gauche, zone de non-droit occupé par les zadistes … une avalanches de condamnations et de demandes d’interdictions, voire de dissolution des partis d’extrême-gauche, ont suivi le « gnagnagna, pauvre conne » et les élucubrations d’une comédienne connue pour son discours d’extrême-droite.

    Sarkozy a dû être rassuré par le vocabulaire employé par un académicien fraîchement adoubé par ses pairs. Le « gnagnagna » est une onomatopée envers une personne ennuyeuse qui se répète. Bien que l'Académie française ne soit pas ouverte aux onomatopées, le terme de "conne" choque davantage que "Gnagnagna" dans la bouche d'un académicien qui plus est philosophe donc en quête de sagesse. Heureusement qu’il n’avait pas son épée d’académicien, symbole des nombreux coups linguistiques dans l’eau donnés par cette maison de retraite dorée. On pourrait retourner parfois le "gnagnagna pauvre con" contre lui et c'est ce que ne manquent pas de faire des internautes. 

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    L’affaire Finkielkraut et Genest faisant « pshitt » ( si un académicien distingué use d’une interjection pourquoi pas nous), une affiche confectionnée par le service communication de la CGT a été une aubaine pour reporter le bashing sur ce vieux syndicat qui est de toutes les luttes sociales. Le prétexte était trop beau pour nos hiérarques de l’orthodoxie paléolibérale en guerre contre les acquis sociaux pour lesquels ce syndicat a toujours œuvré. Sus à la CGT ! Il aura suffit de cette affiche pour que le sang leur monte à la tête, pas celui des manifestants matraqués mais celui de la colère feinte accompagnant l’éloge d’une police en état d’urgence. L’affiche est volontairement provocante mais n’avait sans doute pas l’intention de vexer les policiers qui, dans leur majorité, font leur travail dans le respect des lois républicaines.  

    Les tirs médiatiques visent un syndicat en lutte contre la loi El Khomri d’autant plus qu’il va se réunir en congrès à Marseille et qu’il participe à l’action unitaire contre la contre-réforme du code du travail avec une nouvelle manifestation prévue le 28 avril prochain.

    Que nous montre l’affiche  qualifiée de « honteuse », « immonde », « abjecte » et j’en passe ? Gnagnagna pauvres réacs ! D’abord il faut parler de son intention qui n’intéresse pas ses détracteurs. Elle dénonce les violences policières qui ne répondaient à aucune violence contre les forces de l’ordre. Ces violences sont le plus souvent le fait d’individus et non pas de tous les policiers. Parfois elles sont dictées par des ordres. C’est plus grave. Que voit-on ? Une matraque et un insigne de CRS, près d’une flaque de sang, titrés : « La police doit protéger les citoyens et non les frapper. STOP à la violence !». Même si les images sont évocatrices et sans doute trop fortes pour certains, est-ce outrancier de le dire ? Où sont les accusations honteuses contre toute la police ? Sont-elles dans les yeux de ceux qui regardent une image sans lire le texte et voit rouge devant le logo CGT ?  

    Le Ministre de l’Intérieur s’est joint à la réprobation provoquée et orchestrée. Jean-Christophe Cambadélis s’est associé à Eric Ciotti en évoquant une « gauchisation » de la CGT. En voilà encore un qui donne des leçons à une gauche qu’il a trahi.

    Cette affiche peut pousser à la discussion sans être instrumentalisé pour devenir une campagne médiatique contre le CGT et au-delà contre le syndicalisme de lutte. On peut même dire qu'elle était inutile et qu'il suffit de dénoncer les violences policières avérées. 

    Toutefois, vu le climat social, la contestation contre la loi travail et les Nuits debout qui inquiètent la classe politique, toutes les ficelles médiatiques sont grosses, y compris les cri d'horreur contre une affiche qui, selon certains responsables de la CGT, n'était pas validée pour être diffusée.

    Certains policiers ont pris cette affiche comme jetant le discrédit sur chacun d’eux. C’est ce qu’on a voulu leur faire croire mais ce n’est pas ce que dit cette affiche. On peut la trouver trop provocatrice mais à qui la faute ? Doit-on laisser les violences policières commises impunies pour sauvegarder l’honneur de tous les policiers ?  Ou bien justement doit-on les punir pour chasser de l’institution les coupables violents et maintenir la confiance des citoyens de tous bords ? Ne doit-on plus s’interroger sur les usages abusifs du Flashball malgré les blessures qu’occasionne cette arme non létale jusqu’à provoquer des handicaps en attendant son premier mort ? Ne doit-on pas s’interroger sur l’usage abusif des grenades lacrymogènes après la mort du jeune zadiste Rémi Fraisse ?

    Voilà les vraies questions bien plus importantes que la mise en cause de la CGT à travers un affiche provocatrice certes mais pas au point de la qualifier de honteuse, immonde et abjecte en jouant sur les réactions corporatives des policiers, déjà mis sous pression par l’Etat d’urgence et le plan Vigipirate, et sur l’émotion des gens traumatisés par les risques d’attentat et la criminalité.

    Personnellement, nous n’aurions pas diffusé l'affiche, sachant les réactions qu'elle allait engendrer.  Il faut toutefois dénoncer les violences et l’inaction des pouvoirs publics lorsque des abus sont connus. La polémique (On peut dire honteuse) qui a suivi la diffusion de l’affiche n’a fait qu’attiser les haines. Si certains ont usé d’humour, d’autres se sont répandus en insultes et les défenseurs de la police doublés d’anticégétistes primaires n’ont pas été les derniers.

    Gnagnagna pauvres anticégétistes ! Gnagnagna pauvres anti-syndicalistes ! Gnagnagna pauvres réacs !

    L’Etat est responsable de l’institution policière et des agissements de chaque policier. Les violences policières illégitimes peuvent se multiplier si l’Etat ne fait rien pour les empêcher et pire, ainsi les encourage en se servant d’une affiche contre un syndicat et en alimentant une polémique devenue rapidement haineuse à la fois contre les policiers et contre la CGT.

    Fucone

     

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