• La conférence de presse a débuté par une intervention de Jacques Casamarta, un des animateurs de Manca alternativa, en présence de France3 Via Stella, Frequenza mora, Alta Frequenza et de Corse-Matin. Nous en donnons ci-dessous les grandes lignes.

    Rupture entre Sarkozy et Hollande ?

    Première question. Y a-t-il eu une véritable rupture entre Nicolas Sarkozy et François Hollande ? Un premier bilan de la présidence de François Hollande, après quinze mois de pouvoir permet déjà d’y répondre. Le changement, c’est maintenant, avait clamé notre président. Force est de constater qu’il n’a pas encore eu lieu. Pourtant Hollande a été élu, au moins, pour appliquer ses 60 mesures. Avec les voix du Front de gauche, doit-on le rappeler. On pourrait plutôt parler de changement dans la continuité. Tout change, mais rien ne change. On peut en conclure qu’il n’y a pas eu de rupture entre Hollande et Sarkozy. Pourquoi ? Des exemples concrets ont été donnés :

    - Le budget européen de stabilité. Hollande s’est plié aux exigences de la Troïka, c'est-à-dire une politique d’austérité et de récession, généralisée à tous les pays européens. Il est vite rentré dans les rangs. Voir les effets en Espagne, en Grèce, au Portugal et en Italie. Sans oublier la France.

    - Soutien sans réserve à l’ANI, accord dit sur la sécurisation de l’emploi, signé par le patronat et trois syndicats minoritaires. Accord qui permet aux patrons de geler les salaires, pendant une période deux ans et d’augmenter les horaires de travail à leur guise. C’est la généralisation de l’accord passé chez Conti, avec les effets dévastateurs pour l’emploi que l’on a connus.

    - Cadeau au patronat sous forme de crédit d’impôt à hauteur de 20 milliards d’euros, dès le 1er janvier 2014, sans contrepartie, ni contrôle. Il est à parier qu’une partie de ce pactole  s’égare dans quelques paradis fiscaux.

    - Gestion désastreuse de certains dossiers industriels comme Petroplus, Peugeot, et ArcelorMittal. Exemples qui montrent le recul du pouvoir socialiste devant les exigences du patronat.

    - Augmentation de la Tva qui passe à 20% à partir du 1er janvier 2014. Augmentation substantielle des impôts sur le revenu pour les couches moyennes, en 2013.

    - Renoncement à procéder à la mise en chantier de la réforme fiscale, pourtant inscrite dans le programme du parti socialiste.

    - Continuité dans la contre-réforme sur les retraites. Reniement total. Où est passée la retraite à 60 ans ?

    - Recul prévisible sur le travail du dimanche et ses conséquences sur le code du travail.

    - Le cas des Roms. Attitude condamnable de Valls. Le ministre de l’Intérieur aurait-il oublié ses origines ?

    - Le budget des finances 2014. Le projet est en discussion au Parlement. Son contenu n’a rien de progressiste. Ce bilan est tourné vers la réduction des dépenses publiques et fait impasse sur les recettes.

    On pourrait encore avancer d’autres cas.

    Les critiques de Manca alternativa sont amplement fondées. Et ne sauraient être interprétées comme une attaque contre Hollande et le parti socialiste. Elles s’appuient sur des faits, rien que sur des faits. A eux de monter qu’ils sont capables de changer de cap et de mener une politique économique et sociale en faveur des couches populaires et non des privilégiés.

    Les Municipales. Enjeux locaux ou nationaux

    Dans le contexte actuel on ne peut réduire les élections municipales à des enjeux strictement locaux.  Au moins pour deux raisons. La droite et le Front national montent déjà au créneau pour faire de ces élections un test national. Objectifs pour la droite : faire oublier son bilan calamiteux quand elle était aux affaires et se refaire une santé. Pour le Front national, utiliser et abuser encore plus des effets négatifs de la politique menée par les socialistes et exploiter senza vergogna la désespérance de nombreux Français. Les politiques de développement au niveau local sont tributaires des dotations que l’Etat accorde aux municipalités. Ex. de l’école, la santé, les aides sociales, les transports urbains, etc.

    Le piège du vote utile

    Les socialistes insistent sur le caractère local de ces élections. Et pour cause. Ils recherchent par tous les moyens de convaincre certains partenaires de gauche de faire alliance avec eux, dès le premier tour. Autre argument qu’on commence à entendre : le vote utile. S’il n’y a pas d’alliance des forces de gauche au premier tour, on fera le jeu de la droite et du Front. Argutie qui ne tient pas la route. La politique actuellement menée n’est pas bonne. Le mécontentement grandi partout dans le pays, y compris en Corse. Qui en porte la responsabilité ? Sinon le parti socialiste. Faire alliance avec lui au premier tour risquerait d’être très mal perçu par les électeurs de gauche et surtout les électeurs du Front de gauche. Beaucoup iraient grossir les rangs des abstentionnistes. Le coup du vote utile, ils connaissent. Ils ont déjà donné, en particulier lors des élections présidentielles. Résultat. On s’est retrouvé avec un Front de gauche en de ça de ses potentialités. Certains  électeurs préférant choisir Hollande au lieu de Jean-Luc Mélenchon de craindre de voir Marine Le Pen au second tour. De même pour les législatives. Autre résultat, un parti socialiste qui s’est retrouvé avec la majorité absolue à l’assemblée nationale et un Front de gauche sans poids réel. Donc, pas question de se de laisser piéger une nouvelle fois par cette histoire de vote utile.

    La position de Manca alternativa.

    En fonction de ces considérations Manca alternativa ne saurait cautionner des listes d’union dites  de la gauche. Elle n’ira pas à Canossa pour quelques sièges dans les conseils municipaux.  Par conséquent, elle propose la constitution de listes autonomes du Front de gauche, à Ajaccio et à Bastia, éventuellement élargies à d’autres forces politiques qui se retrouvent dans notre démarche.

    Cette position est confortée par les résultats de l’élection cantonale partielle de Brignoles. Double jeu du parti socialiste. Résultats : un fort taux d’abstentionnistes : 66,66%. Un Front national que les media donnent comme triomphant, alors qu’il n’a pas progressé en voix. A quoi jouent ces media ? A la promotion du Front national ?

    Au second tour et en fonction des résultats et du rapport de force, Manca alternativa proposera la constitution de listes uniques de la gauche, sur des bases claires, sans compromission avec la droite, le centre,senza cumbinazione, etc.

    Elle s’emploie dès maintenant à créer les conditions pour y parvenir. Des rencontres, des débats seront organisées dans les prochaines semaines.      

    Le reportage de FR3 Corse Via Stella 

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  • Des animateurs des collectifs du Parti de gauche et de Manca alternativa se sont rencontrés, mardi 8 octobre 2013, à Ajaccio.  Au menu : Le Front de gauche et ses diverses composantes. Où en est-on en Corse ? Les Municipales de 2014.

     

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    Le Front de gauche, c’est aussi le Parti de gauche et Manca alternativa

    Sur le premier point, les deux organisations ont des positions communes. Le Front de gauche a trois composantes : le Parti communiste, le Parti de gauche et la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase). Au plan national c’est acquis, même s’il subsiste encore quelques difficultés. En Corse, ce n’est pas tout à fait le cas. Il semblerait que la composante communiste traîne les pieds et considère pour quantité négligeable Manca alternativa et le Parti de gauche. Cette attitude repose peut-être sur le rôle et la place que le Parti communiste a pu jouer dans le passé, pendant la résistance et jusqu’aux années 80. Depuis la situation a changé. Ce parti n’est plus ce qu’il était et d’aucuns ont du mal à l’accepter. Au-delà de ces considérations et sans entrer dans la polémique, a-t-on souligné, la rencontre a montré la volonté des animateurs des deux composantes de chercher à convaincre le Parti communiste en Corse de tenir compte des nouvelles données politiques et à accepter la conception selon laquelle le Front de gauche c’est aussi les autres. Des contacts seront établis pour la mise en place rapide d’une structure permanente de coordination du Front de gauche, avec l’organisation d’actions communes.

    Une liste autonome du front de gauche dès le premier tour des Municipales

    Sur le deuxième point, là aussi on a noté une convergence de vue. Les élections municipales de 2014 prendront une dimension politique exceptionnelle. Pour le gouvernement ce sera un test grandeur nature. Compte-tenu de sa dérive libérale, avec toutes les mesures rétrogrades prises depuis quinze mois, il n’est pas question de le soutenir, en s’alliant dès le premier tour avec les socialistes locaux. Par voie de conséquence, Manca alternativa et le Parti de gauche se prononcent sans ambiguïté pour l’établissement d’une liste autonome du Front de gauche au premier tour des Municipales. C’est la proposition qui est faite au Parti communiste. Celui-ci néanmoins a décidé de discuter avec Simon Renucci. Le Parti de gauche et Manca alternativa ont tenu à préciser que cela ne saurait engager la responsabilité du Front de gauche. Pour renforcer la nécessité d’une liste d’union de la gauche avec le maire sortant, d’aucuns commencent  à répandre la fameuse notion du vote utile qui a fait pas mal de dégâts et engendré beaucoup de désillusions chez les électeurs de gauche, ne serait-ce que lors de la Présidentielle. On a donné les pleins pouvoirs à François Hollande et au Parti socialiste. Résultat : le changement, c’est pas pour demain. Est-on à ce point atteint de cécité, chez nos partenaires communistes, pour ne pas voir qu’un tel positionnement, pour quelques sièges aléatoires au conseil municipal, va nous couper un peu plus des électeurs touchés de plein fouet par la politique d’austérité et de récession menée par François Hollande et le gouvernement Ayrault. Les dernières élections partielles, en particulier celle de Brignoles devraient nous faire réfléchir .

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  • BPICorse

    La «Banque Publique d'Investissement» promise par le candidat François Hollande vient d’être installée à  Ajaccio. Le nom « Corse DPI » est nouveau, mais les intervenants sont déjà connus.  En fait, la banque publique Oseo, qui finançait les PME pour l'emploi et la croissance, se transforme en un guichet unique « Corse DPI » dédié aux entreprises insulaires.  "Si vous cherchez un financement de 500.000 à 3 millions d'euros - pas un crédit bail, mais un crédit immatériel, de développement de votre entreprise",  a expliqué le directeur général Nicolas Dufourcq[1], "et si vous rentrez dans les critères, la décision peut être prise en une semaine". 70 millions auraient déjà été investis en fonction des projets locaux, nous dit-on.  La CADEC (Caisse de développement de la Corse) fait des prêts à taux zéro. En revanche, la BPI se rémunère. Un élément qui pourrait décourager  les très petites entreprises nombreuses en Corse.

    On reste sceptique sur des offres de prêts dans le marasme économique actuel et sur la dualité CADEC d’un côte et Corse DPI de l’autre. Par ailleurs, il ne s’agit pas d’une création mais d’un habillage de l’ex OSEO comme s’il suffisait de changer de nom pour faire du nouveau. Même si l’Etat met un peu plus d’argent dans le pot, c’est sans doute un effet de communication qui n’aura pas d’impact mécanique sur la croissance économique en Corse où la spéculation immobilière semble prendre le pas sur toute autre source de profit. Faut-il l’encourager financièrement ? Donc la question qui se pose est : quelles activités et quelles entreprises seront concernées si les très petites entreprises (TPE) sont écartées des prêts de  la BPI Corse ? Il faut rappeler que les TPE forment l’essentiel du tissu économique insulaire.

    Fiadone



    [1] Mr Nicolas Dufourcq est un énarque, haut fonctionnaire des Finances et dirigeant d’entreprises. Il est le Directeur général de la Banque publique d'investissement (BPI) depuis sa création en janvier 2013. Il a été directeur adjoint du cabinet de René Teulade, alors ministre des affaires sociales et de l’intégration au sein du gouvernement de Pierre Bérégovoy. Il est passé par France Télécoms et ensuite Capgémini. Il est, depuis la validation de sa nomination par les commissions des Finances de l’Assemblée nationale et du Sénat le 23 janvier 2013, directeur général de la Banque publique d'investissement (BPI). Le 15 juin 2013, Nicolas Dufourcq est nommé président du conseil d’administration de l’établissement public BPI-Groupe par Pierre Moscovici, alors ministre de l’Économie et des Finances. Nicolas Dufourcq devient donc statutairement président d’Oséo fusionnée avec CDC Entreprises pour créer la Banque Publique d'Investissement, ou bpifrance.

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  • Sans titre-2

     

    François Hollande est venu en Corse pour  commémorer la libération de l’île, premier département français à se libérer  en 1943. Il avait fait savoir par ses communicants qu’il n’aborderait aucun autre sujet. Toutefois il demandera « au gouvernement de recevoir les élus de l'assemblée de Corse, pour poursuivre la réflexion sur la meilleure façon de tenir compte des spécificités de l'île». Il a déclaré à ce sujet ; «Mon engagement, c'est de respecter les élus et leur travail (…) Mais mon obligation, c'est de rester dans le cadre de la République».

    Contrairement à ce qui était annoncé, François Hollande a bien voulu aborder les sujets de la langue corse et du statut de résident pour soulever le problème de leur inconstitutionnalité et  de l’impossibilité d’obtenir la majorité renforcée requise pour les réformes constitutionnelles.  La parade aux promesses non tenues est la même que pour le vote des étrangers aux élections municipales. Hollande n’est pas contre la signature de la charte européenne des langues régionales et minoritaires mais il ne peut rien faire, dit-il. Pour le reste, il dit qu’il ne faut pas ajouter de la loi à la loi et que, dans bien des domaines, les outils juridiques existent mais sont pas ou mal utilisés. Ce serait le cas par exemple aussi bien dans le domaine de la sécurité que celui de la spéculation immobilière.

    Aujourd’hui, Le chef de l’Etat fait confiance aux élus de l’assemblée corse pour discuter tout en mettant des limites à la « meilleure façon de tenir compte des spécificités de la Corse » : la constitution. Il n’a eu avec eux qu’une réunion sur le thème de la violence avec les mêmes litanies que son prédécesseur et plus récemment son ministre de l’Intérieur.

    La législation linguistique en matière de langues régionales et minoritaires est récente dans l’histoire de la France. Pour la période contemporaine, quatre lois méritent d'être relevées: la loi Deixonne de 1951, la loi Haby de 1975, la loi Bas-Lauriol de 1975 et la loi Toubon de 1994. Le 21 juillet 2008, un article 75-1 a été introduit dans la Constitution : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. » Voilà un article qui  a attisé les craintes d’identitarisme et de communautarisme même si cette disposition enterre les langues régionales dans le patrimoine de la France au même titre que les objets archéologiques dans les musées. On sait bien qu’elle ne sauvera pas les langues régionales de l’extinction. Aucun droit nouveau n’a été introduit. Aucun moyen financier n’a été prévu pour le soutien des langues régionales. A l’époque bling bling, le « ministre de l'Identité » avait évoqué devant l’assemblée nationale les dangers d'un cadre juridique de reconnaissance des langues régionales, en estimant que ce cadre se heurterait aux «principes d'indivisibilité de la République et d'égalité devant la loi». Par la suite, le délégué général à la langue française et aux langues de France, M. Xavier North, a justifié ainsi la position du gouvernement (le 5 février 2010 à L'Express): « L'arsenal juridique français sur ce sujet étant déjà très riche, une nouvelle loi sur les langues régionales n'est pas forcément nécessaire. Il suffirait que l'on utilise de manière plus volontariste celles qui existent…. On ne peut pas comparer une nation unitaire comme la nôtre et des pays fortement décentralisés, voire fédéraux, comme l’Espagne, le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Le territoire métropolitain compte au moins une dizaine de langues régionales, voire vingt si l’on reconnaît la diversité des langues d’oc et des langues d’oïl. Accorder des droits opposables à une langue supposerait évidemment de les étendre à toutes, ce qui porterait atteinte à l’indivisibilité de la République et à l’unicité du peuple français, selon les termes du Conseil constitutionnel, qui s’est opposé pour cette raison en 1999 à la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ».

    Malgré la création d’un comité consultatif au sein du Ministère de la Culture et de la communication en mars 2013 et son 56e engagement électoral (Je ferai ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires), auréolé dans sa mission de Chef de l’Etat, François Hollande a fait marche arrière en se déclarant empêché par la constitution. Il avait pourtant ajouté jadis: «Je veillerai à ce que tous les moyens soient mis en œuvre pour définir un cadre légal clair et stable pour toutes les langues régionales.» En précisant que «le prochain acte de décentralisation devra y contribuer».

    Il n’y a plus rien à  attendre ! La Corse restera sur des mesures symboliques et déclaratives. Pourtant, sur la question des langues régionales, tous les sondages et toutes les enquêtes d'opinion sont unanimes : les Français veulent que leurs langues régionales soient protégées et encadrées par une loi. Désormais, les nouveaux États qui entreront dans l'Union Européenne devront ratifier la Charte. La France, qui aime donner des leçons aux autres en matière de démocratie, se met elle même au ban des démocraties européennes. C'est pour plusieurs observateurs une illustration supplémentaire du fonctionnement chaotique du gouvernement français de François Hollande. Mais, sur cette question des langues régionales, tous les gouvernements français ont privilégié la non-intervention stratégique.

    On l’a compris : le dossier corse n’avancera pas plus avec Hollande qu’il ne l’avait fait avec Sarkozy et d’autant moins que certains sujets font toujours débat chez l’électorat insulaire derrière une apparente majorité obtenue à l’Assemblée de Corse. Nous n’avons pas entendu évoquer la possibilité de passer par la voie référendaire notamment sur  l’accroissement du pouvoir législatif et réglementaire de la Collectivité Territoriale de Corse. Il faut rappeler que François Hollande lui-même n’affectionne pas particulièrement  le référendum, même si, à l'occasion de son discours au Conseil constitutionnel célébrant le 55e anniversaire de la Ve République, il a promis de "mieux associer les citoyens à la vie publique". Pour ce faire, il a notamment annoncé un projet de loi "avant la fin de l'année" visant à instaurer le "référendum d'initiative populaire", introduit en 2008 sous la présidence de Nicolas Sarkozy dans l'article 11 de la Constitution.  Selon l'article 11 de la Constitution en 2008, les citoyens peuvent être consultés par référendum sur un projet de loi relatif à l'organisation des pouvoirs publics, la politique économique, sociale ou environnementale. Ce dispositif (dans lequel le terme « populaire » est abusif) nécessite une loi organique pour être appliqué et pourrait ne jamais déboucher sur un référendum véritablement populaire. En outre, son périmètre  sera limité.

    François Hollande est venu en Corse. Nous retiendrons tout de même qu’il a rappelé à toute la France que la Corse contribua à la libération de la France par une insurrection populaire contre les Occupants. Il a rappelé que les Goumiers marocains avaient aussi participé à la libération de la Corse, premier territoire libéré de l’occupation nazie et fasciste. Ce n’est là que rétablir l’histoire en ce qui concerne l’attitude patriotique et héroïque des Corses, des résistants communistes et des Goumiers marocains, longtemps tenue sous l’éteignoir. Il aura fallu 70 ans pour le faire. De nombreux résistants auraient été vite oubliés si les Corses eux-mêmes n’avaient pas gardé leur mémoire.

    C’était hier aussi l’occasion pour le chef de l’Etat de se prononcer sur les sujets qui se débattent à l’Assemblée de Corse au lieu de se montrer d’abord agacé par les dits sujets pour finalement parler pour ne rien dire. Les Corses ont sans doute noté l’absence de la tête de Maure à côté de ceux de la France et de l’Europe lors des cérémonies à Bastia. Pourtant ce drapeau allait bien avec la présence des vieux Goumiers marocains. Des Corses ont donné leur vie pour la France mais aussi pour et au nom de la Corse. Des Marocains sont venus leur donner main forte.  Un bout de l’histoire nationale face à l’occupation nazie et fasciste mais aussi de l’histoire coloniale de la France avec la connotation péjorative donnée au mot « Goumier [1]» dans le monde du travail.

    Allez ! Malgré quelques loupées et oublis dans les cérémonies, on ne peut que s’associer à ce rappel historique tardif et aux hommages rendus à nos  résistants corses de tous bords politiques mais aussi à ces Goumiers marocains venus à notre rescousse. Depuis la guerre, la Corse a accueilli des Marocains qui forment la communauté étrangère la plus importante sur l’île. C’est la preuve du lien qui s’est tissé entre les deux peuples.

    Hier, on a défilé pour la commémoration de la libération de la Corse en 1943 et Hollande s'est défilé sur l'avenir de la Corse du Vingt-et-unième siècle.

    Battone

     
     


    [1] Les goumiers marocains étaient des soldats appartenant à des goums, unités d’infanterie légères de l'armée d'Afrique composées de troupes autochtones marocaines sous encadrement essentiellement français. Ces unités ont existé de 1908 à 1956. Dans le monde du travail, on qualifie de « goumier de service »  celui qui obéit et fait le travail pour les autres.

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  •  

    La sauvegarde des langues régionales fait l'objet d'un débat tant au niveau national qu'au niveau européen. Le Parlement européen vient de voter un rapport sur cette question. Il confirme à une très large majorité la volonté d'assurer la perennité de ces différentes langues, dont le corse. Il est pour le moins regrettable que Jean-Luc Mélenchon se soit prononcé contre le rapport. Cette prise de position suscite des réactions. Nous en publions une, celle du Réseau Langues et Cultures de France. De même nous publions la position de Jean-Luc Mélenchon.

     

    LETTRE OUVERTE A JEAN LUC MELENCHON

     

    Monsieur le Député,

     

    Le Parlement européen vient d’adopter, ce mercredi 11 septembre, le rapport sur les langues européennes menacées de disparition et la diversité linguistique au sein de l’Union européenne.

    Notre réseau se réjouit de cette avancée. Nous sommes conscients que l’adoption de ce rapport ne règlera pas les questions soulevées par la nécessité de valoriser la diversité culturelle, comme l'UNESCO y engage ses membres, de fait d'ailleurs il n’engendre aucune obligation pour les états membres. La France est donc invitée à ratifier la Charte et à s’engager à la mettre en œuvre.  Ces recommandations s’accompagnent de mesures que nous avons toujours défendues, à savoir « Déployer des politiques ambitieuses et volontaristes de revitalisation des langues et en consacrant un budget suffisant à cet objectif ».

    Dès le mois d’avril, nous avions été sollicités par Mme Marie-Christine Vergiat, députée européenne de la région Sud-Est (PACA, Rhône Alpes, Corse), Front de Gauche, afin d’apporter notre contribution à la préparation de ce débat. Nous enregistrons avec satisfaction la prise en compte des amendements qu’elle a déposée.

    Monsieur le Député européen, vous comprendrez que notre surprise, devant votre vote négatif (seul vote de gauche au milieu de celui de personnes qui ont toujours affiché leur refus de l’autre et de la diversité culturelle) a été grande et engendre une profonde amertume.

    Pour nous la position du Front de gauche est celle exprimée par Marie-Christine Vergiat et le vote de son groupe (http://www.eurocitoyenne.fr/content/le-parlement-europeen-soutient-la-diversite-linguistique). Nous regrettons que votre vote tende à dénaturer le vote des autres députés de votre groupe et permette de revivifier une campagne insidieuse sur le rapprochement des extrêmes.

    Vous êtes le Député européen de la circonscription Sud-Ouest qui recouvre le territoire français de langues et cultures basque, catalane et presque la moitié de celui de culture occitane.

    À ce titre nous aurions apprécié que votre démarche soit identique à celle de Mme Vergiat, mais nous avions pensé qu’en tant que coordinatrice de la Commission Culture-éducation elle exprimait la volonté du groupe GUE/NGL, dont est membre le Front de Gauche, d’animer cette réflexion collective. Nous avions retrouvé là les prémices de la démocratie participative énoncée dans le programme « l’humain d’abord » qui dit que celle-ci s’appliquera à l’élaboration des lois.

    Monsieur le Député européen, pendant la campagne des élections présidentielles, nous avons eu quelques échanges, pas assez sans doute, sur ces questions. Les uns et les autres nous avions des approches différentes, ce que nous concevons. Le projet pour l’art, la culture et l’information « Quelle humanité voulons-nous être ? » a prolongé la réflexion sur la partie culturelle de « l’humain d’abord » et le texte retenu invitait à donner toute sa dimension à la réflexion positive qui s’était ouverte sur la question des langues et cultures de France.

    Cela s’est traduit par un texte du Front de Gauche, diffusé pendant la campagne. Texte que vous avez assumé, devant les journalistes, le 8 février 2012 à Montpellier en répondant « je suis le candidat commun, je suis d’accord avec tout ce que dit le Front de Gauche ». Ce texte a été diffusé par la suite dans les manifestations de mars, à Toulouse, en Bretagne, etc. Ce texte se conclut ainsi « Le Front de gauche dans sa volonté de refonder une Europe au service des peuples, intégrera les langues et cultures de France comme moyen d’ouverture sur nos voisins européens en proposant de revisiter tant la Constitution que la Charte européenne des langues, pour en permettre sa signature ».

    Le Parlement européen a permis que ce débat s’ouvre désormais sur notre territoire national.

    Notre réseau qui s’est déjà engagé, sans angélisme, dans le débat sur la Charte apportera sa contribution dans l’esprit de la volonté politique qui est la sienne, celle du pluralisme, qu’il soit linguistique ou politique ; dans la volonté que nos actes préfigurent l’ébauche d’une VIème République.

    « Place au peuple » demeure notre mot d’ordre et ensemble « ne lâchons rien » : le choix de la souveraineté populaire n’est pas chose facile, alors ensemble surmontons les contradictions qui vont jalonner notre chemin. Nous sommes toujours disponibles pour dépasser au plus vite cette détestable situation, l’actualité politique des prochains jours va nous confronter à des débats sur ces questions :  il est important de réaffirmer la position du Front de Gauche, celle du groupe GUE/NGL.

     

    Le Réseau Langues et Cultures de France

    16 septembre 2013

     

    C’est reparti ! Sans vergogne est orchestrée contre moi une attaque mensongère, mille fois recommencée, à propos des langues régionales. Dans cette mêlée confuse, on trouve, d’un côté, des progressistes ainsi que quelques amis trop rapides dans leurs analyses et, de l’autre, d’odieux ethnicistes d’extrême droite identitaire, qui reprennent à intervalle régulier le même procès calomniateur contre mes positions sur le sujet. En cause cette fois ci : mon vote mercredi dernier au Parlement européen contre un rapport de M. Alfonsi préconisant la ratification par les Etats de l’UE de la Charte des langues régionales du Conseil de l’Europe. Contrairement à ce que prétendent mes calomniateurs, mon vote n’était nullement dirigé « contre » les langues régionales ». Il l’est contre la Charte des langues minoritaires. En atteste mon explication de vote. Confondre les deux questions est le signal d’une volonté de manipulation. Car j’ai déjà expliqué mes positions et les distinguos qu’elle contient à de nombreuses reprises, non depuis huit jours mais depuis quatorze ans. Jamais aucun de mes détracteurs ne s’est donné le mal de répondre sur le fond de mes arguments. Tous ont préféré les vociférations et invectives : cela leur permet de se dispenser d’être obligés d’assumer le contenu des articles de la Charte dont je condamne l’application. 

    Oui, je suis absolument opposé à la ratification des articles de cette Charte que le Conseil Constitutionnel français a condamnés. Notez que je parle des articles retoqués, non de la Charte dans l’ensemble de ses dispositions. Notez également qu’une bonne partie des dispositions de la Charte s’appliquaient en France avant la Charte et s’appliquent depuis sa promulgation. Personne ne demande que ces dispositions-là soient abolies. Je dois le répéter : le problème que me posent ces articles n’a rien à voir avec la diffusion des langues régionales. Il concerne la nature républicaine des institutions que cette charte entend abroger. En effet, son contenu comme ses origines contredisent plusieurs principes républicains, à commencer par le plus essentiel : le principe d’égalité des citoyens devant la loi et les services publics. Mes arguments à ce sujet sont connus car je les ai déjà clairement exposés à plusieurs reprises. Je l’ai fait dès 1999, quand cette Charte a été signée par la France et que le Conseil constitutionnel s’est opposé à sa ratification, en rappelant que « les principes fondamentaux de la République s’opposent à ce que soient reconnus des droits collectifs à quelque groupe que ce soit, défini par une communauté d’origine, de culture, de langue ou de croyance ».  Ceux qui m’attaquent depuis cette époque connaissent parfaitement mes prises de position et mes arguments. La campagne qu’ils mènent contre moi, en confondant volontairement la discussion de la Charte avec celle sur la diffusion des langues régionales, est donc clairement malhonnête et politicienne. Pour ceux qui veulent connaître mes arguments dans le détail, je vous renvoie à la note que j’ai publiée à ce sujet en 2008 sur mon autre blog, où se trouve l’intégralité du discours que j’avais fait au Sénat à l’époque. Je résume ici mes arguments, en partant précisément de ce discours.

    Pour moi, la question n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre les langues régionales. Ce serait absurde. Comment peut-on être « contre les langues régionales » ? Qu’est-ce que cela pourrait vouloir dire concrètement ? Abroger les lois existantes qui les protègent ? Je ne l’ai jamais ni demandé ni souhaité. Être contre le bilinguisme ? Pourquoi ? Je suis moi-même bilingue. Encore plus ridicule serait le fait d’être « contre la diversité culturelle ». En réalité, je suis dans la position de celui qui défend cette diversité contre une vision étroitement ethniciste de la diversité en France. Pourtant, il semble que quiconque refuse la Charte et n’obtempère pas immédiatement et sans discussion à l’ordre de l’adopter les yeux fermés est aussitôt accusé d’être « contre les langues minoritaires » et « contre la diversité culturelle ». Dans la foulée, les mêmes en profitent pour garnir leurs accusations de quelques insultes contre le « jacobinisme », dans une définition de ce dernier qui démasque souvent l’origine réactionnaire de ces imprécateurs. Les amis de la « Charte » oublient de faire connaître le contenu de celle-ci et les problèmes qu’elle soulève dans la conception républicaine. Ils posent aussi un voile d’oubli très inquiétant sur les origines politiques sulfureuse de ce document. Pour moi, une attitude rationnelle et argumentée consiste au contraire à se demander si le cadre légal existant est adapté, car il en existe déjà un, ou si la France a besoin de ratifier l’ensemble de cette Charte européenne des langues régionales ou minoritaires pour faire progresser la diffusion de celles-ci.

    En premier lieu, je veux rappeler que la République protège les langues régionales. Je n’accepte donc pas la caricature qui voudrait faire croire que la République française réprime ou méprise ces langues. Ce n’est pas vrai ! La France s’est dotée dès les années cinquante d’un cadre législatif très favorable aux langues régionales. Elle a été et reste, aujourd’hui encore, en avance sur beaucoup de pays d’Europe dans ce domaine. La loi du 11 janvier 1951 relative à l’enseignement des langues et dialectes locaux, qui porte le nom du socialiste Maurice Deixonne, a officiellement autorisé et favorisé l’apprentissage des langues régionales de France dans l’enseignement public. C’est le cas, dès cette époque, du basque, du breton, du catalan et de l’occitan, auxquels se sont ajoutés ensuite le corse en 1974, le tahitien en 1981, et quatre langues mélanésiennes en 1992. De sorte qu’aujourd’hui, et depuis 1970, tous les élèves qui le souhaitent voient ces enseignements pris en compte pour l’obtention du baccalauréat. La loi Toubon de 1994 a confirmé ce cadre légal favorable. Lionel Jospin, par la loi du 22 janvier 2002, a mis des moyens particulièrement importants à la disposition de l’enseignement de la langue corse, si bien que quiconque le veut peut suivre un enseignement en corse à l’école, au collège et au lycée, à raison de trois heures par semaine. Ici, la Charte n’apporte strictement rien de plus à cette situation. La question posée est plutôt de savoir si les moyens de ces enseignements sont mis à disposition ou pas.

    La République a aussi contribué, en lien avec les collectivités locales qui le demandaient, à rendre possibles les signalisations routières bilingues, ce qui permet, dans certains départements, de pouvoir enfin lire les indications rédigées en français, qui étaient jusque-là surchargées de graffitis en langue locale. Par ailleurs, de nombreuses régions font preuve d’innovation pour favoriser le développement des cultures et des langues régionales. Jamais leurs initiatives n’ont été brimées ou abrogées par l’Etat. Par conséquent, rien dans le cadre légal et réglementaire actuel, ni dans la pratique effective, n’est de nature à brider la pratique et la transmission des langues régionales. Et il n’existe pas une voix en France – et certainement pas la mienne ! – qui s’oppose à ce que soient pratiquées les cultures ou les langues régionales. Si le nombre de locuteurs diminue et si leur âge moyen s’élève, il faut en chercher la cause ailleurs que du côté de la République et de la loi ! Cependant il est tout à fait clair que je m’oppose à ce que l’on soit obligé d’apprendre ou de parler sur notre territoire une autre langue que le français. Tout doit être proposé, et non imposé, avec la plus large palette de choix possibles. Ce qu’il faut dénoncer à cet instant, c’est la domination de l’enseignement de l’anglais comme seconde langue et la volonté a peine cachée des élites libérales et solfériniennes d’y soumettre tous les jeunes français. Celles-là n’ont aucun mal à voter tout ce qui leur est suggéré au Parlement européen, alors qu’elles font le contraire et organisent la marginalisation de leur propre langue nationale. Je note que mes détracteurs n’ont rien à dire à leur sujet.

    La domination croissante de l'anglais est pourtant la seule véritable menace qui pèse aujourd'hui sur la diversité linguistique. Avec le développement de l'enseignement des langues étrangères à l'école primaire, l'anglais est aujourd'hui la langue étrangère enseignée dans 93% des cas à l'école, alors que qu'elle ne représentait que 76% en 2002. Résultat : l'enseignement de l'espagnol et de l'italien ont été réduits de moitié dans le primaire, et celui de l'arabe a quasiment disparu, au point que la statistique de l'Education nationale affichait dans cette langue un chiffre de 0 % à la rentrée 2012 contre 0,2 % à la rentrée 2006. Dans le secondaire, ce n'est pas mieux puisque l'anglais est désormais la 1ère langue étrangère enseignée dans 95 % des cas. Alors que l'arabe est la 2ème langue parlée en France, elle n'est enseignée qu'à 9 000 élèves dans le secondaire, soit à peine 0,1 % des effectifs. C'est trois fois moins que le chinois et près de deux fois moins que le russe. Et surtout, c'est 20 % de moins que dans les années 1980, alors que les demandes non satisfaites sont toujours importantes. Faute de places dans l'Education nationale, les demandeurs doivent se tourner vers le secteur privé, confessionnel ou associatif, où le nombre de jeunes qui apprennent l'arabe est désormais 10 fois supérieur à celui des élèves auxquels il est enseigné en classe. Et la situation s'aggrave, puisque les postes ouverts par l'éducation nationale au concours de professeur d'arabe sont en chute libre : vingt postes en 2002, cinq en 2006 et aucun en 2011, le concours ayant carrément été fermé, avant d'être rouvert en 2012 mais sans qu'aucun candidat n'ait été admis. Avec l'arrivée de Vincent Peillon au ministère, on ne compte que deux postes ouverts en 2013. Par comparaison, quatre postes ont par exemple été ouverts par le même ministre au concours de professeur d'occitan. Alors que l'enseignement de la deuxième langue de France est donc sinistré, à l'inverse, la demande d'enseignement en langues régionales est largement satisfaite, y compris grâce à des classes à très faibles effectifs, ce qui permet à 400 000 élèves d'apprendre une langue régionale en France. On réalise avec ces quelques chiffres que le vrai problème de diversité linguistique en France ne tient pas seulement au sort réservé aux langues régionales, mais à la domination de l'anglais et à la relégation de la langue arabe.

    Un argument souvent asséné est que la France serait l’un des «rares» pays européens à ne pas avoir ratifié la Charte. Pourquoi ce mensonge ? Cette Charte est très loin de faire l’unanimité dans notre continent. Quatorze pays membres du Conseil de l’Europe ne l’ont pas signée, dont la Belgique, le Portugal, la Grèce ou l’Irlande, qui ne sont pas des États réputés liberticides. Et puis, de quoi parle-t-on ? La France a signé la Charte ! Parmi ceux qui ont signé cette charte, comme la France, neuf États ne l’ont pas ratifiée, dont l’Italie. Au total, vingt-trois pays membres du Conseil de l’Europe se refusent donc à rendre applicable cette Charte sur leur territoire. Cela peut être attribué non pas exclusivement à leur « mépris pour les langues régionales minoritaires », mais probablement à d’autres causes. Pourquoi ne pas les examiner ? Pourquoi se contenter de condamner tout le monde en bloc sans examen des motivations ?  Et, surtout, sans considérer quelle est la situation réelle sur le terrain de ces Etats ! La France, par exemple, applique déjà beaucoup d’articles de la Charte sans avoir eu besoin de sa ratification pour le faire.

    Comment ne pas voir que la définition des langues minoritaires donnée par cette Charte est extrêmement discutable et confuse ? Elle exclut de son champ d’application toutes les langues des migrants – je pense à l’arabe, à la langue berbère, et à bien d’autres –, comme si les citoyens qui les parlent du fait de leurs liens familiaux, alors qu’ils sont Français, devaient considérer ces langues comme des langues étrangères ! Aurait-on l’intention de dire aux Algériens, aux Sénégalais, aux Maliens et à combien d’autres encore, de considérer la langue française, langue officielle de leur pays, comme une langue étrangère à leur culture ? Veut-on ignorer que la langue française est dite « langue en usage commun » pour 29 pays dans le monde, dont 13 qui la considèrent comme la langue officielle et 16 comme la co-langue officielle ? Dès lors, en sens inverse, pourquoi les langues de ces pays seraient-elles considérées comme des langues « étrangères » en France si elles sont parlées par des centaines de milliers de personnes ? C’est pourtant ce que fait cette Charte ! Elle instaure donc ainsi entre les langues minoritaires une discrimination ethniciste qui ne veut pas dire son nom mais qui est bien réelle !

    Cette définition discriminatoire exige aussi des arrangements avec l’histoire des langues minoritaires des régions de France. Ils sont eux aussi très marqués, et même connotées, du fait de mécanismes de domination plus violents que ceux dénoncés contre les méthodes de diffusion de la langue française. Ainsi, quand on parle de « la » langue bretonne. Il en existait en fait cinq, dont une avec une racine latine, comme celle parlée à Rennes. Depuis l’édition du dictionnaire dit « unifié » de 1942, une seule langue est institutionnalisée. Parfois au prix du ridicule. Ainsi, par exemple, quand la double toponymie des lieux est faite dans une langue « bretonne » qui n’a jamais été parlée dans le secteur où on prétend l’imposer ! C’est le cas à Rennes, par exemple. Même arrangement quand on va prétendre imposer à tous la création d’un mot par tel ou tel original en vue de désigner des lieux comme « parking » ou quelques-uns des milliers de mots manquant dans le vocabulaire scientifique et technique ! Dans un registre tout aussi perplexe, dois-je signaler la difficulté qu’il y aurait à proclamer « un » créole officiel dans les Caraïbes, et même parfois sur le territoire d’un même département français des Amériques ? Par conséquent, la Charte, sur le terrain même de la reconnaissance de l’identité linguistique d’un parler et de sa culture de référence, n’est pas l’instrument d’intégration que décrivent ses admirateurs. Elle est au contraire aussi un moyen très blessant de choisir, trier, exclure, discriminer de nouveau, au moment où l’on croirait intégrer.

    Je voudrais enfin souligner qu’il ne saurait être question d’ignorer l’origine de cette charte. Dans le contexte du néo libéralisme triomphant, la différence des droits est un élément essentiel de la guerre de chacun contre tous. Donner des droits et des exclusivités à certains du fait de leur pratique d’une langue est un habile moyen d’instaurer ce droit à géométrie variable et cet empire des lois « locales » dont rêvent les libéraux. L’ancrage de ces aberrations dans des identités locales largement reconstruites, et pourtant réputées indépassables et quasi-génétiquement transmises, donne un contenu ethnique identitaire très glauque à cette démarche. Ce n’est pas étonnant. La Charte n’est pas adaptée à notre réalité. Elle n’a pas été mise au point pour elle. Elle a été rédigée pour garantir les droits de peuples minoritaires dans les pays de l’est. Elle a été mise au point du temps du « camp socialiste », pour le déstabiliser depuis l’ouest. Pour autant, l’intention manipulatrice ne doit pas faire perdre de vue le bien-fondé de l’idée dans le contexte des minorités nationales. Car les découpages de frontières qui avaient partagé des peuples comme les Hongrois ou les Roumains dans des Etats différents donnaient lieu à de véritables politiques culturelles éradicatrices dans ces pays, au contraire de celles pratiquées en France à la même époque. Mais c’est une chose qu’une langue minoritaire et une autre qu’un peuple minoritaire. Il n’y a pas de peuple minoritaire en France. Il ne peut pas y en avoir. Car le peuple, en République, n’est décrit que par un seul critère : la citoyenneté et l’unité de la communauté légale qui en résulte. Mais que l’on s’accorde ou non sur ce point, il n’en reste pas moins que le travail de préparation de la « Charte des langues régionales » a été confiée à des personnages plus que discutables. La Charte, adoptée en 1992 par le Conseil de l’Europe, a été préparée, débattue et rédigée par plusieurs groupes de travail de cette instance qui étaient animés par des parlementaires autrichiens, flamands et allemands tyroliens. Leur point commun était d’être tous issus de partis nationalistes ou d’extrême droite. Tous ces groupes étaient membres de « l’Union fédéraliste des communautés ethniques européennes ». Le titre ne peut être plus clair. Cette union se retrouve sous le nom de « FUEV » selon l’abréviation allemande. Cette organisation est aujourd'hui dotée d’un statut consultatif au Conseil de l’Europe, et elle se présente elle-même comme la continuatrice du « Congrès des nationalités ». De quoi s’agit-il ? D’un instrument géopolitique du pouvoir allemand dans les années trente, dissous après la défaite des nazis à la Libération ! Un des principaux laboratoires de l’élaboration de la Charte fut ainsi le groupe de travail officiel du Conseil de l’Europe sur « la protection des groupes ethniques », dont la création a été obtenue par la FUEV et qui est également connu pour ses travaux sur le « droit à l’identité », le Volkstum. Tout cela ne peut être considéré comme une référence acceptable par des consciences de gauche héritières des « Lumières » (Aufklärung en allemand). J'ai d'ailleurs alerté sur ces origines problématiques de la Charte dès 1999, dans une question écrite au gouvernement dont la réponse n’a démenti aucune des informations que j’avançais.

    Il a été question, quelques lignes plus haut, de « la » langue bretonne qui entend se substituer aux cinq langues bretonnes qui existaient et continuent d’exister, en dépit de la publication du dictionnaire établissant une langue « unifiée ». Ce dictionnaire est paru en 1942. Son principal auteur, Roparz Hemon, est dans la veine des personnages inacceptables à l’origine de la Charte. C’était en effet un collaborateur des nazis, mettant au point ce dictionnaire en accord avec l’occupant qui le finança. Dans cette période-là, cette variété de collabos misait sur un découpage de la France par les vainqueurs du moment, et ils leur en avaient fait la proposition. Cet homme a été condamné à l’indignité nationale à la Libération. Il s’est enfui et n’est jamais revenu dans notre pays. Pour moi, célébrer l’œuvre d’un collabo, c’est oublier et mépriser la Bretagne rouge, et même la bleue, c’est-à-dire la Bretagne résistante. Laquelle parlait tous les bretons et combattait les armes à la main les partisans du dictionnaire unifié en raison de l’identité et du projet politique de leurs commanditaires.

    Dans le contexte actuel, ce genre de tentation ethniciste prend un relief singulier. Celui que lui a donné Samuel Huntington et sa « théorie du choc des civilisations ». Pour ses partisans, dorénavant, « dans le monde nouveau, la politique locale est “ethnique”, et la politique globale “civilisationnelle” ». Derrière le fatras des bavardages mal ficelés sur la prééminence de l’ethnique dans la définition de civilisations, de son fondement culturel ancré dans la religion, Huntington est un théoricien de la balkanisation des Etats-nations et de la fracturation de l’unité de leur cadre juridique. Dans cette théorie, la Nation cesse d’être une communauté légale une et indivisible où la loi est la même pour tous puisqu’elle est décidée par tous. Les nations sont alors des collections provisoires de peuples différenciés par la diversité de leurs langues et de leurs religions et des droits y afférents. Nicolas Sarkozy avait traduit en français cette doctrine quand il déclara, dès son élection, que le premier risque que courrait notre pays était celui d’une « confrontation entre l’islam et l’occident » mettant face à face la deuxième religion de notre pays avec une région et ses supposés natifs « enracinés ».

    J’aborde donc ce qui constitue pour moi le cœur du problème. Il ne saurait être question, sous prétexte de respect de la diversité culturelle, d’admettre une différence de droits entre citoyens égaux. Ce serait en contradiction absolue avec la pensée républicaine. Il n’y a pas lieu de créer des droits particuliers pour une catégorie spécifique de citoyens. Le fait de parler une langue différente ne suffit pas à instituer des droits particuliers en faveur de ses locuteurs ! Or, c’est ce que prévoit explicitement la Charte. Elle prétend encourager la pratique de ces langues « dans la vie publique et la vie privée ». L’expression a l’air banale. Elle ne l’est pas du tout.

    S’agissant de la vie privée, je rappelle que le caractère laïque de notre République interdit que les institutions gouvernementales et étatiques fassent quelque recommandation que ce soit concernant la vie privée des personnes. Quant à la « vie publique », la Charte demande aux Etats de « prendre en considération les besoins et les vœux exprimés par les groupes pratiquant ces langues ». […] Va-t-on pour cela élire des représentants des locuteurs de telle ou telle langue ? Créer un sénat des nationalités ? Non ! Ce serait en totale contradiction avec l’idée d’égalité républicaine ! Mais le pire est cette idée de « faire bénéficier de procédures en langues régionales devant les autorités judiciaires », comme le prévoit l’article 9 de la Charte, ou devant les services publics, comme l’exige l’article 10. Témoigner, poursuivre en justice, signer des contrats dans une autre langue que la langue française constituerait un recul par rapport à l’ordonnance de Villers-Cotterêts de François Ier. Pourtant, c’est ce que prévoit cette Charte européenne des langues régionales ou minoritaires !

    Le Conseil constitutionnel a donc eu raison de dire, en 1999, qu’en conférant « des droits spécifiques à des “ groupes ” de locuteurs de langues régionales ou minoritaires, à l’intérieur de “ territoires ” dans lesquels ces langues sont pratiquées, [cette Charte] porte atteinte aux principes constitutionnels d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple français ». Pour toutes ces raisons, la République française n’a donc rien à gagner à ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Elle ne pourrait que se renier en le faisant. Elle doit, tout au contraire, continuer une politique bienveillante et intégratrice, qui donne aux cultures et aux langues régionales toute leur place, dès lors que la République est première chez elle ! S’il faut avoir une discussion sur le sujet en France, elle doit porter sur les moyens à mettre en œuvre pour favoriser l’apprentissage des langues, la connaissance, la pratique et la création dans les cultures que l’histoire du pays nous a léguées. Pas de créer des discriminations, des dominations et, pour finir, faire de l’ethnicisme un horizon contre la nation républicaine.

    Jean-Luc Mélenchon

     

     

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  • conseilconstitutionnel_corse

    Après le débat sur le statut de coofficialité de la langue corse en mai dernier et avant une session spéciale prévue sur le foncier ( statut de résident et Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse), la CTC a délibéré sur  l’introduction de la Corse dans  la constitution française. C'est l'article 72 de la constitution sur "les collectivités territoriales de la République" qui devrait ainsi être modifié. Certains élus nationalistes, comme Jean-Guy Talamoni, veulent  placer la Corse dans l’article 75 de la Constitution qui régit certains territoires d’outremer.

    Une commission des compétences législatives et règlementaires présidée par Pierre Chaubon a travaillé sur le dossier  et un rapport consensuel a été rédigé. Il est qualifié de « point d’équilibre » par le président de la commission et Paul Giacobbi. Le président de l’exécutif  a dit en préambule : « Le rapport n’est pas l’œuvre d’un homme ou d’une majorité, mais l’œuvre collective de tous ceux qui y ont participé. C’est le point d’équilibre de toutes les opinions ».

    Cette réforme constitutionnelle est sensée améliorer le processus démocratique en Corse en mentionnant la Corse dans la Constitution pour avancer sur les 3 problématiques linguistiques, foncières et fiscales. Il est prévu la mise en place d’un comité stratégique ayant pour mission de définir le contenu, les modalités et le calendrier de la réforme. Ce comité serait composé de députés, d’élus de la CTC, de représentants de l’Exécutif, des Conseils généraux et des associations des maires.

    Après l’adoption du projet de réforme constitutionnelle  vendredi matin à l’Assemblée de Corse (une majorité de 46 voix sur 51 à l'assemblée dont la majorité est de gauche), le président de l’Exécutif territorial, Paul Giacobbi a déclaré à la presse locale : « C’est une victoire collective, celle de tous ceux qui ont participé à la rédaction du projet. Je dirais même que ceux, qui ont voté contre, ont eu une attitude utile et très constructive dans le débat. Ils ont essayé d’être le moins négatif possible… » et il ajoutait : « Nous allons rencontrer le gouvernement. Nous irons voir les groupes parlementaires. A ce titre, je suis tout à fait sensible et heureux de la proposition de Camille de Rocca Serra d’œuvrer ensemble… »

    Pour M. Chaubon : « Ce qui est nouveau, c’est que nous osons aller au niveau le plus haut, c’est-à-dire, à la Constitution afin que l’on reconnaisse nos contraintes particulières, inhérentes à la Corse et à son insularité, et qu’on nous permette d’adapter, cette fois de manière effective et non plus fictive, la norme à la situation particulière de la Corse ».

    Seuls trois élus du groupe de la Gauche républicaine et deux élus communistes ont voté contre le texte, au terme de deux jours de débats. Si ce projet a fait l’objet d’un consensus entre divers partis de droite et de gauche mais aussi autonomistes ou indépendantistes représentés à l’assemblée corse, il ne faut pas cacher qu’il divise les Corses au sein de chaque parti et de la population insulaire.  

    Paul Giacobbi estime que  « les oppositions ne sont, d’ailleurs, pas des oppositions de principe, mais des oppositions de prudence. Ce qui est assez différent quand même ! Cela me laisse penser que ces oppositions se fondent sur des ambiguïtés et des inquiétudes. Ceux, qui les expriment, n’ont peut-être pas tout à fait tort ».

    Les Jacobins de droite et de gauche sont sans doute contre la réforme pour des raisons bien entendu diamétralement opposés à celles des radicaux nationalistes.  Un représentante de la Gauche républicaine  faisait valoir que le statut particulier offre un cadre suffisant pour faire entendre les voix des Corses. Certains craignent le renforcement du clanisme et de l’affairisme.

    Du côté des Nationalistes, si le vote du 27 septembre est qualifié d’historique par ceux qui se réclament de la Cunsulta Naziunale et de la lutte de libération nationale, c’est pour le dénoncer. Un communiqué a été diffusé dans ce sens et nous le reproduisons ci-dessous :

    Le vote de l'Assemblée territoriale du 27 septembre 2013 est historique pour trois raisons:

    1. Il satisfait la vieille revendication autonomiste (voir le livre "Autonomia" publié par l'ARC en 1974).

    2. Il liquide la revendication indépendantiste et le lutte de libération nationale. Les 4 représentants que l'on pouvait présumer indépendantistes ont applaudi sans vergogne la conclusion du discours de Paul Giacobbi, évoquant son père (Corse Française et Républicaine) qui déclarait : "Je suis d'autant plus Français que je suis Corse et d'autant plus Corse que je suis Français." ...

    3. Il signe l'arrêt de mort de la nation corse car une nation ne peut procéder que d'elle-même, des lois fondamentales qu'elle se donne et non pas d'une constitution étrangère.

    Seul le processus de la Cunsulta Naziunale et la lutte de libération nationale dans ses formes multiples pourraient encore porter l'espérance d'une restauration pleine et entière des droits nationaux du peuple corse. Il appartient aux patriotes qui mesurent lucidement l'état de déliquescence de l'idée nationale de refonder aujourd'hui les structures permettant l'organisation de la résistance.

     

    Il faut souligner que cette réforme institutionnelle est un dossier-clé qui ouvre la porte à un changement du mode de gouvernance de la Corse avec un pouvoir législatif et décisionnaire plus autonome au moment où des chantiers législatifs ont été ouverts dans les domaines touchant au foncier, à l’immobilier, à l’identité, à  l’usage de la langue …

    Cette réforme est vue par les uns comme une avancée démocratique, par les autres comme un risque d’abandonner la Corse au clanisme et à l’affairisme, par d’autres comme une étape vers l’autonomie, par les Nationalisme radicaux comme une renoncement à l’indépendance nationale de la Corse… Le débat reste ouvert au sein de la population corse. Bien que le projet de réforme ait été voté avec une majorité confortable, des divisions sont apparues  aussi bien dans les partis politiques que dans l’ensemble de la société corse. Au sein de Manca alternativa, la réforme constitutionnelle donne lieu à des discussions internes avec le sentiment qu’une réforme de ce type devrait être expliquée davantage à tous les Corses. Pour éviter que la réforme soit le résultat  d’arrangements politiciens entre des familles politiques et des clans, ne faudrait-il pas passer par la voie référendaire ? La marge est souvent étroite entre le consensus et le compromis qui peut mener à la compromission. Il ne s’agit pas d’ouvrir la boîte de Pandore mais de trouver les conditions pour assurer l’avenir de la Corse dans un contexte de crise économique, de chômage, de spéculation immobilière et de dérives criminelles constatées dans la société insulaire.

    Certes, l’Assemblée de Corse a voté. Il reste à savoir ce que va faire le gouvernement.... Bien malin qui peut le dire !  Ceux qui ont voté le projet trouvent que le statut particulier ne fonctionne pas de manière satisfaisante notamment en matière de pouvoir législatif et règlementaire qualifié de « virtuel ».  Pour l’heure, le vote d’une réforme institutionnelle reste virtuel et tous les scénarii de politique-fiction peuvent être imaginés si la réforme aboutit.

    Les premiers échanges des élus corses avec le gouvernement devraient se dérouler avec la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, qui doit venir en Corse en octobre prochain.

    Pidone

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  • agencetourisme

    En Corse nous sommes à l’heure du premier bilan de la saison touristique avec le même sujet de fond depuis des décennies : Le tourisme est-il pour la corse un mal nécessaire dont il faut contenir l’ampleur ou bien, comme le prônait l’ancienne revue « La Corse touristique[1] » dès sa parution en décembre 1924, que l’avenir de notre île est  dans le tourisme, non pas uniquement mais surtout dans le tourisme. Aujourd’hui, l’activité touristique et ses corollaires représenteraient 20% du produit intérieur brut  insulaire

    Conséquence de la crise et malgré un taux de réservations prometteur en Juin dernier (20% de plus qu’en 2012) et une météo exceptionnelle. la saison touristique serait maussade. Une hausse des passagers enregistrée en juin/Juillet serait en partie due au Tour de France. Il reste le mois de septembre annoncé prometteur avant un bilan définitif. Selon l’Agence du Tourisme corse, la Corse a accueilli trois millions de touristes en 2012,  elle en aurait accueilli 2,5 millions au bilan dressé en juin dernier. Toutefois les retombées économiques ne se comptent pas uniquement en nombre de visiteurs. L’augmentation des lignes aériennes et de leurs passagers sont compensés par une baisse de la fréquentation des lignes maritimes. Ensuite, il faudra faire les bilans de l’hôtellerie, de la restauration et de toutes les retombées économiques éventuelles pour se faire une idée de l’évolution touristique de la Corse.

    Au-delà des chiffres, la Corse mérite mieux qu’un tourisme estival de masse ou de luxe. Il faut éviter de se perdre dans le triangle des bermudas ou les mille et une nuits de la jet set.  Dans la revue « La Corse touristique », François Pietri écrivait en décembre 1924 : « Et il nous plairait assez de prouver à ces visiteurs que nous avons une histoire, une culture et une morale ».  Il souhaitait que «  Le touriste s’intéresse autant à notre histoire, à nos légendes, à nos coutumes qu’il s’intéresse à nos sites et nos paysages ». Malheureusement, la Corse n’est pas encore sortie d’un tourisme saisonnier entre la fièvre de l’été et la léthargie de l’hiver avec ses conséquences sur l’emploi, l’adaptation des capacités d’accueil tour à tour insuffisantes et excédentaires, la flambée saisonnière des prix, la spéculation immobilière… etc. Cela explique en partie que le tourisme soit vécu comme une invasion, même si l’économie corse en a besoin.

    La Corse est un décor de rêves qui tournent parfois au cauchemar, elle ne doit pas sombrer dans un luxe vulgaire. Elle a sa généalogie de gens de la terre et de la mer. Elle est riche de sa culture et de son passé humain. Elle crée et entreprend. Sa destinée n’est pas de suivre le modèle de ces petites îles privées devenues des repères pour mafieux et milliardaires.

    Lors d’une randonnée pédestre dans un parc naturel, nous avons lu à l’entrée un panneau qui reprend le premier paragraphe de l’inscription faite par Rabelais à l’entrée de Thélème… Quelle belle et juste « mise en garde » pour ceux qui viennent en Corse sans aucun respect pour sa population, sa faune et sa flore. Nous n’avons pas résisté à la nécessité de la rappeler … Donc la voici !

    Ici n’entrez pas, hypocrites, bigots, 
    Vieux matagots, marmiteux, boursouflés, 
    Torcols, badauds, plus que n’étaient les Goths,
    Ou les Ostrogoths, précurseurs des magots, 
    Porteurs de haires, cagots, cafards empantouflés. 
    Gueux emmitouflés, frappards écorniflés, 
    Bafoués, enflés, qui allumez les fureurs; 
    Filez ailleurs vendre vos erreurs.

    Pour tous les autres, la Corse est hospitalière et ses habitants respectent qui les respecte. Entrez en Corse comme vous seriez entrés dans l’abbaye de Thélème et vous apprendrez des choses que Camus aurait appelé les « divins secrets » : ce qui, hérité des arcanes de la nature, échappe aux sciences. Entrez dans la magie corse comme dans un musée imaginaire !

    On le dit et on le redit : il faut développer encore et encourager un tourisme qui n’a pas de saison. Vanina Pieri, responsable de l’agence du Tourisme corse,  constatait dans un entretien paru le 17 avril dernier sur le site Corse.net.com : « La force de la Corse, aujourd’hui, est de concentrer sur un seul territoire une offre complémentaire qui va du camping à l’hôtellerie de luxe en passant par la résidence de tourisme. C’est aussi d’avoir 9 microrégions organisées en pôles avec 9 identités différentes. Pour le visiteur, la Corse n’est pas une région, mais véritablement un pays composé de littoral, de plaine, de moyenne montagne, de haute montagne, le tout dans une complémentarité et sur un périmètre très restreint ». C’est justement aussi ces atouts qui doivent permettre d’éviter le choix entre un tourisme de masse ou un tourisme de luxe. L’objectif de toute activité économique insulaire doit être de permettre aux Corses de vivre et de travailler toute l’année sur l’île. Le défi est donc bien de créer un tourisme à l’année, intégré dans un développement local qui associe la population à la manne touristique, avec une clientèle diversifiée à la recherche aussi d’un dépaysement et de découvertes. C’était le souhait des fondateurs de la revue « La Corse touristique » et on le retrouve dans le discours de Mme Vanina Pieri.

    Pour que le tourisme soit un atout de l’économie corse, il faudra qu’il ne reste pas un mal nécessaire avec ses dégâts collatéraux. Il est perçu alors comme destructeur d’harmonie sociale, de culture, d’environnement et d’identité.  Il faut donc repenser le tourisme en termes de développement social, de valorisation des cultures et de préservation de l’environnement.

    Depuis trop longtemps, on se pose la question « Quel tourisme pour la Corse ? », tout en continuant à le considérer comme un mal nécessaire avec pour seule règle celle du marché. Pourtant les objectifs devraient être clairs et trouver une volonté politique contre ceux qui préférent à court terme l’enrichissement rapide de quelques uns et la spéculation foncière.

    Nous devons sortir des incantations et de la fatalité saisonnière tant que nous pouvons encore échapper aux dérives irréparables qui mettent en danger notre mode de vie, notre identité et notre environnement. Le développement touristique ne doit pas conduire à la perte de la terre (notamment pour nos éleveurs et nos agriculteurs), de nos ressources et de nos sites.

    Le tourisme peut apporter aux Corses le pire et le meilleur selon les choix politiques qui seront faits. L’enjeu est de préserver nos ressources naturelles, culturelles et humaines dans une perspective durable et responsable, c’est-à-dire inspiré par un choix de société équitable... L’agence du tourisme de la Corse a édité une étiquette « qualité corse »…  Dans les mots « équitable » et  « étiquette », nous puisons celui d’éthique auquel nous portons un utopique toast…

    Vi salutu cù u fiascu è cù l’imbutu !...

    Fiadone



    [1] Directeur de " La Corse Touristique ", François Pietri, a écrit de très nombreux éditoriaux. Le tourisme, l'accueil, la valorisation de l'intérieur de l'île, l'image de la Corse et des Corses, sont de ses sujets qui restent particulièrement d'actualité... Les articles parus de décembre 1924 à octobre 1924 ont été édités dans un ouvrage par La Marge Edition en 1990. La revue qui se définissait comme « Organe mensuel des intérêts insulaire économique, historique et littéraire » n’existe plus.

    corse_touristique

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  • Dans le cadre du débat sur le statut de co-officialité et de revitalisation de la langue corse, nous publions une contribution de Dominique Bucchini, président de l'assemblée de Corse. Contribution parue dans le journal l'Humanité du 19 août 2013. Nous invitons les internautes à donner leur point de vue.

    Cliquer sur l'image:bucchini_0

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  • Ane_balagne1

     

    En Corse, un âne a quitté son enclos et mordu des Humains pare qu’une ânesse ni pute ni soumise s’est refusée à lui. Peut-on donner un sens à cette anecdote ? Les jeux de l’amour ont laissé du vague à l’âne sans doute et l’envie de mordre. Mais qui dit « vague » nous conduit à penser aux animaux qui divaguent en Corse avec les dangers que cela présente sur la route et le chemin de fer, sans compter les risques sanitaires. Toutefois, s’agit-il d’un  fait corse nouveau ? Certainement pas car les éleveurs corses ont, depuis la nuit des temps, laisser leurs animaux en liberté. Le problème vient surtout de la divagation des bovins qui se seraient multipliés à l’époque de la « prime européenne à la vache ». 

    On sesouvient des accusations de fraudes mises à jour en septembre 1994, lors d'une mission d'inspection diligentée en Haute-Corse par le Fonds européen d'orientation et de garantie agricole (Feoga). Les contrôleurs avaient relevé les procédés pour profiter des deux catégories de primes européennes d'aide à l'élevage, l'indemnité spéciale montagne (ISM) et la prime à la vache allaitante (PVA). Il s’agit, dans le premier cas, de domicilier le troupeau, installé en plaine, sur une commune classée zone de montagne, grâce à la complaisance du maire. Certains bénéficiaires se sont avérés être des habitants de la région parisienne. Dans d'autres cas, l'existence du cheptel primé n'a pu être établie.  La prime à la vache était  limitée aux troupeaux de 50 têtes et donnait lieu à l'utilisation de multiples prête-noms. Un propriétaire de plusieurs centaines de bêtes peut ainsi, en divisant artificiellement son cheptel en unités de 50 vaches, attribuées à des membres de la famille, multiplier le gain. A l’époque la France s’est réclamé les premiers redressements pour 12 millions de francs dans un dossier qui représentait 80 millions d’aides annuels.

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    La Corse a été ainsi désignée comme le « mouton noir » (si je puis dire) de la prime à la vache. Des petits troupeaux se sont installés jusque sur les plages. On en rencontre aussi bien dans le Cap corse que dans le golfe d’Ajaccio du côté de la plage d’argent. Un peuplement qui ne dérange que les constructeurs de paillottes et les baigneurs.

    Heureusement, les dérives humaines et les divagations animales n’ont pas entrainé la suppression des aides animales aux vrais éleveurs corses qui ont le courage de maintenir cette activité ancestrale. Une association ‘Corsica vacchaghji » défend la filière bovine corser : cliquer ICI.l

    Les aides ne concernent pas que les bovins, mais aussi caprins et ovins. Les filières ovine et caprine occupent une place majeure dans le tissu agricole insulaire. L’élevage caprin reste fragile et un site est consacré à la chèvre corse : cliquer ICI.

    Les aides ont pour finalité l’accroissement des troupeaux et de la production de lait mais aussi le maintien des  races corses, notamment porcine et caprine. Ce n’est pas superflu lorsque, faute de matières premières, l’on sait que tout ce qui est étiqueté « Made in Corsica » n’est pas corse alors que la qualité corse se fait rare. Le développement des AOC passe par celui de la production locale. La vraie charcuterie corse, le vrai fromage corse… les vrais produits corses sont issus de l’agriculture et de l’élevage insulaires. Face à la pression financière de la grande distribution et à la spéculation immobilière sur les terres agricoles et les pâturages , les éleveurs n’auraient pas assez de leur courage et  de leur travail pour continuer leurs activités. Le maintien de l’activité agro-pastorale en Corse est un problème plus important que les morsures d’un âne en rut.

    Pour finir notre propos et revenir tout de même à celui qui a tant contribué à la vie pastorale, peut-être que cet âne couillu a entendu parler d’un saucisson fabriqué avec la chair asinienne pour les touristes. Il aura alors voulu à rebours goûter l’homme. Sur les toiles du peintre corse François Corbellini, l’âne est souvent présent. Aujourd’hui, il a presque disparu dans le paysage corse. A Sant Antonino, un âne empaillé montre sa tête à la fenêtre d’une maison. Cruel destin de cet ami de l’homme si nous ne devions le trouver que sous forme de saucissons où empaillé dans un musée. Alors si, comme moi, vous aimez les ânes corses, vous pouvez signer une pétition à l’adresse qui suit :

    http://www.avaaz.org/fr/petition/SAUVEZ_LANE/?tDgYZab

    Pidone

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  • valss_lantivy

    « Je fais de la politique, je suis ambitieux (…) Si, demain, on me proposait d'autres responsabilités, je les assumerais, bien évidemment. J'ai toujours pensé que j'avais la capacité d'assumer les plus hautes responsabilités de mon pays», a assuré récemment Manuel Valls ce qui lui a valu une réponse à distance de François Hollande : « Quant à Manuel Valls, il fait du bon travail et il sait que c'est toujours le président de la République qui décide.»

    Le Ministre de l’Intérieur n’est pas le premier des Ministres de l’Intérieur à penser à la présidence de la République pas seulement en se rasant… Ce n’est pas le premier non plus à venir en Corse jouer le grand républicain. Après avoir dit et répété que la violence était enraciné dans la culture corse, il s’est exprimé sur la coofficialité de la langue corse votée par l’Assemblée de Corse : «Il y a une langue dans la République c'est le Français, c'est inscrit au cœur de la Constitution, on ne peut pas détricoter la République". "Le français n'est pas négociable, la République et ses valeurs ne sont pas négociables…  Depuis la loi portée par Lionel Jospin, la République a donné sa place à la langue corse et l'a reconnue. Mais il n'y a qu'une langue de la République, c'est le français. Il n'est pas concevable qu'il y ait sur une partie du territoire, une 2e langue officielle…. La pratique de la langue corse va au-delà de l'attachement affectif que les insulaires ont pour leur langue. Il s'agit de l'avenir de l'identité culturelle insulaire… Et le gouvernement y est bien entendu attaché… L'Assemblée de Corse est habilitée à faire des propositions d'évolution législative au gouvernement… Ce statut de coofficialité va cependant au-delà d'une modification du cadre législatif, car il concerne aussi des dispositions constitutionnelles." 

    « 15 personnalités sont protégées dans l’île, dont 8 par le service de protection des hautes personnalités », du fait de menaces.   Si le Ministre de l’Intérieur veut mettre le feu aux poudres en Corse, il s’y prend comme il le faudrait. Après avoir déclenché de vives protestations contre  ses propos pour la violence, il est venu provoquer les Nationalistes sur le sujet de la coofficialité. La réplique nationaliste d’abord verbale est arrivée : le FNLC menace de perpétrer de nouveaux attentats et a publié un communiqué. « Soit l'Etat français prend la mesure de l'effet désastreux de sa gestion de la Corse depuis deux siècles et demi et il en tire toutes les conséquences, soit il poursuit son rôle actif dans la destruction de notre peuple, et dans ce cas, nous reprendrons les armes pour que la France reconnaisse nos droits nationaux » a prévenu le mouvement clandestin. Pour lire le communiqué cliquer ICI.

    Manuel Valls a averti : « Il y a des forces qui ne souhaitent pas que l’Etat et la Collectivité réussissent (…) Nous ne nous laisserons jamais impressionner par les menaces. Il n’y aura jamais la moindre négociation, la moindre évolution sous le diktat des menaces et des bombes ». Il aurait pu simplement soulever le problème constitutionnel. Il a préféré se positionner en défenseur de la République dont il veut être président. Curieuse façon de venir régler les problèmes d’ordre public en Corse. Non seulement il est incapable de régler la violence de droit commun mais il attise à nouveau les braises de la violence politique.  Dominique Bucchini, président de l’assemblée de la Corse et de la commission sur la violence, s’est exprimé sur le site CorseNet.com ICI.

    En ce qui concerne l’avenir institutionnel de la Corse, Manuel Valls a dit : « La commission des affaires réglementaires et législatives (de l'Assemblé de Corse, ndlr) présidée par Pierre Chaubon, que j'estime, réfléchit sur l'évolution institutionnelle de la Corse. Le gouvernement s'exprimera quand il sera saisi des propositions que lui fera l'Assemblée de Corse". Le rapport cité propose une plus grande autonomie législative notamment dans les domaines foncier et de la fiscalité.

    Pour le foncier, à quel padduc  la Corses sera-t-elle mangée ? Pour la fiscalité, cette éventuelle autonomie sera-t-elle faite pour diminuer la solidarité nationale ? Le ministre de l'Intérieur a signé la troisième tranche de 537 millions d'euros du plan exceptionnel d'investissement pour l'île.

    Nous trouvons son discours  un peu fort du café. Il est venu faire son tour de Valls à trois temps : Veni, vidi, bibi[1]…  Il a bu un café en terrasse  face au Palais Lantivy. Il est venu en Astérix rêvant d’être César.  Même si c’est Paris qui bat la mesure, les Corses pratiquent davantage le chant que la danse. Contrairement aux naufragés du Titanic, ils ne sont pas enclins à valser pendant que le bateau sombre. La Corse est en perdition culturelle, économique et sociale. Dominique Bucchini relève que « Nous sommes la région la plus précaire de France, ex-aequo avec la région PACA, et la plus inégalitaire, ex-aequo avec la région Ile de France, comme s’il y avait en Corse des Neuilly, des 8ème ou 16ème arrondissements ! Mieux : il y a quelques années, 272 personnes payaient l’ISF (Impôt sur la fortune) en Corse, elles sont, aujourd’hui 2200 ! Ce qui montre bien qu’il y a, ici, comme ailleurs, dans le système dans lequel nous vivons, une minorité de gens qui s’enrichissent, même avec les deniers publics ». Strada facendo ! Aiutati chì t’aiuteraghju !

    Grugnone



    [1]En général, Goscinny utilise les deux premiers termes de la situation, « veni vidi », en latin ou en français au sens propre, et adapte le troisième à la situation…

    – Les Gaulois sont venus, ils ont vu et ils ont emporté Caligula Minus ! Marcus Sacapus, Astérix le Gaulois

    – Veni, vidi, et je n'en crois pas mes yeux ! César, Astérix gladiateur

    – Rendre compte ? Mais nous n'y sommes pas allés et nous n'avons rien vu ! Et puis Jules César a dit...  Je ne sais pas ce que Jules César a dit, mais ne pas y aller et ne pas voir, c'est le meilleur moyen de ne pas être vaincus ! Olibrius, Astérix et les Normands

    – Veni, vidi et j'ai compris. César, Le bouclier arverne

    – Alors, veni, vidi, vici encore un coup par Jupiter ?  Pas encore vici, hélas, pas tout à fait vici... César, Astérix en Hispanie

    – Nous aurons, non seulement veni et vidi, mais nous aurons vraiment vici, en plus ! Anglaigus, Le domaine des dieux

    – Je ne veux pas en venir ; je te l'ai déjà dit : je suis venu et j'ai vaincu Saugrenus, Obélix et compagnie

     

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