• De Montaigne à François Hollande

    Que s’est-il passé depuis le Seizième siècle dans l’ordre des choses. Il y a eu la révolution de 1789, quelques rechutes monarchiques, avant l’installation de nouvelles nomenklaturas politico-financières et deux grandes guerres contre l’Allemagne. Certains ont peut-être étudié l’ouvrage de La Boètie « La servitude volontaire ». L’auteur y pose la question: comment peut-il se faire que « tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent ? » Aujourd’hui les chefs d’Etat ne sont plus des rejetons d’une noblesse décapitée ou pas mais des dictateurs ou des monarques républicains de la grande finance.

    L’association paradoxale des termes « servitude » et « volontaire » est toujours d’actualité. Pour accéder à la liberté, il faut n'être ni maître ni esclave. La Boètie nomme le « Malencontre » comme étant une malchance inaugurale dont les effets ne cessent de s'amplifier au point que s'abolit la mémoire de l'avant, au point que l'amour de la servitude s'est substitué au désir de liberté. Ce qui est désigné, c'est la naissance de l’État comme malchance inaugurale dans la mesure où l’Etat tombe entre les mains des puissants qui soumettent le peuple à leurs intérêts. Il dit des chefs d’Etat : « S’ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature. » Il ajoute qu’ils font parfois, avant de commettre leurs crimes, de beaux discours sur le bien général et la nécessité de l’ordre public. Cela nous rappelle toutes ces campagnes électorales pleines de promesses.

    Pour la Boètie, les tyrans « ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » et ceux qui n’ont pas connu la liberté « servent sans regret et font volontairement ce que leurs pères n’auraient fait que par contrainte. La première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c’est qu’ils naissent serfs et qu’ils sont élevés comme tels. » Comme le précise encore l’auteur de la Servitude volontaire : on ne regrette jamais ce que l’on n’a jamais eu.

    Que font actuellement nos chefs d’Etat successifs ? Ils dirigent les générations à venir vers la servitude : le peuple, comme s'il était victime d'un sort, d'un enchantement, doit servir le monde de la Finance, ce nouveau tyran dont la domination ne tient que par le consentement des individus. Sans ce consentement, la domination ne serait rien : « soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres ». Ce monde da la Finance n’est pas une abstraction mais un consortium d’exploiteurs qui détiennent tous les pouvoirs. Le consortium a ses vassaux et leurs courtisans qui habituent les peuples à la servitude volontaire. Nos enfants ou petits enfants connaîtront-ils encore la sécurité sociale, la retraite à 60 ans, les indemnités de chômage, les 35 heures, le smic…etc ? Ou bien ne regretteront-ils pas ce qu’ils n’auront pas connu ? Auront-ils encore le désir de liberté ? Auront-ils encore des idéaux de justice sociale ? S’indigneront-ils encore des inégalités ? Quelle est la solution pour refuser cette servitude vers laquelle on les conduit ? La Boètie a établi le principe de la désobéissance civique qui sera ensuite repris d’Henry David Thoreau à Gandhi. Sans le soutien actif du peuple, un pouvoir ne peut plus rien imposer.

    On connaît l’amitié qui liait La Boétie à Montaigne malgré des divergences de points de vue. Nous préférons le modernisme de La Boétie à la prudence de Montaigne. Loin de nous l’idée de dénigrer ce dernier. Nous ne portons pas de jugement littéraire ou philosophique sur un auteur qui a vécu avant le siècle des Lumières. A son époque, il ne croyait pas au changement possible. Pour l’auteur des célèbres essais, prétendre changer l’état des choses, c’est prendre le risque de l’aggraver ou lieu de l’améliorer. Dès lors à quoi bon innover ?

    Le scepticisme de Montaigne conduit au conservatisme. Nous étions au moyen-âge et au Vingt-et-unième siècle, c’est toujours l’argument des conservateurs et des réactionnaires qui préfèrent la restauration de l’Ancien régime à toute innovation ou refondation capitale. On se souvient que la révolte, Montaigne l’avait montrée comme une curiosité exotique chez des indiens en visite à Paris :  Ces visiteurs "avaient aperçu qu'il y avait parmi nous des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités, et que leurs moitiés étaient mendiants à leurs portes, décharnez de faim et de pauvreté; et trouvaient étrange comme ses moitiés ici nécessiteuses, pouvaient souffrir une telle injustice, qu'ils ne prissent les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons."

    Les hommes sont responsables de leur assujettissement au pouvoir. En un mot, la tyrannie repose moins sur la répression que sur la dépossession volontaire de la liberté. La liberté, il faut toujours la désirer pour la garder. Si vous n'êtes pas libre, c'est que vous avez renoncé à votre désir de l’être.

    La situation actuelle semble indiquer que, malgré quelques révolutions, rien n'a vraiment changé depuis le 16ème siècle. Aujourd’hui, nous sommes peu à peu dépossédés de la maîtrise de nos conditions d’existence par la droite et par des socio-démocrates qui  trahissent les idéaux de la Gauche, répétant ce que disait Montaigne en son temps. Vouloir plus de justice sociale ne peut pas aggraver la situation de la majorité des Français qui voit justement les choses s’aggraver sans que rien ne change. « Le changement, c’est maintenant » était pourtant le slogan gagnant du candidat Hollande avant que, président, il ne suive le conservatisme archaïque  d’un Montaigne. On nous répète que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. En vertu de quoi, les campagnes électorales deviennent des mascarades telles que le décrivait la Boètie car , selon lui, « ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter ». N’est-ce pas ce que François Hollande a fait avec le peuple de gauche ? Il a agité une cape rouge pour que l’on ne voie pas les banderilles que, depuis son élection, il plante dans le dos des électeurs du Front de gauche. Le Président de la république est un politicien qui, en énarque, met la stabilité de l’Etat et l’Etat de droit au dessus du progrès social. Cela fait de lui un légitimiste de la Cinquième république, un immobiliste comme Montaigne et démontre qu’il n’est pas un homme des Lumières, un moderne. François Hollande est un conservateur qui se méfie du changement alors qu’il en avait fait son slogan électoral. Il n’est pas un héritier de Jean Jaurès mais celui de Montaigne.

    De nouvelles élections arrivent. A chacun de montrer son désir de liberté et d’égalité. L’abstention peut être un vote responsable lorsqu’il enlève toute légitimité à des élus au lieu de les faire bénéficier du vote dit « utile » qui n’est qu’un piège électoral éculé. Toutes les formes de résistance sont préférables à une soumission, à cette « servitude volontaire » vers laquelle on nous mène. La désobéissance civique  prônée par La Boétie a pris des formes légales avec le droit de grève et de manifester. D’autres moyens d’action sont possibles comme le boycott.

    logo_ensemble

    Au sein du Front de gauche, Le mouvement « Ensemble » offre un espace politique de liberté où il n’est pas demandé de faire preuve d’instinct grégaire. Si vous refusez cette « servitude volontaire » à la grande Finance, à la Troïka, aux ultralibéraux, au grand patronat, à tous les exploiteurs, allez consulter le site de ce mouvement citoyen pour une 6ème république en cliquant ICI. Il offre une véritable alternative dans un monde politique figé qui ne répond plus aux attentes d’une majorité de Français poussée par les média vers la Droite, le PS, l’abstention ou le Front national.

    Pidone

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