• Djihadisme et islamophobie, même combat!

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    L’assassinat barbare d’Hervé Gourdel n’échappe pas à la polémique entre angélisme, mauvaise foi et xénophobie. Si la xénophobie peut pousser des jeunes Français musulmans vers le djihadisme, le djihadisme alimente à rebours la xénophobie.  Bien sûr les Français musulmans n’ont pas à s’excuser et ne doivent pas être stigmatisés. Bien sûr Hervé Gourdel n’est pas le seul martyr, victime de bandes de Barbares. Nous sommes d’accord sur ces deux points. Toutefois, il n’est pas interdit de dire que tout le coran n’est pas un message de paix et, lorsque des assassins massacrent au nom d’Allah, tous les Musulmans sont concernés, comme tous les Catholiques, tous les Juifs et plus généralement tous les croyants devraient se sentir concerner si l’on tue au nom de leur dieu ou de leurs écritures saintes. Alors, c’est bien que des Musulmans aient pris position et s’ils l’ont fait, ce n’est pas en tant qu’Arabes mais en tant que Musulmans dans le cadre des différentes nations auxquelles ils appartiennent, dont la France. Les Français musulmans ne sont pas les seuls concernés par la barbarie des Djihadistes et les chrétiens ne sont pas les seules victimes. Par contre, les mots « djihad »  et « sharia » font partie du lexique islamiste et doivent être clarifiés.

    Les mots sont des armes redoutables lorsqu’ils sont utilisés pour tuer. Par ailleurs, ils sont signe d’une manipulation lorsque l’on constate, dans la bouche des politiques et des journalistes, des glissements sémantiques. Il faut appeler un chat un chat. Les assassins d’Hervé Gourdel ne sont pas des « combattants » mais des barbares qui ont démontré leur lâcheté en capturant et en trucidant une victime sans défense. Le mot « décapitation » est un euphémisme lorsqu’il s’agit d’un égorgement au couteau, un supplice insupportable qui ravale la victime à l’espèce animale. Hervé Gourdel a été égorgé comme un mouton. Il n’a pas été guillotiné. Il ne s’agit pas d’une « exécution » mais d’un « assassinat atroce».

    Les djihadistes de Daesh sont des assassins. Nous avons trouvé l’étymologie de ce mot qui renverrait notamment à une secte musulmane et au XIème siècle.

    L’origine du mot « assassin » vient du nom persan ¥ašišiywn qui désignait les membres d’une secte militante musulmane, également nommée Nizârites, particulièrement active au XIe siècle en Perse et qui assassinait publiquement ses opposants. Leur chef charismatique était Hassan ibn al-Sabbah. L’origine de leur nom est disputée. Fréquemment mentionnée, une autre proposition dit que ce terme proviendrait de l’arabe ¥ašÄšÄ«n (« les gens qui fument le haschisch, ou cannabis »). Le haschisch était une des drogues qu’Hassan ibn al-Sabbah aurait utilisées pour conditionner ses disciples. Il enivrait avec cette plante certains de ses affidés, leur promettait que, s’ils mouraient pour son service, ils obtiendraient les félicités dont ils venaient de prendre un avant-goût, avant de leur désigner ceux qu’il voulait frapper. À noter qu’en Perse un mot a la même signification. Cependant il n’est pas certain que cette pratique existât. Certains ont aussi proposé que ce terme provienne plutôt du nom de leur chef, Hassan. D'autres ont suggéré que le terme dérive du berbère iassassen qui signifie « ceux qui surveillent », ceux qui sont fidèles au Asās (« Gardien » en berbère), au fondement de la foi. Ce serait le nom qu'Hassan ibn al-Sabbah utilisait pour désigner ses disciples. Au XIIIe siècle, le mot passa en italien sous la forme assassino pour désigner un chef musulman combattant les chrétiens, et puis un tueur à gages. Au XVIe siècle, le mot passa en français avec ce sens pour désigner toute personne payée afin de commettre un meurtre. [ Wikipédia ]

    Les mots disent les choses, leur histoire ne se sépare pas de celle des hommes. Le mot « assassins » renvoie les djihadistes au XIème siècle et en fait des barbares vieux de dix siècles.

    J’ai enlevé les pantoufles et je sors du confort moral d’un humanisme aveugle. Cette note n’engage que moi. A chaque croyant, quel qu’il soit, de ne pas accepter que sa religion soit l’opium ou le hachisch du peuple. A chacun de faire qu’elle ne dicte pas à tous des préceptes de vie insupportables. A chacun de faire de la tolérance et du respect de l’humanité tout entière le fond théologique des pratiques religieuses.

    Les massacres et tous les actes barbares commis ne doivent certainement pas empêcher de se poser des questions sur les réalités politiques et économiques qui réunissent les conditions de la prospérité des réseaux djihadistes. Comment l’Etat islamique a-t-il pu s’installer et vendre des barils de pétrole ? Quels sont les pays qui ont laissé faire et profiter de ce pétrole à bas coût ?  Qui a soutenu et financé les bandes de djihadistes ? Quels sont les pays qui soumettent des peuples à leurs intérêts économiques et complotent avec les conséquences tragiques que nous connaissons ?

    Au-delà d’une enquête historique et politique pour chercher les causes et les responsabilités, il faut aussi se tourner vers l’avenir et ne pas renouveler les errements passés. Chaque religion ne va pas reproduire éternellement les tragédies du passé, dans un esprit de vengeance sanguinaire.  D’aucuns veulent et n’attendent que cela. Les croisades remontent au Moyen-âge. Les invasions barbaresques sont aussi anciennes. Il est temps que toutes les religions entrent dans le XXIème siècle et concourent à la marche de l’Humanité, au lieu d’en contrarier le cours par des pogroms et des génocides.

    L’innocence n’oblige pas à garder le silence lorsque l’on est concerné. Chacun peut s’interroger mais les croyants davantage que les autres, lorsque, parmi eux, des fanatiques et des manipulateurs font du prosélytisme en incitant à la haine et au meurtre. Comment faire admettre la laïcité à des croyants contrôlés par des guides religieux autoproclamés qui les poussent au communautarisme religieux ? N’est-ce pas aux Musulmans de répondre ? Quelle place doit tenir la religion dans une république laïque ? La loi de 1905 a déjà répondu à cette question : Le principe de laïcité, qui exprime les valeurs de respect, de dialogue et de tolérance, est au cœur de l’identité républicaine de la France où tous les citoyens ont à vivre ensemble.

    Comment se prémunir des appels à la haine d’où qu’ils viennent ? Comment endiguer les dérives sectaires des religions ? Des questions auxquelles il faudra répondre concrètement si l’on veut stopper la radicalisation religieuse. Si tout est écrit pour des religions du livre, c’est que ces religions ont perdu de vue qu’il est écrit que leur dieu créa l’humanité mais pas que leurs futurs adeptes seraient les seules créatures ayant le droit de vivre. Par ailleurs, ce ne sont pas Dieu, Allah ou Yahvé qui ont inventé les religions mais s’ils en sont à l’origine. Ainsi, les religions sont apparues bien longtemps après l’humanité et les hommes se sont inventés d’autres dieux dont celui de l’argent et du pétrole.

    Face à la montée de l’intolérance et de la barbarie, on ne peut plus rester dans des postures idéologiques et un laxisme sémantique. Il faut prendre en compte la révolte, les peurs et l’exploitation qui en est faite. Ce n’est pas en jouant  le moraliste pur et dur que l’on lutte contre la xénophobie et le rejet de l’autre. A ceux qui gardent les mains pures, on peut dire selon la formule célèbre de Charles Péguy contre la morale kantienne : ils ont les mains pures, mais ils n’ont pas de mains. Ils sont incapables de penser l’action morale concrète et ramène tout à leur prisme idéologique qui refuse la réalité des problèmes. Lutter contre le racisme et la xénophobie demande un engagement de toutes et de tous, étant pris en compte que l’angélisme ne fait que renforcer la diablerie.

    Il existe un concept moral républicain qui est le civisme : le respect du citoyen pour la collectivité dans laquelle il vit et de ses conventions, dont notamment sa loi. Ce seul concept devrait inspirer le vivre ensemble et il renvoie à ceux de «civiliser» et de « civilisation ». Les incivilités sont souvent les prémices de la barbarie. La citoyenneté ne dispense pas des devoirs civiques, en ne donnant que des droits. La liberté des cultes ne donne pas le droit de s’affranchir des devoirs civiques et n’a plus de sens si cette liberté favorise l’hégémonie d’une religion qui s’affiche contre la république et veut contraindre à sa religiosité par une seule devise : « Sans moi, point de salut ! ». La liberté religieuse s’arrête où commence la liberté de tous les citoyens. Seule la laïcité républicaine garantit les droits de tous sans distinction de sexe, de race et de religion. Aucune religion ne doit lui porter atteinte.

    Des écritures religieuses anciennes ne peuvent régir les rapports humains aujourd’hui. Elles devraient faire l’objet d’exégèses critiques et ne conserver que cette grande bonté divine dont se disent messagères toutes les religions. Il n’est pas inconcevable de demander une clarification théologique du Djihad et de la Shariah. En Allemagne, des intégristes jouent les provocateurs en menant des actions dans la rue comme le font les sectes. En Belgique, d’autres ont poussé cette provocation jusqu’à revêtir des sweet-shirts  avec l’inscription « Police de la Shariah ». Il n’est pas inconcevable de dénoncer toute ambigüité et tout prosélytisme agressif, à fortiori, tout appel au meurtre des non-Musulmans. Il n’est pas inconcevable de demander le respect de la laïcité dans une république face à des comportements sectaires. Il n’est pas inconcevable que les Français musulmans s’engagent comme citoyens contre des djihadistes barbares et concourent à la clarification des préceptes religieux qui les concernent en premier chef. Il n’est pas inconcevable que la loi s’en mêle lorsque des préceptes sont compris comme des appels au meurtre.

    Il ne faut pas attendre que les tragédies se produisent ; il vaut toujours mieux tout faire pour qu’elles n’arrivent pas. Nous l’avons vu en Irak et en Syrie, avec  la formation d’un pseudo Etat, « islamisateur » et criminel. Il ne faut pas attendre que la xénophobie et l’islamisme sectaire montent de concert en France pour en arriver à une fracture sociale voulue par tous les extrémistes religieux et de droite. Tout démocrate, de quelque confession qu’il soit, doit s’opposer au totalitarisme au nom d'une vision erronée de Dieu, à la barbarie, à l’esprit fanatique de domination, à la négation du droit au libre-arbitre et du vivre ensemble, à l’interdiction de toute pensée critique… à tous les projets de dictatures religieuses et politiques.

    Que les Français musulmans prennent leur part dans l’action pour la cohésion sociale reste souhaitable et si c’est ce qu’on leur demande, il s’agit de solidarité et de rien d’autre. Il faut toutefois comprendre que la solidarité et la cohésion ne peuvent avoir comme cadre que la laïcité dans la vie publique. Beaucoup l’ont compris mais ce ne sont pas les plus visibles. Il est donc important qu’ils se manifestent, notamment lorsque l’occasion se présente de façon aussi tragique que des assassinats par égorgements. « Pas en notre nom ! » est un slogan court mais significatif et nécessaire. Sans doute mérite-t-il un développement théologique qui explique la « shariah » et rejette le djihadisme terroriste du champ religieux pour le remettre à sa place : la barbarie.

    Alors les faux débats sont stériles et ne font qu’empêcher tout progrès, lorsque les victimisations des uns et des autres sont opposées. L’islamophobie ne peut être l’alibi de l’islamisme barbare et l’Islam de paix ne peut pas rester spectateur de l’Islam de guerre. Le Français musulman devrait, pour d’aucuns, se taire en tant que Musulman et se montrer solidaire en tant que Français, dans une attitude schizophrène, sous prétexte que sa religion le renvoie au communautarisme et à une forme d’excuse d’être musulman. Si cette position peut paraître sensée, elle peut apparaître aussi comme hypocrite ou fuyante. Dans une démocratie, chacun doit prendre ses responsabilités pour que l’action soit commune. Il reste évident que si tous les Français avaient la même religion ou n’en avaient aucune, aucune nécessité particulière ne serait apparue dans le devoir de dénoncer une barbarie commise au nom d’un dogme religieux. Il ne s’agit pas de s’excuser pour un acte commis par des bandes d’assassins mais de le dénoncer fortement et de le dénoncer plus fortement au nom de l’Oumma et de l’Islam auquel ces Barbares se réfèrent. Il s’agit de dénoncer les provocations des intégristes barbus qui, au nom de la tolérance et de leur citoyenneté, veulent appliquer la Shariah dans des pays laïcs et sont aussi responsables de la montée de la xénophobie et du racisme que les groupuscules d’extrême-droit dont ils adoptent les méthodes. Les voix de la grande majorité des Musulmans doivent être plus fortes que celles des djihadistes et des islamophobes.

    Les composantes du Front de gauche ne se sont jamais montrées naïves sur les causes historiques et profondes de l’évolution des conflits internationaux et de la société française. Les prises de position ne doivent pas être interprétées comme du laxisme vis-à-vis d’ennemis intérieurs, comme la droite et l’extrême-droite veulent le faire croire. Toutefois, la lutte contre l’islamophobie a besoin d’un soutien audible de la majorité des Français musulmans et, plus généralement, de toutes les populations musulmanes dont certaines sont les premières victimes de l’obscurantisme et de la barbarie. Il est important de le souligner. La lutte contre le terrorisme djihadiste n’exonère pas les xénophobes, les racistes, les grandes puissances occidentales, le capitalisme international, les dictatures et les marchands d’armes de leurs grandes responsabilités dans tous les conflits qui ont surgi. Elle est par contre nécessaire pour faire vivre la démocratie. L’identité nationale n’a pas de sens, sans cohésion sociale. Les religions ont démontré, dans le passé et malheureusement aujourd’hui encore, qu’elles n’étaient pas des facteurs de cohésion, sans revenir sur leur Histoire et leurs guerres. C’est aux croyants d’aujourd’hui de ne pas œuvrer contre cette cohésion garante de la paix sociale. Il ne s’agit pas de réunir des gens dans une communauté de pensée unique, politique ou religieuse, mais qu’ils vivent ensemble dans une communauté de destin, avec le respect de l’autre. Nous sommes persuadés que la grande majorité des croyants de toutes les confessions est concernée par la cohésion sociale. Raison de plus pour l’affirmer haut et fort en défendant la laïcité.

    Pidone

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