• En Corse, un vote en croissance significative

    Un score inégalé depuis 1969

     

    Jeudi 27 avril, au local des groupes d’appui Corse JLM 2017, se sont retrouvés 35 insoumises et insoumis pour échanger sur la campagne et le résultat du 1er tour de l’élection présidentielle et, surtout, envisager et construire la suite en prenant en compte et en s’appuyant sur l’analyse politique suivante.

    Au niveau national 

    Avec 19,58 %, Jean-Luc Mélenchon atteint un score inégalé depuis 1969 (Duclos : 21,27 %) pour la gauche de transformation sociale et écologique. Mais la donne a changé avec un vote d’extrême droite très élevé et une droite conservatrice et une sociale démocratie éliminées et désormais dévalorisées.

    Ce résultat est élevé et réconfortant compte tenu d’un taux d’abstention limité à 22,23 %, soit presque le même taux que celui de 2012 (20,5 %) ou de 1995 (21,6 %) et sensiblement inférieur à celui de 2002 (28,4 %). Et même s’il est supérieur à celui de 2007 (16,2 %), il est en tout cas bien inférieur à celui pronostiqué par les sondeurs (32 % annoncé le 20 mars). La mobilisation a donc été bien réelle et la campagne n’a pas découragé les citoyens de s’y intéresser et de s’engager, malgré les « affaires ».

    Les 4 premiers candidats rassemblent en outre sur leurs noms 30 610 000 voix (soit près de 85 % du total de celles exprimées), mais cette fois-ci ces dernières sont réparties presque également : ils sont groupés entre 24 % et 19,6 % (soit 1 600 000 voix d’écart entre Jean-Luc Mélenchon et Macron).

    À la vue des cartes de répartition des votes, celui pour Jean-Luc Mélenchon est un vote relativement bien réparti sur l’ensemble du territoire, seules quelques poches (Champagne, Alsace, sud du Massif central et « pays chouan ») montrent en négatif une moindre dynamique et les anciennes « terres de gauche » (Languedoc, Nord, Nouvelle Aquitaine, Bretagne, Ile-de-France) « rougissent » à nouveau, exprimant un enracinement profond et assurant, pour les deux premières, un reflux du vote d’extrême-droite.

    Mais ce vote est plus particulièrement remarquable dans les grandes agglomérations, dans celles de la région parisienne bien sûr (Gennevilliers : 47,1 % ou Montreuil : 40,1 %), mais aussi dans bien d’autres, comme Montpellier : 31,5 %, Toulouse : 29,2 % ou Marseille : 24,8 %, mais aussi  Strasbourg : 24,4 % ou Bordeaux : 23,4 %. Dans ces villes, ce sont surtout les quartiers populaires qui ont assuré ce niveau du vote, en particulier à Marseille et à Strasbourg, mais aussi le vote des jeunes, puisqu’il s’agit souvent de villes universitaires. Enfin, l’impact des meetings a également joué un rôle dans les agglomérations moyennes, ainsi à Châteauroux (11,5 % en 2012 et 22,5 % en 2017) ou au Port à la Réunion (9 % en 2012 et 38 % en 2017).

    Il y a donc bien eu mobilisation du vote populaire et du vote des jeunes, ces derniers étant parmi les plus abstentionnistes. Ainsi, selon un sondage, le vote pour Jean-Luc Mélenchon arrive premier chez les 18-24 ans (27 %) et les chômeurs (31 %), mais aussi (égal avec le vote pour Le Pen) avec les employés (26 %) et les bas revenus (28 %). Il est cependant encore deuxième chez les ouvriers (24 %), derrière Le Pen (37 %).

    Ce retour vers un vote progressiste et humaniste de la colère ou du découragement des citoyens se traduit aussi par la réorientation de ce vote : là où le vote pour Jean-Luc Mélenchon est en tête ou en 2e position, celui de Le Pen est en 3e, voire 4e position, avec des scores de 10, voire 20 points inférieurs (Marseille 1er : 41,33 % / 9,3 %, Montpellier : 31,46 % / 13,32 % ou Strasbourg : 24,36 % / 12,17 %). De même, en Seine-Saint-Denis, où le vote pour Jean-Luc Mélenchon passe de 17 % en 2012 à 34 % en 2017, le vote d’extrême-droite reste bloqué à 13,6 % ou, comme en Val-de-Marne, à 11,5 %, là où le vote pour Jean-Luc Mélenchon passe de 14 % à 24,5 %. Le meilleur rempart face à l’extrême droite reste donc bien la mobilisation des jeunes et des quartiers populaires sur des valeurs progressistes et humanistes et certainement pas sur un soi-disant « front républicain » qui ne survivra pas au 7 mai.

    Au niveau de la Corse et de la Corse-du-Sud

    Avec 13,84 %, le vote pour Jean-Luc Mélenchon augmente de près de 43 % (9,69 % en 2012) et de 5480 voix (de 15 834 à 21 314 entre 2012 et 2017). Cette évolution accompagne bien évidemment la dynamique nationale, mais le contexte est, sur certains points, différent : il y a eu une plus forte abstention (31,96 % en 2017 contre 25,73 % en 2012), une non-participation du PCF à la campagne et il n’y a pas eu de meeting de Jean-Luc Mélenchon dans l’île. Cette progression a donc été permise par la forte implication sur le terrain et à la créativité des militants de la Corse insoumise.

    Par ailleurs, comme au niveau national, le vote pour Jean-Luc Mélenchon en 2017 montre un meilleur ancrage sur le territoire (le taux de 13,84 % se décline quasi parfaitement entre les deux départements, mais aussi entre les circonscriptions (13,8 dans les 1e et 2d de Corse-du-Sud et 14,35 % et 13 % dans celles de Haute-Corse, respectivement). Ce vote en Corse-du-Sud s’étend donc au-delà des terres traditionnellement de gauche du Sud-Ouest du département qui lui restent néanmoins très fidèles (parmi les 13 communes où le vote pour Jean-Luc Mélenchon est le plus élevé figurent Bilia, Ocana, Sollacaro, Sartène et Tolla, entre autres). De même, le vote pour Jean-Luc Mélenchon s’ancre, en 2017, plus particulièrement dans les deux villes de Corse-du-Sud et leur périphérie et ce vote est également un vote des quartiers populaires (27 % au quartier des Jardins de l’Empereur à Ajaccio ou 20,3 % au collège d’Agnarella à Porto Vecchio) et des secteurs péri-urbains (22,2 % à Eccica-Suarella et 19,6 % à Villanova). Et même s’il reste encore insuffisant pour freiner l’évolution du vote pour Le Pen (25,7 % en 2012 et 28,6 % en 2017 et +1788 voix en Corse-du-Sud), la progression du vote pour Jean-Luc Mélenchon est plus importante que ce dernier (+4,57 % et +2894 voix). Mais ce n’est pas ce que les médias dominants ont retiré de ce premier tour en Corse …

    Philippe Ollandini

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    vallerustie
    Mercredi 3 Mai à 08:53

    Très bonne analyse Philippe..il faut continuer.Nous n'allons tout de même pas  laisser tous les pouvoirs à l'oligarchie et à son roquet, j'ai cité Macron sarcastic..

    2
    Mercredi 3 Mai à 14:12
    Ecorezo

    Excellente analyse Philippe, tu es très regretté à Bastia. Je participe suis à V.I.A.  et à Utopia Vas tu à rencontre autour du film dd'Hélène Constanty le 20 mai en Balagne ?

      • Ollandini
        Mercredi 3 Mai à 18:22

        Bonjour Ecorezo, Je n'ai pas d'info sur la projection du film. Peux-tu m'en dire plus ?

        Merci.

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