• Fiction et réalité écolos...

    imagescaa9n1yyQuand on arrive à Ajaccio dans l’un des fleurons de la SNCM que sont le Danielle Casanova et le Napoléon et que l’on passe les îles sanguinaires, on ne sent plus l’odeur du maquis qui vient réveiller une imprégnation sensorielle des voyages d’antan. La pollution et les constructions en seraient responsables, dit-on. Ensuite, la côte apparaît un peu plus  « mitée » par des constructions modernes. Heureusement, arrivé à bon port, la vieille ville est toujours là avec sa respiration particulière. On remarque parfois la présence d’affiches annonçant une manifestation écologiste.

    Sur les plages, chaque année,  une partie plus étendue du sable est privatisée par l’étalement des matelas de paillotes aux allures et aux tarifs de restaurants de luxe. Des vaches surréalistes et leurs veaux préservent parfois encore un espace public.

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    Si le monde n’est pas absurde,  peut-on lui donner un sens ? Peut-on donner à penser à travers un récit… Pour tenter de trouver une réponse, nous avons choisi un polar de Jean-Louis ANDREANI  « Sole di Corsica »  dont la quatrième de couverture dit : «  Le paysage était splendide. Le golfe baignait les étendues vierges d’un espace protégé : la Punta Pulèmica, refuge d’oiseaux de passage et d’espèces végétales rares. Convoitée depuis toujours par les promoteurs, défendue par les écologistes au prix d’une guérilla permanente, la Punta Polèmica était devenue emblématique de la lutte contre les « bétonneurs » Mais la SCI Sole di Corsica – et qui dit  sci dit souvent partenaires bien mystérieux…- veut implanter justement là, dans ce paradis, un superbe complexe touristique de luxe avec golf dix-huit trous et tutti quanti. Tout est dit : Delphine Mailly, la superbe blonde qui avait déjà fait des ravages dans « La Salamandre de Vizzavona », appelée à la rescousse par ses copines écolo, va se mobiliser pour empêcher ce désastre. 

    Cela me rappela l’affiche d’une manifestation organisée par un collectif de cinquante associations appelant à manifester pour exiger : «  l’application de la loi littorale pour tous, le maintien des espaces remarquables ainsi que celui des terres agricoles, la réalisation concrète du sentier du  littoral et un PADDUC respectueux de l’environnement et des intérêts de l’île ».

    Dans les dix-huit premières pages du polar de Jean-Louis Andreani, l’auteur met en scène l’héroïne  Delphine Mailly, avocate des causes écologistes appelée par deux animatrices d’association de défense de l’environnement : Blanche, prof au lycée Fesh d’Ajaccio  et Mado, employée d’une chaîne de produits bio, sœur de François, bachelier de 17 ans nouvellement inscrit à l’université de Corté.  Il s’agit de préserver le site de la Punta Polèmica  menacé par le  projet  immobilier de la SCI Sole di Corsica créée avec des capitaux pouvant provenir de la Mafia italienne. Dix-huit premières pages denses avec  l’inventaire de problèmes corses  très sensibles, sur lesquels  les points de vue divergent comme celui  du jeune François qui dit à sa sœur  écologiste : «  On va rester entre nous à se regarder le nombril au bord de notre beau littoral désert, en attendant que le continent veuille bien nous donner assez de subventions pour manger ? Merci ! Moi je veux travailler et gagner des tunes. La réserve d’Indiens vous vous la gardez ! ».

     

    imagescaau1bajLa fiction rejoint la réalité des insulaires qui dénoncent «la privatisation du littoral, la spéculation immobilière, la spoliation et la défiguration des sites »,  tout en se  rappelant que la loi sur le littoral n’est pas une loi de sanctuarisation et que l’on pouvait  «concilier développement et respect de l’environnement ».

     

    Revenons à  la fiction du roman « Sole di Corsica »  et à son héroïne.  Avant d’être avocate, elle était agent du Fisc dans un polar précédent du même auteur, « La salamandre de Vizzavona » où elle s’attaquait à un dirigeant autonomiste  qu’elle devait essayer de coincer grâce à une enquête fiscale menée de façon ultra secrète qui avait tourné au dérapage incontrôlé jusqu’à ce qu’elle frôle la mort sur l’éperon rocheux de la citadelle de Corte. La «ravissante Delphine »  avait fait la Une de la presse people et épousé un grand avocat fiscaliste qui la débaucha de son administration, l’embaucha comme collaboratrice   puis l’épousa et qu’elle quitta rapidement pour s’installer à son compte dans son nouveau polar et y défendre les causes écologistes.

    Cette «beauté blonde » est tout le contraire d’une poupée écervelée et vénale. Malgré le traumatisme de sa dernière mission en Corse, elle accepte d’y revenir pour aider deux femmes corses à sauver un bout de littoral. Blanche et Mado  envisagent même de faire parler la poudre en ayant recours, comme dynamitéro, au vieux Simon, ancien militaire descendant du grand bandit d’honneur Bellasoscia ( « Belle cuisse » pour une généalogie viril et prolifique),  spécialiste des explosifs sans être lié à un groupe d’autonomistes…  Notre avocate va se retrouver dans un nouveau pétrin politico-financier et devenir rapidement la cible de la Mafia mais aussi de quelques barbouseries fomentées dans les arcanes de l’Elysée. Sous des noms humoristiques et évocateurs  des personnages (Paolo Nostracosa, élégant avocat italien de la Mafia, le Préfet Leprudent, Alex Compromissionni  maire de Pinetello, ou encore Nicolas Vurtz, conseiller spécial à L’Elysée, notamment) ou de lieux (La Punta polémica et le village de Pinetello ), l’auteur utilise la caricature en forçant un peu le trait et toute ressemblance ne semble pas toujours fortuite. Un polar avec une héroïne originale, une écriture claire et efficace avec des passages d’anthologie où d’aucuns se reconnaîtrons ou penserons à quelques connaissance.  Un récit qui laisse à penser!

    En Corse, tout commence ou  se termine par des chansons.  A la fin du roman, les militants écologistes corses feront-ils la fête autour d’un spuntinu en chantant « compagneru », dans une des ces «maisons qui donnent sur la rue et cachent, côté montagne, des balcons suspendus sur des paysages grandioses »?

    Parfois, en Corse, on finit par  mélanger  la réalité et  la fiction.  Mais c’est cela qui fait le charme de notre île qui offre mille paysages et où chaque voyage est une aventure humaine.  La Corse est aussi une terre de femmes à l’image de Blanche et  Mado.

    Jean-Louis ANDREANI  est journaliste au quotidien  « Le Monde". Il a écrit des polars  et d’autres ouvrages et notamment : Le problème corse  - La Corse, histoire d’une insularité – Bail précaire à Matignon – Le mystère Rocard  - De la Vème République…

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