• Hénin-Beaumont ou comment offrir sur un plateau la ville au Front national

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    Dans notre dernier billet d’humeur nous évoquions les tentations de la pulitichella et de ses conséquences sur la vie politique en Corse. Nous donnions quatre exemples, où semble-t-il, y compris des membres du Front de gauche y succomberaient. A Bastia, dès le premier tour des Municipales, le Parti communiste a sauté sur le char conduit depuis la nuit des temps par la dynastie des Zuccarelli. A Ajaccio, la direction locale de ce même parti a refusé, après avoir traîné les pieds pendant pas mal de temps, de participer à la constitution d’une authentique liste de gauche, avec les autres composantes du Front de gauche, le Parti de gauche et Manca alternativa (Ensemble). Pourtant, toutes les conditions étaient réunies pour y parvenir, comme cela s’est fait dans des villes comme Marseille, Montpellier, Lille, Nice, Toulon, etc. Quelle mouche aurait piqué les communistes encartés d’Ajaccio pour refuser la voie de la clarté ? Nous répétons. On ne peut pas critiquer la politique de François Hollande tout en s’alliant au plan local avec les représentants ou associés du Parti socialiste. Qu’on le veuille ou non, la gestion des affaires communales dépend en grande partie des choix nationaux en matière financière et économique. Ajoutons que la liste de Simon Renucci est loin d’être un modèle de clarté tant au niveau de son programme que de sa composition. Le bon travail effectué par les élus communistes et autres compagnons de route ne saurait être un argument péremptoire, ne serait-ce qu’en raison de la situation économique et politique actuelle. Alors quelles en sont les vraies raisons ? Nous attendons une réponse. A Porto-Vecchio, le Parti communiste s’est allié avec Jean-Christophe Angelini, leader du Pnc, qui représentait encore naguère le « diable ». Là aussi, on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle alliance. Enfin à Sartène, Dominique Bucchini affiche la couleur. Il ira à la bataille électorale avec des nationalistes, ceux-là même qu’il fustigeait il y a quelques années ! Responsables, disait-il alors de sa défaite électorale.

    A Hénin-Beaumont, un sacré revirement

    Nous voudrions ajouter un cinquième exemple. Sans doute le plus discutable. Exemple qui pose avec force un sérieux problème de déontologie et d’honnêteté  intellectuelle. Celui d’Hénin-Beaumont. D’ailleurs, il provoque beaucoup de vagues à gauche et même dans les rangs du Parti communiste. Il suffit pour cela d’aller sur le site de l’Humanité.fr pour s’en convaincre. De quoi s’agit-il ? A Hénin-Beaumont, ville caractérisée par une crise sociale et économique sans précédent et par une influence grandissante du Front national, le Front de gauche était parvenu à constituer une liste conduite par Daniel Noël, du Parti communiste et à élaborer un programme authentiquement de gauche. Tout était en place. Des milliers de tracts étaient tirés et prêts à être distribués. Beaucoup de monde s’en félicitait. Patatras ! A une semaine de la clôture du dépôt des candidatures, Daniel Noël tourne casaque, se retire de la liste avec un certain nombre de candidats, pour aller s’acoquiner avec la liste conduite par un proche du Parti socialiste ! Bien évidemment sans prévenir les autres composantes du Front de gauche. Comment peut-on qualifier une telle attitude ? Pour se justifier, Daniel Noël évoque la menace du Front national. Mais cette menace était connue depuis belle lurette. Il aurait pu y penser avant, sans s’engager dans le Front de gauche. Pour appuyer son argumentation le responsable local du Parti communiste cite un poème d’Aragon. Lamentable. En outre, la décision a été prise à quelques jours de la clôture du dépôt de liste, ne laissant pas aux autres composantes du Front de gauche le temps de reconstituer une autre liste de gauche. Chapeau l’artiste. Tout cela ne sent pas très bon. Le procédé est inqualifiable. Ce genre de comportement n’est pas de nature à redorer l’image de marque de la gauche, déjà souillée par les socialistes, avec toute une série d’affaires douteuses. Il risque de compromettre la lutte pour la reconquête des catégories sociales – souvent des ouvriers, des jeunes, des chômeurs – séduites par le discours démagogique et de haine du Front national. Bien au contraire. Il contribue à écoeurer un peu plus les électeurs à cause de ces minables cumbinazione et les jeter dans les bras de l’extrême-droite ou dans l’abstention. D’ailleurs, n’a-t-on pas vu la Marine Le Pen se frotter les mains et jubiler devant un tel revirement ? Les communistes encartés du Pas-de-Calais, du moins leur direction, ont pris là une sacrée responsabilité.

    Albert Savino

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  • Commentaires

    1
    dd
    Mardi 4 Mars 2014 à 17:34
    Bravo pour cet article et merci de rappeler quelques vérités qui n'ont pas l'air d'émouvoir les illusionnistes de tous poils.
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