• Il a joué le Samouraï de l'Occident...

     

    Une série de suicides s’est produite ces derniers temps dans des lieux publics… On se suicide, sur son  lieu de travail, devant une agence de pôle emploi… plus récemment dans une école communale et hier un historien a choisi la cathédrale Notre-Dame de Paris. Entre ces suicides, les motifs sont différents. Devant l’agence de pôle emploi, c'est un chômeur en fin de droit. Sur un lieu de travail, c’est un salarié harcelé. Dans une école, c’est un déprimé séparé de son épouse et de ses enfants contre qui il avait commis des violences…

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    Dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, c’est Dominique Venner, écrivain et historien qui s’est logé une balle dans la tête devant l’autel, en direct avec Dieu. Il a écrit une cinquantaine d’ouvrages et dirigé comme éditeur plusieurs collections historiques et littéraires. Il tenait son blog sur lequel il a publié le 21 mai un éditorial qui semble indiquer que son suicide serait un «geste nouveau, spectaculaire et symbolique pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines ». Cet historien, hanté par le déclin de l’Occident et plus particulièrement de l’Europe,  a mal vécu la loi sur le mariage gay qu’il qualifie d’infâme et a été ébranlé par les dires d’un blogueur algérien : « De tout façon, disait ce dernier, dans quinze ans les islamistes seront au pouvoir en France et ils supprimeront cette loi ». Dominique Venner commente cette rodomontade qu’il prend pour une prophétie crédible : «  L’affirmation péremptoire de cet Algérien fait froid dans le dos. Ses conséquences serraient autrement géantes et catastrophiques que la détestable loi Taubira. Il faut bien voir qu’une France tombée au pouvoir des islamistes fait partie des probabilités. Depuis 40 ans, les politiciens et gouvernements de tous les partis (sauf le FN), ainsi que le patronat et l’Église, y ont travaillé activement, en accélérant par tous les moyens l’immigration afro-maghrébine.»

    Dans la suite de son dernier édito, il explique sa vision de ce qu’il conviendrait de faire : « Il ne suffira pas d’organiser de gentilles manifestations de rue pour l’empêcher. C’est à une véritable « réforme intellectuelle et morale », comme disait Renan, qu’il faudrait d’abord procéder. Elle devrait permettre une reconquête de la mémoire identitaire française et européenne, dont le besoin n’est pas encore nettement perçu. Il faudra certainement des gestes nouveaux, spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines. Nous entrons dans un temps où les paroles doivent être authentifiées par des actes ».

    Ce qui fait froid dans le dos, c’est qu’un historien se suicide pour manifester son désaveu envers le mariage gay et la politique d’émigration vécue comme la porte ouverte à l’islamisation. Voilà où peut mener l’extrême-droitisation d’un individu enfermé dans ses théories et sa vision de l’histoire. Il a été toute sa vie le théoricien d’une idéologie raciste qui n’a amené au pouvoir que des dictatures jusqu’à en devenir paranoïaque.

    Nous avons visité le blog de cet historien né en 1935. Dans sa biographie, nous avons relevé cet extrait : « il s’est engagé dans l’armée le jour de ses dix-huit ans (école militaire de Rouffach). Volontaire ensuite pour l’Algérie, il participe jusqu’en octobre 1956, selon ses mots, à cette « petite guerre médiévale » qui compta beaucoup dans sa formation, l’entraînant pour une dizaine d’années dans des engagements politiques intenses et la création de la revue d’ultra-droite Europe Action. L’historien Pierre Milza écrit sur cette revue et le mouvement qui l’anime : «Dans l'esprit de Venner et de ses amis, il s'agit de débarrasser le nationalisme et le fascisme de ce qu'ils ont d'un peu vieillot et de dépassé (l'antiparlementarisme, l'anti-intellectualisme, le patriotisme réduit à l'espace hexagonal), tout en se démarquant du nazisme, soit en admettant comme Bardèche qu'Hitler a “fait des erreurs”, soit en niant purement et simplement les crimes du IIIe Reich. C'est ainsi qu'Europe-Action accueillera très favorablement la publication en 1964 du Drame des Juifs européens de Paul Rassinier, l'un des principaux représentants de l’“école révisionniste”. »

    Evoquant cette période, Venner dira : « Sans le militantisme radical de ma jeunesse, sans les espérances, les déceptions, les complots ratés, la prison, les échecs, sans cette expérience excitante et cruelle, jamais je ne serais devenu l’historien méditatif que je suis. C’est l’immersion totale dans l’action, avec ses aspects les plus sordides et les plus nobles, qui m’a forgé et m’a fait comprendre et penser l’histoire de l’intérieur, à la façon d’un initié et non comme un érudit obsédé par les insignifiances ou comme un spectateur dupe des apparences ».

    Il s’est suicidé à l’âge de 78 ans. L’aurait-il fait à vingt ans ? Dans son édito, une phrase nous a interpellé : « C’est ici et maintenant que se joue notre destin jusqu’à la dernière seconde. Et cette seconde ultime a autant d’importance que le reste d’une vie ». Nous avons trouvé un de ses éditos de la Nouvelle Revue d’Histoire ( n°64 de janvier-février 2013) et intitulé « Un samouraï d’Occident »… Nous vous livrons un passage : « Exister c’est se vouer et se dévouer. Mais mourir, c’est parfois une autre façon d’exister. Exister face au destin. Voilà bien un paradoxe digne d’un samouraï d’Occident qu’illustre notre dossier consacré à « La fin des Habsbourg ». Paradoxe, mais vérité. Un exemple, celui de l’archiduc François-Ferdinand, assassiné à Sarajevo le 28 juin 1914. Si l’on en croit son récent biographe, Jean-Paul Bled, l’archiduc héritier n’avait pas toujours la sagesse politique de son oncle, l’empereur François-Joseph. Les conséquences de l’attentat de Sarajevo eurent de telles proportions géantes qu’il est impossible d’imaginer ce qui serait advenu de l’Europe et de l’empire des Habsbourg sans cet assassinat. Une seule certitude, le vieil empereur François-Joseph se serait éteint de toute façon le 21 novembre 1916, et François-Ferdinand lui aurait alors succédé. Avec quelles conséquences ? Nous l’ignorons. Quel souvenir aurait-il laissé ? Nouvelle inconnue. Un fait demeure. La mort dramatique de l’archiduc héritier a donné à son personnage une densité exceptionnelle que plus rien n’est venu modifier. C’est un paradoxe qu’aurait compris le Japon des samouraïs autant que la haute Antiquité européenne toujours à redécouvrir »…/… « La mort n’est pas seulement le drame que l’on dit, sinon pour ceux qui pleurent sincèrement le disparu. Elle met fin aux maladies cruelles et interrompt le délabrement de la vieillesse, donnant leur place aux nouvelles générations. La mort peut se révéler aussi une libération à l’égard d’un sort devenu insupportable ou déshonorant. Elle peut même devenir un motif de fierté. Sous sa forme volontaire illustrée par les samouraï et les « vieux Romains », elle peut constituer la plus forte des protestations contre une indignité autant qu’une provocation à l’espérance ». Il a laissé une lettre explicative dans laqulle il écrit : « Je me sens le devoir d’agir tant que j’en ai encore la force. Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable. Je choisis un lieu hautement symbolique que je respecte et j’admire. Mon geste incarne une éthique de la volonté. Je me donne la mort pour réveiller les consciences assoupies. Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge contre le crime visant au remplacement de nos populations. »

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    Ce suicide n’est pas un geste dû à la misère sociale. Il apparaît comme celui d’un homme âgé (peut-être malade ?) et conservateur d’Extrême-droite qui a voulu donner à sa mort un retentissement et un sens. D’aucuns en feront un martyr alors qu’il a voulu être un héros. Il termine son édito sur le suicide du Samouraï par cette phrase : « Ainsi, de celui que l’on perçoit habituellement comme une victime, par la force de ma pensée différente, je fais un héros». Dans sa réflexion il cite l’Odyssée et ses héros comme Achille, Ajax et Ulysse. Il faut rappeler que, dans sa jeunesse, il est entré au mouvement nostalgique du Pétainisme « Jeune Nation » et a pris part, à la suite de l'Insurrection de Budapest, à la mise à sac du siège du Parti communiste français, le 7 novembre 1956, à la fondation, avec Pierre Sidos, de l'éphémère Parti nationaliste, ainsi qu'à celle du Mouvement populaire du 13-Mai du général Chassin. Anticommuniste primaire, il a été un activiste de l’OAS. En janvier 1963, il a fondé, puis dirigé, le journal et le mouvement d'extrême droite Europe-Action. Il faisait partie des militants de la Manif pour tous qui a rassemblé côte à côte tous les Pharisiens de la Droite et de l’Extrême-droite. Dans sa revue pseudo-historique, il écrit : « Le mariage est autre chose. Il ne se rapporte pas à l’amour, même s’il en est parfois la conséquence. Le mariage est l’union d’un homme et d’une femme en vue de la procréation. Si l’on enlève la différence de sexe et la procréation, il ne reste rien, sauf l’amour qui peut s’évaporer. À la différence du Pacs, le mariage est une institution en vue des enfants à venir, et pas un simple contrat. C’est pourquoi le projet de mariage gay a été ressenti comme une atteinte insupportable à l’un des fondements ultimes de notre civilisation ». Sur RTL, Frigide Barjot, égérie des manifs contre le mariage pour tous,  parlait d’un monsieur un peu dérangé et assez raciste d’après ce qu’elle en sait. Elle ajoutait : « C'est un monsieur qui n'allait pas bien et qui était dans une idéologie mortifère ». Il fait partie "d'une minorité infime, à la marge", d'une mouvance qui veut "des actes violents, des actes forts, ils disent que nous faisons des manifs gentillettes" poursuivait-elle.

    Ni sa vie ni sa mort ne sont des exemples.  Son suicide, qui se voulait un geste prométhéen,  n’est pas un acte héroïque et ne mérite pas les chants auxquels il aspirait en citant Hélène dans l’Iliade : « Zeus nous a fait un dur destin afin que nous soyons chantés par les hommes à venir ». Cela n’a surtout rien à voir avec le Tunisien qui s’est immolé en 2011 et qui est à l’origine du printemps arabe. Historien mystificateur et théoricien d’extrême-droite, il ne sera mythifié que par ses semblables. Marine Le Pen lui rend un hommage qui se rapporte à son ramage idéologique par ces quelques mots : « Tout notre respect à Dominique Venner dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple de France. » Comme dit la chanson, si on ne choisit pas sa famille, on choisit ses amis. Marine le Pen choisit les siens chez les ultranationalistes souvent nostalgiques du Pétainisme et du nazisme. Son père y est allé de sa verve en expliquant un suicide « inspiré de Montherlant, de Drieu La Rochelle, de l’écrivain japonais Mishima, qui s’est suicidé aussi» et confirmant :«Il admirait beaucoup les samouraïs, il admirait les chevaliers, c’était un peu un chevalier des temps modernes, hérissé contre la décadence de notre civilisation». Cet éloge d’un vieil ami confirme l’acte vaniteux d’un vieil homme rendu paranoïaque par son idéologie extrême-droitière ancienne. Il a porté sa croix : celle de la nébuleuse fasciste des groupes comme Jeune Nation, FEN, Occident, Gud… comme les Nazis avaient la leur.

    Pidone

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    1
    Dominique Venner
    Vendredi 2 Octobre à 13:39

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