• Initiative du 15 novembre

    Réflexions autour de l'initiative du 15 novembre

    A la suite de la cropped-bando-collectif-aaa_02manifestation unitaire du 12 avril dernier, qui associait les organisations du Front de Gauche, le NPA, et de nombreuses organisations syndicales et associatives du mouvement social, s’est constitué le collectif 3A, « Alternative à l’Austérité », qui appelle à une nouvelle manifestation, le 15 novembre prochain. Indépendamment de ce qu’une telle initiative a d’utile et de nécessaire dans la construction d’une alternative, l’une de ses caractéristiques est la tentative de désenclaver ce qui relèverait du domaine de « la politique » et ce qui relèverait de celui du « mouvement social ». Vieille question, toujours lancinante dans les traditions françaises où le républicanisme a imposé une conception dans laquelle trop souvent, trop longtemps, et trop profondément, ces domaines sont considérés comme radicalement distincts et tendent à se regarder en chiens de faïence.

    Si donc un collectif comme 3A tend à ce désenclavement, il importe d’en considérer les limites afin de chercher à les dépasser. De ce point de vue, le fait que les directions de la CGT, de Solidaires et d’ATTAC aient choisi de ne pas s’associer en tant que telles à l’initiative du 15 novembre, alors même que de nombreux membres de ces organisations et certaines de leurs structures de base y participent, constitue un problème significatif et révélateur de l’état du débat.

    Dans la mesure où le bureau d’ATTAC a explicité sa position, une rapide analyse de ce texte peut être intéressante. ATTAC joue en effet un rôle de premier plan dans l’organisation des résistances à l’ordre dominant. L’association produit de nombreuses contributions critiques à la réflexion collective nécessaires à la gauche d’alternative. Elle a joué avec brio sa partition dans diverses mobilisations, qu’il s’agisse des collectifs pour le non en 2005 ou de la campagne contre le TAFTA aujourd’hui. Elle est en outre organisée en de très nombreux comités locaux, qui accomplissent un indispensable travail de terrain. Le communiqué de son bureau n’en est que plus intéressant à examiner. Il énonce :

    « Le collectif appelle à une manifestation le 15  novembre contre le budget d’austérité. Cette initiative part du constat  partagé de la dérive droitière du gouvernement Hollande-Valls et du refus de  laisser à la droite le monopole des mobilisations de rue, et on ne peut que  souhaiter son succès. Cependant le Bureau d’Attac a décidé de ne pas  s’impliquer dans l’organisation de cette manifestation car si une mobilisation  forte est nécessaire contre les politiques d’austérité et les choix désastreux  du gouvernement il nous semble que les moyens politiques pour construire un  mouvement social d’ampleur ne sont pas réunis. L’initiative est pensée d’en haut et ne s’appuie guère sur les mobilisations sociales existantes, qu’il  conviendrait d’abord de renforcer et de faire dialoguer. Construire dans la  durée un véritable mouvement social suppose de partir des revendications et  des aspirations des mouvements réels de la société. Attac et ses partenaires  continueront de s’employer dans les mois qui viennent à cette difficile  tâche. »

    On trouve ici parfaitement exposées les bonnes raisons qu’aurait eu ATTAC de s’associer à cette initiative : « Cette initiative part du constat  partagé de la dérive droitière du gouvernement Hollande-Valls et du refus de  laisser à la droite le monopole des mobilisations de rue, et on ne peut que  souhaiter son succès [...] Une mobilisation  forte est nécessaire contre les politiques d’austérité et les choix désastreux  du gouvernement. » Les arguments pour ne pas s’y associer n’en sont que plus problématiques.

    Le premier de ces arguments est que « l’initiative est pensée d’en haut ». Or, ATTAC a suffisamment souvent pris l’initiative de mobilisations diverses pour bien savoir que tel est le rôle des organisations. S’il ne doit pas être déconnecté de la base militante, un mouvement organisé ne peut sauf exceptions guère naitre sans que l’initiative en ait à un moment ou à un autre été prise par des organisations. Dans le cas de la manifestation du 15 novembre l’initiative appartient à un collectif unitaire très large, où l’on trouve les forces les plus diverses, politiques, associatives et syndicales. Même si on peut le juger insuffisant, le périmètre de ce collectif est assez large pour qu’ATTAC ai pu y prendre toute sa place. Et l’initiative du 15 novembre ne vient pas plus « d’en haut » que celle du 11 octobre dernier contre le TAFTA, pour laquelle ATTAC était précisément en première ligne.

    Le bureau d’ATTAC reproche aussi à cette initiative le fait qu’elle « ne s’appuie guère sur les mobilisations sociales existantes, qu’il  conviendrait d’abord de renforcer et de faire dialoguer ». Mais outre que bon nombre des forces investies dans cette initiative sont parties prenantes de mobilisations sociales, le besoin réel de renforcer ces dernières, de les faire dialoguer et de les faire converger n’est pas incompatible, bien au contraire, avec le développement de mobilisations générales contre les politiques d’austérité.

    Enfin, le bureau d’ATTAC note que « construire dans la durée un véritable mouvement social suppose de partir des revendications et  des aspirations des mouvements réels de la société ». Si cela n’est pas inexact, il est d’une part difficilement soutenable que ce principe soit incompatible avec celui de sa participation au 15 novembre, et d’autre part, il serait inexact de dire que le refus de l’austérité ne serait ni une aspiration ni une revendication du mouvement de la société. Au demeurant, ce sont là des aspirations et revendications qu’ATTAC, avec d’autres, a toujours considéré de sa responsabilité de faire grandir.

    On voit bien qu’au cœur de cette argumentation se trouve une prise de position sur les rapports du « haut » et du « bas », de la « base » et du « sommet » dans les mouvements politiques et sociaux. En filigrane se trouve sans doute quelque chose qui relève de la méfiance encore traditionnelle à l’égard des organisations en général, et des organisations se définissant comme « politiques » en particulier. Cette méfiance connait d’autres expressions que l’on a pu voir à l’œuvre dans les récentes manifestations contre les violences policières, après le décès de Rémi Fraisse.

    Il est pourtant significatif que lorsque certaines organisations, comme ATTAC, mais aussi comme la CGT ou Solidaires, décident « en haut » de ne pas s’associer à l’initiative du collectif 3A, nombre de leurs militant-e-s et structures « de base » décident au contraire de s’y associer. Tout se passe donc comme si ces notions de base et de sommet avaient perdu l’essentiel de leur sens. Et quand le bureau d’ATTAC dit de la manifestation du 15 novembre que « l’initiative est pensée d’en haut », on serait tenté d’interroger, « en haut de quoi ? ».

    Et c’est en fait là toute la question. Il importe donc d’y insister : les collectifs militants organisés ne sont au sommet de rien, et ne représentent pas moins la base du mouvement social et politique que qui que ce soit. Les organisations « politiques » et celles du « mouvement social » n’ont entre elles et ne sauraient avoir aucune hiérarchie, aucune préséance. La politique se fait du bas en haut et du haut en bas, et ne peut se faire autrement. Et le mouvement social et ses organisations ne sont pas moins des acteurs politiques que les autres. On pourrait même dire la chose suivante : la portée « politique » d’une initiative comme celle du 15 novembre dépendra avant tout de la capacité de celles et ceux qui militent dans le « mouvement social » de s’y investir, et de leur volonté d’y prendre toute leur place. Ni base, ni sommet, la balle est entre les mains de tou-te-s et de chacun-e.

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