• L’accent plat de Mācron

    L’accent plat de Mācron « Aujourd’hui je pose la question : avons-nous besoin de deux accents, l’aigu et le grave ? Notre presse imprimée, toujours à l’avant-garde, a résolu le problème (autre problème séculaire) des capitales non accentuées, et de l’aspect disgracieux des accents de guingois en travers des titres, par une procédure, sans bavures : un seul accent, horizontal, qu’on appelle couramment l’accent plat ou macron ». Est-ce que c’est ainsi que se pose la question de la candidature d’Emmanuel Macron à la présidence de la République ? Qui est l’accent aigu ? Qui est l’accent grave ? La droite ou la gauche ?

    Lorsque j’ai lu que le macron est un diacritique et que « plusieurs langues polynésiennes, notamment le marquisien, hawaïen, le samoan, le maori de Nouvelle-Zélande, le tahitien, le futunien et le wallisien, l’utilisent…», je suis resté perplexe sur le projet novateur «ni droite ni gauche », avant de lire la suite de la phrase « … pour indiquer une voyelle longue : ā, ē, ī, ō, ū ». Le macron est un accent plat, diacritique de plusieurs alphabets : latin, grec et cyrillique. Il prend la forme d’une barre horizontale que l’on place le plus souvent au-dessus d’une voyelle. Son principal rôle est d’indiquer que le signe qui le porte reçoit une quantité vocalique longue ; il s’oppose en cela à la brève. Il est aussi utilisé pour modifier la valeur de certaines consonnes comme l̄, m̄, n̄, r̄, v̄, ȳ dans l’écriture de quelques langues, ou d’autres consonnes comme  dans certaines  translittérations. Le macron se retrouve aussi au-dessous de certaines lettres modifiant ainsi leur son : on l’appelle macron souscrit ou ligne souscrite. 

    Quel beau symbole souscrit pour Emmanuel Macron : « L’accent plat » qui veut éliminer tous les autres accents en faisant traîner le son de quelques voyelles et consonnes. Il ne veut pas changer le discours mais seulement la musique. Macron est bien un accent plat de la politique, d’une grande platitude. « Il y a toujours dans l'histoire d'un peuple des moments où ceux mêmes qui en jouissent sont las de la platitude de l'ordre établi », écrit André Maurois dans « Don Juan ou la vie de Byron ».  Songez à la platitude de l’avenir vu par Emmanuel Macron ! Ni droite ni gauche, amor vincit omnia ! L’amour vainc tout ? Si nous avons appris une chose pendant notre existence, c'est que cette platitude est un mensonge. Le monde n’est pas voué à la platitude et la médiocrité. Il n’y a de platitude que dans les situations confortables d’une classe dominante.

    « Comme la platitude ouvre toutes les portes, j'ai essayé d'écrire avec un fer à repasser, mais j'ai mis le feu à mon cahier », écrit Henri-Frédéric Blanc dans son roman « Pourritures terrestres ». Macron a l’accent de la platitude qui lui a ouvert les portes élyséennes de François Hollande, il est en train de mettre le feu au code du travail. L’accent circonflexe présidentiel  que met la presse sur sa tête est un chapeau trop grand et trop pointu pour celui qui veut aplatir un siècle de lutte sociale!

    Macron ne veut pas entendre la révolte des accents aigus et des accents graves. Chaque fois qu’il croise les autres diacritiques, il veut les aplatir parce qu’ils grondent et qu’ils font grève en causant de grands désordres dans son discours. Il a tort de ne pas les prendre au sérieux. Il faut dire que notre ministre de l’économie utilise volontiers le langage commercial international qui est l’anglais dont l’accent n’est qu’une particularité de diction et non pas un signe écrit. Aussi la Grande Bretagne s’est-elle figée dans une platitude royale incarnée par une reine qui vient de fêter sa 90ème année avec sa couronne sur le crâne comme un macron sur la â de crâne et le ê de fête.

    Imaginez-vous un instant le mot « âme » avec l’accent circonflexe aplati par un macron ? C’est pour cela que le Macron n’a pas d’âme. S’il en avait une, il a dû vendre l’accent circonflexe qui lui donnait de la hauteur. Peut-être a-t-il changé la lettre « M » (aime) par « N » (haine). Toutefois même au mot "âne", il faut un accent circonflexe, alors qu’avec son anagramme Ena, il n’en faut pas. Sans aucun doute, Emmanuel Macron a un problème avec les accents et en particulier avec celui énarque de la sincérité. Il cherche à éviter tous les mots qu’il croit piégés comme « droite » et « gauche ». C’est pourtant au parti socialiste qu’il a trouvé ses parrains politiques parmi les néolibéraux post-mitterrandiens.

    Macron s’est mis en marche vers le sommet des carrières politiques. Sans accent, les phrases de ce Rastignac fondront, dans son ascension, comme neige au soleil médiatique. Alors il faudra lui mettre les barres sur les « t » et les points sur les « i », en lui disant qu’il est un petit, un tout petit politicien, un micro-politicien dont les ambitions tomberont à plat.  

    Si la presse, dont l’encéphalogramme est plat depuis toujours, montre actuellement une macronite aigüe, ce n’est pas grave. C’est dû à une overdose de « ni droite, ni gauche ». Il s’agit d’un symptôme passager derrière lequel nous trouvons l'habituelle platitude des commentateurs. Ils aiment sans doute le mot "souplesse" parce qu'il n'a pas d'accent et qu'il pousse à se mettre à plat ventre. Pour ne pas être contaminé, il faut une bonne dose de bon sens accentué par une réflexion critique. Emmanuel Macron est à la pensée politique ce qu’est  le diacritique « macron » à la langue française.  

     

    Jean Frade

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  • Commentaires

    1
    manonegro
    Jeudi 14 Septembre à 11:57

    Pas mal... Dommage de finir sur le "bon sens", platitude béante ouverte à tous les pets rhétoriques, et dont Perlimpinpon-Un, comme sa double-clique bêlante, ne se prive pas, en ordre et en ordonnances, de partager..

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