• L'Allemagne conduit l'Union européenne droit dans le mur.

    Un article récent de Benjamin Coriat, professeur d'économie à l'Université de Paris XIII et co-président des Economistes atterrés, sur le comportement du gouvernement Ayrault face au dossier ArcelorMittal. Nous vous proposons un article sur la nouvelle loi bancaire déjà publié sur le site Rue89.

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    L'Allemagne conduit l'Union européenne droit dans le mur

    L’Europe est le seul bloc de l’économie mondiale pour lequel on annonce une croissance quasi-nulle en 2013. En matière de chômage, de pauvreté, l’UE atteint un pic historique. Comment en est-on arrivé là ? Ce qui explique la situation catastrophique de l’UE porte un nom et une explication : le traité budgétaire.

    L’Europe a fait un choix inepte : revenir à l’équilibre budgétaire – 0,5% maximum autorisé) – en quelques petites années. Du coup, on a organisé la récession générale sur l’ensemble du continent.

    Merkel impose l’équilibre sans la solidarité

    Le plus grave est le « concept » et la « vision » qui animent le pacte budgétaire. Selon cette vision prévaut l’idée que, pour conserver une monnaie unique, il serait possible d’éviter de bâtir des solidarités en Europe (un budget significatif, des transferts entre régions, des politiques coordonnées…), à condition que chaque pays s’en tienne à un strict équilibre.

    C’est là ce que les Allemands ont désigné sous le nom de « Communauté de stabilité budgétaire » :

    « Communauté » car les pays de l’UE partagent la même monnaie ;

    « de stabilité budgétaire » car chaque pays garantit chez lui le respect de certains équilibres (0,5% maximum déficit budgétaire, 60% de dette publique).

    Or, tout ceci est absurde car une même monnaie pour des économies très différentes n’est pas tenable. Sans une action permanente pour assurer la convergence, les pays ne peuvent que diverger, et les asymétries se creuser. Et c’est ce à quoi nous avons assisté en Europe.

    L’Allemagne a imposé cette solution car elle tire d’énormes avantages du statu quo. L’un des avantages majeurs pour elle réside dans le fait que, étant spécialisée au niveau international dans le haut de gamme pour des produits très fortement demandés, elle bénéficie d’un euro largement sous-évalué ; alors qu’il est nettement surévalué pour la grande majorité des autres pays membres.

    La France suit pour démanteler l’Etat social

    Pourquoi la solution qu’elle proposait s’est-elle imposée ? Pour une raison essentielle : les autres grand dirigeants néolibéraux (à commencer par Sarkozy en France) ont vu dans le pacte un instrument pour faire progresser encore l’agenda néo-libéral, malgré l’explosion de la crise financière qui marquait l’échec spectaculaire de ce programme.

    L’adoption du Pacte permettait de franchir un nouveau cran dans le démantèlement de l’Etat social. Le tour de passe idéologique du néolibéralisme a pu ainsi s’accomplir : la crise était portée au crédit d’un Etat social trop laxiste.

    Nous voyons d’ailleurs avec le récent budget européen que cette idéologie et cette offensive se poursuivent. En s’appuyant hier sur Sarkozy, aujourd’hui sur Cameron, l’Allemagne conduit l’Union européenne droit dans le mur.

    Passer à des sociétés économes

    Qu’aurait-il pu faire l’UE pour s’en sortir ? Quels choix sont encore possibles ? Il fallait certes, et il faut toujours, traiter la question des déficits. Mais il faut le faire très différemment. D’abord, il faut se donner du temps. L’histoire montre que ces problèmes ne se résolvent que sur du temps long – vingt, trente ans – et jamais à marche forcée.

    Ensuite, il faut absolument rétablir sinon de la croissance – la question fait débat –, mais du moins des hauts niveaux d’activités, permettant le retour à l’emploi et l’assainissement des comptes publics via l’augmentation des recettes fiscales.

    En même temps que la crise financière, nous avons aussi une crise écologique majeure et nous savons tous qu’il faut changer de modèle productif. Mettre fin à la prédation de la planète et passer à des sociétés économes en ressources nécessite des investissements colossaux, et permettrait de construire et/ou de recomposer des séries entières de filières nouvelles.

    Nous aurions pu saisir cette double opportunité : la crise financière et la crise écologique pour engager une grande « transition ». Le ministre allemand de l’Energie le disait lui-même : « Il nous faut un Airbus des énergies solaires ».

    Il a parfaitement raison. Il n’a tort que sur un seul point. Il nous faut non pas un, mais de nombreux nouveaux « Airbus » pour assurer la transition écologique et sociale. Plus vite nous nous y engagerons, mieux nous nous porterons.

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