• La peste réveille les rats

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    « Écoutant, en effet, les cris d'allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la  peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse ». (La peste, Albert Camus)

    L’excipit du roman d’Albert Camus est toujours vrai aux lendemains du 13 novembre 2015, ce vendredi noir pour la France. Des innocents ont été tués par des individus qui se font les instruments d’une idéologie érigeant la haine comme foi. Ces néo-fascistes se livrent à l’exaltation de la grandeur religieuse, la supériorité d’une cause adoubée par un Dieu qu’ils s’inventent, un idéal cauchemardesque. Chez eux la violence remplace l’intelligence et leur étendard noir est la mort. Ces individus répondent à des appels aux meurtres, la bave à la bouche. Les djihadistes sont en général des criminels qui menacent la terre entière, grisés par un faux sentiment de puissance. Ils n’ont aucun respect pour la vie, y compris la leur.  J’ai écrit à chaud quelques mots rageurs sous l’emprise de la colère, avant qu’elle ne devienne une colère froide. « Nous sommes en guerre » répètent nos hommes politiques. Ne l’était-on pas déjà au Mali, en Syrie, en Irak et en Afghanistan ? Rappelons que des êtres humains meurent dans ces pays en plus grand nombre qu’en France. Rappelons  aussi que, 24 heures avant Paris, l’Etat islamique autoproclamé a frappé à Beyrouth, plus précisément dans le quartier chiite de Borj el-Barajneh, faisant 43 morts et 239 blessés. C’est l’attentat le plus sanglant dans la capitale libanaise depuis plus de vingt ans. Nous devons aussi être concernés par ces victimes libanaises.

    Le fait nouveau en France est que les terroristes islamistes ont encore frappé à Paris mais en plus grande ampleur et en ciblant des gens du peuple. Le 7 janvier dernier, ils visaient Charly Hebdo accusé de blasphèmes et un hyper-Kasher accusé de sionisme. C’était la liberté d’expression qui était meurtrie et l’antisémitisme affiché de manière sanglante. Vendredi, ils ont visé des badauds qui, après une semaine de travail, étaient venus se détendre aux terrasses des bars ou écouter un groupe rock au Bataclan. Des kamikazes se sont fait exploser aux abords du stade de France pendant un match amical entre les équipes de France et d’Allemagne. On imagine le désastre s’ils avaient pu entrer dans les tribunes du stade. Au dernier décompte, on nous a annoncé 129 morts et 352 blessés. N’oublions pas que, parmi les victimes, on dénombre des gens de diverses origines. Je pense, par exemple, à Halima, 37 ans, qui a laissé deux enfants sans mère. C’est aussi la France dans sa diversité qui a été frappée. L’enquête se poursuit et il ne s’agit pas ici d’écrire une chronique judiciaire. L’important est de savoir quelles vont être les conséquences de cette barbarie et de dire que chaque Français a le droit d’être protégé. Il est important d’affirmer que l’Etat républicain a le devoir de faire respecter la laïcité et qu’il a pour mission de défendre le peuple contre la barbarie d’où qu’elle vienne. En temps de guerre, la constitution lui donne les pouvoirs légaux de prendre des mesures d’exception. Ces mesures ne devraient pas dépasser une durée maximale ni remettre en cause de façon durable notre démocratie. L’état d’urgence doit aussi défendre la démocratie menacée. Faire renoncer des peuples à la laïcité et à la démocratie, porter atteinte à nos libertés, c’est le but des terroristes islamistes.

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    Aucune indulgence n’est souhaitable contre des délinquants devenus les pires criminels. Les idéologues de leur barbarie voudraient imposer une religion dévoyée dans ce qu’elle recèle de plus moyenâgeux. Ils choisissent dans le Coran les versets les plus archaïques et ignorent celui qui qualifie l’être humain de sacré. Le Coran compte quelque 6300 versets au total, dont 300 contiennent des mots tels que «combattre» ou «tuer». Cinq versets, en tout, sont une injonction à tuer. Dans certains passages du livre du Deutéronome, Dieu invite à tuer pour la majorité des juifs et des chrétiens. Tout dépend de la lecture des textes et de l’interprétation qui en est faite. Des grands savants comme Amin al-Khûlî, Ahmad Khalafallâh ou d’autres avaient des vues très modernes sur la question. Ils pensaient que l’islam doit être adapté à son contexte historique et qu’aucune interprétation n’est valable pour toutes les époques. Les fondamentalistes radicaux opèrent une relecture du Coran très éloignée de cette tradition, en voulant  conduire les musulmans à une régression historique. A partir de là, le discours apologétique a pris chez eux le pas sur le discours critique, l’éclipsant complètement. 

    Aussi, face à la régression religieuse, tout recul devant des revendications islamistes est devenu un encouragement au djihadisme et dessert les Français musulmans intégrés. Les islamistes passent du voile à la burka, de la viande Halal à la charia et de la charia au djihad., du djihad au génocide. Dénoncer le terrorisme « islamiste » en tant que tel revient à ne pas laisser le monopole des mots à l’extrême-droite, étant précisé que l’islamisme n’est pas l’Islam. Il ne s’agit pas non plus du terrorisme tel que nous l’avons connu en d’autres temps. Contrairement à ce que veut faire croire Erdogan en Turquie, le PKK ne peut être comparé à Daech. Le PKK est un mouvement revendiquant l’indépendance des Kurdes en Turquie, alors que Daech est une nébuleuse djihadiste instituée en califat dictatorial et sanguinaire avec des velléités génocidaires pour exporter sa barbarie dans le monde entier. Un lutte implacable est donc nécessaire contre cette barbarie sectaire qui défie l’humanité et fait d’un culte une inculture. Il est cependant  indispensable de refuser tout amalgame avec les Français musulmans qui respectent la république et la démocratie. A Pontivy, des énergumènes de l’extrême-droite se sont défoulés sur un badaud d’origine musulmane. Ils ne valent pas mieux que les djihadistes. Ils sont aussi lâches qu’eux même s’ils n’ont pas osé aller jusqu’au meurtre. Ils fonctionnent tous selon les mêmes codes. La violence est leur média. La haine de l’autre reste leur profonde motivation.

    L’heure est à des mesures pour la sécurité intérieure, une guerre à mener maintenant malgré nous et la préparation d’une sortie politique des conflits à réclamer au niveau international. Sur nos écrans de télévision, les experts se succèdent et les journalistes commentent en continu depuis quarante-huit heures.  Nous avons entendu quelques propos sensés mais aussi beaucoup de prévisions alarmistes. Cela ne nous fait pas oublier que des grandes puissances auront des comptes à rendre sur leur responsabilité collective dans l’apparition et l’organisation du califat Daech. On ne peut éluder les stratégies géopolitiques et économiques des uns et des autres, la complaisance envers l’Etat turc qui bombarde les Kurdes, les relations entretenues avec des émirats du golfe persique qui financent le terrorisme djihadiste et encouragent la radicalité islamiste.

    Le temps est à l’union et au soutien de tous ceux qui luttent contre la peste djihadiste. Cela ne doit pas empêcher d’être vigilant sur le respect de notre démocratie pour que la France reste un pays de droit. Les polémiques viendront plus tard, même si, par ailleurs, la tragédie fait déjà l’objet d’instrumentalisation électorale. Gardons les analyses critiques pour la politique sociale qui ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la nation en danger. Il y a aussi des combats sociaux à mener pour éviter d’autres guerres.

    Les idéologues des djihadistes savent que les actions terroristes accroissent la xénophobie et le racisme en Europe. Ils savent que ces actions favorisent la montée de  l’extrême-droite et peuvent provoquer la fracture sociale entre les communautés. Le devoir de l’Etat est aussi d’empêcher toute dérive fasciste. Nous avons déjà vu que le feu couve. Des mouvements identitaires appartenant à l’extrême-droite ont perturbé des rassemblements spontanés à la mémoire des victimes de ce vendredi noir, pour crier des slogans haineux et pousser à l’amalgame entre Islamisme et Islam. Ils sont prêts à pousser au lynchage du premier quidam musulman qui passe à leur portée. Ils viennent de le montrer à Pontivy. Aussi, il est raisonnable  de prendre conscience que, en grande majorité, les migrants fuient la guerre et la mort, même si quelques djihadistes peuvent s’être mêlés à leur exode. Beaucoup de ces migrants sont morts dans un voyage incertain et d’autres meurent encore. Là encore, refusons l’amalgame et dénonçons l’instrumentalisation de la peur contre des familles en grand danger. Dénonçons la récupération faite des attentats contre des gens qui ont besoin d’aide.

    Nous pleurons nos morts mais pensons aussi à toutes celles et ceux qui meurent chaque jour au Proche-Orient et en Afrique. D’autres attentats sanglants ont été perpétrés récemment au Liban et en Turquie.

    Ne nous trompons pas d’ennemi. Il n’est pas musulman. Il est islamiste radical et djihadiste. Il est fasciste et génocidaire. Il est la violence instituée comme dogme et la mort comme étendard.

    Le jour est venu où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la  peste a réveillé ses rats et les a envoyé mourir dans une cité heureuse. Il nous faut éviter la contagion et craindre que la peste djihadiste ne fasse proliférer la peste brune.

    Battone

     

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