• Le coup de menton jacobin de Manuel Valls

    Le coup de menton jacobin de Manuel VallsLes jacobins de droite et de gauche ne s’opposent-ils qu’à l’autonomie des Corses ? Pourra-t-on éviter un débat sur plus d’autonomie après les dernières élections ?

    La Corse doit-elle avoir moins d’autonomie que l’Alsace et la Nouvelle Calédonie ?

    L’Alsace possède une législation différente de la législation française, ainsi qu'un code du travail et des associations qui lui sont propres... La Nouvelle Calédonie possède un statut particulier du citoyen Néocalédonien...

    Dans la Constitution néo-calédonienne, il existe un statut du citoyen néocalédonien qui a des droits particuliers quant à l'accessibilité au travail et à la propriété... Ça va même plus loin... puisque la fonction publique est aussi concernée ainsi que l'activité libérale... loi organique de 1999 : la protection de l'emploi locale. Ainsi, l'article 24 de la loi organique déclare:

    « Dans le but de soutenir ou de promouvoir l'emploi local, la Nouvelle-Calédonie prend au bénéfice des citoyens de la Nouvelle-Calédonie et des personnes qui justifient d'une durée suffisante de résidence des mesures visant à favoriser l'exercice d'un emploi salarié, sous réserve qu'elles ne portent pas atteinte aux avantages individuels et collectifs dont bénéficient à la date de leur publication les autres salariés.

    De telles mesures sont appliquées dans les mêmes conditions à la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie et à la fonction publique communale. La Nouvelle-Calédonie peut également prendre des mesures visant à restreindre l'accession à l'exercice d'une profession libérale à des personnes qui ne justifient pas d'une durée suffisante de résidence. »

    Manuel Valls s’est posé en grand patriote français en déclarant qu’il n’y a qu’un peuple français et que la France est une et indivisible. Il assure qu’il connaît bien l’histoire de son pays. En ce qui concerne la France, il a fait des études universitaires d’Histoire à la Sorbonne mais connaît mal la réalité actuelle, lorsqu’il s’agit de l’Alsace et de la Nouvelle Calédonie. Si on le ramène à son pays d’origine, l’Espagne (rappelons qu’il a été naturalisé français en 1982), il connaît mal aussi ses institutions et sa constitution, ou bien il fait mine de l’ignorer. Naturalisé, ferait-il d’un francisme proche du franquisme : Plus français que moi, tu meurs ! 

    D'un point de vue institutionnel, la langue officielle de l'Espagne est l'espagnol (ou castillan) mais d'autres langues coexistent avec des statuts différents. Le castillan a le statut de langue officielle dans toute l'Espagne. Dans certaines régions, certaines langues ont un statut de co-officialité avec le castillan. En 2014 un sondage indique que seuls 55 % des Espagnols ont le castillan pour langue maternelle. Valls lui-même s’est exprimé en catalan lors d’un déplacement ministériel à Barcelone en mai 2014. « Jamais l'enfant que j'étais, né à Barcelone, n'aurait pensé qu'un jour ce serait en premier ministre de la France qu'il reviendrait. Et me voilà parmi vous. Espagnol et Catalan de naissance. Puis Français, pleinement Français, passionnément Français. Par un choix de cœur. Parce que je l'ai choisi à 20 ans», a-t-il lancé en catalan.

    Un seul peuple espagnol ? L’Espagne est divisée en 17 communautés autonomes qui disposent toutes d'un régime plus ou moins large d'autonomie par rapport à l'État central. La plupart de ces communautés sont elles-mêmes divisées en plusieurs provinces. Il s’agit d’un état fédéral. Malgré cela, cette royauté reste centralisée. C’est vrai ! Les communautés ne sont autonomes que dans l'aspect législatif et exécutif (Art. 148 premier alinéa de la constitution). Il convient aussi de préciser que le chef des communautés autonomes est le roi d'Espagne qui nomme, sur proposition des parlements monocaméraux autonomes, le chef du gouvernement régional. Toutefois on note une reconnaissance des peuples  que Manuel Valls refuse au peuple corse.

    D'après la Constitution espagnole, sont considérées comme « nationalités historiques » les communautés autonomes qui ont eu une identité collective, linguistique ou culturelle différente de celle du reste de l'État, déjà reconnue lors de la Seconde République. Ces communautés accèdent donc à l'autonomie, suivant l'article 151 de la Constitution, pourvu qu'elles votent le Statut d'Autonomie. Ces communautés sont la Catalogne, le Pays Basque, la Galice et la Communauté valencienne.

    Aujourd'hui, en plus de ces quatre communautés autonomes, celles d'Andalousie, d'Aragon et des Iles Canaries et Baléares ont incorporé la définition de « nationalité » dans leurs propres statuts, bien qu'elles n'aient pas obtenu de statut sous la Seconde République (les négociations ayant pu être interrompues par la Guerre civile).

    Les autres communautés autonomes se dénomment comme « région » ou « région historique » ou « communauté historique » (dans le cas des Asturies et de la Cantabrie). Quant à la Navarre, elle se reconnait comme « communauté forale », avec ses spécificités propres.

    Alors ? Une monarchie constitutionnelle mise en place par Franco serait-elle moins jacobine que notre république monarchique faite pour le général de Gaulle?

    Que M. Valls le veuille ou pas, la Corse est une terre, les Corses ont leur propre histoire, leur langue, leur culture et des particularismes liés à l’insularité aux antipodes des poncifs chers aux franchouillards de son espèce. Nous n’avons pas oublié qu’il a parlé de violence culturelle corse pour ne pas dire génétique.

    Les ancêtres du Premier Ministre n’étaient pas des Gaulois et ceux des Corses non plus. La Corse s’est enrichie aussi par l’intégration de diverses communautés qui n’ont pas d’ancêtres gaulois. Alors il ne faudrait pas que son jacobisme débouche sur le slogan «  Un seul peuple, une seule patrie, un seul chef », ce « Ein Volk, ein Reich, ein Führer ! », slogan d’une barbarie étatique qui a toujours ses légions.  

    Des individus de peuples différends peuvent coexister sinon pourquoi avoir fait la communauté européenne ? Est-ce pour constituer un peuple européen, défenseur de l’Occident ? N’ouvrons pas un autre débat sur cette Europe qui n’est pas celle des peuple, notre propos n’est pas là ! Justement, c’est cela qui en fait un périmètre d’oppression au lieu qu’il soit celui de la fraternité. Il n’est pas souhaitable de vouloir mettre tout le monde dans le même moule. C’est pourtant le projet que les politiciens comme Valls (de droite ou qui se disent de gauche) est contraire à l’évolution vers des démocraties modernes et s’appuient sur des pouvoirs centralisés, non pas seulement pour les fonctions régaliennes de l’Etat, mais aussi pour faire du sentiment patriotique un outil de manipulation et de soumission.

    Des élections ont mis à la tête de la collectivité territoriale de Corse, des autonomistes majoritaires associés à des indépendantistes. Il serait préjudiciable à la Corse que Manuel Valls ignore les résultats d’un scrutin et veuille régler une fois de plus un débat par des coups de menton mussoliniens.

    Débat, il doit y avoir ! Débat il y aura ! 

    Chacun peut y participer dans le respect de l’autre !

     

     

    Propos de Babbone

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