• Les amis corses des Arméniens

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    En Corse, une communauté ne fait pas parler d’elle. Il s’agit des Arméniens et pourtant ils sont quelques centaines, souvent épouses ou époux d’insulaires. Bien sûr, on connaît le chanteur Patrick Fiori dont le père est un Arménien de Marseille et la mère corse. Jacques Fusina a traduit en langue corse le texte d’Aragon (mis en musique par Léo Ferré) qui rend hommage à l’Affiche rouge et au résistant  communiste arménien Missak Manouchian. C’est la chanteuse corse Jacky Micaelli  qui chante la version corse. Il existe des liens entre la Corse et la diaspora arménienne de Marseille. Un représentant de la chambre de commerce franco-arménienne (marié à une Corse) réside à Monticellu. L’Associu Scopre en collaboration avec l’Association Culturelle Arménienne des Pennes Mirabeau et en partenariat avec Tavagna Club, avait organisé trois journées d’échanges entre la Corse, l’Arménie et le Karabagh.. C’était à Marignana en juillet 2011.

    La chapelle grecque d’Ajaccio avait pour gardien un vieil Arménien et quelques commerces en Corse sont tenus par des descendants du génocide arménien. Si vous pratiquez la belotte corse ou marseillaise, sachez qu’elle a les mêmes règles que la belotte arménienne. C’est la belotte découverte. Il existe une page sur le réseau social Facebook « Les amis de la Corse et de l’Arménie ».

    Nous n’allons pas faire un parallèle entre la culture arménienne et la culture corse comme le faisait la revue « Fora ! » dans ses premiers numéros. Nous savons qu’il existe bien des points communs en commençant par la cuisine et la passion de la  musique. I muvrini, dans leur album «  vô lu mondu » (je vais le monde) chante  un couplet avec le chanteur arménien du groupe Bratsch (I Muvrini - Lluis Llach & ghabarian, corse - catalan – arménien).

    U ventu dice un tu nome

    Da rompe a chjostra di tu campa

    Calvacu mari è corgu mondi…

    Les mers défilent au long du voyage

    Pour découvrir la liberté

    Ma vie s’arrime à tant de peuples

    Tantôt en lutte ou en prière

    A tant d’attente, à tant d’espoir

    Pour la lumière qui reviendra...

    E vo lu mondu

    Comme les Arméniens, les Corses ont une communauté de destin et doivent faire survivre une identité qui a traversé les siècles.  Il y a ce sentiment d’appartenir à une culture à transmettre et à une généalogie, sauf que celle des Arméniens a été brisée par un génocide dont c’est aujourd’hui la 99ème commémoration. C’est un peuple d’orphelins et dépossédé de la plus grande partie de sa terre…dans un an, le 24 avril 2015, ce sera le centenaire. Des Corses sont issus d’un autre peuple qui a souffert des persécutions ottomanes au Seizième siècle. Les ancêtres des Grecs de Cargèse étaient des Maïnotes originaires de Vitylo ou Oitylos (Laconie.) Pour fuir le joug ottoman, 800 Grecs décidèrent de s'expatrier. Des familles Papadakis sont devenus des Papadacci, des Stefanopoulos des Stefanopoli… pour donner deux exemples. Lors de la première guerre mondiale, des Corses sont morts en combattant les Turcs alliés des Allemands. Dans son histoire plus ancienne, la Corse a subi les razzias des flottes barbaresques de l’empire ottoman, l’esclavage et la conversion forcée à l’Islam.

    Dans l’actualité, après 99 années de négationnisme et au pouvoir depuis douze années de négationnisme d’Etat au sujet du génocide arménien (perpétré le 15 avril 2015 par les Turcs et organisé par le mouvement des Jeunes Turcs), le premier Ministre turc Erdogan a présenté ses « condoléances » aux petits-enfants des Arméniens tués sans prononcer le mot de « génocide ».  D’aucuns penseront qu’il s’agit d’une avancée historique qui, pourtant, apparaît peu crédible lorsque l’on connaît les prises de position négationnistes d’Erdogan. Il s’agit plutôt, selon la grande majorité des Arméniens, d’une stratégie de communication à la veille de la commémoration d’aujourd’hui et à un an du centenaire de ce premier génocide du Vingtième siècle. Par ailleurs Erdogan est en campagne électorale pour devenir président d’une république dont il veut changer la constitution pour être le grand chef d’Etat d’un régime présidentiel. Il veut se donner une image plus humaine aux yeux de l’opinion internationale par un faux-discours humaniste. Il est contesté en Turquie où il est soupçonné d’être impliqué dans un scandale politico-financier. Il a alors organisé des purges dans les milieux judiciaire et policier. Il s’est attaqué aux réseaux sociaux sur l’Internet en faisant voter des lois liberticides. Il faut rappeler que la Turquie est l’un des pays où il y a le plus de prisonniers politiques dont de nombreux journalistes. C’est aussi le pays où Hrant Dink un journaliste armeno-turc a été assassiné le 19 janvier 2007 devant les locaux du journal Argos à Istanbul, sans que toute la lumière soit faite sur cet assassinat.

    Lorsque l’on présente ses condoléances à la famille d’un défunt, c’est dans l’intention de partager sa douleur. Pour que ces condoléances soient sincères, il aurait fallu qu’Erdogan reconnaisse d’abord le génocide. Dans son discours, on ne trouve aucune demande de pardon, contrairement à ce qu’a pu raconter une presse manipulatrice de l’information. Il continue à vouloir faire croire que  le travail historique n’a pas été fait. Ses services diplomatiques en France organisent des manifestations contre la commémoration du génocide et le négationnisme reste d’actualité. Il a fait un coup de communication hier, un jour avant le 24 avril , avant les discours attendus de François Hollande et de Barak Obama. Il parle d’une douleur commune. De quelle douleur s’agit-il pour qu’elle soit commune ? De celle du négationnisme trop douloureux à porter ? Comment la fondre dans celle des petits-enfants d’Arméniens massacrés en masse, exterminés parce qu’ils étaient arméniens. La douleur des petits-enfants des génocidaires est-elle équivalente à celle de leurs victimes ? En lisant l’intégralité du discours d’Erdogan, on se rend compte qu’il n’a pas varié dans sa politique négationniste et que le mot « condoléance » est jeté comme un leurre dans lequel d’aucuns font semblant d’y voir une avancée vers la reconnaissance, donc une raison pour les Arméniens de faire à leur tour un geste. Quel geste ? Se taire à nouveau ? Dire merci ? Renoncer à commémorer le génocide ? Les gens qui s’intéressent à la question du négationnisme et de sa pénalisation, savent que l’Etat turc dispose de relais en France. Le plus connu est l’Institut du Bosphore, créé par le patronat turc et dans lequel on trouve des personnalités françaises du monde politique mais aussi médiatique et des historiens négationnistes. Le candidat François Hollande avait promis une nouvelle loi de pénalisation du négationnisme. Il a été élu. Deux ans se sont passés. Istanbul, le 28 janvier 2014 - A l’occasion de sa visite officielle en Turquie, François Hollande a rencontré à l’Université Galatasaray plusieurs membres du Comité scientifique de l’Institut du Bosphore pour débattre des liens entre la France et la Turquie.

    En ce 24 avril 2014, des commémorations ont eu lieu.  Nous avons une pensée pour tous les petits-enfants d’un peuple victime du génocide arménien et plus particulièrement pour ceux et celles qui ont choisi de vivre en Corse. Ils ne sont pas à l’heure des condoléances mais dans l’attente d’une reconnaissance du génocide par les descendants des génocidaires et l’Etat turc. 99 longues années de négationnisme ! On ne peut croire que, du jour au lendemain, Erdogan change une politique basée sur le lobbying et les menaces, chaque fois qu’un pays a reconnu ou veut reconnaître le génocide arménien.

    Comment accepter d’un Etat autoritaire qui frappe aux portes de l’Europe un négationnisme et un cynisme sans scrupule ? Au-delà du problème du négationnisme, Erdogan est en train de vouloir islamiser une société turque que Ataturk alias Mustapha Kemal voulait laïque. Du Kémalisme, il ne semble vouloir conserver que le négationnisme et le culte de la personnalité dans un Etat qu’il rend chaque jour plus fascisant. Le peuple turc ne pourrait que bénéficier d'une reconnaissance du génocide arménien qui correspondrait à une démocratisation de leur pays.

    Pidone

    Une vidéo touchante sur le génocide arménien:

    I Muvrini

    DeeJero feat. Levon Khozian & MV - My Sad Story par deejero

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