• Les yeux dans les yeux

    François Hollande l’avait promis. Il est revenu à Florange sur le site sidérurgique. Là, il a retrouvé les salariés d’ArcelorMittal, ou du moins une partie d’entre  eux, probablement triés sur le volet. Il est venu les regarder « les yeux dans les yeux ». Pour faire son autocritique ? Pour dire qu’il s’était trompé sur la gestion du dossier ? Pour s’excuser de ne pas avoir tenu ses engagements préélectoraux ? Rappelons-nous de la harangue qu’il tint en février 2012, sur le toit d’une camionnette, dans l’enceinte du site sidérurgique ? Et avec quelle fougue ? Faut pas rêver. Il est venu à Florange pour une fois de plus enfumer son auditoire, pour se refaire une santé auprès des ouvriers. Que leur a-t-il dit : « Je crois à la sidérurgie comme filière d’avenir. Je crois à la Lorraine. Je crois à la sidérurgie dans la Lorraine ». Et de sortir de son chapeau présidentiel le projet de création d’une plateforme de recherche et de développement pour la sidérurgie régionale, implantée, bien évidemment, sur la commune de Florange. Doit-on le prendre au sérieux ? Ce n’est pas le cas, semblerait-il, chez la grande majorité des salariés du site, déjà largement échaudée par les promesses non tenues, à l’exception peut-être de quelques syndicalistes de la Cfdt, en particulier du charismatique Edouard Martin ! Aurait-on proposé à ce dernier quelque carotte en échange d’un soutien au projet de plateforme ? De mauvaises langues susurrent qu’il pourrait figurer en bonne place sur la liste du Parti socialiste aux prochaines élections européennes.

    Donc, François Hollande avance l’idée d’une plateforme de recherche. Précisons au passage qu’il existe déjà à Metz un Institut de recherche sur la sidérurgie. Que va devenir ce dernier ? A priori l’idée pourrait être séduisante. Mais si on gratte le vernis des mots on s’aperçoit qu’une telle proposition relève de la pure communication et risque de générer de nouvelles désillusions. Comment concevoir un centre de recherche dans un secteur en pleine décomposition, quasiment entre les mains du groupe ArcelorMittal, et dont l’avenir dépend exclusivement du bon vouloir de l’actionnaire? Celui-ci ne connaît que la rentabilité financière et se fout éperdument de la sidérurgie, de l’humain et du social. Que lui importe que la "Lorraine cœur d’acier" crève. Demain, il ira sous d’autres cieux, plus juteux. Donc, on risquerait de faire un centre de recherche et de développement dans un désert industriel. La bonne affaire. Coût de l’opération : 20 millions d’euros, dès 2014 et 50 millions à terme. Le seul bénéficiaire de ce centre de recherche public, comble de l’ironie, serait le groupe ArcelorMittal qui exploiterait les résultats des recherches dans d’autres pays !

    La seule réponse au problème de la sidérurgie c’est sa nationalisation complète et définitive, n’en déplaise à tous ces économistes et autres laudateurs de la pensée ultralibérale qui encombrent quotidiennement tous les media. Solution que François Hollande et son gouvernement, malgré les gesticulations et les déclarations de Montebourg, ont repoussé, preuve s’il en est encore besoin que le pouvoir actuel cède volontiers aux pressions des marchés financiers. « La finance, c’est l’ennemi », disait naguère François Hollande.

    Jean Antoine Mariani  

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