• Libre opinion

    Nous ouvrons une tribune sur l'état de la gauche après les dernières échéances électorales et sur la nécessité vitale, pour cette même gauche, de travailler au rassemblement de tous ceux qui veulent un vrai changement dans ce pays et plus particulièrement en Corse. Rassemblement sur un programme de rupture avec le système ultralibéral que nous connaissons actuellement et dont nous en subissons de plein fouet les conséquences négatives, pour la grande majorité de la population, sans compromission ou accommodement de circonstance.

    Urgence pour la vraie gauche en Corse

    Par Jacques Casamarta

     

    Comment résister à ce qu’on appelle la « droitisation de la société française ? ». Les élections présidentielles et législatives du premier semestre 2017 n’ont malheureusement pas permis une inversion des rapports de forces. Les citoyens et mouvements politiques se réclamant de la gauche de transformation sociale et écologique et plus généralement d’une volonté d’émancipation, n’ont pas été en mesure d’inverser le cours des choses, malgré le très bon résultat de Jean Luc Mélenchon à la présidentielle, 19,6% des voix au plan national et 14% en Corse, plus de 20000 voix.

    C’est dans ce contexte et avec un taux d’abstention relativement important, que dans notre île, les élections législatives, ont vu la victoire de trois députés nationalistes sur quatre. Cette victoire intervient après celle de décembre 2015 où les mouvements nationalistes unis, s’emparaient du pouvoir territorial. On se souvient à l’époque que Manca Alternativa bien tardivement et associé à d’autres démocrates avait travaillé à l’élaboration d’une liste, qui n’avait pas pu se présenter, malheureusement pour des raisons administratives.

    Mais cette nouvelle situation, issue du scrutin législatif, il ne faut pas s’y tromper, traduit une fois de plus la volonté de voir « dégager » les élus du vieux clan, du clientélisme, qu’un accord des électeurs sur un programme politique nationaliste. Ce qui reste une évidence, c’est que l’électorat en Corse comme ailleurs à très largement voulu sanctionner la politique libérale de François Hollande et Manuel Valls, même si au 2eme tour, avec un matraquage médiatique sans précédent, Emmanuel Macron a été élu. La situation issue du 1er tour des présidentielles restera le résultat de divisions et surtout d’absence de rassemblement de la "vraie gauche", phénomène qui sera même amplifié aux élections législatives qui ont suivi. L'espoir a horreur du vide.  Mais la nouvelle période qui s’ouvre permettra de relever l’engagement et les actions des nouveaux élus, en Corse comme sur le continent. La première session de cette mandature qui vient de se terminer à l’assemblée nationale est déjà suffisamment instructive sur le positionnement des élus nationalistes qui se sont abstenus concernant notamment le coup d’Etat social du gouvernement Macron/Philippe sur les ordonnances.

    Où en est la Corse ?

    Lors de la campagne des élections législatives et dans la continuité du programme l’Avenir en Commun, la Corse Insoumise a développé très largement ses propositions en s’appuyant sur un constat affligeant en particulier dans le domaine social. En Corse tous les clignotants ou presque sont au rouge.

    Notre île est une région attractive mais vieillissante. Le dernier recensement donne 325500 habitants. Depuis 2006, la Corse est la région métropolitaine qui a bénéficié de la plus forte croissance. Le vieillissement de la population est une tendance de fond : la part des plus de 40 ans qui s’élevait à 45,3% en 1975 est passée à 55,8% de nos jours. Les deux grosses agglomérations que sont Ajaccio et Bastia recensent plus de la moitié de la population insulaire, soit 60%. Dans le rural, cette situation démographique engendre un isolement des personnes, un abandon des terres et une diminution des services publics pour ne prendre que ces quelques exemples. 

    La Corse, d’un point de vue économique fait face à une absence de débouchés, un taux de chômage qui avoisine les 11%, des salaires inférieurs à la moyenne nationale et une vie chère installée depuis longtemps et de plus en plus insupportable pour les ménages. 66000 personnes vivent ainsi en-dessous du seuil de pauvreté, une sur cinq, alors que le taux passe de une sur quatre dans le rural. 

    La politique du tout tourisme impulsée à marche forcée depuis 40 ans, a peu à peu et insidieusement conduit à un déséquilibre, un abandon de filières, un gâchis économique et environnemental, et surtout une précarité qui s’est accrue.

    La politique agricole, (mise à part quelques rares filières) n’est pas plus une réussite et la part de l’agriculture dans l’économie insulaire se situe en dessous de la plupart des régions françaises. Elle ne représente qu’une partie relativement faible du PIB Corse et la population agricole reste en diminution constante, alors que la moyenne d’âge des chefs d'exploitation est toujours très élevée. La politique agricole reste l’échec d’une profession qui vit marginalisée et sous perfusion de subventions européennes. 

    Le service public des transports maritimes a peu à peu été privatisé depuis mai 2006 avec les directives européennes. Les services publics en général (santé, éducation, poste, énergie, …), sont contraints à de sérieuses coupes budgétaires et se trouvent en incapacité d’assumer correctement leurs missions de service public et de lien social. Comme on le constate avec ces quelques exemples, l’économie est fragile et encore aujourd’hui, la Corse importe beaucoup plus qu’elle n’exporte, ce qui occasionne un PIB très en dessous de la moyenne nationale. La balance des échanges est largement déficitaire.

    Tous les clignotants ou presque sont au rouge et à cette réalité s’ajoute une grave crise de confiance, une crise morale et une crise civique. Le développement et l’enracinement plus qu’inquiétant du grand banditisme déstabilise la société insulaire. Il trouve ainsi depuis longtemps déjà un terrain favorable dans cette économie exsangue, une économie d’assistanat et de clientélisme.

    Enfin, et sans rentrer dans le détail, il faut aussi relever que depuis plus de 40 ans nous vivons dans une situation où le cycle « Violence/Répression » entrave l’émergence d’une véritable citoyenneté. Les violences politiques et la multitude d’attentats perpétrés dans l’île depuis le début des années 70 ont participé de la banalisation. Au-delà des drames, que cette violence a occasionnés et occasionne encore aujourd’hui, il faut voir l’impasse et donc l’urgence à sortir de ce cycle infernal, dans lequel la Corse s’est enfermée. L’arrêt de la violence clandestine décrétée par le FLNC doit être l’occasion d’ouvrir de nouvelles perspectives pour la Corse et de s’attacher à développer et construire « une culture de la Paix ». Il faut ouvrir la voie du dialogue et l’état doit montrer l’exemple en assumant ses responsabilités par le rapprochement des prisonniers (de tous les prisonniers) y compris ceux condamnés pour des actions politiques. En retour, c’est au FLNC et ses dirigeants que doit revenir la responsabilité de dissoudre définitivement les groupes armés pour, comme au pays Basque avec l’ETA, tourner la page de la violence et ouvrir une nouvelle ère politique. Cette situation devra nécessairement amener l'Etat et ses représentants politiques à prendre des mesures de clémence et travailler à créer les conditions d’une amnistie, juste et équitable pour toutes les parties. La force du dialogue et de la raison doit primer sur la force des armes.

    Dans le contexte de violence généralisée à travers le monde, la Corse donnerait ainsi d’elle-même, une image de responsabilité, d’ouverture, de clarté, tout en créant les conditions du nécessaire rassemblement de ses forces vives pour lutter efficacement contre la crise du système capitaliste. Car si la crise a comme partout, des particularités locales, les causes et les raisons de cette crise ne sont pas à rechercher dans une quelconque pseudo-colonisation de la Corse, mais plutôt dans la crise d’un système : le système capitaliste globalisé. Car si la Corse a en effet besoin d’une reconnaissance de ses différences, de ses particularités culturelles, elle a aussi et surtout besoin d’égalité*, de solidarité, de péréquation nationale et la dimension sociale, reste le pivot de toute avancée positive.

    Urgence à rassembler

    Cela m’amène à dire que toute réflexion sur la situation actuelle, les difficultés auxquelles les populations sont confrontées et les solutions à avancer, doivent partir de ce qui est à la racine des problèmes : le déséquilibre sociétal, l’austérité qui progresse, l’affaiblissement des services publics, les droits et acquis mis à mal. Aujourd’hui, l’élection d’Emmanuel Macron et la nomination d’un 1er ministre de droite ne préfigurent rien de bon pour les citoyens, ce que les débats et les votes sur les ordonnances à l’assemblée nationale viennent de démontrer. Comme hier sous les quinquennats de Sarkozy et Hollande, les mouvements sociaux, seront à la recherche de débouchés, de perspectives et surtout de traductions politiques, car les attaques ne se font pas attendre, comme la baisse constatée ces jours-ci de 5 euros sur les APL, mesure touchant en priorité les populations les plus précaires.

    Tirer les enseignements de l’histoire plurielle de la gauche

    L’intérêt général Humain, celui pour lequel il faut défricher les chemins, doit amener à porter un regard critique sur l’histoire de la gauche. Il est indispensable de tirer les leçons complètes et sans complaisance de la période qui s’est terminée. L’union de la gauche a profondément marqué l’histoire des luttes sociales en particulier au 20ème siècle, mais il faut être conscient de l’usure de ces notions. Le parti socialiste et le parti communiste ne réunissent ensemble que tout juste 10% des votants lors des élections législatives du mois de juin et pour Catherine Tricot dans la revue Regards, "le peuple les a quittés". Nous vivons le spectacle d’un parti socialiste qui a pratiqué tous les renoncements et qui l’ont entraîné à sa quasi disparition du champ politique ce que traduit le résultat des élections présidentielles et le score 6%, réalisé par Benoit Hamon, un score qui rappelle celui de Gaston Deferre en 1969. Le désaveu est implacable pour un parti dont sont issus et le Président de la République et le premier ministre sortant. Mais plus grave encore, la candidature de Benoit Hamon a empêché Jean Luc Mélenchon de la France Insoumise, (le seul candidat hors système capitaliste), de représenter un espoir au second tour de la présidentielle.

    Les 3 dernières décennies resteront donc, comme celles de la déroute intellectuelle et morale d’une « certaine gauche ». L’union de la gauche au sens traditionnel du terme est devenue au fil du temps, une caricature, un simple outil de préservation électoral des appareils, ce que traduit en grande partie la crise de la représentation politique, ou l’abstention de l’électorat dit populaire. Dans cette situation, avec un score d’à peine plus de 2%, le plus bas de son histoire pour ce type d’élection, le parti communiste français se trouve menacé d’effondrement, ce que traduit le résultat des élections législatives du mois de juin 2017. 

    La gauche du 21ème siècle, ne sera pas celle du 20ème.

    De nombreux mouvements sociaux, grèves, manifestations, mouvements de résistance au libéralisme ont lieu. Mais tous ces mouvements restent cependant disparates et émiettés, le souffle leur manque la plupart du temps pour dépasser les luttes corporatives et l’efficacité pour atteindre leurs objectifs. Ils buttent sur l’absence de débouchés et traductions politiques. Le plus caractéristique reste l’attitude similaire des deux derniers gouvernements sur la loi El Khomri  et le code du travail. Le premier malgré la mobilisation de centaines de milliers de salariés a imposé ses vues avec l’utilisation du 49/3 et le second par les ordonnances. Cette dramatique carence de perspectives pèse de façon pressente sur tout le mouvement social et surtout devrait interpeller les mouvements qui se réclament de la transformation sociale. C’est un problème fondamental. Ouvrir une perspective de vrai changement reste aujourd’hui la question des questions pour le mouvement social et il y a urgence à se rassembler sur des bases claires en rupture avec les politiques réactionnaires actuellement en œuvre en France et en Europe. 

    Corse : élection territoriale en décembre 2017

    La Corse sera la seule région de France ou en décembre prochain les élections territoriales seront convoquées avec de nouvelles règles du jeu, impliquant la suppression des deux conseils départementaux pour fonder une collectivité unique. Le rassemblement des progressistes doit en être la priorité si l’on veut influer sur le cours des choses. Il va falloir s’appuyer en premier lieu sur les 14% de voix réalisés par Jean Luc Melenchon dans l’île et les 9% aux législatives obtenus par la Corse Insoumise et le Parti Communiste. En effet, unie et débarrassée de considérations politiciennes, la gauche de transformation sociale, avec son projet politique centré sur « l'intérêt général humain » peut représenter un espoir nouveau. 

    La conquête du pouvoir pour la vraie gauche, doit s'envisager par plusieurs canaux et notamment par un rapport direct avec les militants, mais aussi avec le peuple. Les réseaux sociaux, les plateformes numériques, ajoutés au travail militant, (associatif, syndical, environnemental, politique) représentent aujourd'hui un moyen extraordinaire et nouveau de faire de la politique. C'est surtout l'enseignement que nous apporte la campagne de la France Insoumise.

    Ce qui reste comme une évidence, c’est que les aspirations au changement n’ont pas disparu et qu’il existe encore assez de forces disponibles pour leur donner vie. Mais pour cela, il faut à gauche une construction résolument non politicienne, débarrassée des querelles partisanes. Il nous faut être capable d’affirmer des ruptures radicales avec des modes de pensée et certains comportements. L’affirmation de sa propre identité politique n’a de sens que dans le respect des autres. La gauche de transformation sociale et écologique doit s’engager résolument dans cette construction de type nouveau. Elle le fera, si elle arrive à élargir sa base et permettre à chaque citoyen et mouvement qui le souhaite de trouver sa place dans ce nouveau rassemblement. 

     

    * L’identité c’est la guerre, un excellent ouvrage de l’historien Roger Martelli  www.lesliensquiliberent.fr

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  • Commentaires

    1
    Jacques Defranchi
    Mercredi 6 Septembre à 16:12

    Tout à fait d'accord avec toi  Jacques .

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