• Manifestations : les responsables seront les coupables.

     

    Manifestations : les responsables seront les coupables.Est-ce que la hiérarchie policière tient aujourd'hui les mêmes propos que tenait jadis Maurice Grimaud? Quelles consignes leur donne le préfet Michel Cadot, encore un  énarque, installé à la préfecture de police de Paris en 2015 par l’actuel ministre de l’Intérieur ?

     

    Manifestations : les responsables seront les coupables.Maurice Grimaud donnait des consignes de rigueur professionnelle :

     

    "Je m'adresse aujourd'hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d'un sujet que nous n'avons pas le droit de passer sous silence : c'est celui des excès dans l'emploi de la force.

    Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c'est notre réputation.

    Je sais, pour en avoir parlé avec beaucoup d'entre vous, que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez avec moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter. Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d'outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

    Je suis allé toutes les fois que je l'ai pu au chevet de nos blessés, et c'est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu'au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.

    Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance. C'est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l'ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d'accord, c'est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu'il s'agit de repousser, les hommes d'ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

    Frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu'ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.

    Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j'ai raison et qu'au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez...."

    Manifestations : les responsables seront les coupables.Nous avons quelques raisons d’en douter et nous ne sommes pas le seul si on lit un article d’Edwy Plenel (30/04/2916, Médiapart). L’article commence ainsi : « Indifférent aux nombreux témoignages sur les violences policières, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a transmis aux préfets un télégramme de fermeté face aux manifestations sociales et aux rassemblements des « Nuit Debout ». Le comparer avec la lettre individuelle envoyée, en Mai-68, à tous les policiers par le préfet de police de Paris Maurice Grimaud, c’est prendre la mesure de la déliquescence de l’État sous cette République finissante ».

    Nous assistons à une escalade de la violence à chaque manifestation. La presse nationale ne parle plus que des « casseurs » (belle aubaine pour les chiens de garde) et les manifestants multiplient les témoignages de violences policières contre lesquelles le préfet Grimaud mettait en garde les policiers. Le gouvernement et, en première ligne, le ministre de l’Intérieur a décidé de traiter les violences policières avérées au coup par coup de façon à n’engager que des responsabilités individuelles. Il s’arrange avec sa propre responsabilité et celle de la hiérarchie policière. C’est la politique du lampiste, lorsque l’on ne peut pas le tirer d’affaires. Pourtant, la police est une administration et tous les policiers sont soumis à l’autorité de leur hiérarchie. Leur comportement est lié aux ordres qu’ils reçoivent et à la gestion faite des manifestations. Il suffirait qu’il y ait un agent de liaison entre la police et les organisateurs des manifestations pour éviter les dérives de part et d’autre. Les gens ne manifestent pas depuis le mois d’avril 2016. Les manifestations existent depuis des décennies et la police a largement eu le temps d’échafauder des stratégies pour y faire face. Au lieu de mettre le service d’ordre en opposition systématique aux manifestants, ne devrait-il pas assurer leur sécurité? La stratégie semble être celle de faire monter la pression. On nous parle de groupes de casseurs connus. Alors, s’ils sont connus, comment se fait-il qu’ils ne soient pas immédiatement interpellés et fouillés ? Les manifestants dénoncent des policiers habillés en casseurs aux comportements agressifs. Les policiers expliquent qu’ils ont pour mission d’interpeller les casseurs. Des manifestants expliquent que des policiers participent à la casse. Qui croire ? En général ces policiers font partie des BAC dont la première mission est la lutte contre la délinquance. Ils se montrent souvent violents vis-à-vis des manifestants qui n’ont rien de casseurs. Pourquoi mettre ces policiers déguisés au milieu des manifestants, avec tous les risques que cela comporte ? Enfin, sans revenir sur l’usage des bombes lacrymogènes ou autres armes, les Flashballs sont utilisés contre des manifestants sans que les policiers soient en danger. Cette arme dite non létale a causé des blessures graves. Les policiers en ont été dotés pour faire face à des agressions dans des lieux de non-droit, en prise avec des délinquants violents. Elle est utilisée de façon abusive lors des manifestations, alors que son utilisation a pour justificatif la légitime défense.

    Manifestations : les responsables seront les coupables.

     

    Des intellectuels et des politiques de gauche ont lancé un appel pour bannir le Flashball. Ils notent que ces armes ont, selon l'Association des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), fait «en France, entre 2004 et 2015, 39 blessés graves et un mort», et rappellent que le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a recommandé en juillet dernier «d'interdire l'usage du "flash-ball superpro" dans un contexte de mobilisation». Le Flashball a déjà fait plusieurs blessés lors des dernières manifestations dont un étudiant qui a perdu l’usage d’un œil à Rennes. On se souvient du supporter du Sporting Club de Bastia qui a subi la même blessure invalidante. 

    Manifestations : les responsables seront les coupables.L’usage du Flashball ne constitue pas les seules violences qui pourraient être évitées par une gestion républicaine et démocratique des manifestations. Le gouvernement attend-il qu’il y ait un premier mort d’un côté ou de l’autre ? Chaque blessé de part et autre augmente les rancœurs et les envies de vengeance. La police est en train de se couper d’une partie de la population mais les vrais responsables ne sont pas les quelques policiers que leur hiérarchie ne pourra pas couvrir. Les responsables ne seront pas les casseurs qui profitent d’une curieuse liberté d’action. La responsabilité retombera sur les donneurs d’ordre, la hiérarchie policière, le Préfet de police de Paris, les autres préfets,  le ministre de l’Intérieur, le Premier ministre et le Président de la République.

    Nous redonnons la parole à Maurice Grimaud qui tire les leçons de Mai 68 :

    « Le 3 mai 1968 était un vendredi. Quand me réveillèrent, dans la chambre bleue de la préfecture, les cloches voisines de Notre-Dame, je devinai entre les persiennes des contrevents la limpide candeur du ciel matinal sur Paris… ".

    Mai 1968 ne fut pas une succession ininterrompue d'affrontements entre jeunes et policiers comme on serait tenté de le croire en visionnant aujourd'hui les images conservées par les médias. Dans le récit que j'en fais quelques années plus tard (En mai, fais ce qu'il te plait, Stock 1977), j'ai indiqué que nous avions eu à faire face, pendant ces six longues semaines, à seulement neuf journées ou nuits de grande violence. Le 10 mai fut la première et en a gardé durablement le nom de "nuit des barricades ".La violence y atteignit des paroxysmes, marquant une rupture inquiétante avec les manifestations relativement "modérées" des jours précédents.

    Le franchissement de ce palier, qui devait donner une tout autre dimension à la "révolution" de Mai 1968, mérite qu'on revienne sur ces causes. Deux circonstances fortuites contribuèrent à transformer en drame ce qui aurait pu et dû se limiter à un affrontement du type de ceux des journées précédentes. La première fut la fâcheuse décision du Premier ministre Georges Pompidou, de maintenir son voyage en Afghanistan qui le tiendra éloigné de le France pendant les dix premières journées, décisives à bien des égards, de cette crise majeure de la V° République. La seconde résulte de la première et l'aggrave : l'intérim du Premier ministre était assuré par un homme des plus estimables, M. Louis Joxe, garde des Sceaux, que ses précédentes fonctions n'avaient guère préparé à cette lourde tâche et qui ne se sentait pas l'autorité d'un vrai chef de gouvernement. Place Beauvau, le nouveau ministre Christian Fouchet, n'avait ni l'expérience ni l'autorité de Roger Frey, auquel il avait succédé quelques mois plus tôt. Il en résulta un sensible flottement dans la gestion des événements alors que M. Pompidou aurait sans doute évité ces tergiversations et pris rapidement, dans cette nuit mouvementée, les décisions apaisantes qu'attendaient les étudiants : la réouverture de la Sorbonne et la libération de leurs camarades condamnés à des peines de prison. Ce qu'il fit dès son retour à paris, le lendemain, mais c'était trop tard.

    La dramatisation de la nuit des barricades eut un autre effet de grande conséquence : la constitution d'un front de solidarité entre les étudiants, les leaders d'une gauche jusque-là aussi désorientée que le gouvernement et les formations syndicales, soucieuses de n'être pas débordées par leurs plus jeunes éléments. Son éclatante démonstration fut le grand défilé unitaire du 13 mai qui conduisit plus de 200 000 manifestants, de la gare de l'Est à Denfert-Rochereau, ce que l'on n'avait pas vu à Paris depuis plusieurs décennies.

    Cette journée était, elle aussi, chargée de dynamite, et un rien eut pu la faire exploser. Nous avions toutes les raisons de le redouter : une immense foule, très disparate, est à la merci de provocateurs comme il s'en est tant rencontré dans la longue histoire des troubles et des révolutions en France et dans le monde. Une certaine sagesse partagée évita ces redoutables dérives. D'abord le contact pu être établi avec les leaders les plus raisonnables du mouvement syndical.

    J'eus moi-même, à sa demande, un long entretien avec un leader du Syndicat national de l’éducation supérieure, qui partageait mes soucis et nous convînmes de garder le contact tout au long de la journée. On connut cependant un moment de réelle inquiétude lorsque l'équipage d'un véhicule de police secours, conduisant à l'hôpital un jeune accidenté de la circulation et traversant la place Denfert-Rochereau, fut agressé par un groupe de jeunes. Le brigadier avait demandé de l'aide par radio, et déjà une équipe armée d'une compagnie de sécurité volait au secours de leurs camarades. Pierre Cot qui se trouvait parmi les leaders politiques du grand cortège m'avait aussitôt appelé pour me dire que les responsables s'engageaient à assurer la sécurité de l'équipe de Police secours, alors qu'une intervention armée pouvait avoir les plus grandes conséquences. On rattrapa de justesse l'équipe de secours. Le moment délicat restait celui de la dislocation du cortège. Surexcités par le succès, les plus entreprenants lancèrent le mot d'ordre : "A l'Élysée". C'était l'assurance d'affrontements redoutables. Daniel Cohn Bendit, vrai leader du mouvement étudiant et le plus populaire, sut sagement détourner ses troupes vers le Champ de Mars pour de plus calmes occupations. On dut pousser dans les deux camps un grand soupir de soulagement ».

    Pidone

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