• Même si la Gravona n'est pas la Seine...

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    En mars 2014, les élections municipales seront le théâtre des promesses qui n’engagent que ceux qui les croient. Des listes concoctées dans les coulisses des partis politiques solliciteront les suffrages des Ajacciens. A l’occasion des élections municipales du 19 décembre 1954, un journaliste de « L’informateur » qui signait « Diogène » avait imaginé le manifeste d’une liste imaginaire baptisée « Comité Ajaccien Contre les Abus ».  Il y aura bientôt 49 ans,  ce manifeste était rédigé comme suit :

    ELECTIONS MUNIICIPALES du 19 Décembre 1954.

    Comité Ajaccien Contre les Abus (C.A.C.A)
     AJACCIENS, AJACIENNES,
     
    Dans notre petite ville de 33.000 habitants (y compris les recensés pour les besoins de  la cause), 124 citoyens réclament vos suffrages…
    Plus on est de fous, plus on rit !
    En vertu du vieil adage, le C.A.C.A présente lui aussi ses 31 candidats… jeunes, dynamiques, au printemps de leur vie, ils mettront leur ardeur et leur virilité au service du bien public.
    Depuis un demi-siècle, les hommes stériles qui ont occupé l’Hôtel de ville vous ont promis : la stérilisation de la Gravona, la démolition du vieux séminaire et autres travaux d’utilité publique qui n’ont pas été et ne seront jamais réalisés.
    Nous pouvons nous vous promettre beaucoup mieux :
    La Gravona, comme la Seine, est un fleuve navigable à condition de l’élargir et  l’additionner d’eau. Grâce à nous, vous pourrez, dans un avenir prochain, aller d’AJACCIO à VIZZAVONA en bateau-mouche.
    L’immeuble du Vieux séminaire, objet de tant de discussions et de litiges ne sera pas démolis ! Nous le transformerons en un monumental chalet de nécessité, avec entrée payante, digne de notre cité impériale et à la mesure de l’incontinence de ses habitants !
    Nous ne pouvons exposer ici en entier notre programme vaste et éminemment constructif.
    Qu’il nous suffise en passant d’apaiser les craintes de la corporation des joueurs professionnels de poker, qui compte dans notre ville tant d’estimables personnalités : nous prévoyons pour eux la retraite des vieux travailleurs avec péréquation.
     
    CITOYENNES et CITOYENS, des signes avant coureurs annoncent notre victoire ! Le C.A.C.A submergera AJACCIO !

    Vive la république ! Vive l’Empereur ! »

    Bien sûr, il s’agissait d’une macagna, un canular qui voulait mettre en garde contre les fausses promesses électorales dont font assaut les candidats en campagne électorale. A Ajaccio, la campagne s’est déjà ouverte avec une bataille des chiffres en perspective annoncée par les premiers assauts entre PS et UMP. Simon Renucci défendra son bilan et le candidat UMP promettra de mieux faire, estimant déjà que les dépenses salariales ont été trop importantes. Ce dernier reste dans la logique droitière de la réduction du nombre des fonctionnaires. Il prétend dépenser mieux et moins avant de promettre de travailler plus pour gagner moins aux employés municipaux moins nombreux. Chacun cherche et trouve des alliances qui feront le jeu du bipartisme pour avoir quelques strapontins. Sur l’ensemble de l’île, les alliances se font donc ou ne se font pas dans la plus grande confusion.  Au-delà des enjeux locaux,  du clientélisme et des unions de personnes, les élections municipales concernent tout le territoire national. Leurs résultats peuvent infléchir la politique du gouvernement et du chef de l’Etat. En, faisant appel à l’esprit de clocher, on veut faire croire aux électeurs que ces élections ne concernent que les communes alors que les maires sont des grands électeurs nationaux qui participent notamment aux élections sénatoriales. Il n’est d’ailleurs par rare que le maire d’une grande ville soit aussi sénateur ou cumule d’autres mandats électifs. Tous les hommes politiques sont rattachés à des appareils et ont donc embrassé les programmes de leurs partis et de leurs leaders. Lorsque l’électeur vote pour un candidat du Front national, c’est la politique xénophobe de ce parti qui sera imposée sur le plan local avec des tensions et les conséquences graves sur le « vivre ensemble » mais aussi sur l’économie de la commune. Un candidat de l’UMP voudra appliquer la politique libérale en ayant recours aux sociétés privées au détriment des services communaux. Il pourra ainsi multiplier les marchés publics et favoriser le clientélisme auprès des entrepreneurs. Si Nicolas Sarkozy se représente aux Présidentielles de 2017, le maire UMP fera campagne pour l’ancien Président de la république comme les maires socialistes pour François Hollande.  Il ne faut pas perdre de vue que les politiques nationales ont plus d’incidences sur la vie de chacun de nous que les politiques locales. Ce ne sont pas les promesses d’un nouveau parking ou la construction d’un crématorium qui changeront la vie du chômeur et de ceux ou celles qui vivent d’emplois précaires. Ce ne sont pas les PLU arrangés par les maires avec la connivence des préfets qui stopperont la spéculation immobilière tant que l’Etat se fera complice et ne fera pas respecter la loi sur le littoral et les sites remarquables. Ce ne sont pas quelques caméras et policiers municipaux qui viendront à bout du sentiment d’insécurité. La sécurité est surtout du ressort de la justice,  de la police et de la gendarmerie qui sont les institutions nationales disposant des moyens juridiques et des compétences nécessaires. En outre, ce n’est pas un conseil municipal qui changera les mœurs politiques pour que cesse la corruption. La question du mode de scrutin majoritaire devenu obsolète dans une démocratie moderne et l’introduction de la proportionnelle doivent faire l’objet d’une loi et non d’un arrêté municipal. C'est l'Etat et ses gouvernements qui contrôlent en grande partie les finances locales et son contrôle s'est accentué depuis la suppression de la taxe professionnelle. C'est l'Etat et le pouvoir législatif qui mettent de nouvelles charges sur les comptes des communes. On pourrait multiplier les exemples…  Les  problèmes locaux importants trouvent leurs vraies solutions dans la politique nationale au niveau du pouvoir législatif, de l’exécutif et du chef de l’Etat.

    Même si la Gravona n‘est pas la Seine et si l’on peut y faire du pédalo, les prochaines élections municipales ont donc bien un principal enjeu national qui devrait exclure les alliances de personnes au détriment des idéaux et de la justice sociale. Ce ne sera pas une bataille fluviale entre deux bateaux-mouches si le pluralisme s’impose. Pour que les choses évoluent, il ne s’agit pas de déclencher une tempête dans un verre d’eau mais de faire bouger les lignes. Ce sont les alliances qui conduisent à l’immobilisme et participent aux croisières du  bipartisme. Il ne sert à rien de se cacher derrière son pavillon local pour espérer échapper à l’alternance programmée de l’UMP et du PS mais aussi à une situation qui profite au FN.  Les quelques maires FN déjà élus ont montré leur gestion catastrophique dans quelques communes. On sait donc où mène le chant des sirènes xénophobes. Voter pour un candidat FN, c’est adhérer au discours de Marine et Jean-Marie Le Pen. Voter pour un candidat UMP, c’est cautionner la politique antisociale de Sarkozy. Voter pour un candidat PS, c’est cautionner celle de François Hollande sans vouloir l’infléchir. Voter pour un candidat nationaliste, c’est espérer l’autonomie puis l’indépendance de la Corse. S’abstenir serait un acte politique si un parti des abstentionnistes prenait place dans la vie politique en mettant en cause la légitimité des élections en dessous de 50% de suffrages exprimés. Ce n’est pas le cas et l’abstention ne fait qu’entretenir une situation pourtant refusée par les abstentionnistes. Les choses doivent être dites clairement aux électeurs : les Municipales auront une incidence sur la politique nationale de la France en l’infléchissant à gauche ou à droite. Si c’est à droite, cela ne fera qu’aggraver les mesures antisociales déjà prises par Sarkozy et poursuivie par  Hollande. Si le changement n’a pas été « maintenant » comme promis, il faut donc l’obtenir pour demain en ne ratant pas les rendez-vous dans les isoloirs des bureaux de vote, dès mars 2014. Dans la BD « Asterix en Corse », on relève un dialogue entre ce héros qui dit à Figatellix : « Chez vous les urnes sont pleines avant les élections ! » et le Corse lui répond : « Oui mais on les jette à la mer sans les ouvrir. Et, après. C’est le plus fort qui gagne. Une coutume de chez nous. » Il ne faudrait pas encore et encore que le résultat des élections soit le même que cette plaisanterie en perpétuant les clans et les fiefs.  « L’humain d’abord ! » Voilà le message à faire passer sur le plan local et national en sachant que « La vérité est si obscurcie en ces temps [nous ajouterons : de campagne électorale] et le mensonge si établi, qu'à moins d'aimer la vérité, on ne saurait la reconnaître. » (Pascal).

    Mancone

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