• Ne jamais oublier

    70ème ANNIVERSAIRE DE LA LIBERATION DES CAMPS

    17 AU 20 AVRIL 2015

    17 LYCEENS DE CORSE ONT PARTICIPE AU VOYAGE DE MEMOIRE A RAVENSBRUCK

     

     

    Arrivée au camp

     

     

    Ravensbrück, situé en Allemagne à environ 80 km au nord de Berlin, a au cours de la période de 1938 à 1945 et pendant le régime nazi vu  s’établir un camp de femmes, le plus important du pays. De camp de travail, Ravensbrück est vite devenu un camp de concentration et d’extermination avec chambre à gaz et fours crématoires. Des centaines d’enfants, nés sur place, arrêtés et déportés avec leur maman, ou seuls ont été prisonniers du camp de Ravensbrück, un nombre infime est sorti vivant. 

    132000 femmes y ont été inscrites et plus de 90000 y sont mortes.

    Les femmes composaient une main d’œuvre pour l’industrie allemande dont Siemens qui a employé dans plusieurs de ses usines des déportés, notamment à Ravensbrück.

    Les détenues provenaient de tous les pays d’Europe. 18 nationalités y étaient présentes. Les françaises  représentaient 8% de la population du camp pour la plupart déportées pour faits de résistance. Le plus grand groupe était composé de femmes polonaises.

    Le 30 avril 1945, le camp était libéré par l’armée russe.                        

    Du 17 avril au 20 avril 2015 à l’occasion du 70ème anniversaire de la libération du camp de Ravensbrück,  17 lycéens de toute la Corse ont fait le déplacement pour l’événement. Un voyage de mémoire en ce lieu spécifique de déportation des femmes de toute l’Europe pendant la 2nd guerre mondiale.

    Cette participation aux commémorations organisées par l’Amicale de Ravensbrück en différents lieux où étaient situés des kommandos et principalement sur le camp leur aura permis de rencontrer des déportées, d’écouter et de recueillir leurs paroles. Les lieux aujourd’hui ont changé, il devient plus difficile aux jeunes générations de visualiser l’implantation et la réalité matérielle des camps. Mais ils ont bien conscience qu’ils ont un rôle à jouer dans la transmission de cette mémoire encore vive et douloureuse. Qu’au-delà du visuel, c’est le fondement même du combat de ces femmes et hommes qui ont résisté pour libérer les peuples d’une barbarie infâme dont ils sont les dépositaires.  Dès à présent, ils ont l’engagement d’animer et de porter des valeurs de Paix, de Liberté, de Respect, de Dignité.

    Traitements inhumainsUn voyage de mémoire voulu par une résistante qui à l’époque n’avait que 17 ans quand elle fut arrêtée et déportée à Ravensbrück, Mme Noëlle Vincensini. Elle n’a eu de cesse depuis comme beaucoup de déportés des camps survivants de faire vivre la mémoire des victimes d’une guerre atroce mais aussi des milliers de femmes avec qui elle a été internée. Son engagement elle le met au service des jeunes générations, elle leur raconte sa vie de lycéenne, déjà engagée, ses actes de résistance spontanés au lycée (distribution de tracts, récupération d’armes pour les réseaux organisés, courrier,…), son arrestation, sa déportation et sa vie dans le camp.

    Elle n’oublie pas ses camarades et cette solidarité qui s’est installée dans le camp pour aider les unes et les autres à survivre au cœur de la barbarie. Tout au long du voyage elle a libéré sa parole, racontant sans relâche, avec la volonté de transmettre pour que rien ne s’oublie.

    Deux femmes exceptionnelles vont entourer les jeunes insulaires par leur mémoire prégnante en tant que combattantes pour le respect de la dignité humaine. Deux femmes qui vont faire leur entrée au Panthéon, le 27 mai 2015, avec Pierre Brossolette et Jean Zay, tous les quatre figures illustres de la Résistance.

    Germaine Tillion,  décédée en 2008, ethnologue réputée et héroïne de la Résistance, a été déportée pendant trois ans à Ravensbrück en même temps que sa mère qui n’en reviendra pas. Elle est classée comme «Verfügbar » (disponible) où corvéable à merci parce que prisonnière rebelle. Elle mettra son métier d’ethnologue au service de l’étude de l’univers concentrationnaire pour mieux le condamner.

    Geneviève de Gaulle Anthonioz, décédée en 2002, nièce de Charles de Gaulle, résistante dès juin 1940, est arrêtée en 1943 et déportée au camp de Ravensbrück au début de l’année 1944. Sa fille, Isabelle Gaggini qui participe au voyage de mémoire confie l’histoire de sa maman aux jeunes lycéens. Elle leur montre la cellule qu’a occupée Geneviève De Gaulle, pendant son isolement dans le bunker du camp et leur parle de son livre intitulé « La traversée de la nuit » qui raconte sa vie en camp de concentration et l’entraide entre les femmes.

    Un voyage de mémoire auquel s’est associée l’Association Per a Pace Pour la Paix, qui pendant 3 ans au cours des années 2006, 2007 et 2008 a emmené, en partenariat avec les Amis de la Résistance, 160 lycéens de Corse à la rencontre d’une histoire et d’une mémoire en Pologne dans les camps d’Auschwitz et de Birkenau. Profondément marquée par un premier passage dans les camps elle ne pouvait que retenir cette citation inscrite à l’entrée d’un des blocks du camp d’Auschwitz « Celui qui ignore son passé est condamné à le revivre ».

    Per a Pace, a réalisé à travers ces différents séjours, à quel point il était important de pouvoir participer activement au devoir de mémoire en mettant au service de jeunes des valeurs de paix et d’humanisme.

    Parmi les accompagnants au voyage de mémoire, Jacqueline Wroblenski, Présidente de l’ANACR Corse du Sud (Association Nationale des Amis de la Résistance), elle-même résistante, très jeune, en Corse au cours de la 2nd guerre mondiale, a pu échanger et partager avec les lycéens. Son engagement reste son flambeau et par des mots simples et convaincants, elle sait appeler à la vigilance et à une indignation juste et digne face aux événements qui mettent en péril l’intégrité et la dignité des hommes.

    Sur place et lors des inaugurations des Roseraies, un petit bout de femme est venu saluer nos jeunes en les félicitant de leur présence. Lili Leignel Roszenberg, arrêtée à l’âge de 11 ans parce que de famille juive et déportée avec sa maman et ses frères à Ravensbrück, son papa a disparu à Buchenwald, témoigne inlassablement dans les collèges et lycées. En quelques mots elle a su transmettre une énergie qui force l’admiration.

    Les conditions de vie des enfants étaient épouvantables et insoutenables, la grande majorité n’a pas survécu. Dénutrition, manque de soins, … Des fillettes à peine âgées de 8 ans furent utilisées pour des expériences médicales ou stérilisées. Les nouveau-nés étaient immédiatement arrachés des bras de leur mère pour être tués dans des conditions effroyables.

    La vie dans le camp est inhumaine. Comment survivre à une telle barbarie. Un seul but pour les bourreaux : faire souffrir, humilier, déshumaniser, avant de faire mourir.

    Le froid, la faim, la fatigue, le manque d’eau, d’hygiène, de vêtements,… mais aussi la maltraitance quotidienne avec les coups, les tortures, les exécutions,… la mort qui rôde.

    La logique du camp est que tout est possible, y compris illogique, y compris l’impossible. (Extrait « les française à Ravensbrück » - Editions Gallimard)

    La résistance aussi au sein du camp qui s’est manifestée par l’organisation de la solidarité pour aider à lutter, à survivre, pour aider les plus faibles, les enfants, pour vaincre l’horreur. Des actes de résistance comme « Le Verfügbar aux enfers », opérette tragi-comique écrite clandestinement par Germaine Tillion pendant son internement à Ravensbrück, un pied de nez aux bourreaux pour dire que la vie est encore là. Les dessins, comme témoignage de la réalité quotidienne du camp de Violette Rougier Lecoq et considérés comme des documents de premier ordre.

    Et au milieu de cet enfer, des femmes ont fait le rêve, si elles s’en sortent, de créer une rose à la mémoire de celles qui ne reviendront pas. La rose « Résurrection » naitra quelques années plus tard en 1974, symbole de paix.


    « Il me faudra choisir une rose…

    …Je suis « Résurrection »

    Et tout au long des ans

    Tout au long des saisons

    Je resterai le témoin de vie

    Qui protégera de la barbarie

    Tous les enfants du monde

    Même lorsque je serai devenu églantine

    Illuminant tous les chemins… »

    Texte de Marcelle Dudach-Roset

    Les participants au voyage de mémoire à Ravensbrück, jeunes et moins jeunes, au côté des centaines de personnes venues là pour se recueillir, jetteront une rose dans le lacde Schewdtqui borde le camp, là où les cendres des femmes martyrisées ont été dispersées.

    Les Femmes solidaires étaient en nombre présentes lors du 70ème anniversaire de la libération du camp. Issue de l’Union des Femmes Françaises et des comités féminins de la Résistance, l’UFF, créé en 1945 devient Femmes Solidaires en 1998. De nombreuses femmes parmi elles ont été déportées à Ravensbrück, d’autres parmi elles comme Marie Claude Vaillant Couturier et Danielle Casanova l’ont été à Auschwitz.

    Les Femmes solidaires s’engagent pour faire reculer toutes formes de discriminations et développer une éducation non sexiste et non violente. Ce mouvement féministe, laïque, d’éducation populaire était représenté pour la Corse par Rosy Sarrola.

    Sans nul doute que ce voyage de mémoire aura marqué les esprits parmi les jeunes du groupe. Outre le fait de se retrouver sur les lieux même des camps, la rencontre avec des déportés survivants est un élément essentiel. Les témoignages ont été forts et les camps aujourd’hui n’ont quasiment plus rien à voir avec leur conception d’origine. Transformés en musées, ils font appel à l’imagination mais jusqu’où l’horreur, l’inqualifiable est-elle imaginable ? Vient la question du transfert de mémoire et sous quelle forme quand demain il n’y aura plus de déportés pour témoigner.

    Aidés par Françoise Willer, professeur d’histoire, qui leur a communiqué au préalable quelques points de réflexion et des sites de référence, Fiona, Marjorie, Serena, Samuel, Marina, Bonnie, Claude Hadrien, Antoine, Camille, Sacha, Léa, Elisa, Estelle, Hasnae, Yentl, Martial et Florian ont pu appréhender et palper leur responsabilité à faire vivre la mémoire d’événements qui ont plongé le monde dans l’horreur et l’insoutenable. Un devoir constructif qui doit se projeter au-delà des frontières et du temps, les guerres et les conflits émaillant sans cesse notre actualité. Un message de Paix qui doit inlassablement être porté, rappelé, diffusé, relayé.

    Les jeunes générations ont le formidable avantage de la jeunesse et de l’innovation. Ils ont une parole et croient, pour ceux que l’on rencontre sur ces initiatives, aux valeurs humaines. Les déportées de Ravensbrück ne se sont pas trompées quand elles se sont tournées vers eux avec détermination.

    Entretenir la mémoire et valoriser les moments de rencontres et d’échanges sont essentiels.

    Pour ma part,  c’est mon déplacement sur les camps d’Auschwitz et de Birkenau qui m’ont renvoyée à mon histoire familiale mal connue et mal racontée à la fois.

    Mon grand-père, Arthur Larenaudie, fait prisonnier dans la Somme dès le début de la guerre. Envoyé en Allemagne au stalag XVIIA à Kaisersteinbruch en Autriche, déporté comme réfractaire au travail obligatoire ensuite au Stalag 369 de Kobierzyn.

    Ce camp ouvert le 5 juin 1942 à quelques kilomètres au sud de Cracovie est destiné tout d'abord à des sous-officiers prisonniers de guerre réfractaires au travail, le camp de représailles de Kobierzyn se peupla rapidement de tous les prisonniers de guerre que le système allemand jugeait indésirables en raison de leurs idées, de leur comportement ou d’évasions manquées. Le régime appliqué se trouvait à mi-chemin entre le camp de prisonniers et le camp de concentration. Ni crématoire, ni chambres à gaz, mais des conditions de vie exceptionnellement dures : appels interminables dans la nuit glacée, fouilles minutieuses. Au surplus, les intentions des Allemands ne laissaient aucune illusion aux internés du 369, ils étaient voués, après la victoire du Reich, à la mort ou à l'esclavage dans les steppes de Russie.

    D’abstraite, la dureté de sa vie de prisonnier m’a alors étreinte et j’ai réalisé à quel point il avait souffert alors  jusque dans sa vie d’après, jusque dans les silences longs, parfois irréversibles. Il est  décédé sans que je puisse parler avec lui.

    Mon modeste témoignage est une contribution au devoir de mémoire et à cette nécessaire transmission.

    Il faut avant tout respecter les droits humains de chacun à vivre dignement, sans discrimination, dans le respect et la tolérance. Il faut s’engager pour prévenir toutes guerres ou conflits qui encore aujourd’hui entrainent des exactions sans nom.

    Une terre pour tous et les besoins essentiels à la vie satisfaits partout dans le monde. 

    L’objectif de Per a Pace qui est une association solidaire et pacifiste est de gagner les consciences pour la Paix et plusieurs décennies après la seconde guerre mondiale, elle se prononce au travers ses actions toujours aussi résolument pour la Paix et la Démocratie. C’est pourquoi ses membres continueront à soutenir ce lien privilégié avec la mémoire et les jeunes générations.

     

    Pascale Larenaudie

    Per a Pace, Pour la Paix

     

     

    ravensbruck1
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