• Parlons-en !

    discussion4Il serait sans doute souhaitable de s’interroger sur le fait que Jean-Luc Mélenchon a été distancé par Marine Le Pen en 2012. Cette dernière s’est emparée hypocritement d’une partie du programme du Front de gauche et des électeurs ont mordu à l’appât populiste à laquelle s’ajoute le thème de l'insécurité culturelle et les questions identitaires. Les manipulations politiques de ces questions n’ont fait qu’exacerber la revendication religieuse. Les débats sur qui veut quoi sur des bases ethno-raciales et religieuses sont à l’origine de l’insécurité culturelle et l’abandon du désir d’intégration remplacé par des communautarismes d’origines et de religions. Les événements tragiques récents ont mis dans l’actualité le passage à l’acte terroriste et la radicalisation d’une partie des musulmans dans le monde. Les barbaries ont amplifié considérablement la crainte par rapport à l’Islam et accru l’audience du Front national. Le FN veut donner l’apparence d’un discours cohérent vérifié par la radicalisation des Islamistes, tout en dénonçant les partis dominants qui ont accepté la mondialisation, ses effets économiques et sociaux, ainsi que la construction européenne qui prive les Etats de leur souveraineté et n’a pas su éviter une immigration, source d’instabilité sociale et d’insécurité culturelle. Hier, le FN dénonçait l’Arabe qui vient manger le pain des Français au chômage et profiter des aides sociales. Aujourd’hui, l’extrême-droite dénonce le Musulman qui veut islamiser la société française mais aussi européenne et mener son action intrusive dans toute la communauté européenne. On sait que Marine le Pen cherche des alliances partout en Europe. Il ne s’agit plus de ne dénoncer la nourriture Halal et la tenue vestimentaire mais bien pire : l’atteinte à la liberté d’expression et à la liberté de penser, menacée de mort. Le FN se pose comme défenseur de la Nation face au péril musulman dont ils ont été les premiers visionnaires.

    Le Parti socialiste (du moins ses dirigeants au pouvoir) a abandonné les valeurs de la gauche en matière de programme économique et sociale à partir de 1983. La défense des pauvres et des miséreux, a été laissé aux œuvres caritatives et l’alternance libérale n’a fait qu’enrichir les plus riches. Les bonnes intentions vont envers les discriminés : immigrants, religions minoritaires comme l'islam, le féminisme  et les homosexuels. La promotion du multiculturalisme de la société n’a pas pris en compte la répartition des richesses et  du travail. Elle n’a fait que promouvoir le droit à la différence en laissant se creuser les inégalités économiques. Avec de bonnes intentions affichées, la Gauche a mis en avant la valeur de la différence pendant que les politiques libérales promouvaient et promeuvent encore la réussite individuelle, sans améliorer à long terme le sort des jeunes qui grandissent dans les cités HLM. L’abandon des cités dites sensibles a généré  les ressentiments de ceux qui n'ont pas bénéficié des aides suffisantes ou mal distribuées par clientélisme électoral. Tout cela a abouti chez quelques uns  au djihadisme et à un racisme antiblanc, antisémite, antigaulois ou anticroisés, mais aussi à une haine des institutions républicaines.

    A partir de là, les discours identitaires ont envahi les esprits et nourrissent tous les fantasmes. Faire fantasmer, Marine Le Pen et son entourage savent le faire, tout en capitalisant des voix à chaque élection.

    Comment redonner un espoir au « vivre ensemble » ? D’abord en promouvant davantage l’égalité que la diversité. A ce propos, en Corse, paraît depuis plusieurs années une revue « Fora ! ». La présentation de cette revue sous-titré « La Corse vers le Monde ! » est exemplaire de ce que doit être une identité culturelle : « A chaque numéro, elle met en face de la culture corse une autre culture du monde, avec laquelle elle partage des traits communs : qu’il s’agisse de l’insularité, de la latinité, de l’appartenance à la Méditerranée ou du pastoralisme, c’est le même universalisme anthropologique qui est en jeu. Sans abdiquer leur affection, beaucoup de Corses vivent ailleurs que sur l’île, tandis que sur place une nouvelle corsitude s’élabore autour de nouveaux citoyens dotés d’une culture différente. La complexité de cette identité et la certitude que la découverte de l’autre enrichit toujours sont les piliers de notre réflexion ».  Bien sûr, l’identité corse en Corse est liée à l’Île et donc les Corses sont chez eux en Corse. Toutefois, il existe une immigration en Corse et, comme ailleurs, l’intégration n’est possible que dans le respect de chacun, en cherchant davantage les points communs que les différences. Les différences doivent être mises de côté dans la vie sociale et, en premier lieu, à l’école. Les enfants doivent venir y chercher des connaissances, des règles de vie sociale, des outils leur permettant d’appréhender le monde. L’école de la république doit lui faire intégrer des valeurs communes, des valeurs universelles basées sur l'égalité : égalité des droits, de l'accès à l'emploi notamment. Bien sûr il faut lutter contre des discriminations de toutes sortes mais l’égalité des droits s’accompagne de celle des devoirs. Cet apprentissage de la vie sociale ne peut se faire que dans le cadre de la laïcité qui garantit certes la liberté des religions mais en interdit le prosélytisme dans l’enceinte des écoles et des administrations. Tout signe ostentatoire religieux est un comportement prosélyte et, de ce fait, agressif envers les autres religions lorsqu’un problème de radicalité se pose. Il est négation d’une  laïcité mal interprétée dans la liberté laissée aux cultes dans la sphère privée, les lieux de culte, les événements religieux, les écrits  et la presse. Cette liberté s’arrête aux portes de l’Education nationale et des services publics.  

    Devant les problèmes posés par le vivre ensemble dans une société pluriculturelle, on se pose la question de la compétence de nos élites politiques et enseignantes à y faire face. Sont-ils si éloignés du peuple pour ne pas chercher véritablement  le sens commun ? Certains sont dans l’affrontement en ne tenant comptes que des effets de la barbarie, d’autres dans le déni en ne s‘attachant qu’à stigmatiser ses causes économiques. Il faudrait s’interroger aussi sur ces « élites politico-financières » qui auraient intérêt à entretenir les divisions identitaires pour garder la main sur le pouvoir, donc sur la politique économique et sociale ? C'est sans doute  de cette manière que l’on devrait aborder la question et, pour l’aborder, il faut revenir sur l’actualité djihadiste.

    Dans son opus « L’étrange défaite », Marc Bloch faisait en son temps une analyse des causes de la défaite de 1940 qui n'a pas été profondément remise en cause à ce jour et a ouvert la question de savoir dans quelle mesure les élites ont préféré la victoire d'Hitler face à la montée du communisme. Nous ne disons pas que les « élites politiques » préparent notre défaite contre le djihadisme mais on peut les questionner sur les rapports économiques et financiers avec des Etats islamiques qui appliquent la charia et financeraient les réseaux terroristes. Le djihadisme est une importation barbare qui vise à déstabiliser l’Europe en proie à une crise économique et financière, donc vulnérable. Nous l’avons vu en Grèce, les élections peuvent faire basculer le pouvoir entre les mains de la gauche radicale, héritière des luttes sociales. Le Djihadisme arrive à point nommé pour ressouder les nations contre un ennemi commun, en laissant de côté les problèmes économiques et financiers confiés aux libéraux depuis des décennies. Ne nous faites pas dire ce que l’on n’a pas dit. Nous n’irons pas jusqu’à affirmer que le djihadisme est un complot mondial fomenté par les grandes puissances occidentales et quelques émirats mais nous pouvons penser qu’il arrange actuellement l’ordre économique mondial imposé aux peuples. Alors pourquoi régler un problème qui apparait comme une solution ? A-t-on voulu réellement le prendre à la source alors que Daech s’est installé dans le Nord de l’Irak occupée à l’époque par les Américains et à la frontière de la Turquie, pays islamiste bienveillant ? Comment expliquer que des printemps arabes présentés comme des libérations aient débouché sur des anarchies en proie au djihadisme ou d’autres dictatures ? Comment expliquer que la volonté de destituer des dictateurs au Moyen-Orient a laissé la voie libre à la barbarie intégriste qui vient maintenant menacer la France ?

    Vous nous diriez que cela n’a pas de lien avec l’immigration en France et en Europe. En êtes-vous si sûr ? D’abord tous ces conflits ont augmenté le nombre de réfugiés politiques et économiques. Ensuite, les revendications identitaires (et notamment islamistes)  se sont rapidement radicalisées avec des djihadistes français ayant fait leurs armes au Moyen-Orient dans différents conflits. Ces djihadistes représentent une légion d’individus manipulables et manipulateurs. Le radicalisme islamiste en France est donc lié à l’immigration et au contexte international. Il trouve un creuset en France ( et en Europe) dans la crise économique et sociale, l’abandon d’un quart-monde dans les cités sensibles qui se transforment en ghettos où prospère ce que l’on nomme pudiquement une économie parallèle, fruit d’une criminalité organisée. Les revendications sociales ont fait place à des revendications religieuses et identitaires jusque dans les écoles et les administrations. Par démagogie ou électoralisme, la laïcité a été maintes fois remise en cause, alors qu’elle garantit l’égalité des droits et des devoirs. Cette remise en cause de la laïcité a eu pour conséquence celle da la liberté d’expression jusqu’aux meurtres commis le 11 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo. Si l’unité républicaine manifestée sus le slogan « Je suis Charlie » sert maintenant à faire remonter la côte de popularité de François Hollande, peut-on parler de cohésion sociale lorsque d’autres ont dit qu’ils n’étaient pas Charlie. Pour autant les deux slogans apparemment contraires sont-ils la manifestation d’un clivage entre les défenseurs de la liberté d’expression et les pro-islamistes ? Le slogan « je ne suis pas Charlie » n’a-t-il qu’une seule signification tranchée et faut-il poursuivre pour apologie du terrorisme, ceux qui l’ont fait leur ?  Ce serait simpliste et réducteur au profit de l’idéologie de l’extrême-droite qui instrumentalise la peur, comme elle l’a toujours fait : la peur du chômage, la peur de l’immigré, la peur de la différence…  Face à  des réactions épidermiques, il faut aller au-delà de l’apparence et se poser la question de l’usage de la liberté d’expression lorsqu’une partie de la population est réduite au silence et à la misère.

    Tout est réuni pour la montée de la violence criminelle et terroriste lorsque des jeunes n’ont plus l’espoir de vivre mieux et ont le sentiment d’être les victimes d’une autre violence, celle économique qui les dépossède de leur avenir, de la maîtrise qu’il pourrait avoir de leur existence. La mondialisation et le consumérisme favorisent le passage à la violence politique. Tout est réuni pour que les replis identitaires prennent le pas sur le sens commun et les reculs de la laïcité ne font qu’aggraver les différences. Dès lors toutes manipulations sont envisageables et les religions sont passées depuis longtemps expertes en matière de conversion et de manipulation. Qu’offrent-elles ? Le paradis après la mort comme consolation de l’enfer sur terre. Les Djihadistes offrent encore davantage : le devoir de tuer et de violer comme actes religieux avant de mourir en martyr. Alors, il faut se poser les questions qui dérangent les consciences humanistes : L’islamisme est-il l’Islam ? Y-a-t-il une différence entre un islamiste et un Djihadiste ? Sont-ils des Musulmans respectueux du Coran ?  A qui de trancher si ce n’est aux Musulmans eux-mêmes ? Toutefois, il ne suffit pas de dire que l’Islam est une religion de paix. Il faut une analyse théologique des écritures pour le démontrer en premier lieu à ceux que l’on appelle des Islamistes modérés. Si l’Islam ne se structure pas autour d’une seule lecture du Coran, il y aura toujours des djihadistes semeurs de barbarie. Peut-onparler d'islamisme modéré en Arabie Saoudite, au Qatar et autres émirats? Quel jeu joue la Turquie avec Daech?

    Si les dérives djihadistes de quelques jeunes musulmans, parfois convertis souvent délinquants et issus des cités HLM, trouvent une explication sociale, on ne peut pas s’arrêter à des conditions de vie qui touchent et ont touché d’autres communautés qui se sont intégrées dans la république. Il apparaît donc nécessaire d’aborder les conséquences des atteintes à la laïcité sous tous les angles, sous toutes les coutures et sous toutes les fractures. Laisser les aspects théologiques, politiques et criminels du grave problème de société posé par l’islamisme en France équivaut à laisser le champ libre à l’extrême-droite. La peur est mauvaise conseillère et prête l’oreille à ceux qui montrent des dangers que  d’autres veulent ignorer ou minimiser au nom de grands principes.

    D’un côté, des Français musulmans ont déserté la lutte sociale pour des revendications identitaires et religieuses. De l’autre, l’islamophobie a progressé et a atteint son plus haut niveau depuis la tragédie récente et les actes barbares commis en Syrie et en Irak. Des conflits qui n’en finissent pas comme celui de la Palestine ont des conséquences en France. Les dernières représailles d’Israël sur la population palestinienne ont leur part dans la radicalisation islamiste et l’antisémitisme qui l’accompagne.

    La plus grande majorité des électeurs s‘est réfugiée dans l’abstention et le vote blanc. Le FN progresse dans la lassitude d’un électorat qui ne trouve pas une parole politique claire sur un programme économique et social mais aussi sur  les mesures à prendre pour éviter les dérives identitaires et religieuses de Français pour la plupart issus de l’immigration en provenance de pays à majorité musulmane où des conflits causent la mort de milliers de civils.

    François Hollande a tenu sa conférence de presse hier. Il veut perpétuer ce qu’il appelle « l’esprit du 11 janvier 2015 ». Souhaite-t-il faire appel aux esprits jusqu’au printemps 2017 ? Il sera jugé à la lettre, sur les lois antisociales votées et ses anaphores blablateuses. Il sera jugé sur sa politique extérieure et son alignement sur l’Allemagne et les USA. Ses premières prises de position sur l’Ukraine, Gaza et la Syrie ne plaident pas en sa faveur.  Devant les journalistes et les caméras, Il a abordé la mixité sociale, « la répartition de la population, pour que les logements sociaux soient créés là où ils sont nécessaires, mais pas seulement là où ils sont déjà présents », a-t-il expliqué, puis ajouté "l'accompagnement, pour que le tissu social soit renforcé en nous appuyant sur les associations, sur la démocratie", et enfin, "le développement, avec la création d'une agence nationale pour le développement économique sur les territoires". Il a reconnu les échecs : « concentration des populations et des pauvres dans les mêmes lieux, inégalités massives, chômage trop élevé, discriminations insupportables"…  selon lui, malgré les efforts engagés depuis 30 ans. Il s’est ainsi inscrit dans l’incurie des politiques libérales tout en affirmant être et avoir agi comme un président de gauche. Comme son premier ministre et le ministre de l’économie, il éprouve la nécessité de s’affirmer de gauche parce qu’il ne l’est pas, ou bien c’est une gauche de posture par rapport à la droite, une gauche qui a renié sa généalogie et ses valeurs depuis 1983. Ce n’est pas la nôtre. C’est à toute la gauche qu’il porte préjudice en incarnant la politique d’austérité voulue par la doxa libérale et sa politique antisociale inspirée par le Medef. C’est cette politique néolibérale qui détourne les nouvelles générations de la lutte sociale, du syndicalisme, de l’engagement politique,  des urnes et de la citoyenneté. C’est cette alternance libérale depuis 1983 qui fait le lit de l’extrême-droite, sans résoudre les dérives identitaires et religieuses, faute de ne pas réduire les inégalités sociales qui se sont creusées. Sarkozy n’a fait que jeter de l’huile sur le feu et Hollande a laissé brûler la braise. Tous, depuis 30 ans, portent la responsabilité de la situation actuelle et de la fracture sociale, y compris le Front national et sa flamme bleu-blanc-rouge, symbole dévastateur qui entretient les feux de la haine. En  2015, ce ne sont pas des feux de solstice qui, dans la joie, annoncent l’été et des temps meilleurs. Ce sont les feux de l’inquisition  et de l’autodafé venus du Moyen-Orient.

    Si, en Grèce, Syriza représente un espoir dans cette Europe constituée contre les peuples par des technocrates à la botte des lobbies financiers, on sait que la Troïka et les dirigeants acquis au libéralisme économique feront tout pour empêcher  qu’une autre politique européenne prenne racine en Grèce. La BCE tente déjà un coup d’Etat en menaçant de faillite les banques grecques. Podemos représente un nouvel espoir en Espagne. Sera-t-il déçu ?

    Quel avenir pour le Front de gauche en France ? Quel avenir pour la gauche démarquée du libéralisme et de la politique économique imposée par la Troïka et Bruxelles ? Pour peser dans le débat politique, il faudra remporter des victoires électorales et dépasser les scores du Front national. Cela ne pourra être possible qu’en ramenant à la citoyenneté les catégories négligées du peuple français et en redonnant confiance à ceux que la peur a fait basculer dans la paranoïa xénophobe du Front national. Il faut redonner confiance en une gauche rassemblée près du peuple dont les élites se sont coupées. Il faut redonner à la lutte sociale et au syndicalisme toute sa place. Pour cela, il faut regarder toutes les réalités en face, tenir un langage de vérité et de bon sens. Le bon sens, c’est le sens commun, les intérêts communs et les valeurs universelles sans démagogie, à la lumière de la raison et des leçons de l’Histoire. Le sens commun demande une redistribution des richesses par le travail plutôt que par la rente, par la solidarité plutôt que par le profit.

    Un travail de reconquête des électeurs de gauche refugiés dans l’abstention ou tentés par le Front national apparaît nécessaire. Comme Syriza, le Front de gauche doit apparaître comme un mouvement capable d’assumer une alternative politique à l’alternance libérale en faisant face aux fractures sociales, aux dérives identitaires ou religieuses, sans angélisme idéologique qui ferait renoncer par bribes à la laïcité, ciment d’une société multiculturelle.

    Evidemment, les propos tenus ci-dessus à bâtons rompus n’engagent que leur auteur dont l’intention n’est pas d’apporter des réponses mais de susciter un questionnement dans le cadre des valeurs de gauche et dans la perspective d’une victoire de ces valeurs. Il s’agit de sortir de la culture de l’échec, malgré un pouvoir socialiste compromis avec la droite européenne et qui  rejette dans les extrêmes le Front de gauche et le socialisme.

    U barbutu

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