• Lettre à Emmanuel MACRON

    Nous publions la lettre que Philippe Martinez, secrétaire général de la Cgt,  vient d'adresser au président de la République.

    Monsieur le Président de la République, La crise sanitaire du COVID 19 ne faiblit pas. La pandémie du nouveau coronavirus a déjà fait des dizaines de milliers de morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine. Près de 800 000 cas d'infection ont été officiellement diagnostiqués dans 188 pays et territoires depuis le début de l'épidémie. L’épicentre s’est concentré sur l’Europe. Notre pays est particulièrement touché et le nombre de personnes contaminées ne cesse de s’accentuer. Beaucoup d’hôpitaux sont désormais submergés par l’arrivée de nouveaux malades nécessitant des soins intensifs et longs. L’ensemble des personnels soignants ainsi que ceux des secteurs du soin à domicile, dans les maisons de retraite font face, attachés à leur mission de service public, mais force est de constater que leur condition d’exercice pose question. En effet, les commandes de masques, de matériel médical, voire de médicaments ou les tests annoncés par votre gouvernement tardent à se concrétiser. Face à cette situation d’urgence, nous souhaitons vous rappeler les mesures indispensables à prendre le plus rapidement possible. La priorité de votre gouvernement doit être, avant tout, de garantir la stricte protection de tous les salariés qui, assurant des activités essentielles dans le secteur public et privé, doivent continuer à travailler. Ainsi, il est de votre responsabilité de veiller à ce que tout salarié puisse exercer son droit de retrait en l’absence de protection ou face à un danger grave et imminent. C’est d’ailleurs le sens du préavis de grève dans les services publics, afin de protéger les personnels travaillant dans des collectivités où les règles ne sont pas appliquées, tout comme dans les autres secteurs. D’autre part, les codes de bonnes pratiques même unanimes, sont remis en cause ou restreints par les ministères comme c’est le cas dans le BTP. De nombreux salariés sont déjà contaminés, malades voire décédés parce qu’exposés au virus sur leur lieu de travail. Cela pose, dès maintenant, la question de la réparation et ainsi du classement automatique en maladie professionnelle pour les soignants, bien entendu, mais aussi pour tous les travailleurs. …/… En parallèle, il est maintenant tout à fait urgent de procéder à la définition des activités essentielles et à la fermeture immédiate de celles ne contribuant pas aux besoins vitaux. Nous voulons d’ailleurs vous réaffirmer notre opposition aux mesures dérogatoires au Code du travail dans les domaines du temps de travail. L’ordonnance prévoyait qu’un décret viendrait préciser les secteurs dans lesquels elle s’appliquerait. A ce jour, aucun décret n’est paru, nous considérons donc qu’aucune dérogation ne peut s’appliquer. L’abrogation immédiate de ces ordonnances qui organisent de manière scandaleuse la déréglementation du travail est ainsi à l’ordre du jour. Le confinement reste selon les experts scientifiques ou les médecins, le moyen le plus efficace pour lutter contre le COVID 19. L’arrêt des activités non essentielles comme cela vient d’être fait en Italie ou en Espagne permettrait par ailleurs de libérer des protections comme des masques et gants pour ceux qui en ont besoin. A noter le communiqué de l’AMUF (médecins urgentistes) qui va dans ce sens. Par contre, l’évolution de la production pour produire des protections et la reprise d’activité pour des entreprises fermées, comme LUXFER pour la production de bouteilles à oxygène, ou menacées, comme la papeterie de la Chapelle Darblay pour la production de masques, par un financement public est essentiel. Votre ministre de l’Economie a bien parlé de possibles nationalisations. Nous avons défini une liste d’activités essentielles et nous sommes disponibles pour en discuter avec le gouvernement. Face à cette pandémie mondiale, nous réitérons notre demande que vous déclariez l’Etat de catastrophe sanitaire afin de mettre à contribution, par exemple, les assurances et permettre le paiement du chômage partiel à 100%. La situation que nous vivons exige que l’ensemble des entreprises contribuent à la solidarité de la Nation, c’est pourquoi vous devez imposer pour toutes, la suppression des dividendes aux actionnaires. Pour le moment votre ministre de l’Économie s’est contenté d’une simple déclaration pour demander aux entreprises qui reçoivent des aides publiques de ne pas verser de dividendes. Nous avons l’expérience de la crise financière de 2008 et cela n’a pas fonctionné, c’est très insuffisant ! Il n’est pas utile de vous rappeler, que récemment encore, les sociétés du CAC 40 s’apprêtaient à verser à leurs actionnaires 54,3 milliards d’euros, soit 5,9 % de plus qu’en 2019. Vous conviendrez que cela constitue un record historique. C’est avant tout une question de décence, de justice et de solidarité nationale ! Il va sans dire qu’un contrôle des aides publiques aux entreprises doit être garanti et une attention particulière doit être portée aux conséquences en matière d’emploi qui pourraient toucher les salariés notamment dans les petites et moyennes entreprises, les secteurs de l’économie sociale et solidaire et plus largement dans tous les secteurs d’activités et cela en lien avec les organisations syndicales représentatives. 2/4 Vous devez prendre, dans la période, une mesure d’interdiction de tous les licenciements pour quelques motifs que ce soient et la suspension immédiate de tous les PSE ou plans de restructuration d’entreprise. Vous devez porter une attention particulière sur la situation des plus fragiles et ainsi prendre des décisions immédiates en direction des chômeurs, travailleurs précaires, intérimaires ou saisonniers, travailleurs des plateformes (…) et prendre des mesures de protection sociale étendues. En cette période, les salariés ont plus que jamais besoin de leur syndicat à leurs côtés, c’est pourquoi nous tenons à vous rappeler l’engagement pris par votre ministre de l’Intérieur, d’élaborer une autorisation spécifique et nationale pour permettre à tous les élus et mandatés de circuler librement et d’intervenir dans les entreprises ou les services. Cette promesse n’est, à ce jour, encore une fois pas honorée. Les travailleurs paient un lourd tribut y compris financièrement dans cette crise sanitaire. Beaucoup de voix s’élèvent fortement pour dire que nombre de métiers en première ligne, que ce soit dans l’agroalimentaire, le commerce, l’aide à la personne, les soins ou le médicosocial, les services de ramassage des déchets (…) ne sont pas payés correctement et reconnus dans leur travail, alors que ce sont bien eux les « premiers de cordée ». Beaucoup découvrent leur bulletin de salaire avec des pertes de rémunération substantielles, notamment lié à la disparition des parts variables de rémunération (primes diverses, calcul à partir des forfaits jour, etc.). C’est donc de votre responsabilité de demander à votre ministre du Travail de procéder à une augmentation immédiate du SMIC qui devra se répercuter sur l’échelle des salaires. L’augmentation significative du point d’indice dans la fonction publique doit être un engagement de votre gouvernement. Nous exigeons également, au-delà d’un paiement à 100% du chômage partiel, le maintien des cotisations sociales, permettant l’accès de tous à la protection sociale complémentaire (santé et prévoyance). Enfin, le monde est totalement bouleversé par cette crise et rien ne sera plus comme avant quand nous en serons sortis. Gouverner c’est prévoir et votre gestion de la pandémie n’en a pas fait une démonstration convaincante. Il y a donc un besoin urgent de faire avec les organisations syndicales, un bilan sur les changements radicaux de politique à opérer dans de nombreux domaines économiques et sociaux. La CGT porte des propositions pour transformer cette société autour de valeurs de progrès social, de solidarité et de sécurité, tant professionnelles qu’environnementales. La CGT revendique ainsi la mise en place d'une « Sécurité sociale professionnelle » pour tous afin qu'aucun salarié, tous statuts confondus, ne subisse plus de rupture dans ses droits, dans la reconnaissance de ses qualifications et de ses acquis par l'expérience. Il faut mettre en place 3/4 une Sécurité Sociale intégrale, un 100 % Sécu sur la base du salaire socialisé, fondée sur les principes fondateurs de la Sécurité sociale, que sont la solidarité et l'universalité, en intégrant de nouveaux besoins non encore couverts et adaptés aux nouvelles formes du travail. Il s’agit de répondre aux besoins fondamentaux, sur le principe de « bien commun universel », de revalorisation du travail, de préservation de l’environnement et de l’anticipation des transitions nécessaires pour que l’activité humaine ne porte pas atteinte à l’avenir de la planète. Cela suppose aussi qu’une autre économie et qu’une autre façon de consommer émergent. Dix-huit organisations syndicales ou associatives ont publié une tribune pour anticiper et bâtir le « jour d’après ». Nous vous en livrons quelques pistes :

    ▪ Relocalisation des activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, permettant d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés internationaux et de reprendre le contrôle sur les modes de production et d’enclencher une transition écologique et sociale des activités.

    ▪ Réorientation des systèmes productifs, agricoles, industriels et de services, pour les rendre plus justes socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et axés sur le rétablissement des grands équilibres écologiques.

    ▪ Etablissement de soutiens financiers massifs vers les services publics, dont la crise du coronavirus révèle de façon cruelle leur état désastreux : santé publique, éducation et recherche publique, services aux personnes dépendantes…

    ▪ Une remise à plat des règles fiscales internationales afin de lutter efficacement contre l’évasion fiscale est nécessaire et les plus aisés devront être mis davantage à contribution, via une fiscalité du patrimoine et des revenus, ambitieuse et progressive.

    Nous sommes convaincus que ces réorientations majeures sont indispensables pour bâtir une société juste, solidaire et durable dans les domaines économiques, sociaux et écologiques.

    Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de mes respectueuses salutations.

    Philippe MARTINEZ Secrétaire général de la CGT

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  • Politique de santé :

    un rappel nécessaire

     

    Le personnel de santé se trouve aujourd’hui en première ligne avec la très grave crise sanitaire. Des milliers d’emplois dans le secteur ont été sacrifiés ces dix dernières années. En 15 ans ce n’est pas moins de 100 000 lits hospitaliers qui ont été supprimés. En France, on manque cruellement de lits en réanimation. 5000 actuellement, alors que rien qu’en Allemagne le pays en compte 25000. On manque de tout et il faut installer des lits en catastrophe. On manque de masques, de blouses hygiéniques, de respirateurs…

    Ce n’est pas d’aujourd’hui que Manca Alternativa ou encore le mouvement Inseme à Manca dénoncent cette situation scandaleuse, la liquidation du service public de la santé. Nous publions ci-dessous quelques extraits issus d’un compte rendu de réunion qui regroupait à Ajaccio le 30 mars 2017 une cinquantaine de personnes dans les locaux de Locu Téatrale. Ces propos sont malheureusement toujours plus d’actualité. Rappel.

      Une cinquantaine de personnes ont participé, mercredi 30 mars, au Locu teatrale, à Ajaccio,  à un débat sur le thème de la santé. 

    Il est ressorti de la discussion que le secteur public de la santé connaît une détérioration significative depuis plusieurs années : dégradation des conditions de travail dans les hôpitaux, manque de personnel, suppression massive de lits, etc. Le quinquennat de François Hollande n’a pas remédié à la situation. Le risque est grand de voir cette situation s’aggraver.

     La situation en Corse n’est pas particulièrement brillante. Loin s’en faut. Le futur hôpital d’Ajaccio, obtenu grâce à l’action inlassable pendant des années de la population, des associations et des syndicats, en particulier de la C.g.t, s’avère, avant sa mise en activité, fin 2018, (nous sommes en 2020) déjà insuffisant pour satisfaire pleinement les besoins futures du bassin ajaccien. 

    C’est une autre politique de santé qu’il faut, en rupture avec la situation actuelle. La santé n’est pas une marchandise et ne doit pas devenir une source de profit. Elle doit être considérée comme une exigence commune et solidaire. C’est ce que propose le programme « l’Avenir en commun » de la France insoumise. Il faudra consacrer des efforts exceptionnels pour couvrir les besoins de la population et de répondre aux revendications légitimes des personnels du secteur. De même, il s’agira de créer un pôle public du médicament pour soustraire un secteur vital de l’appétit des grands groupes pharmaceutiques qui y réalisent de très substantiels profits sur le dos de la Sécurité sociale et des patients. 

    Quant à la Sécurité sociale, elle doit retrouver sa fonction première, telle qu’elle a été définie par le Conseil National de la Résistance : assurer à tous un chacun d’accéder aux soins de santé et d’avoir une retraite décente pour tous. Elle doit être universelle et solidaire. Elle aura pour vocation de rembourser à 100% tous les frais de santé. C’est tout le contraire de ce que proposent tous ces gens qui n’ont qu’un seul mot à la bouche : rentabilité et qui préconisent sa disparition pure et simple pour la remplacer par des assurances privées. Adieu le principe de solidarité. Chacun pour soi et dieu pour tous.

    INSEME A MANCA

     

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  • A propos de la « Providence » et « l'Etat providence »

    Un peu de vocabulaire et quelques réflexions

     

    Etat providence ou Etat social de droit ?

    Un virus redoutable, dévastateur, qui se rit des frontières et des hommes (le poète aurait dit : « qui se rit d'Esculape et le laisse baba ») et voilà que certains, sur leur chemin de Damas, découvrent le bienfait ou l'intérêt (c'est comme on veut) de l'Etat protecteur à travers ses services publics et ses fonctionnaires. Du coup, ces derniers passent du statut de « privilégiés » à celui de « héros ».

    Le président de la République, Monsieur Macron, qui depuis son élection, s'acharne à essayer de détruire ce qui reste des acquis sociaux à la base de notre « modèle social » a même parlé, je crois, d'un   possible retour à certaines nationalisations.

    Et les économistes abonnés des plateaux de télévision, héraults de « l'ultralibéralisme », l'autre nom du capitalisme débridé, de reparler « d' Etat providence ».

    « Providence », vous avez dit « Providence » ?... Ouvrons le dictionnaire Larousse à la lettre P.

    Providence : 

    1- Action par laquelle Dieu conduit les événements et les créatures vers la fin qu'il leur a assignée.

    2- (Avec une majuscule) Dieu, en tant qu'ordonnateur de toute chose.

    3- Personne ou événement qui arrive à point nommé pour sauver une situation ou qui constitue une chance, un secours exceptionnel. 4 - En apposition à un nom, indique sa valeur providentielle :  Etat providence.

    Alors regardons maintenant la définition de l'adjectif : « providentiel ».

    Providentiel :

    1- Qui est dû à l'action de la Providence.

    2- Qui semble avoir reçu une mission de la Providence.

    3- Qui est à la fois heureux et inespéré.

    Donc, si on est logique, en faisant le tri le plus cohérent dans ces diverses définitions, on pourrait dire que l'Etat providence serait un Etat qui semble avoir reçu une mission de la Providence.

    D'évidence, cette définition de l'Etat providence ne peut nous satisfaire et nous avançons a contrario celle de l'Etat social de droit.

    Donnons la parole à Henri Pena-Ruiz dans son livre « Marx quand même » (Plon) :

    « Parler d'Etat-providence et non d'Etat social de droit, c'est suggérer que les droits sociaux conquis de haute lutte ne sont pas des droits, contrepartie de devoirs effectivement remplis dans la production, mais des cadeaux qui pourraient fort bien ne pas être « accordés ». Vocabulaire humiliant qui change le statut des droits et les rend facultatifs en les représentant comme une assistance providentielle. Qui donne et qui reçoit ? Comme si certains hommes, les capitalistes bien sûr, « donnaient » et d'autres, les prolétaires bien sûr « recevaient » un don unilatéral. Il en va de même du fait de parler d'assistanat à propos de ces mêmes droits. Toujours une connotation humiliante, qui culpabilise et rend débiteur. En réalité, s'il existe des droits, c'est bien parce que des devoirs le leur permettent. Les droits sociaux ne tombent pas du ciel. Ils résultent de cotisations salariales et patronales destinées à les rendre possibles par un partage redistributeur. »

    Et toujours du même auteur :

    « La grande mystification du jour consiste à faire saisir la rétribution juste du travail et de la richesse qu'il engendre effectivement comme une obole, alors qu'elle n'est en fin de compte qu'une restitution partielle. Il en va de même pour les droits sociaux, rebaptisés « avantages », voire privilèges, alors qu'ils ne sont qu'une forme de salaire indirect, conçu selon les modalités d'une redistribution régie par la solidarité. Ainsi également de la Sécurité sociale. On cotise selon ses moyens, et l'on en use selon ses besoins. Admirable principe de redistribution qui, sans niveler les revenus, met le bien essentiel pour tout homme qu'est la santé hors de portée de la loi du marché, loi cruelle pour les plus démunis. »

    L'Etat que dirige monsieur Macron n'est pas un Etat providentiel. Son  président n'est pas une sorte de « divinité » qui accorderait (ou pas)  à ses sujets les bienfaits de sa générosité personnelle.

    La mission de ce président, comme des précédents et des futurs d'ailleurs, est très précise. Elle consiste à permettre et garantir que fonctionne au mieux l'Etat social de droit, un acquis dû à des siècles de luttes pour une plus grande justice sociale et l'amélioration de la vie des hommes.

    Monsieur Macron l'a peut-être oublié. Alors il nous appartient de le lui rappeler.

     

    Jean Alesandri

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  • La Corse durement touchée par le Covid-19

     

    Entretien avec Muriel Buisson, syndicaliste CGT et  cadre hospitalier à la Miséricorde d’Ajaccio

    Comme tous les citoyens de Corse et de France, mais plus généralement du monde,  nous sommes aujourd’hui confinés dans nos demeures depuis l’annonce par Emmanuel Macron, le 16 mars dernier, au lendemain du premier tour des élections municipales, des mesures prises face à l’étendue dramatique du Covid 19.

    On rappellera que celui-ci s’est déclaré en Chine en novembre 2019, pour s’étendre jusqu’à l’Italie, notre pays voisin et aujourd’hui au monde entier.

    Beaucoup de citoyens, de professionnels de santé, accusent le gouvernement d’avoir tardé à prendre des dispositions sanitaires ou encore l’accusent d’imprévoyance où de  tergiversations.

    En tous les cas ce virus met en lumière les difficultés de notre système de santé, qui a subi ces 10 dernières années, des baisses drastiques de budget, des suppressions massives de personnels et de lits hospitaliers.

    L’hôpital d’Ajaccio est en première ligne et son personnel est engagé dans un combat décisif pour venir à bout de ce virus. On rappellera que celui-ci a déjà durement touché la Corse avec à ce jour plus d’une vingtaine de décès. Parmi ceux-là, Nicolas Alfonsi, ancien sénateur et ancien maire de Piana.

    La Corse avec 29% de la population totale ayant plus de 60 ans,  contre 25% en France métropolitaine, est une région à risque.  

    Manca Alternativa a voulu en savoir plus et a rencontré Muriel Buisson, cadre hospitalier à l’hôpital de la Miséricorde à Ajaccio, syndicaliste CGT, mais aussi militante engagée dans la reconstruction de la gauche,  avec le mouvement Inseme à Manca/Ensembre à Gauche.

     

    Manca Alternativa : Une première question, où en sommes-nous dans l’hôpital aujourd’hui et plus largement en Corse ?

    Des comptes seront exigés auprès du pouvoir macronien

    Muriel  Buisson : La Corse est très touchée par cette pandémie, particulièrement sur le bassin ajaccien. Il est difficile de donner des chiffres sur le nombre de personnes réellement atteintes puisque le dépistage est limité aux personnes présentant des symptômes cliniques et il y a des formes asymptomatiques. 

    Seuls les patients qui présentent les formes les plus graves sont hospitalisés, certains nécessitent une prise en soins en réanimation. L’hôpital a triplé sa capacité en lits de réanimation et transformé 4 unités de soins pour les patients COVID positif ou suspects.

    Manca Alternativa : Le personnel est en première ligne, comment réagit-il ?

    Muriel  Buisson : On ne choisit pas d’exercer nos métiers par hasard, aussi nous répondons aux besoins de la population du mieux que nous pouvons dans un contexte de crise dans le champ de la santé que nous dénonçons depuis longtemps.

    Le personnel donne tout ce qu’il peut pour prendre soin des patients, personne ne compte ses heures de travail dans tous les secteurs, le soin, la logistique, les administratifs, les personnels techniques,  avec un espoir : parvenir avec les mesures de confinement prises à stopper la propagation du virus avec le moins de pertes humaines possible. Nous pensons aussi à  nos familles, aux collègues déjà atteints par la maladie, la peur est là, d’autant plus que le matériel mis à notre disposition n’est pas suffisant pour l’instant.

    C’est encore pire dans le secteur libéral et dans l’action sociale.  La question d’une protection avec des masques FFP2 dans tous les secteurs d’activités indispensables à la vie quotidienne est posée.  

    La solidarité de la population et des entreprises avec leur hôpital est impressionnant. C’est un véritable échange de mercis dans les deux sens.

    Manca Alternativa : Le 25 mars dernier votre organisation syndicale la CGT s’adressait par courrier à monsieur le préfet de région et à madame la directrice de l’ARS. Quel était le contenu de la demande ?

    Muriel  Buisson : Nous voulions des réponses sur les dates de livraisons de matériels. On nous a répondu avec une « notice » expliquant comment utiliser des masques FFP2 périmés ! Souvent inutilisables ! Nous demandions un positionnement responsable. La réponse a été plus qu’évasive. Les quantités de matériels à usages uniques nécessaires quotidiennement  (sur blouse étanches, sur chaussures, tenues  professionnelles UU, gants à manchons, masques chirurgicaux etc.) représentent des volumes hors du commun. L’urgence est à l’approvisionnement. Nous avons  le devoir, en tant que syndicalistes,  de penser à la protection des salariés,  c’est en ce sens que nous nous sommes exprimés.

    D’autre part, le matériel nécessaire à l’augmentation de lits de réanimation (10 lits à 40 lits)  n’est toujours pas réceptionné. En fin de compte nous avons le sentiment de ne pouvoir compter    que sur le personnel heureusement dévoué et la générosité de quelques petites PME qui nous livrent le matériel dont ils disposent.

    Manca Alternativa : Mécontents de la réponse obtenue par l’ARS ?

    Muriel  Buisson : La réponse a été rapide, le lendemain même, par un mail de l’ARS expédié à Patrice Bossart, le secrétaire général de la CGT. Mais elle n’est pas satisfaisante, pire, elle est méprisante pour le personnel. Il y a le discours et il y a les actes. Ce mail, contredit la réalité de terrain et ce n’est pas la réponse que les personnels attendaient face à l’ampleur de la crise sanitaire et surtout l’absence criante de matériel.

    Manca Alternativa : Dans cette situation, quelles sont les perspectives ?

    Muriel  Buisson : Sur le terrain c’est compliqué. Heureusement le personnel a conscience que l’écrasante majorité de la population le soutient.

    Nous ne pouvions accepter la réponse de l’ARS, c’est la raison pour laquelle nous avons répondu à ce courrier en précisant que :

    - Concernant notamment les masques, nous avons été livrés par des collectivités qui avait conservé les masques de la crise H1N1 , mais que ceux-ci et pour beaucoup sont moisis.

    - Concernant le matériel à usage unique, indispensable à la sécurité des personnels, nous n’avons aucune date de livraison.  Comment allons-nous tenir cette semaine si nos moyens ne s’améliorent pas urgemment ? La situation de notre territoire de par son insularité ainsi que la pandémie très active en Corse demande une attention particulière. Le pic épidémique devrait être pour cette semaine.

    - Les personnels, quelles que soient  leurs catégories professionnelles, accumulent les heures supplémentaires, entraînant un épuisement massif. Nous exigeons que ces heures soient rémunérées et que l’ensemble des étudiants qui s’investissent au quotidien fassent aussi l’objet d’une rémunération spécifique. Certes, il faut d’abord gérer la crise sanitaire qui nous percute mais les personnels ne se contenteront plus de belles promesses et de remerciements, nous attendons des actes concrets.

    - Concernant les commandes de respirateurs, 6 ont été livrés sur l’hôpital d’Ajaccio et 3 à Bastia. C’est nettement insuffisant si on veut équiper les nouveaux lits de réanimation. D’autres matériels sont indispensables comme : les pousses seringues, les scopes ….

    Manca Alternativa : Que prévoyez-vous pour la suite ?

    Muriel  Buisson : Maintenant nous sommes la tête dans le guidon. Sortons au plus vite de cette crise sanitaire, et sortons-en avec le moins possible de dégâts humains.  Demain, il est sûr que les personnels et les syndicats n’oublieront pas. Ils demanderont des comptes, parce que nous aimons notre métier. Le service public de la santé ne peut être géré comme une entreprise privée. La rentabilité chez nous se mesure en nombre de patients soignés, en nombre de patients sauvés.  

    Manca Alternativa : On entend beaucoup parler de Chloroquine et de sa possible utilisation pour soigner les malades et en particulier ceux pris suffisamment tôt. Qu’en pensez-vous ? Disposons-nous de ce médicament à Ajaccio et en Corse?

    Muriel  Buisson : Nous avons de la Chloroquine en pharmacie hospitalière, mais je ne connais pas les quantités disponibles. Concernant son utilisation,  je suis pour, mais à condition que le traitement soit prescrit par un médecin. Si ce traitement  peut sauver des vies c’est une très bonne chose. 

    Entretien réalisé lundi 30 mars 2020.

     

    Des comptes seront exigés auprès du pouvoir macronien

                           

     

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    UN CONFINEMENT … AU GOUT AMER

     

    C’est en novembre dernier que l’on commençait à évoquer l’apparition d’un nouveau virus, localisé en Chine, le Covid 19. Mi-janvier, la localité de Wuhan comptait sa première victime. Fin janvier le pays commençait sa quarantaine. Au même moment en France apparaissaient les premiers patients atteints du Coronavirus. Depuis l’épidémie s’est transformée en pandémie, elle est devenue planétaire.

    Notre président et son état-major, ainsi peut-on l’appeler puisqu’il décidait que nous étions en guerre, annonçait notre confinement le 17 mars dernier.

    Depuis le gouvernement français ne cesse de révéler son inaptitude voire incompétence à faire face à une crise sans précédent qui met au grand jour, si on ne la savait pas encore, la triste réalité sanitaire de notre pays.

    Tous les acteurs de la santé, du public au privé, témoignent, épuisés, d’un cruel manque de matériel de protection qui les expose au virus, pourtant qualifié dès le début par les experts comme étant très contagieux. Comme eux, bon nombre de salarié-e-s, d’autres secteurs d’activité, exposés au public, doivent batailler pour obtenir un masque, du gel, tout moyen leur permettant de se protéger.  

    Mais pourquoi ? la réponse serait risible si elle n’était pas si dramatique.

    La France s’est appauvrie et se révèle misérable, sacrifiée sur l’autel des profits et dividendes depuis des décennies.

    La France manque de tout, des hôpitaux saturés, sous-équipés et en sous-effectifs, manque de lits, manque de respirateurs, manque de protections de base, manque de tests, …, manque de tout… Une réalité dénoncée, il y a peu de temps encore, dans la rue, par les personnels de santé, sur fond de violente répression, on s’en souviendra.

    Nous vanterons nous encore d’être la 6ème puissance économique du monde, la 2ème en Europe. Trop d’arrogance affichée depuis plusieurs années par nos gouvernements successifs.

    L’humain, on balance, la santé, on balance, le social, on balance, l’environnement, on balance… les hommes, on les mate.

    Un seul mot, confinement, annoncé des trémolos dans la voix par un président ignorant des gens. Ignorant de la vie, la vraie vie, celle qui ne se joue pas sur les planches. Oui monsieur Macron, le confinement a un goût amer, quand vous jouez vos partitions sur le dos du peuple qui n’a qu’à bien se tenir.

    Non monsieur Macron, ce n’est plus vous qui gérez la crise, ce sont tous les soignants, au péril de leur vie, ce sont les femmes et les hommes qui travaillent encore pour assurer un minimum de vie sociale, ce sont tous les confiné-e-s qui s’appliquent à respecter les règles, ce sont toutes ces personnes qui pallient vos manquements.

    Oui monsieur Macron, le confinement a un gout amer quand aucune perspective l’accompagne. Une dramaturgie que les médias se complaisent à relayer d’une chaîne à l’autre.

    Dans d’autres pays les choix ont été différents et sembleraient pour certains plus efficaces.

    Aujourd’hui l’on parle d’une campagne de dépistage, qui peine à se mettre en place (faute de tests, peut-être), de l’usage de la chloroquine, mise en avant par une équipe d’éminents professeurs de l’IHU de Marseille, pouvant se révéler efficace dans le traitement de la maladie et que vous agréez du bout des lèvres... Trop de tergiversations, trop d’hésitations, à quelles fins ? Toujours ce décalage, trop de calculs sans doute.

    Quoi qu’il en soit monsieur Macron, cette crise aura des conséquences sociétales indéniables jusqu’au-delà des frontières.

    Vous vous trompez certainement d’urgence enfermé dans vos certitudes et votre arrogance. Le confinement s’il est indispensable n’est pas anodin, il est une épreuve. Mal accompagné il provoquera d’autres souffrances. Des décisions doivent être prises rapidement, dans l’intérêt commun, et non pas détournées au profit de quelques-uns. Personne ne devra être oublié.

    Il faut espérer alors que chacune, chacun puisse se retrouver dignement dans sa vie.

    Pascale Larenaudie

     

     

     

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    Un confinement ...

    au goût amer

     

     

    C’est en novembre dernier que l’on commençait à évoquer l’apparition d’un nouveau virus, localisé en Chine, le Covid 19. Mi-janvier, la localité de Wuhan comptait sa première victime. Fin janvier le pays commençait sa quarantaine. Au même moment en France apparaissaient les premiers patients atteints du Coronavirus. Depuis l’épidémie s’est transformée en pandémie, elle est devenue planétaire.

    Lire la suite : http://www.mancalternativa.com/un-gouvernement-inapte-voire-incompetent-a184137708

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  • La Mafia du médicament

     

    Dans cette période de grave crise sanitaire le confinement n’est pas totalement contraignant. Il permet de réfléchir aux problèmes qui se posent à notre société et aux solutions préconisées de ci de là. Pour ceux qui ne succombent aux joies procurées par une télévision aux ordres de la pensée unique.

    Nous avons débusqué dans une bibliothèque un livre au titre particulièrement évocateur : La Mafia du médicament. Livre paru aux Editions sociales en 1977 et rédigé par Jean-Pierre Lazio.

    A priori on pourrait se dire que cet ouvrage est obsolète. A sa lecture, on s’aperçoit rapidement qu’il est d’une remarquable actualité.

    Que montre-il ? Que les multinationales de l’époque – déjà – se sont emparées de ce marché captif que représente le « marché » du médicament, financé pour une bonne part par la Sécurité sociale. Marché sur lequel des grands requins y font de juteux bénéfices, en utilisant sans vergogne toute une série de techniques sophistiquées qui consistent à surévaluer les coûts réels de production, en particulier des matières premières et des substances actives.

    Le livre montre également que ces mêmes multinationales se concentrent de plus en plus, en absorbant ou en liquidant les petits et moyens laboratoires et en vassalisant des laboratoires de recherche publics.

    De nos jours rien n’a changé, si ce n’est que le phénomène s’est mondialisé, avec une délocalisation massive des médicaments dits génériques vers la Chine et l’Inde, pour l’essentiel. En cas de crise sanitaire grave, et c’est le cas aujourd’hui, on peut mesurer les conséquences dans un pays comme le nôtre.

    La Mafia du médicament se termine par toute une série de propositions qu’on peut partager plus que jamais, à savoir entre autres, la création d’un pôle public.

    Nous livrons ci-dessous des extraits de l’introduction du livre. A lire avec intérêt. 

    Comment dégonfler tout en gonflant ?

    Curieuse question. S’agirait-il d’une nouvelle quadrature du cercle ? Qu’on se rassure. Cette proposition en apparence pleine de contradictions n’est ni impossible ni farfelue. Elle s’applique fort bien à l’industrie pharmaceutique. En théorie cette industrie a pour vocation à produire des médicaments et répondre ainsi à un besoin fondamental : la santé. Travailler pour l’humanité souffrante, n’est-ce point admirable ?

    Combien de déclarations débordantes de satisfaction et d’orgueil à ce propos par les dirigeants des groupes qui dominent l’industrie pharmaceutique ? Une multitude, sans doute.

    Mais derrière ces déclarations se cachent des intentions moins vertueuses, plus prosaïques. Intentions qui s’inscrivent dans la logique du système des copains et des coquins pour reprendre une formule désormais historique. Faire des profits avec des médicament, telles sont d’abord ces intentions. Faire le plus de profits, mais en s’efforçant d’en avouer le moins possible. Nous y voilà. La proposition « dégonfler tout en gonflant » commence à prendre une signification.

    Dégonfler la part des bénéfices soumis à l’imposition. C’est la première partie de la proposition. Comment y parvenir ? 

    On gonfle avec frénésie les coûts des matières premières et des principes actifs. 

    Comment gonfler les coûts alors qu’il existe des contrôles fiscaux et douaniers ? La loi est faite sur mesure pour le capital, il suffit de l’interpréter. Les groupes vont donc exceller dans l’art de l’interprétation. L’exemple le plus significatif est celui de la technique dite du transfert international. On fait circuler la matière première ou plus simplement la facture à travers l’Europe grâce à un réseau de filiales plus ou moins bidons, du genre la Sodotex de l’affaire de Broglie. De retour sur le sol national, le prix de la marchandise peut être multiplié artificiellement par 2, 3, 10 et même 140 fois !

    Certains s’émerveillent peut-être de cette technique au rapport appréciable, que ne désavoueraient pas quelques gros bras de la pègre internationale. Mais associée à bien d’autres combines, elle coûte cher, très cher à la Sécurité sociale, à  la collectivité. C’est tout simplement du racket.

    Et le pouvoir politique dans cette affaire ? Il connaît parfaitement l’existence d’une telle escroquerie. Il la facilite par un ensemble de  dispositions légales. Quand une affaire éclate au grand jour – Dassault, Jean de Broglie, Sarbach, Merck – il s’efforce de l’étouffer au nom de la libre entreprise.

    Nationalisation de l’industrie pharmaceutique

    On entend déjà s’élever des protestations véhémentes, celles des dirigeants des groupes capitalistes. La main sur le cœur, ils nient ce « magouillage » d’un haut niveau. Ils proclament la pureté de leur mission. Et de réclamer dans leur élan de sincérité le relèvement des prix des médicaments. C’est pour le moins un comble.

    Le scandale des médicaments doit cesser, dans l’intérêt du pays, des malades, de l’industrie pharmaceutique elle-même et de la recherche. Seule une véritable nationalisation y mettra un terme.

     

     

     

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