• MIGRANTS

    MENER LA BATAILLE

     

    Par Clémentine Autain

     

    Face aux renoncements et tergiversations des États à accueillir l’Aquarius, à la montée des droites extrêmes en Europe, à la propagation d’une xénophobie décomplexée, nous ne pouvons pas rester l’arme aux pieds.

    C’est pourquoi l’appel lancé par Regards, Mediapart et Politis rencontre un large succès. De Lilian Thuram à Josiane Balasko, de Thomas Picketty à Assa Traore, de Romane Bohringer à Sophie Wahnich, d’Annie Ernaux à Guillaume Meurice, 150 personnalités ont joint leurs forces à des collectifs militants pour donner de la voix en soutien aux migrants. La pétition en ligne engrange des dizaines de milliers de signatures citoyennes. Ce n’est pas rien.

    Dans le même temps, SOS Méditerranée a lancé une pétition pour sauver l’Aquarius, en demandant aux gouvernements de prendre leurs responsabilités et en appelant à une grande mobilisation citoyenne. L’ONG appelle à manifester le 6 octobre dans toute l’Europe. L’initiative est particulièrement bienvenue.

    Les réponses de Salvini et Macron, qui multiplient les atteintes aux droits fondamentaux, les murs et les contrôles, qui nourrissent le rejet et la rhétorique d’un danger immigré doivent être combattues sans relâche. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait à l’Assemblée nationale lors des débats sur la loi asile-immigration. À Gérard Collomb, nous avons dit et redit que leur présupposé de « submersion migratoire » était faux – le flux migratoire est globalement stable en Europe depuis plusieurs décennies – et que leur obsession à durcir les conditions d’accueil, jusqu’à l’enfermement de mineurs, était une folie. Le moulin de l’extrême droite fut ici comme ailleurs bien alimenté par la macronie, pourtant arrivée au pouvoir grâce au rejet de l’extrême droite… Dans ce paysage politique qui voit prospérer les idées xénophobes et, avec elle, des décisions dangereuses du point de vue des droits humains, la bataille contre ce qui fait le miel des droites extrêmes et du fascisme doit être menée sans ambiguïté.

    La façon dont Emmanuel Macron entend instrumentaliser la question est évidemment un piège. Il tente de se donner un visage moral face au FN en racontant une fable sur la question migratoire. La réalité est pourtant têtue : la macronie enfourche les recettes d’une droite radicalisée. La France n’a pas su accueillir l’Aquarius et la loi asile-immigration a mis en œuvre bien des rêves répressifs de la droite dure. Nous ne laisserons donc pas la macronie installer cette fausse bipartition, eux versus le FN. Nous tiendrons tête.

    Notre voix sur cette question capitale est celle qui défend des vies humaines et des symboles. Prendre à bras le corps le combat en faveur des migrants est un parti pris humaniste et stratégique. Pour le camp de la transformation sociale et écologiste, il n’y a pas de victoire possible dans les têtes comme dans les urnes sans une contre-offensive assumée sur l’enjeu migratoire. Ce fil à plomb que nous avons à tenir au long court participe de l’imaginaire, des batailles sociales, du projet politique d’une gauche de rupture. Ne pas céder une once de terrain aux adversaires sur cette question me semble indispensable pour faire grandir notre conception du monde. J’invite de ce point de vue à regarder la saga documentaire de Françoise Davisse et Carl Aderhold diffusé sur France 2 en prime time et retraçant 150 ans d’histoire de France par le prisme de l’accueil des migrants. Où l’on se rappellera combien cette question fut, à des périodes décisives, très structurantes d’un point de vue politique… J’invite également à lire la tribune dans Le Monde de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, qui appelle à la fraternité entre tous les travailleurs et rappelle que le dumping social tient davantage à l’inégalité des droits et non à la présence d’immigrés.

    Le récit que nous faisons, les thèmes que nous choisissons de porter en avant sur la question migratoire ne sont évidemment pas neutres. Mettre l’accent sur les causes des migrations ou bannir toute évocation de la liberté de circulation comme horizon, comme s’il s’agissait d’une ligne « no border » – à noter que le spectre des signataires de l’appel Regards, Politis, Mediapart est en l’occurrence si large qu’il me parait curieux d’y voir une mainmise « gauchiste » - ne me convainc pas. Ma conviction est qu’il ne faut donner aucun point à nos adversaires sur les termes du débat. Quand nous disons vouloir combattre le pouvoir de la finance, commençons-nous par égrener les difficultés bien réelles, comme la fuite des capitaux ? Non. Est-ce que, pour autant, nous ne prenons pas en compte la complétude du problème qui nous rendrait crédible à gouverner ? Je ne le crois pas. Nous menons une bataille d’idées, une confrontation politique. Celle-ci suppose de valoriser avant tout le sens et le cœur de notre proposition.

    Des voix s’élèvent pour dénoncer dans cet appel une diversion. Il ne faudrait pas parler des migrants car la question centrale, notamment pour les élections européennes qui s’annoncent, est ailleurs, dans la contestation de l’austérité et du libéralisme économique, l’enjeu migratoire n’étant qu’une entreprise de détournement des « vrais enjeux ». Comme si on pouvait échapper au moment politique qui est le nôtre, si bouillant sur la question migratoire. Bien sûr, ce n’est pas nous qui avons choisi d’en faire un thème de prédilection, et pour une bonne raison : nous contestons le fait que les immigrés soient considérés comme la grande cause des crises contemporaines. Il n’est pas question de courber l’échine devant l’agenda imposé par nos adversaires. Mais la façon dont le sujet émerge et s’impose dans le débat public nous oblige à mener la bataille. Oui, deux visions du monde s’affrontent.

    L’accusation de diversion me rappelle par ailleurs des querelles anciennes, quand on nous expliquait qu’il fallait mener la révolution prolétarienne et les droits des immigrés ou des femmes seraient réglés dans la foulée, quand on nous rabâchait la centralité de la lutte des classes, en ces temps où défendre les lesbiennes et les gays ou l’environnement était perçu comme une entreprise de diversion au regard du combat central. C’était avant Mai 68. Je me bats contre la dichotomie entre le social et le sociétal parce qu’en réalité, les sujets s’entremêlent. Je ne suis pas favorable à une approche reposant sur l’addition de luttes sectorielles, avec sa hiérarchie ancienne, mais pour une conception qui agrège et dégage du sens commun. Notre vision politique doit embrasser la cohérence de tous les combats émancipateurs.

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  • Macron charge toujours plus la mule

     

    L'heure n'est pas à la résignation mais à l'action

     

     

    Fini les vacances pour une majorité de Français. La réalité politique, sociale et économique se rappelle à nos bons souvenirs. Les mauvaises nouvelles s'accumulent : baisse du pouvoir d'achat, effets de la remise en cause du Code du travail, bastonnade sur les retraites, etc. D'autres s'annoncent aussi dévastatrices comme les contre réformes sur les  retraites et l'indemnisation du chômage. 

    C'est dans ce contexte que les militants d'Inseme a manca se sont réunis, mardi 4 septembre, à Ajaccio, pour lister, dans un premier temps, l'ensemble des problèmes de la rentrée, y compris ceux plus spécifiques à la Corse comme par exemple le statut de résidant, le statut fiscal, la situation de l'hôpital public d'Ajaccio, le traitement des déchets, etc..

    Tous ces problèmes feront l'objet de débats et d'actions en direction de la population insulaire dans les prochaines semaines. L'heure n'est plus à la résignation, mais à la résistance et à l'offensive.

    Encore un mot sur un problème dramatique, celui de la politique d'apartheid, de colonisation et d'agression menée par l'Etat d'Israël à l'égard des Palestiniens. Il est grand temps qu'Emmanuel Macron et le gouvernement français sortent de leur silence complice, condamnent avec la plus grande fermeté l'attitude intolérable de l'Etat d'Israël et reconnaissent l'Etat de Palestine.

    Une manifestation de soutien au peuple palestinien se tiendra le 24 septembre à Ajaccio, au Locu teatrale, à l'iniative d'Inseme a manca.

    Rappelons qu'Inseme a manca  a fait parvenir récemment un communiqué à la presse régionale qui n'a pas daigner le publier ! Cette même presse serait-elle insensible à la colonisation des territoires occupés en Cisjordanie? Serait-elle insensible aux massacres d'enfants, de femmes et d'hommes à Gaza ? La question mérite d'être posée.

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  • La France doit reconnaître l'Etat de Palestine

    Depuis le 30 mars dernier près de 200 palestiniens ont été assassinés par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, le long de la barrière qui sépare l’enclave palestinienne d’Israël. Des milliers de jeunes palestiniens ont été blessés. Les palestiniens manifestent encore aujourd’hui contre le blocus israélien qui a transformé Gaza en une prison à ciel ouvert.

    Cette barbarie indescriptible de l’Etat d’Israël s’est  installée depuis longtemps déjà en toute impunité dans cette partie du monde. Elle interpelle notre conscience d’êtres humains.

    Le mouvement « Inseme à Manca, Ensemble à Gauche » en appelle à la communauté internationale, à l’ONU, la France et l’Europe pour que cesse au plus vite l’abominable répression militaire israélienne à l’encontre des enfants de la Palestine (femmes, hommes, enfants et vieillards.) Personne n’est aujourd’hui épargné par cette violence d’Etat.

           Jusqu’à quand cette barbarie ?

           Jusqu’à quand cette impunité ?

    Les conditions d’une paix juste et durable en Palestine sont pourtant connues.

    Elle sont inscrites dans les résolutions de l’ONU depuis 1967. Il manque la volonté politique de les faire appliquer, comme il manque la fermeté de la communauté internationale, y compris la France et l’Europe, vis-à-vis du gouvernement d’extrême droite israélien.

    Le mouvement « Inseme à Manca, Ensemble à Gauche », demande à la France de reconnaître l’Etat de Palestine et d’appuyer la solution à deux Etats  par l’application pleine et entière des résolutions de l’ONU (reconnaissance du droit souverain du peuple palestinien à disposer d’un Etat viable et indépendant dans les frontière de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale et dans le respect du principe du droit au retour des réfugiés.

    Un Etat palestinien vivant pacifiquement aux côtés d’Israël.

    Le mouvement « Inseme a Manca, Ensemble à Gauche » va interpeller la préfecture de région corse à ce sujet et organisera à la fin septembre une manifestation de sensibilisation à cette situation scandaleuse pour le peuple palestinien.

    Ajaccio-Bastia le 23 aout 2018

     

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     Contre le  blocus illégal de la                       Bande de Gaza

    Le « Al Awda », l’un des quatre bateaux de la flottille pour Gaza, en provenance de la Norvège, a fait escale au quai d’honneur à Ajaccio. Il a été accueilli par les militants de Corsica-Palestina, d’Inseme A Manca, du PCF, de Per a Pace et par de nombreux sympathisants venus soutenir l’initiative.
    David Heap, le coordinateur des médias pour la « Flottille de la liberté » explique, entre autres, l’objectif attendu de cette action. «Nous voulons dénoncer le blocus de Gaza et sensibiliser la société civile, dans chaque port, sur les droits fondamentaux des palestiniens ». Notons que le blocus dure depuis 12 ans…
    « Le nom - Al Awda - (le retour ) fait référence à l’anniversaire des 70 ans de la « NAKBA », le nettoyage ethnique de la Palestine. Gaza a des problèmes humanitaires liés à la surpopulation. C’est l’un des territoires les plus denses au monde car  les 2/3 de la population sont des réfugiés d’autres « parties » de la PalestineCes réfugiés revendiquent le droit au retour. Depuis le 30 mars, chaque vendredi, des manifestations populaires «  La Grande marche du retour » sont organisées ; celles-ci sont réprimées dans le sang par l’armée d’occupation». Depuis le 30 mars, le bilan total s’élève à plus de 120 morts et 3 700 blessés par balles. Aucun soldat israélien n’a été blessé au cours des manifestations de la marche, pas plus que le moindre civil.
    « Quatorze personnes de nationalités différentes sont du voyage (Algérienne, Canadienne, Espagnole, Etats-Unienne, Italienne, Malaisienne, Norvégienne, Palestinienne, Suédoise). A chaque escale un changement de participants s’opère tout en gardant le même équipage. Un voilier de 12 personnes fait escale actuellement à Cagliari en Sardaigne avant de partir pour Naples. Deux autres voiliers font escale à Marseille. Le regroupement est prévu le 16 juillet à Palerme en Sicile pour ensuite se diriger vers Gaza le 19 juillet ».
    « A souligner la présence sur les bateaux de deux palestiniens, car on revendique leur droit de liberté de mouvement »
    Ce n’est pas la première action à laquelle participent David Heap et d’autres personnes. En 2011, il naviguait sur « le bateau canadien pour Gaza ». Il raconte : « nous avons été bloqué en Grèce en juin/juillet, mais nous avons pu sortir de la Turquie en novembre. Après deux jours de navigation en direction de la Palestine et en compagnie d’un bateau Irlandais, nous avons été arraisonnés, enlevés alors que nous étions dans les eaux internationales. Nous avons été emprisonnés, subi des interrogatoires par la police israélienne, pour ensuite être déportés vers nos pays respectifs. Quant à nos navires, ils nous les ont volés. Aujourd’hui, les participants sont préparés à subir la même chose ».
    A Gaza, les palestiniens attendent la flottille. Ils savent que la plupart des gouvernements n’agissent pas et, seule, la société civile peut faire changer les trajectoires.
    « Face à la violence des forces d’occupations, nous opposons une résistance non violente qui interpelle la conscience de l’humanité. Là où les leaders ne mènent pas, ceux sont les peuples qui doivent mener ».
     

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    ELECTIONS EUROPEENNES 2019

    POSITION

     D’INSEME À MANCA ENSEMBLE À GAUCHE

     

    Réunis en conseil d’administration le 14 juin 2018, les membres d’Inseme à manca, Ensemble à gauche ont adopté la position suivante sur les élections européennes de 2019 :

    Refusant toute hégémonie, ils prônent le rassemblement de toutes les forces se réclamant de la « gauche de la gauche », Ensemble, FI, PCF, NPA, voire Génération S et les verts sur un programme clairement anti-libéral.

    Seule cette alternative, soutenue par le mouvement social, syndical et associatif est porteuse d’espoir.

     

    Ajaccio le 14 juin 2018

     

     

     

     

     

     

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    Retraite, le basculement ?

     

    Depuis des décennies, les réformes, ou plutôt les contre-réformes, des retraites s’enchaînent, la première datant de 1993 avec Edouard Balladur à la manœuvre. L’objectif réel, non affiché évidemment, est de faire baisser le niveau des pensions. Face à l’augmentation du nombre de retraités et au déficit prévu des caisses de retraites, et alors que l’emploi et l’activité économique étaient en berne, il s’agissait ainsi d’éviter toute augmentation de cotisations sociales qui aurait pu remettre en cause le partage de la richesse produite entre salaires et profits. Pour cela, les gouvernements successifs ont agi sur les différents paramètres du système : allongement de la durée de cotisation, report de l’âge légal de départ en retraite à 62 ans, modification du mode de calcul de la pension, etc. On parle à ce propos de « réformes paramétriques ». Malgré des mouvements sociaux très importants, elles se sont appliquées. Le déficit des caisses de retraites a été contenu au prix d’une baisse inéluctable du niveau des pensions, baisse qui touchera les générations futures de façon d’autant plus importante.

    Emmanuel Macron veut aller beaucoup loin. Finies les réformes paramétriques, il s’agit ni plus ni moins de mettre à bas le système actuel pour le remplacer par un système par points. Un système de ce type est déjà en vigueur dans les régimes complémentaires des salarié·es du privé, l’Arrco et l’Agirc. Il s’agirait de le généraliser et d’uniformiser les régimes actuels pour créer un seul système de retraite. Les salarié·es accumulent, en cotisant pendant leur vie active, des points dont le prix d’achat est fixé chaque année à un niveau permettant que la caisse de retraite soit équilibrée, les prestations versées devant correspondre aux cotisations reçues. Comme le nombre de retraité·es augmente année après année plus rapidement que celui des actifs, et que les recettes ne suivent pas, car le patronat refuse toute augmentation de cotisation, les pensions versées baissent. Peut s’y ajouter, en cas de ralentissement économique voire de récession, une moindre rentrée de cotisations sociales qui aggrave encore le problème. Il suffit alors que la caisse de retraite décide de baisser la valeur des points accumulés par les salariés qui sert au calcul de la pension (dite valeur de service).

    Le bilan de l’Arcco et de l’Agirc est d’ailleurs éloquent : en 19 ans, de 1990 à 2009, le taux de remplacement des pensions complémentaires, c’est-à-dire le rapport entre la pension et le salaire, a baissé de plus de 30 % dans chacun des régimes, c'est-à-dire une baisse encore plus sévère que dans le régime général. Il s’agit donc d’un système dit à « cotisations définies » : la cotisation est connue, mais pas le montant de la future pension puisque cette dernière dépendra essentiellement de la valeur de service du point au moment du départ en retraite.

    Dans une interview donnée au Parisien le 30 mai 2018, le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, chargé par le gouvernement de piloter le projet, confirme cette analyse. Il indique ainsi que « la réforme se fera en enveloppe constante ». Si on comprend bien ce qu’il nous dit, l’objectif dans l’avenir ne serait même pas de maintenir la part actuelle des retraites dans le PIB (14 %) mais en fait de la faire baisser : le PIB augmentant, vouloir maintenir simplement constant le volume des retraites revient à faire baisser sa part dans le PIB. Il s’agirait d’un recul social considérable. Au-delà, dans un système par points, l’enjeu politique majeur, celui de la répartition de la richesse produite entre personnels actifs et retraités, et derrière ce dernier, celui du partage de la valeur ajoutée entre masse salariale (salaires directs et cotisations sociales) et profit, disparait. Il est remplacé par un simple ajustement soi-disant technique, notamment la fixation de la valeur du point d’achat et de service.

    Dans un tel système, l’âge légal de départ à la retraite devient secondaire même s’il demeure. Comme l’explique Jean-Paul Delevoye : « Dans un système à points, la notion de durée disparaît. C’est votre nombre de points qui vous permet un arbitrage personnel : j’ai assez de points, ma retraite me paraît suffisante, donc je pars. A l’inverse, je n’ai pas assez de points, je reste ». Ce qu’il ne dit pas c’est que ce choix sera profondément inégalitaire. En effet, les personnes bien payées et qui auront eu un emploi stable tout le long de leur vie active, auront les moyens de partir plus tôt. Ceux ou celles (car ce sont le plus souvent des femmes) qui auront été à temps partiel dans des emplois sous-payés devront continuer à travailler, s’ils le peuvent, pour avoir une retraite un tant soit peu décente.

    Cela n’empêche pas Jean-Paul Delevoye de justifier ce projet par la recherche de plus d’égalité. Ainsi nous dit-il « Aujourd’hui, si vous avez un parcours dans la fonction publique ou dans le privé, vous n’avez pas la même retraite. Cela concourt à un sentiment d’inégalités profondes dans la société française ». La comparaison entre le secteur privé et public est mise en avant. Or, comme l’a montré le Conseil d’orientation des retraites, si les règles sont différentes entre le public et le privé, les taux de remplacement sont voisins. Le montant différent entre la retraite moyenne d’un salarié du public et du privé s’explique surtout par le fait que les fonctionnaires ont en moyenne une qualification, et donc une rémunération, supérieure aux personnels du secteur privé. Le calcul de la pension du régime général du privé prend en compte les 25 meilleures années de salaire, or les carrières du privé ne sont pas linéairement ascendantes comme celles des fonctionnaires. Les personnels les moins qualifiés, victimes de la précarité, ont des carrières hachées, avec des périodes à temps partiel et des années à très bas salaires, ce qui a évidemment des conséquences sur le montant de leur pension. Passer à un régime par points ne résoudra pas ce problème.

    De plus, si Jean-Paul Delevoye affirme vouloir consolider les prestations de solidarité existantes actuellement, qui représentent 20 % du volume des retraites (60 milliards d’euros), comme par exemple les droits familiaux, la majoration pour enfants, les périodes d’invalidité, les séquences de chômage, les minima de pension ou la pension de réversion, il envisage de les sortir du futur régime de retraite pour les faire financer par l’impôt. Quand on se souvient que dans le même temps, des ministres envisagent sérieusement de baisser les aides sociales, on comprend assez vite qu’une fois financées par le budget de l’Etat, elles risquent fort d’être remises en cause…

    Enfin, le gouvernement veut favoriser la capitalisation pour les hauts revenus (120 000 euros annuels). Si la forme précise que cela prendrait n’est, semble-t-il, pas encore tranchée, l’insistance mise sur ce point entre en résonnance avec une illusion que porte le système par points, celle que la retraite serait une épargne pendant la vie active que l’on retrouverait au moment du départ en retraite. Or, les retraites versées à l’instant t sont toujours, et quel que soit le système, répartition ou capitalisation, une part de la richesse créée à l’instant t. On ne finance jamais sa propre retraite, mais celle de la génération qui part en retraite. Si, pour une raison ou une autre, par exemple une crise financière, la richesse créée n’est pas au rendez-vous, tout système de retraite aura des difficultés.

    La supériorité de la répartition sur la capitalisation tient à deux aspects. Le premier tient aux crises financières qui, sous le capitalisme néolibéral, tendent à se multiplier, pouvant ruiner d’un seul coup les épargnants. Jouer sa retraite en Bourse est un pari aléatoire. Le second renvoie au caractère politique de la répartition. L’avenir d’un système de répartition fait l’objet d’un débat politique sur la question de l’augmentation de la part de la richesse produite consacrée aux retraité·es : faut-il augmenter les cotisations ou l’âge de départ, faut-il garantir la parité de niveau de vie entre la retraite et la vie active ou au contraire s’accommoder d’une baisse lors de la retraite, etc. ? A chaque fois, il s’agit d’un débat politique qui doit être, en théorie, tranché démocratiquement. Or un système par points, qui reste formellement un système par répartition, évacue ce débat politique par une gestion quasi automatique en jouant simplement sur la valeur des points. En ce sens, il introduit dans la répartition la logique de la capitalisation. Une raison de plus de le combattre.

    Pierre Khalfa

     

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