• Solidarité avec la Grèce

     

    LE MOUVEMENT CONTINUE

     

    « Désormais la solidarité la plus nécessaire est celle de l’ensemble des habitants de la Terre »[1]

     

    L’association Per a Pace, Pour la Paix s’est rendue dans le cadre d’une action solidaire, en Grèce, du 1er juillet au 10 juillet 2015.  Pascale La Renaudie était du voyage. Elle a rédigé un carnet de route dans lequel elle livre ses impressions. Carnet de route que nous publions dans nos colonnes.

     

    Bus Santoni

    Les fondements même de l’association basés sur des valeurs de Paix, de Solidarité, d’Echanges entre les peuples amènent Per a Pace à une veille constante face aux situations particulières qui pourraient fragiliser et porter atteinte aux droits humains dans les différents pays du monde.

    Son action s’est, depuis sa création, portée plus particulièrement sur les rives de la Méditerranée. Et depuis 1992, les actions de solidarité et culturelles se sont multipliées.

    Si les échanges et les rencontres, de plus en plus nombreux, ont enrichi les relations et renforcé les liens permettant d’animer un réseau d’amitiés solides et sincères dans les Balkans, au Maroc, en Tunisie, au Burkina Faso et autres, ils ont aussi renforcé l’association dans son rôle d’alerte.

    C’est pourquoi, Per a Pace s’efforce de rendre compte par des articles, des débats, des expositions, des manifestations, de la situation rencontrée sur place à chaque action.

    Son objectif est, hormis la découverte d’un pays, de valoriser et de faire connaître les associations et leurs militants, les réalités de la vie quotidienne, les difficultés et les réussites, les femmes et les hommes qui, chacun à leur façon avec les moyens à disposition, œuvrent à construire un monde plus juste où l’humain dans toute sa dignité est au cœur des préoccupations.

    Interpellée déjà par la situation politique et économique de la Grèce qui vit depuis plusieurs années une politique d’austérité sans précédent, l’association a entrepris de renforcer ses liens avec le monde associatif sur place.

    Elle a ainsi répondu à une des nombreuses urgences sanitaires du pays et a organisé une action dans le domaine de la santé. Un bus, don d’une société de transport ajaccienne[2], chargé de matériel médical composé de fauteuils roulants, béquilles, fauteuil confort, déambulateurs, stérilisateur etc.[3] a ainsi pris la route le 1er juillet 2015 avec 6 bénévoles de l’association pour Thessalonique.

    La victoire de portée historique, le 25 janvier 2015, du parti de Gauche, Syrisa, et les réformes anti-austérité annoncées par le gouvernement d’Alexis Tsipras couplées du déchainement, des Institutions européennes a muselé le vent de la révolte citoyenne qui commençait à « trop » soufflé, ici et ailleurs, ont précipité les événements en Grèce. A la veille du départ, les membres de Per a Pace étaient conscients d’arriver à un moment crucial et de vivre avec le référendum du 5 juillet 2015 un événement exceptionnel. Les Grecs étaient amenés à répondre par Oui ou Non (OXI) à la poursuite de l’austérité imposée par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international avec l’acceptation du projet d’accord soumis lors de l'Eurogroupe du 25 juin 2015.

    Dispensaire Thessalonique Pharmacie

    L’action concrète de Per a Pace qui a vu du matériel remis à l’association Esopou revêtait un caractère particulier tant son contexte était singulier, c’est pourquoi le parti est pris ici de décrire l’action de Per a Pace telle qu’elle s’est déroulée, du purement descriptif au purement émotionnel.

    Et comme le disait Albert Jacquard[4] « L’important n’est pas que mon discours soit vrai, mais qu’il soit sincère ».

    « D’Ajaccio il a fallu remonter sur Bastia pour embarquer et rejoindre Livourne, en Italie. La meilleure solution était de descendre sur Bari pour embarquer à nouveau et accoster à Igoumenitsa, en Grèce.

    Notre bus annonçait clairement par les affichettes collées sur ses vitres, la mission effectuée : Solidarité avec la Grèce. Déjà le long de la route par des signes de la main et sur le port de Bastia, des personnes se rapprochent et s’intéressent à ce message. La discussion s’engage et nous pouvons mesurer l’intérêt porté à la situation nuancé malgré tout par un manque d’informations crédibles à leurs yeux. Nous nous rendons compte que les médias de masse sont bien suspects, dans les esprits, d’un certain parti pris.

    Nous prenons le bateau à Bari et à cette époque de l’année, le bateau est plein, le temps des colos est arrivé. Après une escale rapide, le long des quais de l’île de Corfou, le petit port d’Igoumenitsa qui lui fait face se rapproche aux lueurs de l’aube.

    Nous empruntons alors l’autoroute Egnatia Odos qui, avec ses différents axes, permet de traverser la Grèce dans toute sa largeur pour aboutir à la Turquie et desservir les Balkans.

    Les 1ères actions de Per a Pace en Macédoine obligeaient, au début des années 2000,  cette dernière à emprunter en compagnie de nombreux poids lourds une petite route de montagne sinueuse et de fait dangereuse pour arriver à Ioannina et au poste frontière de Florina, l’axe autoroutier n’existant pas.

    Il y a peu de trafic sur cette autoroute impressionnante par sa modernité avec ses 177 ponts, ses 63 échangeurs, ses 73 tunnels. Nous sommes le vendredi 3 juillet 2015.

    L’arrivée à Thessalonique, deuxième ville la plus peuplée en Grèce, se fait en soirée. Le peu de circulation et le peu de monde dans les rues de la périphérie de la ville nous interpellent. Une des militantes de Syriza[5] que nous rencontrerons un peu plus tard nous explique que c’est la situation économique qui veut ça. Les gens n’ont pas d’argent à dépenser et sortent peu, de plus nous sommes à la veille du référendum et certains sont retournés dans les villages où ils ont l’habitude de voter.

    L’hôtel où nous sommes hébergés se trouve sur une des avenues principales de la ville. Il est complet comme les autres hôtels qui se concentrent dans ce quartier. Des familles entières habitent les chambres et nous comprenons très vite qu’elles font partie des réfugiés, demandeurs d’asile. Des camions stationnent et déchargent des matelas aux portes des différents établissements.

    En effet depuis janvier 2015 La Grèce, à l’instar de l’Italie, est confrontée à un afflux exceptionnel de migrants[6]. Les guerres, les conflits à répétition, les dictatures, la terreur, la misère, la détresse poussent sur les routes de l’exil des millions de personnes, hommes, femmes, enfants qui n’ont d’autres choix que de fuir. Les conditions de fuite se font au péril de leur vie et l’accueil, où qu’il soit, est bien souvent précaire et désastreux.

    Nous rencontrons dès le lendemain, l’association Esopou et un des membres fondateurs du dispensaire social de Salonique, Alexis Bénos[7], médecin, membre du comité central de SYRIZA et actuellement, à titre bénévole, conseiller du ministre de la santé.

    Il nous explique la naissance du centre de santé au lendemain de « l’Appel des immigrés, grévistes de la Faim » ou « l’Appel des 300 » qui a vu 300 immigrés commencer une grève de la faim, à Athènes et à Thessalonique de janvier à mars 2011. Ils réclamaient les mêmes droits politiques et sociaux que les travailleurs et travailleuses grec-que-s, leur régularisation et surtout une vie plus digne.

    Le besoin d’une aide médicale a été plus qu’une évidence. Des médecins volontaires se sont alors engagés bénévolement pour apporter cette aide qui a continué et s’est organisée avec la création d’un service aux sans papiers.

    Parallèlement et dès 2011 les personnes sans sécurité sociale ont été exclues du système de santé et se sont trouvées dans l’impossibilité de recourir à un médecin. Il faut savoir qu’au-delà d’une année de chômage, en Grèce, il n’y a plus d’assurance et 1/3 de la population grecque n’est plus prise en charge par la sécurité sociale

    Devant la situation dramatique du service public de la santé en Grèce, démantelé systématiquement sous le joug des politiques d’austérité menées par le gouvernement et imposées par la troïka (FMI, Banque Centrale Européenne, Commission européenne), la solidarité s’est organisée et aujourd’hui 180 dispensaires autogérés existent.

    Ils visent à offrir des soins à tous, grecs et migrants et à dénoncer les politiques antisociales.

    Réputés « illégaux », les décisions sont prises, après discussion, en assemblée générale. Il n’y a pas de hiérarchie. Le fonctionnement se fait sur la base du bénévolat. Tout le monde est concerné et invité à se mobiliser. Le financement se fait par l’organisation de concerts, d’activités culturelles diverses, par des dons de médicaments, jamais de dons d’argent, nous ne voulons pas de « sponsors » nous dit Alexis.

    Des soins, la distribution de médicaments et des collectes alimentaires sont assurées. Ce mouvement et la mobilisation qu’il a engendrée ont permis également la prise en charge gratuite dans certains hôpitaux de patients nécessitant des opérations, radios ou examens urgents.

    C’est avec Eva et Eugenia que nous réglons les formalités quant à la prise en charge du bus qui déjà a trouvé sa vocation. Il sera transformé en petit dispensaire itinérant qui desservira les quartiers défavorisés plus éloignés et assurera la distribution de médicaments.

    Elles nous emmènent ensuite dans un centre d’accueil de réfugiés et personnes en difficulté qui distribuent des repas où nous déposons les couvertures que nous avons emmenées. C’est là que le lendemain avec les membres de Syriza nous attendrons le résultat définitif du référendum.

    Mais nous sommes encore le samedi 4 juillet et les estimations sont timides. 50-50, rien n’est fait, il faut dire et c’est Maria, jeune militante du parti, qui nous explique que la semaine écoulée a été terrible pour les esprits.

    Nous avons vécu ces derniers jours un terrorisme médiatique sans précédent, tels sont ses mots. Information, désinformation, rumeur, tout a été entrepris pour déstabiliser et installer le doute et la peur dans l’esprit des grecs.

    « Une campagne de terreur orchestrée par des médias corrompus… »[8]

    Alors Maria ne veut pas se laisser aller à un quelconque pronostic et elle nous semble, à notre surprise, plutôt pessimiste. Comme peut l’être Anna qui fait partie de la diaspora grecque installée en France et qui est venue pour voter, elle appelle de tous ses vœux le Non mais pense encore que le Oui peut l’emporter.

    Comment peut-il en être autrement quand nous connaissons la portée et la responsabilité dramatique que certains médias ont, quand nous savons qu’ils ne sont bien souvent que le relais des politiques mises en place ! Là, les médias sont clairement mis en cause relayés par leurs confrères européens et nous en avons pour preuve les informations véhiculées en France sur nos chaînes de grande écoute (hélas) qui jusqu’à la dernière minute, l’évidence ne pouvant plus être niée à laisser croire que le Oui était majoritaire. Le fait est si caractéristique que de Corse, nous avons été appelés le soir même des résultats car personne n’arrivait à se faire une idée exacte de la situation.

    Heureusement, des médias citoyens de plus en plus nombreux expriment la voix du peuple et resitue l’humain au centre des débats. Il est important et primordial de faire tourner et vivre les liens permettant de les connaitre le plus largement possible pour résister et conserver une vraie liberté d’expression.

     

    Grèce 5 juillet 2015 Rassemblement OXI
    Les militants de Syriza, quant à eux, sur place ne se sont pas découragés et dans les rues, placardées sur chaque espace disponible, les affiches appelant à voter OXI-NON. Quelques uns investissent les placettes pour interpeller les passants à l’aide de haut-parleurs et appeler à refuser la poursuite de l’austérité.

    Les rues sont calmes, pas d’affolement particulier, pas de longues files d’attente devant les distributeurs comme certains l’ont laissé croire. Mais nous voyons bien la désespérance au travers certains regards et majoritairement chez les plus âgés.

    Les retraités sont parmi les plus touchés par la politique d’austérité mis en place avec des retraites, diminuées de façon drastique, souvent les seules sources de revenus permettant de faire vivre enfants et petits enfants, rappelons que le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans dépasse les 50%.

    Alors ils subviennent aux besoins comme ils peuvent, arpentent les rues et vendent à la sauvette des cartes postales, des ballons,…certains voient dans ce qui est à jeter ce qu’ils peuvent récupérer. Il faut vivre.

    A suivre

    Pascale La Renaudie

    Militante de Per a pace



    [1] Albert Jacquard

    [2] Autocars Santoni

    [3] La grande majorité des dons envers l’association proviennent de particuliers et d’entreprises locales. 

    [4] Albert Jacquard 1925-2013 – Chercheur et humaniste français de renom.

    [5] Syrisa : parti politique grec de gauche

    [6] Depuis janvier 2015, 78000 entrées de migrants en Grèce (chiffre à début juillet)

    [7] Alexis Bénos : Voir article comment on démantèle la sante publique en favorisant le privé.

    [8] Monde Diplomatique – Août 2015 « Leur seul objectif était de nous humilier » Yanis Varoufakis

     

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