• Un tour de Valls en Corse et, au retour, le 49.3

    Un tour de Valls en Corse et, au retour, le 49.3Manuel Valls a fait sa virée en Corse avec quelques effets d’annonces qui n’ont pas convaincu la majorité actuelle de l’Assemblée de Corse. Seuls les sujets à l’ordre du jour ont été abordés. Il ne faut pas parler au Premier ministre du peuple corse et des prisonniers politiques. Il suffisait de regarder sa tête pendant le discours de Gilles Simeoni.

    Valls a rendu hommage à Michel Rocard, tout en rappelant le rôle de Lionel Jospin dans la mise en place du statut particulier de la Corse, puis en insistant sur une politique de décentralisation au sein de la république française, une et indivisible.

    De la concertation avec les élus corses, il retient des avancées sur trois sujets majeurs : la mise en œuvre de la Collectivité unique, les enjeux fonciers et fiscaux, et la meilleure reconnaissance de l’exception culturelle corse avec la question de la langue.

    En ce qui concerne la collectivité unique, Valls a déclaré en préambule : « En réunissant les compétences des Conseils départementaux et de la CTC, elle permettra que le statut particulier de la Corse, ses réalités territoriales, soient encore mieux reconnus. Cette Collectivité unique – qui est une démarche inédite –, c’est une nouvelle page de la décentralisation. C’est la preuve que nous vous faisons confiance pour vous saisir au mieux des questions qui vous concernent ». La technique est connue. Un discours commence toujours par des considérations qui vont dans le sens de l’auditoire. Il s’agit de bâtir une collectivité unique qui assumera seule les compétences des départements et de la région. Par quoi commence la liste non exhaustive des mesures retenues par Valls ? Par l’augmentation du nombre des conseillers exécutifs. S’ajoute la création d’une chambre des territoires : « Pour respecter l’équilibre des pouvoirs et des territoires, une chambre des territoires sera créée. Elle sera composée de représentants de la collectivité de Corse et des communes et intercommunalités. Son siège est fixé à Bastia. Cette chambre, qui s’inspire de la « conférence de coordination des collectivités  territoriales » prévue par la loi NOTR, verra sa composition étoffée tant au plan de  la Collectivité que des élus locaux. Ses compétences seront accrues pour permettre  une véritable concertation en faveur de la bonne territorialisation des politiques publiques ». Voilà de quoi rassurer nos élus. Toutefois cette chambre ne sera pas un établissement public pour ne pas remettre en cause les compétences et les pouvoirs de la collectivité unique. Et Valls précise : « Une collectivité unique, ce n’est en aucun cas le synonyme d’une diminution des services publics. Je veux en particulier rassurer les habitants de Haute-Corse. J’ai décidé que les circonscriptions administratives resteraient inchangées. Il y aura bien, toujours, une préfecture, des sous-préfectures et des services déconcentrés de l’Etat à Bastia après le 1er janvier 2018 ».

    Bien sûr, Valls n’a pas omis de conclure la partie de son discours réservée à la collectivité unique par la tirade budgétaire : « J’ai souhaité, au travers de la loi NOTR, prolonger la durée du Programme exceptionnel d’investissements pour permettre à la Corse de bénéficier de la totalité de l’enveloppe d’1,9 milliard d’euros prévue dans le cadre du troisième avenant - j’étais moi-même venu le signer le 4 juin 2013. Je vous confirme aujourd’hui que 471 millions d’euros sont désormais prêts à être engagés. Nous pouvons signer ensemble ce protocole dès aujourd’hui. Par ailleurs, j’ai demandé à Jean-Michel BAYLET de revenir en Corse dans quelques semaines – je crois comprendre qu’il n’y voit aucun inconvénient … – pour signer un avenant au contrat de plan Etat-région, ainsi que la convention en faveur de la résorption des emprunts dits toxiques. Elle permet de vous accompagner à hauteur de 104 millions d’euros. Au-delà, un nouveau cadre budgétaire sera instauré : ce sera le M57. J’ai entendu les craintes que vous avez exprimées sur votre futur budget … Je veillerai à ce qu’elles soient étudiées. Ce budget devrait atteindre 1,2 milliard d’euros, et je veux vous confirmer que la dotation de continuité territoriale sera maintenue ».

    Manuel Valls a annoncé que des mesures seraient prises en ce qui concerne le foncier de façon à faciliter l’accès  au logement et à pousser les héritiers à sortir des indivisions. Un prolongement dans le temps des dérogations fiscales est envisagé dans la mesure où une voie juridique serait possible.

    Si le Premier Ministre admet l’existence d’une culture insulaire, la langue de la république française reste la seule langue officielle. Toutefois, pour promouvoir l’enseignement de la langue corse, une agrégation sera créée par le Ministère de l’Education nationale qui devra donner plus de moyens à l’apprentissage de la langue corse dans les circuits scolaires et universitaires

    Nous n’avons pas échappé au chapitre de la violence et de l’ordre républicain avec un satisfecit du Premier Ministre Valls qui a fourni les bons chiffres du Ministère de l’Intérieur qu’il a dirigé un temps. Les Corses n’ont pas attendu Monsieur Valls pour savoir qu’une dérive mafieuse menace l’avenir de la Corse et qu’une partie de la classe politique n’y est pas étrangère. Tout comme les Corses n’ont pas besoin d’un rappel des incidents du Jardin de l’empereur pour savoir que le racisme et la xénophobie n’épargnent pas la Corse, mais, toutefois, pas plus qu’ailleurs. Faut-il le rappeler ?

    Pour les autonomistes et les nationalistes, Manuel Valls n’a fait aucun geste politique qu’ils attendaient. Nous le savions. Il est venu annoncer, pas discuter. C’est à prendre ou à laisser. Circulez, il n’y a plus rien à voir !

    D’autres thèmes ont été abordés comme la santé. Le seul qui n’a pas été évoqué est celui de la loi Travail et de la mise en place d’un contrat CDI saisonnier en Corse, territoire soumis à la précarité depuis longtemps. L’avenir de la Corse est un sujet important. Il est dommages que la loi Travail n’ait pas été évoquée alors qu’elle engage aussi l’avenir des salariés corses. Dès son retour à Paris, Manuel Valls a annoncé le recours à l’article 49.3 au moment où cette loi revient au vote de l’assemblée nationale. Le gouvernement compte sur les résultats du Bac et les départs en vacances pour utiliser encore une arme constitutionnelle fustigée jadis par Hollande comme une brutalité, un déni de démocratie. Déjà des élus de droite approuvent la procédure et ne voteront aucune motion de censure sous prétexte de ne pas ajouter une crise politique à la crise économique et sociale. La Droite ne présentera pas hypocritement une nouvelle motion de censure. Elle approuve la loi. Les frondeurs cherchent encore 58 signatures pour présenter une motion qui ne sera qu’une gesticulation sans conséquence.


    Valls invoque une nouvelle fois le 49.3 de la Constitution pour l'adoption de la loi Travail

    Manuel Valls a joué la tactique du passage en force, sachant qu’il pouvait aller jusqu’au bout de la mascarade parlementaire. L’affaire semble pliée au niveau de l’Assemblée nationale mais elle ne le sera pas au niveau social même si Hollande compte mettre en avant quelques promesses électorales qu’il ne tiendra pas. Des manifestations ont encore été organisées aujourd’hui et cela n’a rien changé. Le Ministre de l’Intérieur a tout fait pour casser le mouvement social mais n’a réussi d’abord qu’à minimiser le nombre des manifestants pour ensuite entraver le bon déroulement des cortèges. Aujourd’hui à Paris, des manifestants ont été bloqués sans pouvoir atteindre le départ de la marche. Le verdict sera dans les urnes. Le parti socialiste est devenu un parti discrédité à gauche qui a peur d’organiser son université d’été. Malgré cela, Valls et Hollande enfonce le clou, quitte à ce que ça casse. La droite et le Medef en profitent pour en vouloir davantage. Chez les Républicains, Sarkozy veut rétablir le cumul des mandats. Tous veulent encore plus de flexibilité et moins de garanties pour les salariés. Hollande compte sur la Droite et l’extrême-droite pour obtenir un vote utile d’une gauche qui ne veut plus de lui et des Solfériniens. Depuis la crise financière de 2008,  feu Michel Rocard, qui a pourtant ouvert la brèche libérale dans le PS aux Jospin, Hollande, Valls et Macron, a plus d'une fois alerté ses disciples sur les dangers croissants d'une globalisation sans règles, d'un débat public réduit au spectacle, et d'une planète essorée par la cupidité des hommes. Dans une longue interview accordée au Point, il expliquait ainsi à propos de Manuel Valls et d'Emmanuel Macron : « Ils n'ont pas eu la chance de connaître le socialisme des origines, qui avait une dimension internationale et portait un modèle de société. Jeune socialiste, je suis allé chez les partis suédois, néerlandais et allemand, pour voir comment ça marchait. Le pauvre Macron est ignorant de tout cela. La conscience de porter une histoire collective a disparu, or elle était notre ciment. Macron comme Valls ont été formés dans un parti amputé. Ils sont loin de l'Histoire »

    L’article 49.3 est un déni de démocratie qui oblige les députés à voter non pas pour ou contre un texte discuté et amendé mais à voter pour ou contre une motion de censure qui entraîne la démission du gouvernement et de nouvelles élections législatives qui remettent en cause leurs mandats avant l’échéance. Le référendum est demandé par ceux qui n’ont pas le pouvoir mais n’est pas a utilisé lorsqu’ils accèdent aux responsabilités. Après le Brexit, le référendum est même dénoncé comme une erreur ou plus encore une folie populiste. Il suffit d’écouter Daniel Cohn Bendit dans une vidéo de Libération :


    Cohn-Bendit : «Il faut arrêter de dire que le... par libezap

    Dany dont le roux a viré au gris, devrait revoir l’histoire allemande. Hitler n’est pas arrivé au pouvoir par référendum ou par une élection au suffrage universel. Son accession au pouvoir est plus complexe que cela dans une Allemagne qui n’était déjà pas un modèle de démocratie. Le pouvoir en place, les conservateurs et les lobbies financiers ont leur part de responsabilité, comme pour Mussolini en Italie. Ce n’est pas le peuple qui est responsable de la montée de l’extrême-droite mais des politiciens méprisants comme lui. C’est dans des démocraties fragilisées que les dictatures s’installent. Cohn Bendit est conforme à cette Europe de technocrates dont il a été un député, cette Europe qui sape toutes les démocraties et alimente le populisme de l’extrême-droite. D’autre part, s’agissant du Brexit, les Anglais ont toujours été des eurosceptiques et considèrent l’union européenne comme un marché et non pas une communauté. Ce qui les chagrine, c’est de perdre l’accès libre à ce marché. Ils ont refusé la monnaie européenne et l’espace Shenghen. Tous leurs élus ont alimenté cet euroscepticisme. Les Anglais ne sont jamais entrés totalement dans l’Europe et, par référendum, auraient dit « non » comme les Français. Cohn Bendit parle d’arguments crétins mais il devrait s’écouter lui-même car on peut lui retourner le compliment. Quant à sa proposition, elle est dictée par sa double nationalité de transeuropéen et sa personnalité instable de transpoliticien. Tant qu’il reste dans son rôle d’amuseur politique, c’est supportable mais lorsqu’il se prend au sérieux, c’est insupportable.

    L’Europe s’est construite contre les peuples. En France, le pouvoir socialiste n’a fait que poursuivre la politique de la Droite. La loi Travail, qui remet en cause l’égalité des travailleurs devant le code du travail et instaurera la précarité à la carte comme règle de la compétitivité, n’est même pas votée par l’Assemblée nationale. Ni les élus ni le peuple dans la rue n’ont infléchi une politique libérale conforme à cette Europe capitaliste soumise aux lobbies financiers, commerciaux et industriels. En faisant passé en force la loi Travail, Valls et Hollande portent un mauvais coup à la démocratie en France, à un moment où elle est fragilisée. Le parti socialiste et la droite portent la responsabilité de la montée de l’extrême-droite. 

    Les salariés corses sont concernés, dans leur avenir immédiat, par la loi Travail qui est pourtant restée en marge du voyage rapide de Manuel Valls, pressé de retourner à Paris pour dégainer l’article 49.3. Les avancées concernant la collectivité unique ne changera pas la vie de chacun. L’agrégation de langue corse concerne une infime partie des étudiants de Corte qui s’interrogent sur les débouchés professionnels de ce diplôme et seront surtout en majorité les victimes de cette loi qui inverse les normes en faisant du code du travail un texte contourné puis oublié.

    Battone

     

    Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :