• Une primaire à "gauche" pour quoi faire?

    Un bilan globalement négatif

     

     

    Naguère, au Bourget en 2012, en pleine campagne des présidentielles, le candidat François Hollande, « d’obédience socialiste », vouait aux gémonies la Finance ! Il en rajoutait une louche en proclamant, avec des trémolos dans la voix, « le changement, c’est maintenant ». Il a été élu, y compris grâce aux voix qui s’étaient portées sur Jean-Luc Mélenchon. Une excellente occasion s’offrait à lui de passer du discours électoral à la pratique.

    Depuis près de quatre ans de pouvoir hollandien, qu’en est-il des promesses, des engagements parfois enflammés ? Qu’en est-il de la réalité au quotidien ? Notre président a-t-il combattu efficacement la Finance et a minima esquissé un début de ce fameux changement qu’il appelait de ses vœux ?

    Hollande a foulé aux pieds les valeurs de la gauche

    Personne aujourd’hui, à moins d’être atteint de cécité absolue et de naïveté se risquerait à dire que ces quatre années de pouvoir dit socialiste se sont traduites par des avancées significatives dans le domaine social et économique, hormis bien entendu pour les couches les plus favorisées et les spéculateurs de tout poil. Bien au contraire. Le bilan est globalement négatif. Toutes les mesures prises depuis le début du quinquennat vont à l’encontre des attentes de la grande majorité des électeurs qui ont porté François Hollande au pouvoir. Notre président s’est empressé avec un zèle remarquable de fouler aux pieds les valeurs de la gauche, basées sur le progrès social et la solidarité. François Mitterrand avait mis deux ans pour renier ses engagements et changer de cap. François Hollande s’est aligné illico presto sur les exigences de la Troïka, des marchés financiers et du Medef, sans rechigner, allant à Canossa le sourire aux lèvres.

    Hollande est allé à Canossa

    Quelques exemples significatifs.

    Le pacte de stabilité européen a été intégré avec une remarquable docilité. Ce pacte s’inscrit dans l’acceptation des politiques d’austérité et de régression sociale imposées à tous les pays membres. Il entraîne une réduction drastique des dépenses publiques, avec les conséquences désastreuses dans les domaines de la santé, de l’Education nationale, de la recherche, de la justice, des collectivités locales, et autres.

    Deuxième exemple, le crédit d’impôts aux entreprises pour relancer les activités et l’emploi. Des dizaines de milliards d’euros ont été injectés, aux frais du contribuable français, sans aucune contrainte et sans contrôle pour le bénéficiaire, pour quel résultat ? Néant. De même pour le fameux et fumeux pacte de responsabilité. Là encore beaucoup d’euros pour rien, sinon pour permettre certaine entreprises, en particulier les multinationales, d’arroser leurs actionnaires, spéculer en bourse ou encore poursuivre leur œuvre de délocalisation.

    La contre-réforme du Code du travail

    Enfin, le top du top, le projet de loi sur le travail, appelé El Khomri. Ce projet se propose benoîtement de dépoussiérer le code du travail, le simplifier, le moderniser. Il paraît que cette réforme – que l’on pourrait rebaptiser contre-réforme – devrait permettre de lutter efficacement contre le chômage. On peut toujours rêver. Il serait préférable de dire que ce projet de loi, s’il était voté par le Parlement, dynamiterait le code du travail, fragiliserait considérablement les salariés, déjà largement malmenés, et donnerait au patronat les pleins pouvoirs pour décider à tout moment du sort de ces propres salariés. Contrairement à ce que clame Manuel Valls, les propositions avancées dans la contre-réforme n’ont rien de moderne. Ce sont des vieilles recettes préconisées déjà par le Cnpf à une certaine époque et son épigone le Médef. « Tout change, mais rien ne change » dans la volonté du Capital de reprendre des droits acquis par les salariés, les syndicats et les partis de gauche pendant des décennies de dures luttes.

    Fort heureusement, sur ce projet de loi, déjà une forte mobilisation se précise pour en réclamer l’abandon pur et simple.

    C’est dans ce conteste de mauvais coups et d’aggravation de la situation sociale et économique du pays que commencent les manœuvres politiciennes, dans la perspective des futures présidentielles. On ne s’étendra pas sur les  primaires de la droite. Celle-ci, revancharde, résumera son activité à la lutte pour la place. Sur le fond, les programmes des uns et des autres sont semblables et ressemblent étrangement à celui de nos gouvernants actuels.

    François Hollande cache encore son intention de se représenter. Il hésite. Il est vrai que son bilan n’est pas particulièrement glorieux, en particulier dans le domaine de l’emploi. Et de moins en moins d’électeurs de gauche seraient enclins à revoter pour lui.

    Manuel Valls et Emmanuel Macron piaffent d’impatience et ont du mal à masquer leur volonté d’y aller.

    Une primaire à gauche pour quoi faire ?

    L’idée d’une primaire à gauche est sortie récemment d’un chapeau. Curieux hasard. Elle a été initiée par un certain nombre de personnalités politiques, d’économistes et autres universitaires. On peut se poser des questions. Une primaire pour quoi faire ? Avec qui ? Et surtout sur quelles bases ? S’agit-il de présenter un candidat de gauche, afin de remplacer Hollande, largement discrédité, avec un programme de rupture fondamentale ou bien un simple changement de personnel politique ? Ces questions sont légitimes d’autant plus que parmi les signataires de la primaire il y en a pas mal qui ont accompagné et accompagnent toujours la politique de François Hollande. C’est un problème de crédibilité. On ne peut pas faire du neuf avec un simple replâtrage. Le risque dans ce genre d’opération, c’est de jeter un peu plus d’électeurs dans le camp de la résignation et de la désespérance ou encore dans les bras du Front national, plus que jamais en embuscade.

    Une formule qui sent l’enfumage

    Le Parti socialiste a senti l’aubaine d’une primaire à gauche. Il s’en déclare favorable. Une primaire allant de Jean-Luc Mélenchon à Emmanuel Macron. Une primaire arc-en-ciel ! Belle formule qui sent l’enfumage. L’objectif est tout simplement de faire adouber de nouveau François Hollande par toute la gauche ou au moins un de ses affidés. La boucle serait ainsi bouclée. Le piège est grossier. Celui de faire avaler une candidature par un tas de gens qui combattent au quotidien une politique rétrograde au service exclusif du Médef. Mais chat échaudé n’y revient jamais.

    Dans cette affaire de primaire à gauche on peut regretter la position de certaines formations politiques en particulier celle du Parti communiste. Ce dernier se dit favorable à la procédure, même s’il l’agrémente de certaines conditions, entre autres celles de la constitution d’un socle commun. A-t-il réellement tirer les enseignements des dernières élections municipales et régionales ? Aller à cette primaire, c’est perdre son âme et son identité. Aussi plus dure sera la chute.

    Reste la candidature possible de Jean-Luc Mélenchon. On peut s’interroger sur cette démarche pour le moins solitaire. Mais elle a au moins un mérite, celui de donner un grand coup de pied dans la fourmilière des partis – il faut enfin le dire haut et clair – qui se complaisent dans la politique politicienne et qui s’accommodent fort bien du système ultra libéral dans lequel nous vivons et subissons.

    Il est grand temps de poser clairement la question de la rupture avec ce système qui entraîne de plus en plus de citoyens dans la pauvreté, le chômage et la désespérance. Ce système n’est pas éternel, l’austérité n’est pas fatale. L’Empire romain a fini par tomber.

     

    Jean-Pierre Orsi

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