• Violence versus violence...

    Il ne s’agit pas d’alimenter l’image véhiculée de la violence en Corse et ses poncifs malveillants qui viennent du vieux continent. Cependant la violence est un fait de société et elle n’épargne pas la Corse. En ces temps de paranoïa collective et de terrorisme international où, dans nos sociétés dites civilisées, des politiques exploitent le sentiment d’insécurité pour justifier des lois plus répressives et des guerres, peut-on s’autoriser toutes les violences au nom de la morale ? Avec la violence, se pose donc la question de la morale, c’est-à-dire de son pouvoir par rapport à la réalité et à la condition humaine.

    Après le comité de lutte contre la violence créé en 1976 et le rapport Bonnemaison de février 1983, depuis le 17 février 2011, une commission « Violence » , émanation de la C.T.C, a été mise en place sous le présidence de Dominique Bucchini. Elle se réunit théoriquement tous les 45 jours à Corte, dans le musée de la Corse.  Au sein donc de l’Assemblée de Corse, elle est chargée de la problématique de la violence sur l’île. Elle s’est ainsi donnée pour objectif de présenter un programme d’action en consultant les acteurs de terrain, des experts et des élus. 

    Il semble déjà apparaître que la réalité sociale du problème de la violence en Corse soit favorisée par une autre violence de plus en plus visible : la violence économique. Le fossé se creuserait entre les propriétaires de plus en plus nombreux de résidences secondaires et la population locale, victime de la spéculation immobilière. Il faut aussi évoquer la violence légale de l’Etat face aux revendications insulaires. Ces violences institutionnelles ne font qu’aggraver la perte des repères de la société corse et la dévalorisation chez les jeunes de la réussite scolaire.

    Au-delà du grand banditisme et des assassinats (une vingtaine depuis le début 2011), la violence est révélatrice de problèmes de société : chômage, spéculation financière et immobilière, alcool, drogue… Se pose aussi le problème de la légitimité ou l’illégitimité de la violence clandestine. Selon la Préfecture, cette violence viserait aujourd’hui plus les biens sur fond de spéculation financière et immobilière que les biens et les symboles de l’Etat.

    Il y a, pour le moraliste, deux tentations ; la première est la construction de la norme sans communication avec la réalité ; la seconde est de pénétrer dans la réalité et dans la politique en approuvant la violence comme un mal nécessaire pour la réalisation d’un bien ou comme la seule arme efficace pour rétablir l’équilibre détruit par le mal et par la violence ; cette seconde tentation est aussi dangereuse que la première, car elle risque de mener rapidement à une apologie de la violence. Cette apologie apparaît morale au niveau de la politique et d’une légalité étatique, puisque, dans un monde où règne la violence, se couper d’elle, c’est l’accroître tandis qu’essayer de la légaliser pourrait éventuellement mener à la promotion de la paix, si il n’est pas utopique de dire que l’on fait la guerre pour faire la paix . La violence légalisée n’a généralement pas pour effet une diminution mais plutôt une augmentation de la violence et un accroissement des rivalités et des tensions. Le moraliste qui s’efforce de justifier la violence est bien un réaliste mais ce réalisme est sur la pente de l’immoralité. Même dans la réglementation de la violence, il y a une tentation d’accroissement de la violence. Selon la formule de Pascal : " Ne pouvant fortifier la justice, on justifie la force" ( Les Pensées) et Corneille ajoute : " A force d’être juste, on est souvent coupable " ( Pompée ).  

    La violence n’est pas le domaine d’où la morale doit s’écarter mais celui où elle doit pénétrer ; si elle le fait, elle peut s’apercevoir que la violence a des causes, ce qui veut dire qu’elle n’est pas forcément une donnée essentielle, première, de la condition humaine. Contrairement à la violence dans le monde animal (La violence y fait partie du jeu biologique des rapports entre les espèces), quand le problème est chez l’Homme, au moins le moraliste peut montrer que la violence est insensée, peut désigner les causes qui sont à l’origine de son apparition et peut donc la supprimer. L’instinct de violence lié à une agressivité hormonale n’est pas le plus important, car la violence la plus significative, c’est la violence historique où les Hommes deviennent victimes d’une non - maîtrise des conditions de leur existence. Or comme l’histoire montre que l’Homme peut acquérir cette maîtrise, il n’est pas totalement utopique d’affirmer qu’il pourrait arriver, par la connaissance des causes, à une suppression relative de la violence…. Il importe de cerner la réalité de la violence en Corse pour chercher des solutions, en améliorant les conditions socio-économiques intra-muros, donc les conditions de vie… d’abord l’humain !

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