• Au royaume des aveugles, le borgne est roi.

    Les ténors de la Droite et les organisateurs des débats de la Primaire qui vient de se jouer n’ont pas tari d’éloges sur la tenue de ces débats et sur la « belle victoire » de François Fillon. Pourtant à se les remémorer, François Fillon a bénéficié de la médiocrité des autres outsiders, des mauvaises prestations d’Alain Juppé trop crispé par l’enjeu et du rejet de Sarkozy.

    Au royaume des aveugles, le borgne est roi.Comme le relève un journal en ligne : « Le seul  tour de force de F. Fillon aura été de rendre explicite ce dilemme avec une formule lumineuse : "voter Juppé pour ne pas avoir Sarkozy ; voter Sarkozy pour ne pas avoir Bayrou". Du coup, il pouvait se présenter comme la solution dudit dilemme : voter Fillon, n’était-ce pas éviter à la fois Sarkozy et Bayrou ? D’une pierre, deux coups ».

    Parmi les outsiders, Bruno Le Maire s’est montré particulièrement médiocre et bien en dessous de ses ambitions qu’il a revues à la baisse depuis sa débâcle en participant activement au jeu « Voulez-vous gagner des Fillons ? ». Aux côtés du gagnant, Le Maire est omniprésent, espérant suivre l’exemple de Manuel Valls et se retrouver Premier Ministre si Fillon est élu. Rappelons que Manuel Valls était sorti bon dernier de la Primaire de la Gauche en 2012 avec 5% des voix. Le Maire n’a fait que 2,4%.

    Finalement, ramenons cette Primaire à ses justes proportions. Ce ne sont que 9% du corps électoral qui se sont déplacés et dont François Fillon a recueilli 66,5% de 9% du corps électoral. Par ailleurs, une partie des électeurs seraient des gens de Gauche, des centristes et des gens de Droite, juppéistes et sarkozystes qui ne veulent pas de Fillon. Pourtant les sondages, qui se sont trompés sur le résultat du premier tour de ces Primaires, font déjà de François Fillon le futur Président de la République. Fillon a déclaré qu’il ne tenait pas compte des sondages lorsqu’ils lui sont défavorables, aujourd’hui il se comporte comme si les Primaires de la Droite faisaient de lui le Président de la République et bénéficie d’un revirement de nombreux commentateurs politiques libéraux qui le présente comme un homme bien de sa personne, père et grand-père, catholique pratiquant… etc. C’est comme si l’on disait aux électeurs, cela va vous changer du bling bling de Sarkozy et de la normalité ridicule d’un Hollande.  Il s’agit de faire oublier  la gestion des reformes sociales par  François Fillon, Premier ministre collaborateur de Sarkozy et ancien ministre du gouvernement Balladur et de faire oublier le bilan du quinquennat de Sarkozy dont il partage la responsabilité : le bouclier fiscal des plus riches, la réforme des retraites avec la suppression d’une grande partie des pensions de réversion  aux veuves (et vice versa), le gel des salaires, la suppression des postes de fonctionnaires, y compris des enseignants, des soignants et des policiers… etc.

    Non cette Primaire de la Droite n’a pas été une « belle victoire » de François Fillon mais répond au dicton : « Au royaume des aveugles, le borgne est roi », car c’est avant tout une petite victoire de l’idéologie véhiculée par Jean-Marie Le Pen qui a trouvé en François Fillon un successeur mâle puisqu’il a du mal à adouber sa fille trop influencée par celui qu’il désigne comme le « Don Quichotte de la Jaquetta ». A savoir si Jean-Marie Le Pen va appeler à voter pour François Fillon ?  Un choix cornélien pour le César du FN qui a toujours voulu tuer Brutus avant d’être tué par lui. L’histoire ne nous dit rien sur les mœurs de Marcus Junius Brutus en dehors d’avoir donné le dernier coup de poignard à César, son père adoptif. Le fait qu’il passa une grande partie de sa jeunesse en Grèce et qu’il s’y réfugia après l’assassinat de César, ne permet aucune interprétation non historique.

    Au royaume des aveugles, le borgne est roi.François Fillon est le Brutus de Sarkozy avec qui il a partagé les conseils de l’éminence grise Patrick Buisson. Il rêvait dans son manoir sarthois de prendre la place du Calife de Neuilly. Il a bénéficié d’un contexte favorable au sein d’une Droite qui ne pouvait se libérer du Calife qu’en passant par des Primaires. Quant à s’exclamer "un homme d’Etat est né", comme nous avons pu l’entendre, il faudrait constater que la gestation a été longue puisque François Fillon vit confortablement de ses mandats électifs et de ses postes ministériels depuis l’âge de 27 ans. Nous ne savons pas s’il est un homme d’Etat né des Primaires de la Droite mais nous avons pu mesurer son haut degré de nocivité pour la classe moyenne, les chômeurs, les assurés sociaux et les pauvres. Comme orateur, il a le charisme d’un prédicateur d’une secte apocalyptique pour les uns et paradisiaque pour les autres. Il a beau soigner son costume, son idéologie ultralibérale sur le plan économique et autoritaire sur la plan social, sent la naphtaline comme sortie d’un placard où elle est restée confinée depuis deux siècles.

    Alain Deneault a raison. « Il n'y a eu aucune prise de la Bastille, rien de comparable à l'incendie du Reichstag, et l'Aurore n'a encore tiré aucun coup de feu, écrit le philosophe Alain Deneault qui enseigne la pensée critique en science politique à l'Université de Montréal. Pourtant, l'assaut a bel et bien été lancé et couronné de succès : les médiocres ont pris le pouvoir. » L’auteur de l’ouvrage « La médiocratie » va plus loin lorsqu’il dit : « A l'origine de la médiocratie, vous insistez également sur la montée en puissance de la « gouvernance »… C'est le versant politique de la genèse de la médiocratie. D'apparence inoffensive, le terme de gouvernance a été introduit par Margaret Thatcher et ses collaborateurs dans les années 80. Sous couvert de saine gestion des institutions publiques, il s'agissait d'appliquer à l'Etat les méthodes de gestion des entreprises privées supposées plus efficaces. La gouvernance, qui depuis a fait florès, est une forme de gestion néolibérale de l'Etat caractérisée par la déréglementation et la privatisation des services publics et l'adaptation des institutions aux besoins des entreprises. De la politique, nous sommes ainsi passés à la gouvernance que l'on tend à confondre avec la démocratie alors qu'elle en est l'opposé ».

    Après des décennies de médiocratie ayant porté au pouvoir Sarkozy et Hollande, arrive la gouvernance ultralibérale et autoritaire de François Filllon, c’est-à-dire l’aboutissement annoncé de cette médiocratie portée à son summum. Pour contrer la Droite radicalisée, il faut que la Gauche se radicalise. Jean-Luc Mélenchon incarne auourd’hui cette radicalisation diabolisée par la médiocratie qui a gangrené le Parti Socialiste.

    Il est temps que la politique reprenne ses droits avec des valeurs humanistes et non pas à travers le langage des chiffres. Comme si un conseil des ministres était le Conseil d’administration de la société anonyme France avec ses actionnaires. Non ce ne sont pas les « fonds d’actionnaires » que Fillon veut réduire mais bien les postes de fonctionnaires ! Les actionnaires de la médiocratie sont les grands patrons, les énarques, les lobbies… Et le peuple ? On l’invite à voter pour une alternance entre une extrême-droite fascisante, une droite extrême et une droite molle. Et la Gauche ? Hollande et Valls ont fait passer le parti socialiste dans le camp de la droite molle et son centre. Le président normal aura incarné le parfait médiocrate pendant son quinquennat. Comme à droite, on assiste sous sa présidence à une tragédie avec Brutus Macron qui tue César Hollande. Valls ronge son frein car Macron lui a volé le rôle de Brutus et quelques anciens ministres jouent les frondeurs. Arnaud la Fronde a jeté les premières pierres contre Hollande qui a choisi Valls comme Premier ministre, pourtant bon dernier de la Primaire de la Gauche, alors que Montebourg avait fait un meilleur score.

    Pour mettre fin à la médiocratie, Jean-Luc Mélenchon a toujours montré qu’il fait de la politique dans le sens noble du terme. Il s’est toujours opposé à la « gouvernance » des médiocrates. Il est, sans aucun doute, le plus cultivé et le plus instruit des aspects historiques et humains de la société française. Son programme économique est plus novateur et plus écologiste que ceux des autres candidats. Il reste soucieux de la justice sociale.  Allez vous informer sur son site et ne vous laissez pas tromper par les campagnes de diabolisation dont il fait l’objet régulièrement.

    Jean-Luc Mélenchon est ni aveugle ni borgne face aux réalités de la politique d’austérité promise par la Droite et à sa mise en concurrence avec le Front National. Son discours est un discours de vérité contre le formatage ultralibéral des esprits et un autoritarisme qui veut s’installer pour tuer le syndicalisme au profit du patronat.

    La Droite et l’extrême-droite vous promettent plus d’ordre et c’est le chaos qui va advenir. L’austérité et le repli identitaire ne régleront pas tous les problèmes mais causeront une fracture sociale qui conduira à la chienlit et à la dictature. Il faut être aveugle pour ne pas l’anticiper et il faut être borgne pour l’espérer.

    U Barbutu

     

    Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :