• Nous savons maintenant qu'Emmanuel Macron, au-delà de son  pédantisme habituel, a choisi l'arrogance jacobine dans les discours qu'il a tenus en Corse.  Les élus ont même eu droit à des vexations, à des manquements au protocole.

    Lors de la cérémonie de commémoration de l'assassinat du Préfet Erignac, Gilles Simeoni a été placé au deuxième rang des élus insulaires, eux-mêmes placés à l'écart du carré VIP de la république française. D'abord, nous avons assisté au lamentu de Mme Veuve Dominique Erignac. Instrumentaliser la douleur de la famille , la mettre en scène et la scénariser conduisent à cette phrase politique prononcée par la veuve du Préfet : "J'espère que la république ne faiblira jamais en Corse". Comme si la démocratie était menacée alors que des élections se sont déroulées dans le respect des règles de cette république mise en avant comme  un temple par ses grands défenseurs que seraient les préfets. Nous respectons la chagrin de Mme Erignac et de sa famille  et ne commenterons pas davantage ses dires.  Nous condamnons par contre l'usage qui a été fait des réseaux sociaux pour injurier de façon indigne cette dame.

    "Le meurtre du préfet Erignac, une infamie qui a déshonoré à jamais ses auteurs... ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas", a déclaré Macron.  Ce propos n’était pas anodin car tenu devant Gilles Simeoni, ancien avocat d’Yvan Colonna. Propos élyséen que condamnera, dans l'après-midi, le bâtonnier d'Ajaccio, y voyant «une atteinte aussi violente qu'infondée aux droits de la défense». Comment peut-on ainsi attaquer un avocat qui est dans son rôle de défenseur prévu par la Justice? Est-ce digne de la fonction de Président de la république de refuser toute plaidoirie à un mis en cause ? A l'époque la parole élyséenne de Nicolas Sarkozy était-elle celle de la Justice et devait-elle entrainer de facto la condamnation d'Yvan Colonna désigné comme l'assassin avant d'avoir été jugé ? Drôle de conception de la démocratie et de la justice ! Les propos sont allés plus loin lorsqu'il a dit que cet assassinat avait sali la Corse, comme si sa responsabilité devait être assumer par chaque Corse. C'est une humiliation parmi d'autres qu'a infligé Macron aux Insulaires. 

    Non seulement Emmanuel Macron a convié Jean-Pierre Chevènement pour la cérémonie commémorant l'assassinat du Préfet Erignac mais il a fait aussi l'éloge de son action en qualité de Ministre de l'Intérieur à l'époque de cette tragédie. Chevènement, ce politicien raté que l'on nous a sorti de la naphtaline pour en faire le président de la Fondation des œuvres de l'islam de France. A son âge il lui fallait encore un fromage.  Sollicité par Macron et une partie de la Presse, il ouvre encore son clapet pour cracher sur les Corses, allant jusqu'à traiter la Corse d'île maffieuse. En Corse, nul n'a oublié que c'est Chevènement qui a nommé le Préfet Bonnet en lui donnant carte blanche et en le désignant comme l'homme de la situation, c'est-à-dire mis en place pour mater les Corses. On connaît la suite et que les enfants même de la république ne doivent pas jouer avec les allumettes. Qui souvient que Macron était dans le sillage du Mouvement chevènementiste des citoyens et de la campagne de Jean-Pierre Chevènement en 2002 ? Il ne récolta qu'un peu plus de 5% et vit donc sa pépinière se vider. On y trouvait, outre Macron, Florian Philippot et Apolline de Malherbe qui se sont distingués dans leurs propos anti-corses. lors du déplacement de Macron  sur l'Île. On y notait aussi la présence d'un certain Eric Coquerel, venu de la ligue communiste révolutionnaire et actuellement député insoumis proche de Jean-Luc Mélenchon. Tout cela figure dans un article du journal L'Opinion.

    Jean-Pierre Chevènement, Monsieur Anti-Corse, a été placé au côté de la "Madame Corse du gouvernement", une illustration du "en même temps" macroniste.

    Macron a étalé sa méconnaissance de l'histoire corse. Il a même refusé toute présence de drapeau corse lors de ses interventions publiques. Il a fait l'éloge vibrant du centralisme jacobin. Il a lancé des incantations à la République. Sa religion hégélienne de l'État est affligeante. Cela nous fait penser à un petit roman noir écrit par Jean-Bernard Pouy et portant le titre : "Spinoza encule Hegel", où les factions philosophico-idéologiques sont constituées en gangs s'entre-tuant dans une vaste compétition nationale. Julius Puech, alias Spinoza, ou même Spino, est le chef de la Fraction Armée Spinoziste (FAS). Armé, monté sur sa Guzzi 850 California, chaussé de bottes en lézard mauve, et poussé par son amour de l'éthique, ce héros va combattre son ennemi de toujours : Hegel et l'esthétique...  Non! En Corse il n'y a pas de  Spino, chef d'une Fraction Armée Spinoziste. Toutefois, l'éthique de chaque insulaire y a une plus grande force que l'esthétique d'une île renvoyée à sa beauté. Les Corses ne se laissent pas abuser par la cosmétique d'un discours égocentrique qui cherche davantage à paraître qu'à comprendre et agir. Macron ne se taillera pas une réputation de "dur-à-cuire" sur le dos des Corses en allant jusqu'à faire fouiller les élus insulaires venus pour l'écouter prononcer un discours paternaliste dans lequel la seule concession est de se dire favorable à la mention de la Corse dans la constitution... La Corse mise au même rang que les territoires d'Outre-mer qui y figurent déjà aux articles 73, 72 et 74. Un avis qui ne coûte rien car la décision dépendra du parlement et du conseil constitutionnel.

    En dehors de considérations économiques faites pour affirmer le rôle de l'Etat dans le développement de l'Île et donc marteler la dépendance des Corses, Macron a promis la généralisation du débit 4G pour le réseau Internet. Qu'avons-nous surtout entendu ? Le renforcement de forces de police et de gendarmerie. Rien sur le rapprochement des condamnés corses, malgré l'intervention inattendue de l'épouse d'Yvan Colonna..

    Par contre Macron a dit son opposition au statut de résident, tout en voulant assouplir les règles d'urbanisme de la loi sur le littoral et la montagne. Quelques maires veulent accorder plus de permis de construire. Pour qui?  Il faut rappeler qu'un bien immobilier sur deux vendus est acheté  par des "pinzutti" et que de nombreux insulaires n'ont pas les moyens d'être propriétaires devant la spéculation immobilière. Même les locations à l'année se font rares et sont trop chères Pour régler la question du logement - et notamment du logement social - il faudrait, selon Macron, adapter les lois littoral et montagne ! Quelle absurdité !  La loi littorale protège les sites et le bien commun qu'est le Domaine Public Maritime. Elle préserve donc les intérêts collectifs contre la spéculation immobilière. La question du logement est d'abord posée par l'absence de documents d'urbanisme locaux et de maîtrise publique d'opérations d'aménagement. L'OFC et l'AUE ne peuvent agir qu'à l'appui des initiatives de l'Etat, des maires ou des intercommunalités. C'est pourquoi la Collectivité de Corse avait demandé lors des discussions sur la Collectivité unique, la possibilité pour elle d'initier des Projets d'Intérêts  majeurs, des Zone d'Aménagement Concerté, et autres Zones d'Aménagement Différé.... Les ministres Baylet et Cosse avaient répondu favorablement à cette requête. Les dispositions n'ont pas été inscrites dans la Loi NOTRe. Et le ministre qui a pris la suite de ces questions au gouvernement, M. Mezard, n'a pas donné suite à cette demande.

    Comme l'a écrit l'association U Levante : "Rien ne justifie un « aménagement » de cette loi pour « libérer du terrain à construire ». Une telle annonce ne peut que réjouir la mafia, le crime organisé, les divers groupes de pression qui espèrent justement que les terres agricoles et les espaces remarquables des communes du littoral deviennent constructibles, permettant ainsi de réaliser une plus-value fantastique" .Adapter la loi littoral c'est renforcer le risque spéculatif. En quoi cela aidera le logement social à moins que les logements sociaux puissent être construits dans des zones inconstructibles et des zones agricoles par exemple. Macron veut-il remettre en cause le Padduc et  donner un signal favorable aux constructeurs de villas les pieds dans l'eau, de villages de vacances et d'hôtels?  Macron voudrait-il rendre légales des constructions illégalement construites comme celles de son ami Pierre Feracci dans la baie de Rondinara? De toute évidence, d'aucuns sont fondés à penser qu'il veut urbaniser le littoral, urbaniser au maximum la Corse et y mettre le maximum de résidences secondaires, ce qu’on a appelé dans les années 90 faire de la Corse le « bronzodrome » de la France. »

    Enfin, Macron s'est dit "tout à fait favorable à l'esprit du bilinguisme", ce qui peut apparaître comme un pas encourageant. À ceci près... qu'il est contre la co-officialité et  qu'il n'est pas possible d'obtenir l'un sans l'autre.   Comme le relève Michel Feltin-Palas dans l'EXPRESS du 7 février dernier: "On aimerait croire en effet que l'on peut arriver à une situation de bilinguisme sans donner des droits égaux à la langue corse et à la langue française. Or, toutes les situations internationales montrent que ce n'est pas le cas, comme on peut le voir par exemple sur l'excellent site de l'université de Laval, au Québec. Quand, sur un territoire, deux langues cohabitent, mais que l'une d'elle est favorisée au détriment d'une autre, c'est naturellement vers la plus puissante que les populations se tournent".

    « Un discours étriqué, minimaliste et néocolonial » : la phrase n’est pas celle de Gilles Simeoni ou Jean-Guy Talamoni, mais celle de Périco Légasse, rédacteur en chef de Marianne. Macron a été humiliant et absent de ce rendez-vous avec la Corse sur la forme et sur le fond. Par exemple, il a refusé de se rendre à la mairie de Bastia pour rencontrer les élus, préférant organiser un déjeuner dit républicain en préfecture. Tout un symbole qui a entraîné l'absence des élus autonomistes et nationalistes à ce déjeuner. Dans un communiqué, le maire de Bastia, Pierre Savelli a regretté le «refus» du Président, malgré des demandes réitérées, de s’entretenir à l’Hôtel de Ville avec le Maire et l’ensemble des élus.

    En Corse, Macron s'est montré fidèle à lui-même : pédant et arrogant. Aux aspirations et aux difficultés des Corses, il a répondu par le conservatisme et plus de centralisation avec, en filigrane, les subventions comme seuls intérêts de la Corse et de son économie. Lorsque l'on parle à Macron d'avenir humain, il répond par des chiffres et, lorsqu'il utilise les mots, il accumule les symboles, les lieux communs, les incantations et les fausses certitudes. Derrière l'écume de sa pensée, le fond est toujours le même. Il est jupitérien, jacobin, conservateur et ultralibéral. Son pacte girondin n'était qu'une expression, un leurre,  le cache-sexe de ses convictions jacobines.

    N'oublions pas que le produit médiatique Emmanuel Macron est coulé dans le moule de l'ENA (même s'il s'en défend). Il fait preuve de conformisme intellectuel, sans personnalité et sans convictions affirmées. Sa formule "en même temps" en est l'illustration. Il choisit le confort "apparent" des formules convenues reprises. Il a son  propre vocabulaire. Il a tendance aussi à tirer les questions posées vers la restitution de "fiches" préalablement établies et étudiées. Il essaie de faire passer des vessies pour des lanternes et pratique la dialectique éristique pour avoir toujours raison per fas et nefas ( par tous les moyens possibles) et. jusqu'à la malhonnêteté intellectuelle.

    Pour reprendre des termes pédants utilisés par Macron, aucun signe de disruption, dans un discours où il fut beaucoup question de 4G et de fibre, de sécurité et d’hôpitaux, d’agriculture bio et d’Internet… Il a récité un palimpseste, un discours éculé qui sera à son tour effacé et repris par n'importe quel jacobin parisien. Il n'a rien compris de l'ipséité corse. Il oppose un ultralibéralisme à l'illibéralisme, même en Corse, tout en se montrant illibéral lorsqu'il s'agit d'autonomie. Il est certain que l'on ne peut pas le taxer d'irénisme naïf car ce n'est pas la paix et la concorde qu'il est venu chercher en Corse. Par contre, il a tendance à prendre les Corses pour des naïfs et il est naïf de le penser. Il a fait preuve d'un œcuménisme poujadiste d'un autre temps. Macron n'est pas moderne, à moins de faire de la modernité un mot de la novlangue qui la présente comme un idéal supposant que soient intériorisées les précieuses valeurs occidentales du libéralisme économique. Macron a son vocabulaire, sa grammaire et sa syntaxe. Sa grammaire est l'ultralibéralisme. Il vide les mots de leur sens, en élimine et en réinvente d’autres. Pour cela deux langues lui suffisent le français et l'anglais. Pour lui, le corse doit faire partie du folklore. Il va jusqu'à dire que les résultats de l'apprentissage de la langue corse ne sont pas à la hauteur des investissements réalisés. Il met un prix sur tout. Là, encore c'est son cynisme qui ressort et sa manière de vouloir toujours culpabiliser les gens qui n'entrent pas dans ses projets si ce n'est pour les casser.

    Dans la partie de bonneteau que Macron leur a jouée, les élus  corses n'ont rien trouvé sous les gobelets  de la co-officialité de la langue, du statut de résident et du sort des prisonniers corses. Ils ont reçu comme une obole politique, l'avis favorable de Macron à la mention de la Corse dans la constitution. L’autoritarisme est la réponse globale aux revendications portées par la majorité territoriale de Corse. A la demande de « plus de responsabilités et plus d'autonomie », Emmanuel Macron apporte comme solution  « plus d’Etat français», plus de contrôle administratif et plus de police..

    Pour information, Jean-Luc Mélenchon s'est exprimé à titre personnel et s'est dit favorable à l'inscription de la Corse, comme l'Outre-mer, à l'article 74 de la constitution. Par contre il a affirmé son jacobisme assumé tout en refusant l'inscription de la Corse à l'article  72 de la Constitution, ce qui mènerait selon lui "à un démembrement de la République française". Mélenchon a même accusé Macron de vouloir utiliser la Corse comme "cheval de Troie" pour aboutir à des statuts différents, région par région. Tout comme il a "instauré un code du travail à géométrie variable". Il s'est montré opposé à la co-officialité des langues  s'il y a "une intention discriminatoire" qui conduirait par exemple "à réserver certains emplois à ceux qui parlent corse". Enfin pas question, pou lui,  de parler de prisonniers politiques: "Je récuse absolument ce concept, il n'y a pas de prisonniers politiques en France, s'il y en avait, ça se saurait", a-t-il déclaré à la presse. En résumé la position de Jean-Luc Mélenchon est très proche de celle de Macron  et la différenciation sur les articles de la constitution est de pure forme car aucune proposition n'a été faite, sur ce point, par Macron.. Jean-Luc Mélenchon s'était réjoui du résultat des dernières élections en jouant contre son propre camp. Il avait salué le score des autonomistes et des nationalistes. Il faut croire que sa joie n'était pas une adhésion à leur programme mais le contentement d'avoir saboter la campagne électorale de celles et ceux qui avaient pourtant soutenu, en Corse, sa candidature pour les deux dernières élections présidentielles.

    Jean Poli

    Google Bookmarks

    1 commentaire
  • Dans les colonnes de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Emmanuel Macron avait dit ne pas cèder face à ceux qui développent, selon lui, des réflexes de jalousie typiquement français. Il fustigeait les "jaloux des riches" après l'avoir fait pour “les cyniques”, “les fainéants”, “les sceptiques", "les fatalistes”, mais aussi “ceux qui foutent le bordel”. Dans l’hebdomadaire allemand du 14 octobre dernier, il déclarait en outre : “Je ne suis pas arrogant, je dis et je fais ce que je veux”. Pourtant il s'est plus d'une fois montré arrogant et a même jugé utile de s'excuser de la peine qu'il avait pu occasionner. Il dit et il fait ce qu'il veut ! Quel aveu et quelle mégalo! Selon lui,  au lieu d'être maladivement jaloux des riches, les chômeurs, les smicards, les pauvres, les petits salaires devraient accepter leur sort et remercier les riches du ruissellement de leurs richesses jusqu'à eux nourris au goutte à goutte. Il est pathologique et malsain de lorgner sur l'assiette d'un patron du CAC 40.  Ce serait donc "la jalousie qui paralyse la France" et on peut ainsi assimiler le mot "jalousie" à celui de syndicalisme. Macron avance à mots couverts. Il a même trouvé l'expression "premier de cordée" pour donner une image sportive et montagnarde de la théorie libérale du ruissellement. Imaginez Bernard Arnault en premier de cordée avec le salarié encordé par le cou ! Ces premiers de cordée tireraient donc un peuple jaloux et ingrat, lorsque l'on va au bout des dires du Chef de l'Etat. Quel sort réserve-t-t-il aux jamoux et aux ingrats ? La casse du code du travail et du salaire brut avec ses cotisations sociales. De quoi le rendre encore plus dépendant de la violence économique.

    Entre arrogance et pédantisme, la partie de bonneteau...L'éditorialiste Denis SIEFFERT a repris cette métaphore et écrit justement dans son article sur le site Politis: ". On voit bien l’idée. Notre société serait construite à partir de hiérarchies immuables dont la verticalité est aussi abrupte que la face nord des Grandes Jorasses. Pour guérir de cette envie pathologique qui aigrit les cœurs et mine le corps social, le chômeur, le smicard, le salarié feraient donc mieux d’accepter leur sort une fois pour toutes. À le refuser, ils font du mal à la France. Voilà où nous en sommes ! Quand Montesquieu parlait de « jalousie », n’était-ce pas pour louer un peuple « jaloux de sa liberté»? C’est toujours la même histoire : quand les concessions faites aux riches sont énormes, immédiates, et ruineuses pour le budget de l’État, les contreparties promises aux plus modestes sont, au contraire, pour des lendemains incertains. Comme l’augmentation des salaires des fonctionnaires, budgétée, puis reportée… à 2019. Ou encore ce marché de dupes : une augmentation bien réelle de la CSG, appliquée sans délai, mais une suppression de la taxe d’habitation renvoyée à plus tard, et qui va appauvrir les collectivités territoriales, lesquelles, d’une façon ou d’une autre, le feront payer à leurs résidents – on annonce déjà l’explosion des prix du stationnement en ville, sans parler d’une prévisible détérioration des infrastructures. Au total, la politique d’Emmanuel Macron ressemble de plus en plus à une partie de bonneteau. Les perdants sont toujours les mêmes".

    Macron est de plus en plus arrogant et parfois pédant. Il ne connaît les gens du peuple qu'à travers les préjugés d'un fils carriériste de bourgeois provinciaux. Il ne se soucie pas de la compréhension de ce qu'il dit par le plus grand nombre mais veut briller aux yeux d'une élite intellectuelle. C'est ainsi qu'on relève dans des entretiens l'usage de mots réservés à cet élite, des formules d'apparence savante que le petit peuple ne comprend pas même en se servant d'un dictionnaire. Son pédantisme est le corollaire de son arrogance. L'un ne va pas sans l'autre et témoigne de l'enracinement bourgeois de ce fils de notables provinciaux. Nous avons relevé quelques exemples de mots précieux utilisés par Macron. C'est ainsi que le 11 novembre 2017, il déclarait : "Je ne céderai pas à l'irénisme naïf" et la semaine suivante il parlait de "disruption sur le plan scientifique et industriel". Le 4 janvier dernier, dans ses vœux à la presse, il évoquait "plusieurs régimes politiques tentés par l'illibéralisme". Qu'a-t-il voulu dire dans cette formule savante : "C’est une grammaire de la paix et de l’espérance qu’il nous faut aujourd’hui réinventer dans nombre de continents"? On a pu encore entendre dans sa bouche pincée des termes comme "ipséité" et "palimpsestes".

    Les opposants à Macron sont qualifiés tour à tour de fainéants et de jaloux. Macron défend les premiers de cordée. Entendez les riches!  Toutes celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui seraient des cyniques, des sceptiques, des fatalistes, des fouteurs de bordel. Macron a dit avoir « la volonté de faire vivre notre Renaissance française ». Ne serait-ce pas plutôt un retour à la féodalité ? Prendrait-il les Français pour des débiles manipulables dans un jeu politique de bonneteau ? A force de se prendre pour un grand manipulateur, jusqu'où ira-t-il encore dans l'arrogance et le pédantisme ?

    Demain, Emmanuel Macron sera en Corse. Une grande manifestation a été organisée  par la coalition autonomiste et indépendantiste élue à la tête de la Collectivité territoriale, dont les deux leaders sont revenus déçus de Paris où ils ont rencontré le Premier ministre. A Ajaccio, se sont réunis 20 à 25000 manifestants selon les organisateurs, 6000 selon les services de l'Etat. Gilles Simeoni a déclaré : « Une manifestation sans précédent, au président Macron de prendre la mesure de ce signe fort ». Après le succès de la manifestation, Jean-Guy Talamoni est dans l'attente de la parole présidentielle. Quelle partie de bonneteau va leur proposer Macron ? Messieurs Simeoni et Talamoni vont-il trouver, sous l'un des trois gobelets présidentiels,  l'autonomie ou l'indépendance ? Quels mots vont-ils recevoir ? Ceux de l'arrogance ? Ceux du pédantisme accompagnés de formules savantes qui parlent de tout sans rien dire ? Il ne faudrait pas se faire trop d'illusion sur la "parole du Président" qui trouve sa force dans une sorte de double langage que constitue le "en même temps".  Emmanuel Macron a fait de cette expression, « en même temps », sa marque de fabrique politique sensée traduire la complexité de sa pensée politique. En fait elle traduit l’ambiguïté de son action. L’expression signifie, aussi et simplement, que l’on fait au même moment plusieurs choses, contradictoires ou pas. Macron est capable de faire des choses contradictoires en même temps, par exemple :  venir en Corse pour commémorer l'assassinat du Préfet Erignac et discuter avec une partie des Nationalistes de l'avenir indépendante de la Corse. Quels vont être ses discours à la Préfecture et à la Collectivité territoriale de la Corse ? Va-t-il se montrer d'un côte gardien des institutions françaises et de l'intégrité du territoire national,  en même temps qu'il va promettre, de l'autre côté et en termes choisis, plus d'autonomie sur la voie de l'indépendance ?  Citera-t-il Napoléon en même temps que Pascal Paoli ? Va-t-il se montrer arrogant ou tomber dans le pédantisme pour ne rien dire d'important ou de définitif ? L'étape de Bonifacio a  été retirée de son programme de deux jours en Corse. En cause sans doute : le vote, par les élus macronistes de l’Assemblée corse, de la résolution autonomiste en direction du chef de l’Etat ce vendredi ? Le maire macroniste Jean-Charles Orsucci a été désapprouvé par Christophe Castaner, voix de son Maître jupitérien et berger du troupeau des Marcheurs .

    Emmanuel Macron a un tic : il se touche le nez plusieurs fois lorsqu'il parle en public. Il paraît que c'est le syndrome de Pinocchio. Hè un santu caca diavuli ! 

     

    Jean Poli

     

     

    Google Bookmarks

    1 commentaire
  • Ouvrons le débat

     

    Les élections territoriales se sont tenues le 3 et 10 décembre 2017. Les nationalistes et les autonomistes ont remporté les élections, avec 56,46% de suffrages exprimés. Ils disposent désormais de la majorité absolue dans la nouvelle collectivité unique. Lire la suite :

    http://www.mancalternativa.com/tribune-de-discussion-c29637728

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Ouvrons le débat

     

    Les élections territoriales se sont tenues le 3 et 10 décembre 2017. Les nationalistes et les autonomistes ont remporté les élections, avec 56,46% de suffrages exprimés. Ils disposent désormais de la majorité absolue dans la nouvelle collectivité unique. La droite traditionnelle et clanique n' a pas réussi son pari, celui de revenir au pouvoir. La pseudo gauche giacobbiniste, reconvertie dans la république en marche vers le passé, reste sur sa faim. Le Front national est éliminé dès le premier tour, avec seulement 3,3% des suffrages exprimés. Mais où sont donc passées les voix obtenues par Marine Le Pen au premier comme au second tour de l'élection présidentielle, soit respectivement 28 et 45%? Quant à la vraie gauche, elle ne siégera plus à l'assemblée territoriale ! Le vrai gagnant de ces élections c'est le parti des abstentionnistes avec 47, 5% des inscrits au second tour. Si on ajoute les bulletins blancs ou nuls, un électeur sur deux a boudé les urnes. Cela pose un grave problème sur lequel il faudra se pencher.

    A partir de ce constat, nous ouvrons le débat pour savoir pourquoi, nous en sommes arrivés à une telle situation. Et quelles en seront les conséquences pour le devenir de notre île, en particulier de la gauche ?

     

    Contribution de Marc Antoine Peri

    La gauche rassemblée, un étouffoir ?

     

    "A Belfort, la tonalité de la gauche rassemblée était revendiquée par le MRC (Mouvement républicain et citoyen, chevènementistes, ndlr) qui nous soutenait sur ce thème : il a fonctionné comme un rayon paralysant, gelant en partie les votes dégagistes que nous devions mobiliser". Telle est la récente analyse de Jean-Luc Mélenchon dans une note de blog.

    Toujours selon lui :"Dans le Val-d'Oise, c'est le contraire, chacun allait pour soi, pas de tambouille : ce fut un facteur entraînant", poursuit-il. La candidate insoumise, soutenue  par le MRC et le PCF, a remporté 11,6% des voix dans la première circonscription du Territoire de Belfort lors d'une législative partielle dimanche. Le même jour, dans la 1ere circonscription du Val-d'Oise, l'autre candidate LFI Leïla Saïb, partie toute seule, a engrangé 11,47% des voix. Dans les deux cas, les Insoumis se placent en 3e position, devant le Front national, et l'abstention a atteint des records. Pour Mélenchon, "ce résultat fonctionne comme un message clair : dans une élection nationale, la gauche rassemblée est un étouffoir, un brise-lame, un tue-la-joie". Il ajoute que "la leçon ne peut être négligée ni oubliée" et voit dans l'absence d'alliance "la condition pour créer une nouvelle dynamique dans le pays".(Source A FP)

    Donc Jean-Luc Mélenchon persiste dans une voie sectaire refusant toute alliance dans les élections locales. L'attitude de JLM pourrait s'avérer irresponsable et improductive. Elle  va à l'encontre de l'histoire du mouvement ouvrier et de la gauche. En outre, il use de sa candidature à la Présidentielle pour vouloir décider  de tout pour tout le monde. Il n'a qu'un mot à la bouche : le dégagisme ! Un mot qu'il pourrait s'adresser à lui-même... C'est son dégagisme qui apparaît comme un étouffoir, l'étouffoir de ce qui a fait le Front de gauche: le rassemblement et la diversité dans ce rassemblement. Il ne peut demander aux Insoumis ce qu'Emmanuel Macron impose aux marcheurs : marcher au même pas, le doigt sur la couture du pantalon.  Aux dernières élections en Corse, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a était un "brise-lame" , un "tue-la-joie"  en flinguant le rassemblement des forces de la vraie Gauche par son anticommunisme affiché depuis la dernière Présidentielle. En Corse, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a été l'étouffoir de ce qui reste de la Gauche lors des dernières élections locales. En leader des Insoumis, il s'est retourné, méchamment et de façon injuste,  contre celles et ceux qui avaient fait campagne pour lui lors de la Présidentielle et qui ont constitué un nouveau mouvement politique insulaire résolument à Gauche.

     

    Marc-Antoine Peri 

     

    Contribution de Claude Perrin

     

    La route sera longue

     

    Ainsi Jean-Luc Mélenchon a fait le choix de détruire ce que la très grande majorité des militants de France Insoumise avaient construits en Corse depuis les élections présidentielles de 2012.

    Tweet, blog, sont devenus entre ses mains des instruments de condamnation, d’exclusion, sans qu’il n’y ait volonté de s’informer et de comprendre une décision démocratiquement prise par la très grande majorité des insoumis en Corse, de faire liste commune avec le PCF pour ces élections territoriales de décembre. La situation était inédite, puisqu’il n’y aura pas d’autres élections en France pendant les 3 ans qui viennent. 

    Il est vrai que tout rapprochement et décision collective pris entre plusieurs groupes d’action de France Insoumise, sur un même territoire, sont suspectés de conduire à un culte du chef local et seraient donc bannis des modes de fonctionnement du mouvement « France Insoumise ».

    Nous serions donc des communistes ayant « usurpé le sigle Insoumis ». Pourtant bon nombre de ces militants Insoumis sont des ex-militants communistes, critiques, ayant quitté le PCF il y a bien longtemps ou des anciens socialistes qui n’étaient plus au PS alors que Jean-Luc Mélenchon s’y complaisait encore.

    Son analyse de la situation en Corse est inconséquente, infondée et dangereuse. Elle plaque sur l’histoire de la gauche en Corse un logiciel d’analyse qui n’intègre pas la non-implantation du PS, quasiment inexistant depuis le congrès d'Epinay, le monopole des « radicaux » dont on a vu ce que leur règne à l’assemblée de Corse entre 2010 et 2015 a pu susciter.

    C'est lors de leur mandature, associés au PCF, que les revendications de co-officialité, de statut de résident, de collectivité unique ont été voté à l'assemblée de Corse alors que les électeurs ne leur en avaient pas donné mandat.

    Durant cette période, si le PCF a sombré dans des alliances conçues pour exister malgré tout, ces élus territoriaux maintenaient néanmoins une expression publique au service des classes populaires qui sans eux n’auraient guère pu se faire entendre.

    Le « dégagisme » appliqué à ceux qui ont fait sa campagne des présidentielles et des législatives n’est que pure trahison. Non seulement des hommes et des femmes engagées, mais aussi des idées.

    Le nouveau paradigme de Jean-Luc Mélenchon en Corse a donc pour référence l’ « identitarisme ». Les nouveaux adoubés du « républicain »  Mélenchon prônent :

    -  la coofficialité de la langue corse qui exclura à terme les non corsophones de tout emploi public en Corse,

    - un statut de résident qui fait de l’étranger (installé depuis moins de 5 ans en Corse) le responsable de la spéculation foncière.

    - le maintien des arrêtés « Miot » pour permettre aux possédants  et surtout aux plus riches d’entre-eux, de ne pas payer d’impôt sur les successions.

    -l’interdiction professionnelle et la « corsisation » des emplois à travers la charte de l’emploi local, appliquées aux non-corses responsables bien entendu du chômage en Corse.

    - la remise en cause de la laïcité en imposant la fermeture de toutes les écoles publiques, chaque année le jour de la Sainte Marie.

    - l'obligation du bilinguisme, déjà à l’œuvre aujourd’hui dans la plupart des écoles maternelles de l'île et dans beaucoup d'écoles primaires du rural où les familles ne peuvent plus exercer leur choix.

    - la volonté de transférer à la Collectivité Territoriale de Corse le contenu de l’enseignement et la nomination des enseignants, entraînant ainsi une sortie du système éducatif national.

    On le voit tout cela fleure bon la philosophie des Lumières.

    Les 3 députés nationalistes s’abstiennent à l’assemblée nationale sur les ordonnances de la loi travail et sur la réforme de la Sécurité Sociale. S’ils avaient été députés socialistes qu’auraient-ils entendu !

    Reste aujourd’hui un goût amer, proche du désespoir.

    Comment construire un mouvement populaire sur la dynamique des présidentielles et des législatives et du programme de « l’avenir en commun » ?

    Comment sortir de ces pratiques d’exclusion de ceux qui pourraient momentanément penser différemment du chef ?

    Comment faire de la France Insoumise un mouvement populaire, démocratique, échappant à la dictature du « clic » informatique et où chaque militant serait considéré comme un être pensant et non comme un instrument d’une petite équipe dirigeante autoproclamée?

    Comment entrer dans cette 6éme république avec un dirigeant, formidable candidat aux élections présidentielles, mais totalement incapable de sortir du moule de la 5éme république, qu'il fait mine de condamner comme son mentor F. Mitterrand et son slogan du « coup d’État permanent » ?

    La route sera longue.

     Claude Perrin

     

    Contribution de Jean-Baptiste Agostini

     

    La gauche absente de l’Assemblée territoriale

     

    La victoire des nationalistes et des autonomistes est sans appel. Ces derniers ont été capables de capter une partie importante du mécontentement qui montait dans l’île depuis plusieurs années. Les nationalistes ont su également séduire la jeunesse, entre autres, à partir de revendications identitaires : langue corse, rapprochement et amnistie des prisonniers politiques, autodétermination, indépendance de la Corse.

    Toutefois, malgré le score atteint par la liste Pà a Corsica, 56,67%, il faut relativiser la victoire des nationalistes et des autonomistes, sans pour autant la sous-estimer. En effet, 49,02% des inscrits ne se sont pas déplacés ou ont voté blanc ou nul. C’est le premier parti de notre île. Le gros de ces abstentionnistes est probablement à rechercher parmi les couches les plus défavorisées de la population (voir la participation très faible dans les quartiers comme les Salines à Ajaccio, ou à Lupino à Bastia). La plupart de ces électeurs s’est réfugiée dans l’abstention soit par désespérance, soit par rejet de la classe politique dans son ensemble. Pendant la campagne électorale, on a souvent entendus : « Tous pareils, ils se gavent, tous pourris ».

    Les deux listes de la droite traditionnelle maintiennent bon an mal an leur pourcentage par rapport aux élections précédentes. Les prosélytes de la pensée macronienne, des radicaux de gauche et des socialistes pour la plupart, obtiennent 12, 67% de suffrages exprimés, un taux en deça de leur espérance. En tout cas loin du niveau atteint par la liste Giacobbi au second tour des territoriales de 2015. Il est probable que des maires, des électeurs de la pseudo gauche clanique aient rejoint le camp des nationalistes. De mauvaises langues parlent même de nationalistes de la dernière de la dernière heure ! Comme c’est curieux. A la Libération, en Corse et sur le continent, on a connu un phénomène semblable, avec un nombre record de gens qui se sont révélés être des  résistants. On appelle ça comment ?

    Quant au Front national, il a été éliminé dès le premier tour, avec 3,20% des suffrages exprimés. On est en droit de poser la question : mais où sont donc passées les voix de Marine Le Pen (28% au premier tour de la présidentielle, 48% au second tour) ?

    La liste l’Avvene, a Corsica in cumunu a obtenu pour sa part 5,95% des suffrages exprimés. Donc, un taux insuffisant pour franchir le seuil de 7% qui aurait permis  la qualification de la liste pour le second tour.

    Ce résultat n’est pas bon. Il faut le reconnaître.

    Quelles en sont les causes ? Elles sont multiples. La première, c’est assurément l’intolérable campagne menée par Jean-Luc Mélenchon contre cette liste, ses candidates et candidats, les militants de la Corse insoumise, de Manca alternativa et ceux du Parti communiste. Quelques exemples particulièrement croustillants utilisés par un homme qui avait et a toujours l’ambition d’accéder à la charge suprême de le République : Bras cassés, piteux équipage, faussaires, usurpateurs, falsificateurs, etc. Un beau florilège. Le grand fédérateur du peuple a tout simplement fait exploser sa propre famille en Corse. Cela a bien sûr suscité une vague d’indignation et de colère chez tous les militants – il est bon de le rappeler – qui se sont défoncés sans compter pour soutenir le candidat Mélenchon, lors de la présidentielle et tous les candidates et candidats de la France insoumise  aux élections législatives. Avec de telles attaques, ignominieuses, le mentor de la France insoumise a sans doute contribué à perturber un grand nombre d’électeurs de gauche qui se sont réfugiés dans l’abstention ou le vote nul ou blanc. Par voie de conséquence, à ôter la possibilité à la liste l’Avenir, la Corse en commun de franchir la barre fatidique des 7%.  Dans le même temps, Jean-Mélenchon avait les yeux de Chimène pour la mouvance nationaliste. D’ailleurs, à l’issue du second tour de la territoriale, ne s’était-il pas empressé de féliciter les leaders nationalistes et à enfoncer un peu plus les candidats de son propre camp ?

    Il est évident que le comportement  de notre homme providentiel n’explique pas tout. D’autres causes peuvent être avancées. Et il faudra les affiner. Il y a tout d’abord le rôle de la presse régionale, voire nationale qui n’ont pas toujours été bienveillantes à l’égard de liste l’Avvene, a Corsica in cumunu, loin s’en faut, préférant rouler allègrement pour les nationalistes et la droite clanique. Il y a les propres insuffisances de la Corse insoumise. Sa création récente. Ses manques de moyens matériels et financiers. Il y a aussi la relation entre le Corse insoumise et le Parti communiste pendant toute la préparation et le déroulement de la campagne électorale. Cela n’a pas toujours été apparemment un fleuve tranquille. Le Parti communiste ou du moins certains de ses cadres, n’ont pas - semble-t-il -  digéré l’inflexion des rapports de force à l’intérieur de la gauche et accepté de gaieté de cœur que la liste  fût conduite par un membre de la Corse insoumise, ex candidat de la France insoumise à l’élection législative dans la première circonscription de la Corse du Sud, en l’occurrence Jacques Casamarta. Certains responsables communistes – dit-on -  n’auraient pas joué pleinement leur rôle de soutien à la liste commune. D’autres membres du Parti communiste, des « orthodoxes », auraient même mené campagne pour l’abstention. L’affaire de la banderole du Parti communiste à Bastia, lors du meeting avec Paul Laurent, secrétaire national, a suscité beaucoup de réprobations et de polémiques bien au-delà de la Corse et donné des arguments à Jean-Luc Mélenchon pour mener sa charge contre la liste l’Avenir, la Corse en commun. La présence de cette banderole, de belle dimension, n’avait pas lieu d’être dans la salle de réunion à Lupino. Ce n’était pas  un meeting du Parti communiste. Enfin et sans clore le débat sur les causes de l’échec, il y a aussi dans le conscient de nombreux électeurs de gauche, le rôle très négatif joué par le clan Giacobbi, radical dit de gauche, par ses pratiques clientélistes et la corruption qui en découlait. Tout cela a contribué à éclabousser l’image de la gauche. Le Parti communiste devrait en tirer quelque leçon, lui qui s’est accroché, pour un temps, à l’attelage giacobbien. Est-il prêt à le faire ?

    Une chose est sûre, la gauche est désormais absente des institutions régionales.

    Le syndrome italien nous guetterait-il ?

     

    Jean Baptiste Agostini.

     

    Contribution de Pierre-Henri Fabiani

     

    A qui la faute ?

     

    Pendant les élections présidentielles, nous avons entendu des candidats voulant « incarner » de grandes idées. Voter pour des idées ne doit pourtant pas pousser au panurgisme derrière une « incarnation » qui tourne à la mégalo et à l’autocratie. Il n’y a rien de pire en politique que le narcissisme. La gauche n’a pas été épargnée par ces dérives personnelles et nous connaissons les résultats électoraux qui l’ont sanctionnée sur le plan national mais aussi sur le plan local. Certes les Insoumis ont quelques sièges de députés mais Macron dispose d’une majorité soumise écrasante pendant la durée du quinquennat. Il peut compter aussi sur la Droite et quelques libéraux restés au PS.

    Les Régionales sont révélatrices de la conception de la démocratie qu'ont les professionnels de la politique. Lorsque le mode de scrutin les place au pouvoir, c'est la démocratie. Lorsque le mode de scrutin les fait perdants, c'est contraire à l'esprit républicain. Pour eux, république et démocratie ne coïncident que lorsqu'ils sortent vainqueurs des urnes.

    En Corse viennent de se dérouler les élections de la collectivité territoriale.  « Vous voulez l’indépendance, prenez-la ! » A Paris, d’aucuns lancent cette exhortation comme un rejet pendant que d’autres crient à l’unité de la nation française et à l’intégrité du territoire national.

    Les jacobins de tous poils et les carriéristes politiciens reprochent à des élus corses de parler corse dans l'assemblée corse. En 2015, la valse des mécontents avait fait suite au discours en langue corse du nouveau président de l'assemblée de Corse - Jean-Guy Talamoni. Même Jean-Luc Mélenchon avait fait savoir son indignation. Dans un tweet, il avait indiqué se sentir " un peu offensé quand le président d'une assemblée française ne parle pas dans la langue que je comprends".

    Les seules langues qui devraient être interdites en politique, ce sont les langues de bois, les langues de vipères et les langues de p... L'assemblée nationale et le sénat résonnent trop souvent de leurs voix.

    Jusque sur l’Île,  les associations dites patriotiques, les journaux bien pensants, les anciens combattants et leurs zouaves vont-ils dans un élan magnifique « comm’à-verdun » ranimer la flamme et manifester violemment contre une collectivité territoriale de Corse devenue majoritairement  autonomiste et indépendantiste, pendant qu’une voix « insoumise » et française du Continent salue le « dégagisme » et se déclare « Indépendantiste français en Europe », bien qu’autrefois offensée par un discours en langue corse dans l’Assemblée de la Corse ?    

    Malheureusement, la gauche alternative corse a été victime d’une  langue bien pendue qui a distillé  le poison électoral, l’anathème méchant lancé pour nuire et l’accusation infondée qui justifie une haine personnelle contre une partie de la Gauche. Point besoin de le citer, il se reconnaîtra. Nous verrons si, en Corse et sur le Continent, le dégagisme sera total jusqu’à celles et ceux qui  s’incrustent encore et parfois le dénoncent en se croyant à l’abri. En attendant, c’est le libéralisme qui fait son lit et nombreux sont celles et ceux qui viennent s’y vautrer selon  le principe qu’il faut toujours se ranger du côté du plus fort jusqu’aux prochaines élections. Préférer la victoire des autonomistes et des indépendantistes en se réjouissant de la défaite de son propre camp, c’est  installer une défaite à long terme. Il faudra en assumer la responsabilité. A qui la faute ? Les électeurs de la gauche alternative sauront s’en souvenir.

    Les incarnations autoproclamées sont mortelles et seules les idées survivront. C’est pour cela qu’elles valent la peine d’être défendues envers et contre tous, s’il le fallait encore. C’est valable en Corse comme ailleurs, en sachant toutefois que, sur l’île, il faut y vivre pour s’octroyer le droit d’influer sur une élection. Le poujadisme n’y est déjà  plus d’actualité et ce sera la grande leçon des dernières élections pour les états-majors continentaux de la  Droite et de la Gauche.

    La personnalisation à outrance a mis fin au pluralisme d’idées et d’organisation du Front de gauche. Elle s’est révélée dans le mal qui vient d’être fait à la gauche en Corse.  Le slogan "La France Insoumise" fait référence à la France, ce qui peut expliquer les attaques jacobines contre la « Corse insoumise ». Outre la référence à la France, à qui s'adresse-t-on ? Il semblerait que ce ne soit pas aux Corses et d’aucuns  n’en sont pas à une contradiction prés,  tout en saluant le « dégagisme » obtenu par les indépendantistes et les autonomistes et sans se prononcer clairement sur l’indépendance. Comme si l’on pouvait faire un parallèle entre l’indépendance de la France et l’indépendance de la Corse, si ce n’est en toute mauvaise foi dans un discours trompeur.

    La gauche a besoin plus que jamais de clarté et de se remobiliser pour défendre le  progrès social et non pas autour d’un leader aussi charismatique soit-il.  Le libéralisme économique est en train d’installer les salariés dans la précarité et ne réglera pas le chômage de masse qui sert de chantage pour faire accepter la régression sociale. Sur le plan local, il y a des choix à faire pour l’avenir de la Corse et ces choix ne peuvent se désintéresser du sort de milliers d’insulaires dans la difficulté et parfois dans la misère, en ignorant les problèmes d’emplois, de logement, de santé, d’éducation...   Il s’agit d’abord de permettre à tous les Corses de vivre décemment, de se loger, de se nourrir, de travailler, d’avoir des enfants… Pour tout cela, les forces de gauche se doivent d’être unies et non pas de se détruire pour revendiquer un leadership illusoire.

    Les intérêts de quelques uns ne peuvent justifier l’absence de politique sociale à long terme, en pensant que ce sont les plus riches qui font vivre l’Île, alors qu’ils ne font que s’enrichir. La théorie économique du ruissellement de la richesse qui profiterait aussi aux plus pauvres est une fable économique que l’on nous sert depuis des lustres pour freiner le progrès social et, aujourd’hui, organiser la régression en s’attaquant à tous les acquis obtenus par les luttes syndicales.

    La Corse aura besoin de la gauche alternative pour défendre le progrès social. La gauche se reconstruira par les Corses pour les Corses, parce qu’elle a pour finalité universelle le bonheur des peuples. Les deux dernières élections locales montrent bien que le terme « local » a une forte signification sur l’Île. Les états-majors parisiens (ou marseillais) n’y ont que peu d’influence si ce n’est celle de nuire à leur propre camp...un temps seulement.

    N’oublions pas que près de la moitié des électeurs n’ont pas voté aux dernières élections. Au-delà de la victoire incontestée des autonomistes et indépendantistes, il faut voir aussi un échec de la démocratie par un manque de participation au scrutin. A qui la faute en ce qui concerne les électeurs de gauche qui ne se sont pas déplacés ? Qui a publiquement invectivé la seule liste de gauche présente ? L’Assemblée de la Corse ne compte aucun élu de gauche. Qui, à gauche, s’en est publiquement félicité ?

    Pierre-Henri Fabiani

     

    Contribution de Roger Martelli, historien, codirecteur de la revue Regards. Cette contribution est parue dans Libération.

    Catalogne, Corse, quelles leçons pour la gauche ?

    Les indépendantismes catalan et corse montrent que les Européens se préoccupent de moins en moins de la question sociale, au profit de débats identitaires. Pour l'historien Roger Martelli, c'est la preuve que le libéralisme triomphe de la gauche, qui doit se refonder. Lire la suite :

    http://www.liberation.fr/debats/2017/12/28/catalogne-corse-quelles-lecons-pour-la-gauche_1619323

     

    Google Bookmarks

    1 commentaire
  • Les nationalistes de la dernière heure

     

    Le temps des opportunistes ?

    La victoire des nationalistes et autres autonomistes ne souffre d’aucune contestation. Ces derniers l’emportent largement avec 56,46% des suffrages exprimés. Ils ont su intelligemment capter une partie du mécontentement et du rejet de la pulitichella, des clans et de la casta, comme ils ont su répondre à un profond désir de changement dans la société insulaire. Ils ont enthousiasmé la majorité – et bien au-delà - de la jeunesse à partir de revendications identitaires, avec lesquels – pour certaines – on peut être d’accord : protection et développement di a lingua nustrale, le droit à l’autodétermination du peuple corse, rapprochement des prisonniers politiques. Cela écrit, il reste que 49,16% des électeurs inscrits se sont, soit abstenus à hauteur de 47,60%, soit ont voté blancs ou nuls,  près de 3%. C’est un niveau jamais égalé pour des territoriales. Ca pose problème. Pourquoi tant de gens ont boudé les urnes ? On ne se livrera pas ici à une analyse fine. On peut toutefois dire que les effets des politiques d’austérité et de régression sociale menées par les différents gouvernements depuis des décennies ont entraîné des dizaines de milliers de Corses dans la pauvreté et par voie de conséquence dans la désespérance et le rejet de la politique. Tous pareils ou tous pourris. C’est ce qu’on a entendu très souvent, parmi les couches les plus défavorisées pendant la campagne électorale. A cela il faut ajouter le spectacle offert et le rôle joué par les dynasties et les clans de droite et d’une pseudo gauche, pendant longtemps. Les unes et les autres, souvent les mêmes, ont sombré dans le clientélisme, la corruption, l’affairisme au détriment de l’intérêt général et ont toujours accompagné les politiques d’austérité.

    La nouvelle majorité ne pourra pas éluder le problème ou le sous-estimer. Elle devra s’en emparer et tenter de le résoudre, en fonction des pouvoirs et des compétences dévolus à la nouvelle institution. Cela suppose de faire autrement que par le passé. Pour cela, il faut rompre avec la logique du capitalisme, source de l’essentiel de nos maux. La nouvelle majorité est-elle prête ? A ce stade de la réflexion, on ne peut qu’émettre des réserves. Pourquoi ? Les nouveaux élus sont pour la plupart d’essence libérale et pro traités européens. Certes ils vont faire, mais à la marge. L’avenir nous le dira. Mais on est prêt à prendre les paris.

    Autre point intéressant des résultats électoraux. A cette occasion on a vu se développer un phénomène singulier. Si on prend en compte quelques exemples en provenance de villages et autres, on constate un transfert significatif de voix de la droite clanique ou du Parti dit radical de gauche vers la liste Pà a Corsica ! Des élus, des maires, des électeurs se sont soudainement découvert de nouvelles vertus. On les surnommera les nationalistes de la dernière heure, comme il y avait dans le passé des résistants de la dernière heure. C’est ce qu’on appelle pudiquement de l’opportunisme. La nouvelle majorité devrait s’en méfier. L’Histoire montre que très souvent ces prosélytes sont ceux qui prennent ou reprennent le pouvoir.

    Dernier point. La vraie gauche sera absente de la nouvelle assemblée territoriale. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la Corse. Elle a été balayée. Malgré un programme avancé, mettant au centre de ses préoccupations la question du social et de l’humain, elle n’a pas reçu une réponse favorable, en particulier de ceux qui souffrent et qui sont dans la désespérance. Là aussi pourquoi ? Les causes sont multiples. Il faudra nécessairement les analyser. Une chose est certaine, mais qui n’explique pas tout. Ce sont les interventions grossières, intolérables de Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui a l’ambition de fédérer le peuple ! Le tribun de la France insoumise a tout simplement condamné la liste l’Avvene, a Corsica in cumunu, composée de salariés, de chômeurs, de retraités, de jeunes, de syndicalistes, de militants associatifs et culturels, dans des termes particuliers élogieux : faussaires, manipulateurs, bras cassés, piteuse équipe, tous des communistes, etc. Résultat. Grâce à celui pour lequel des dizaines de militants de la Corse insoumise et de Manca alternativa se sont mouillés la chemise pendant la campagne de la présidentielle, la gauche ne sera pas présente dans l’Assemblée territoriale, pour y faire entendre la voix du changement. Un grand nombre d’’électeurs de gauche, lassés, désabusés, se sont  réfugiés dans l’abstention.

    Encore un mot. Félicitations Jean-Luc.

    Anghjulu Leonetti

    Google Bookmarks

    1 commentaire
  • Les nationalistes de la dernière heure

     

    La victoire des nationalistes et autres autonomistes ne souffre d’aucune contestation. Ces derniers l’emportent largement avec 56,46% des suffrages exprimés. Ils ont su intelligemment capter une partie du mécontentement et du rejet de la pulitichella, des clans et de la casta, comme ils ont su répondre à un profond désir de changement dans la société insulaire. Lire la suite :

    http://www.mancalternativa.com/le-temps-des-opportunistes-a135142804

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Deuxième tour des territoriales

    Déclaration de Jacques Casamarta

     

    Le deuxième tour des élections territoriales a eu lieu, près d'un électeur sur deux ne s'est pas déplacé pour aller voter, cette situation traduit une fois de plus, une grave crise démocratique et politique, une perte de confiance des électeurs envers ses représentants. 

    Malgré cela, de grands enjeux sont aujourd'hui entre les mains de la majorité nationaliste. Lire la suite :

    http://www.mancalternativa.com/il-n-y-a-pas-de-solution-corso-corse-a134283494

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires