• Entre arrogance et pédantisme, la partie de bonneteau...

    Dans les colonnes de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Emmanuel Macron avait dit ne pas cèder face à ceux qui développent, selon lui, des réflexes de jalousie typiquement français. Il fustigeait les "jaloux des riches" après l'avoir fait pour “les cyniques”, “les fainéants”, “les sceptiques", "les fatalistes”, mais aussi “ceux qui foutent le bordel”. Dans l’hebdomadaire allemand du 14 octobre dernier, il déclarait en outre : “Je ne suis pas arrogant, je dis et je fais ce que je veux”. Pourtant il s'est plus d'une fois montré arrogant et a même jugé utile de s'excuser de la peine qu'il avait pu occasionner. Il dit et il fait ce qu'il veut ! Quel aveu et quelle mégalo! Selon lui,  au lieu d'être maladivement jaloux des riches, les chômeurs, les smicards, les pauvres, les petits salaires devraient accepter leur sort et remercier les riches du ruissellement de leurs richesses jusqu'à eux nourris au goutte à goutte. Il est pathologique et malsain de lorgner sur l'assiette d'un patron du CAC 40.  Ce serait donc "la jalousie qui paralyse la France" et on peut ainsi assimiler le mot "jalousie" à celui de syndicalisme. Macron avance à mots couverts. Il a même trouvé l'expression "premier de cordée" pour donner une image sportive et montagnarde de la théorie libérale du ruissellement. Imaginez Bernard Arnault en premier de cordée avec le salarié encordé par le cou ! Ces premiers de cordée tireraient donc un peuple jaloux et ingrat, lorsque l'on va au bout des dires du Chef de l'Etat. Quel sort réserve-t-t-il aux jamoux et aux ingrats ? La casse du code du travail et du salaire brut avec ses cotisations sociales. De quoi le rendre encore plus dépendant de la violence économique.

    Entre arrogance et pédantisme, la partie de bonneteau...L'éditorialiste Denis SIEFFERT a repris cette métaphore et écrit justement dans son article sur le site Politis: ". On voit bien l’idée. Notre société serait construite à partir de hiérarchies immuables dont la verticalité est aussi abrupte que la face nord des Grandes Jorasses. Pour guérir de cette envie pathologique qui aigrit les cœurs et mine le corps social, le chômeur, le smicard, le salarié feraient donc mieux d’accepter leur sort une fois pour toutes. À le refuser, ils font du mal à la France. Voilà où nous en sommes ! Quand Montesquieu parlait de « jalousie », n’était-ce pas pour louer un peuple « jaloux de sa liberté»? C’est toujours la même histoire : quand les concessions faites aux riches sont énormes, immédiates, et ruineuses pour le budget de l’État, les contreparties promises aux plus modestes sont, au contraire, pour des lendemains incertains. Comme l’augmentation des salaires des fonctionnaires, budgétée, puis reportée… à 2019. Ou encore ce marché de dupes : une augmentation bien réelle de la CSG, appliquée sans délai, mais une suppression de la taxe d’habitation renvoyée à plus tard, et qui va appauvrir les collectivités territoriales, lesquelles, d’une façon ou d’une autre, le feront payer à leurs résidents – on annonce déjà l’explosion des prix du stationnement en ville, sans parler d’une prévisible détérioration des infrastructures. Au total, la politique d’Emmanuel Macron ressemble de plus en plus à une partie de bonneteau. Les perdants sont toujours les mêmes".

    Macron est de plus en plus arrogant et parfois pédant. Il ne connaît les gens du peuple qu'à travers les préjugés d'un fils carriériste de bourgeois provinciaux. Il ne se soucie pas de la compréhension de ce qu'il dit par le plus grand nombre mais veut briller aux yeux d'une élite intellectuelle. C'est ainsi qu'on relève dans des entretiens l'usage de mots réservés à cet élite, des formules d'apparence savante que le petit peuple ne comprend pas même en se servant d'un dictionnaire. Son pédantisme est le corollaire de son arrogance. L'un ne va pas sans l'autre et témoigne de l'enracinement bourgeois de ce fils de notables provinciaux. Nous avons relevé quelques exemples de mots précieux utilisés par Macron. C'est ainsi que le 11 novembre 2017, il déclarait : "Je ne céderai pas à l'irénisme naïf" et la semaine suivante il parlait de "disruption sur le plan scientifique et industriel". Le 4 janvier dernier, dans ses vœux à la presse, il évoquait "plusieurs régimes politiques tentés par l'illibéralisme". Qu'a-t-il voulu dire dans cette formule savante : "C’est une grammaire de la paix et de l’espérance qu’il nous faut aujourd’hui réinventer dans nombre de continents"? On a pu encore entendre dans sa bouche pincée des termes comme "ipséité" et "palimpsestes".

    Les opposants à Macron sont qualifiés tour à tour de fainéants et de jaloux. Macron défend les premiers de cordée. Entendez les riches!  Toutes celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui seraient des cyniques, des sceptiques, des fatalistes, des fouteurs de bordel. Macron a dit avoir « la volonté de faire vivre notre Renaissance française ». Ne serait-ce pas plutôt un retour à la féodalité ? Prendrait-il les Français pour des débiles manipulables dans un jeu politique de bonneteau ? A force de se prendre pour un grand manipulateur, jusqu'où ira-t-il encore dans l'arrogance et le pédantisme ?

    Demain, Emmanuel Macron sera en Corse. Une grande manifestation a été organisée  par la coalition autonomiste et indépendantiste élue à la tête de la Collectivité territoriale, dont les deux leaders sont revenus déçus de Paris où ils ont rencontré le Premier ministre. A Ajaccio, se sont réunis 20 à 25000 manifestants selon les organisateurs, 6000 selon les services de l'Etat. Gilles Simeoni a déclaré : « Une manifestation sans précédent, au président Macron de prendre la mesure de ce signe fort ». Après le succès de la manifestation, Jean-Guy Talamoni est dans l'attente de la parole présidentielle. Quelle partie de bonneteau va leur proposer Macron ? Messieurs Simeoni et Talamoni vont-il trouver, sous l'un des trois gobelets présidentiels,  l'autonomie ou l'indépendance ? Quels mots vont-ils recevoir ? Ceux de l'arrogance ? Ceux du pédantisme accompagnés de formules savantes qui parlent de tout sans rien dire ? Il ne faudrait pas se faire trop d'illusion sur la "parole du Président" qui trouve sa force dans une sorte de double langage que constitue le "en même temps".  Emmanuel Macron a fait de cette expression, « en même temps », sa marque de fabrique politique sensée traduire la complexité de sa pensée politique. En fait elle traduit l’ambiguïté de son action. L’expression signifie, aussi et simplement, que l’on fait au même moment plusieurs choses, contradictoires ou pas. Macron est capable de faire des choses contradictoires en même temps, par exemple :  venir en Corse pour commémorer l'assassinat du Préfet Erignac et discuter avec une partie des Nationalistes de l'avenir indépendante de la Corse. Quels vont être ses discours à la Préfecture et à la Collectivité territoriale de la Corse ? Va-t-il se montrer d'un côte gardien des institutions françaises et de l'intégrité du territoire national,  en même temps qu'il va promettre, de l'autre côté et en termes choisis, plus d'autonomie sur la voie de l'indépendance ?  Citera-t-il Napoléon en même temps que Pascal Paoli ? Va-t-il se montrer arrogant ou tomber dans le pédantisme pour ne rien dire d'important ou de définitif ? L'étape de Bonifacio a  été retirée de son programme de deux jours en Corse. En cause sans doute : le vote, par les élus macronistes de l’Assemblée corse, de la résolution autonomiste en direction du chef de l’Etat ce vendredi ? Le maire macroniste Jean-Charles Orsucci a été désapprouvé par Christophe Castaner, voix de son Maître jupitérien et berger du troupeau des Marcheurs .

    Emmanuel Macron a un tic : il se touche le nez plusieurs fois lorsqu'il parle en public. Il paraît que c'est le syndrome de Pinocchio. Hè un santu caca diavuli ! 

     

    Jean Poli

     

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 5 Février à 19:39

    Pour aller en Corse, Macron sera accompagné de Jean-Pierre Chévènement, qui avait nommé le Préfet Bonnet comme étant l'homme de la situation pour mater les insulaires... Ministre de l’intérieur lors de l’assassinat du préfet Erignac, Jean-Pierre Chevènement se montre hostile à la quasi-totalité des demandes des actuels dirigeants corses. Sa venue serait-elle une provocation ?
    http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/02/05/jean-pierre-chevenement-la-victoire-des-nationalistes-couronne-quatre-decennies-de-reculades-de-la-droite-et-de-la-gauche_5251785_823448.html#hdf2CHUefZeuxSCu.99

     

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