• Il faut se méfier des mots!

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    Le truc oratoire de François Hollande, c’est l’anaphore. Sarkozy a aussi son truc : répéter un même mot des dizaines de fois dans un discours. Vendredi dernier, au palais des expositions, Porte de Versailles, il a répété environ 80 fois le mot « république » mais c’est aussi le mot civilisation qu’il faut retenir.  Ce grand républicain de 1m65 s’est posé en défenseur de l’héritage de la chrétienté et des Lumières, « faits majeurs de notre civilisation ». Dans les coulisses, on chuchote que Henri Guaino a dû reprendre sa plume pour Sarkozy. Ce dernier n’a pas épargné François Hollande qui n’est pourtant pas candidat à la présidence de l’UMP puisque c’est pour cela que Sarkozy fait campagne. « Je refuse la mise en scène de l’impuissance de la politique telle que les Français l’on vue hier soir » dit-il en faisant allusion à la médiocre prestation du Président de la république en titre. Si ce n’est pas une entrée en campagne pour les Présidentielles de 2017, cela lui ressemble. Deux ans de campagne à tenir ! La république à bananer au bout !

    L’héritage de la chrétienté et des lumières… une belle formule bourgeoise et aristocratique ! Ajoutée à « civilisation », on dirait du Le Pen.

    L’héritage de la chrétienté, c’est dit à l’intention des électeurs tentés par le FN et les intégristes catholiques sans offusquer les centristes. Sarkozy, en chrétien républicain, a fustigé la décision, prise par Najat Vallaud-Belkacem, nouvelle ministre de l’Education Nationale, d’autoriser le port du tchador aux assistantes maternelles dans les établissements scolaires. Il faut dire que ce n’est pas la meilleure des décisions par les temps qui courent et la trop jeune ministre peut se voir reprocher d’avoir fait du communautarisme, puisqu’elle est d’origine marocaine. Sarkozy sait utiliser les moindres failles chez ses adversaires et, ces derniers temps, il est servi par François Hollande et quelques ministres. Le vaincu de 2012 a compris que, pour être élu, il suffisait d’arriver au deuxième tour contre un François Hollande impopulaire comme il l’était lui-même à la fin de son quinquennat. Il a tiré les leçons de sa défaite et  il lui faut tirer sur l’ambulance. Etre élu par défaut lui suffirait pour ensuite transformer sa piètre victoire en triomphe et s’installer dans cinq ans d’immunité.  Pour cela, il serait même capable de gouverner avec l’extrême-droite. L’ombre de Patrick Buisson est toujours à ses côtés.

    L’héritage des Lumières, c’est sans doute encore « du Guaino » car les lumières de Sarkozy sont plutôt les projecteurs de ses meetings gérés par Bygmalion. On sent qu’il adore être sous les sunlights. Dans la France du siècle des Lumières, les philosophes étaient à l’avant-garde de la pensée démocratique, tout en restant des bourgeois et des notables. Le siècle des Lumières est un mouvement intellectuel lancé en Europe au XVIIIe siècle (1715-1789), dont le but était de dépasser l'obscurantisme et de promouvoir les connaissances. Des philosophes et des intellectuels encourageaient la science par l’échange intellectuel, s’opposant à la superstition, à l’intolérance et aux abus des Églises et des État. Cela concerne l’humanité tout entière. Cette période de l’histoire de France est au programme des élèves de CM2. 

    Voltaire avait associé l’esprit des lois de Montesquieu au républicanisme jusqu’à dire que l’ouvrage aurait dû être intitulé « L’esprit républicain ». Toutefois si Voltaire était un humaniste qui s’est élevé contre la peine de mort, Montesquieu, comme Rousseau, trouvait simplement qu’elle était trop sévèrement appliquée et Diderot était favorable à la peine de mort à des fins d’expérimentation. Heureusement, d’autres hommes ont donné raison à Voltaire pour qui «  L’humanité est plus forte que la loi ».  L’héritage des philosophes n’est pas que celui de Voltaire, Montesquieu, Diderot et Rousseau. Les lumières viennent de bien plus loin dans la philosophie grecque et elles sont universelles. La période des Lumières s’est achevée avec la révolution de 1789, date à laquelle commence l’évolution démocratique de la France avec des héritages plus récents, notamment celui des valeurs républicaines et de la laïcité. Quant aux civilisations, elles sont mortelles comme les hommes. Les plus grandes du passé n’ont pas survécu et n’ont laissé que des vestiges enfouis sous terre. Les peuples ont plus de longévité. La notion de civilisation n’intéresse que les historiens et les archéologues. L’héritage est une notion bourgeoise et aristocratique. Il faut surtout tirer les leçons de l’histoire et non pas la reproduire. Est-ce cela que propose Sarkozy en briguant à nouveau la présidence de la république? Il revient avec de vieilles idées et un nouveau discours.

    Heureusement, des philosophes des Lumières se sont élevés contre des abus de l’Eglise et de l’Etat. Des philosophes ont fait la lumière sur le noir de leur siècle. Le temps ne s’est pas arrêté : dire que Les lumières et la chrétienté sont des héritages de notre civilisation est une vision passéiste de l’Histoire de France qui a bien d’autres héritages, pas tous lumineux et inspirés par la charité chrétienne. Sarkozy affiche sournoisement une vision ultranationaliste, colonisatrice et impérialiste de la France. Il n’y a qu’un petit pas à faire pour rejoindre les thèses identitaires et celle de la « civilisation occidentale » chère à l’extrême-droite européenne, héritage du nazisme et du fascisme. Il fait dans l’islamophobie rampante.  Sarkozy banalise et Marine Le Pen dédiabolise.

    Sarkozy se sert du mot « république » et l’on connaît les utilisations perverses qui peuvent en être faites. Les jihadistes de Daech ont fondé une république islamique qui associe, dans la barbarie, république et Islam. Faut-il associer, par héritage, république et chrétienté. La république n’est-elle pas laïque justement parce que nous avons en héritage les « Lumières » ?  A force de faire des discours électoraux basés sur des sondages auprès des électeurs, Sarkozy arrive à dire n’importe quoi mais sur un ton qui se veut convaincant. Il associe religion et république,  le feu et l’eau, la chèvre et le chou, lumière et obscurantisme religieux, lui-même et la France, lui-même et la république, lui-même et l’Elysée…  Il veut créer un nouveau parti qui serait le « parti de la France » pour ne pas dire de la préférence nationale, pour se faire élire avec les voix du Front National.

    Voilà un ancien Président de la République qui a mal vécu son expulsion de l’Elysée et qui veut continuer à incarner la France, alors que la France n’est pas l’image électorale qu’il en donne. Sa France, c’est d’abord celle de Neuilly. C’est ensuite un réservoir d’électeurs qu’il faut convaincre avec un discours à géométrie variable. Pour parvenir à ses fins, il flingue verbalement tous ceux qui ne le soutiennent pas mais, il faut le reconnaître, il récompense ses fidèles même s’ils apparaissent comme des gros (ses) nul(le)s.

    Vendredi dernier, il a répété à l’envie le mot « république ». Quel mot va-t-il utilisé demain ? Nation ? Démocratie ? Liberté ? Identité nationale ? Peuple ?... Nous avons un doute sur son penchant éventuel pour ceux de fraternité et égalité.

    Il faut se méfier des mots, comme l’a écrit l’artiste Ben dans une de ses œuvres qui se compose de deux travailleurs mettant en place un immense tableau noir sur lequel est inscrit « Il faut se méfier des mots » (installation rue de Belleville à Paris, 1993). Il a bien raison d’alerter, surtout lorsqu’il s’agit de discours politiques. Il faut aller au de-là des mots qui font partie du champ lexical de ceux qui écrivent ces discours.

    Une émission de FR2 est intitulé « des paroles et des actes ». C’est sur les actes que l’on juge un Nicolas Sarkozy et un François Hollande. Dés qu’ils font une phrase, ils mentent.

    Liberté, égalité, fraternité, trois mots magnifiques, n'est-ce pas ? Trois mots qui forment le cœur de la Révolution. Trois mots qui, si nous avions su les cultiver, auraient changé la face du monde. (« Ceux qui sauront » de Pierre Bordage).

    Battone 

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